Voleurs de terres

Vous avez peut-être vu hier soir la remarquable émission «Théma» d’Arte consacrée à l’accaparement des terres agricoles des pays du Sud. Il s’agit de la dernière saloperie de la spéculation mondiale.
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Celle-ci est le fait à la fois de pays (Chine, Corée du Sud, Arabie saoudite, Libye, Qatar, etc.) et d’investisseurs privés (fonds de pensions, banques, etc.). Ces prédateurs achètent des millions d’hectares de terres arables dans les pays pauvres du sud (http://www.grain.org/m/?id=213), avec la complicité de la Banque mondiale et même d’agences spécialisées de l’ONU, mais aussi des gouvernements locaux dont les responsables corrompus par des flots de pognon bradent souvent pour l’euro symbolique (mais de grasses «commissions» pour eux!) des pans entiers de leurs pays. Ainsi 30% de la superficie totale de l’Uruguay est «acheté» par des étrangers (la «estrangerisation»)! Ainsi un investisseur indien vient de se voir concéder sans aucune contrepartie un territoire de 100 km de long sur 75 de large en Ethiopie! Ainsi la Corée du Sud prétendait-elle mettre la main sur la moitié du territoire de Madagascar, ce qui a déclenché, fort heureusement, une révolution et la mise à l’écart du dirigeant corrompu responsable de cet ahurissant «contrat».
Certains de ces accords sont présentés comme une nouvelle manière de satisfaire les besoins de la sécurité alimentaire de pays qui dépendent des marchés extérieurs pour se nourrir eux-mêmes, comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud ou la Chine. D’autres sont exposés sans détour pour ce qu’ils sont en réalité: des contrats d’affaires et de nouvelles opportunités de bénéfices très intéressantes. L’accaparement des terres, qui vise des taux de bénéfices de 20 % pour les investisseurs, est tout bonnement une question de spéculation financière.
Il s’agit ni plus ni moins de banditisme d’état, de colonialisme même pas déguisé derrière un apport de «civilisation». Les acquisitions de terre à grande échelle sont conçues pour ouvrir de nouveaux espaces à une agriculture de plantation, une agriculture industrielle, destinée à l’exportation. Les bulldozers arrivent, dégagent tout, détruisent les villages et chassent les paysans locaux avec l’aide des flics, accaparent la terre mais aussi l’eau et plantent, qui du faux riz Basmati, qui des palmiers à huile, qui du soja OGM, qui des millions de roses et d’orchidées sous serre… Ceci avec force pesticides, engrais chimiques et autres poisons qui salopent la terre et les cours d’eau.
L’accaparement des terres prive les paysans, les populations autochtones, les pêcheurs et les nomades de vastes étendues de terres, et leur en interdit l’usage, aujourd’hui et demain, mettant sérieusement en péril leurs droits à l’alimentation et la sécurité de leurs moyens de subsistance. L’accaparement des terres capte aussi toutes les ressources en eau existant sur les terres, en amont et aux alentours, résultant de fait en une forme de privatisation de l’eau. L’accaparement des terres est intrinsèquement lié à la violation de la législation internationale sur les droits humains: évictions forcées, réduction des critiques au silence (ou pire), introduction de modèles fonciers et agricoles non durables qui détruisent les environnements naturels et épuisent les ressources naturelles, flagrant déni d’information, et empêchement des personnes de participer aux décisions politiques qui affectent leur vie. (Cliquez ici pour voir plus d'informations / le rapport )
Du 18 au 20 avril 2011, des investisseurs, des responsables gouvernementaux et des membres des agences internationales se sont retrouvés à Washington pour la Conférence annuelle sur le foncier et la pauvreté, afin de discuter des façons d’opérationnaliser un cadre de travail connu sous le nom de Principes pour des Investissements Agricoles Responsables (RAI). Formulés par la Banque mondiale, le Fond international de développement agricole (FIDA), la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), les RAI consistent en sept principes que les investisseurs peuvent choisir, ou non, de respecter quand ils se lancent dans des acquisitions de terres agricoles à grande échelle. Il s’agit en fait de donner une façade décente, presque honorable à une véritable néo-colonisation des terres et des ressources du sud!
Les pires des colonialistes ne faisaient pas mieux (ou plutôt pas pire)!
Sources : http://www.grain.org/o/?id=112.
Contacts:
Henry Saragih, La Via Campesina, Indonésie : +62-811655668
Devlin Kuyek, GRAIN, Canada : +1-514-571-7702 Shalmali Guttal, Focus on the Global South, Thaïlande : +66-2 218 7383/4/5
Kirtana Chandrasekaran, Amis de la Terre International, Royaume-Uni : +44-79-61986956
Sofia Monsalve, FIAN, Allemagne : +4962216530030
Maria Luisa Mendonça, Réseau Social de Justice et de Droits Humains, Brésil: +55-11-81679951
Illustrations X - Droits réservés
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Primidi 1 floréal de l'an 219 de l'ère de la Liberté


Tous les commentaires
Bonjour Victor,
Il n'y a pas de mots assez forts pour qualifier cette usurpation, ce viol des droits des hommes à vivre sur leur terre .
Je te signale ce billet, qui aborde aussi la question.
http://blogs.mediapart.fr/blog/adrien-labayrade/140411/speculations-au-sujet-dun-engouement-suspect
Excellent compte-rendu de l'émission retransmise hier sur Arte. Merci Victorayoli et bravo !
Mais il faut que nous réagissions bon sang de bonsoir !!!
PS: Merci aussi à vous, Netmamou, pour la pub que vous me faites ! :)
Oui, Arte diffuse énormément de reportages et documentaires très intéressants !
On peut voir l'émission sur le site d'Arte pendant une semaine, ici :
http://videos.arte.tv/fr/videos/planete_a_vendre-3835280.html