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La possibilité d'une utopie : sur l'Université, les étudiants et l'autonomie
L'autonomie du mouvement étudiant, son rapport à celui des enseignants-chercheurs posent question. Sur les étudiants et leur mobilisation, je crois que la situation est disparate d'un collectif à l'autre, d'une fac à l'autre. De là où je suis, l'intéressant est que les AG ont adopté immédiatement une forme d'ouverture à la fois aux étudiants et aux enseignants, même si le principe en a toujours été contesté. Du coup, l'organisation spatiale de ces AG est quelque chose de remarquable à observer, les effets de contention de la parole – du style accepté de l'interpellation – aussi. Au pire, étudiants et enseignants se sont rencontrés sur les rituels de pouvoir syndicaux les plus improductifs.
Ce qui est incroyable dans l'institution universitaire, grande machine à produire des discours, est d'empêcher tout questionnement sur le statut de la parole. Le travail de Jade Lindgaard (sa production vidéo) pourrait y servir, mais je crois qu'il faudrait changer carrément d'espace, l'universitaire est ultra-quadrillé.
Des enseignants se mettent toujours vis-à-vis des étudiants dans une posture paternaliste, et ça fonctionne très bien pour eux après 18 ans d'Education Nationale. L'obéissance peut être si fortement intériorisée que les mouvements réellement productifs n'ont lieu que dans des effets de mêlange (d'une UFR à l'autre, par exemple) jamais calculés. En bref – et même après la démission de Xavier Dunezat (voir le bel article de Numa Murard sur cet épisode d'il y a deux ans) – on n'interroge toujours peu ou prou le rapport au savoir qu'entretiennent les enseignants... et les doctorants-vacataires, mais il y a du jeu possible.
Et j'aurais envie de rajouter : du jeu dans la ville. A Amiens, ailleurs sans doute, des étudiants projettent d'occuper leur fac durablement. Interdite par la présence policière dans leur fac, des étudiants de Lyon mobilisés contre la LRU en 2007 ont cherché une sortie – une manière d'être ensemble – en occupant un bâtiment désaffecté du centre, et la répression a frappé fort. Je crois qu'il faut un espace d'accueil à cette autonomie du mouvement universitaire (donc pas seulement étudiant, ou pas seulement enseignant), à l'image du VAB à Besançon, ou de toute autre façon.
Un espace connectable à d'autres dynamiques de création et de diffusion des savoirs. Je crois qu'Yves Citton aborde plus précisément (que moi) cet aspect de la production du savoir dans son article paru dans la dernière RiLi (juste en kiosque). Tout ça peut paraitre très conceptuel, et c'est, en partie, pourquoi j'ai voulu témoigner d'une expérience menée (au moins au début) avec des étudiants il y a deux ans à Besançon : la création d'un centre social et culturel autogéré. L'autonomie est une question complexe, tout le monde le sait, un peu, y compris les étudiants.


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Dans ma ville (je ne suis pas universitair), un amphi fut occupé jour et nuit pendant des semaines. Dans cet amphi se déroulaient les principales AGs, puis l'occupation continuait. Quiconque allait en ce lieu sans faire partie de groupe coopté d'"autogestionnaires"se savait intrus (lycéen, étudiant qui venait voir, etc..), et repartait sur la pointe des pieds. Il semble que cette occupation ait permis à un groupe large mais clos de vivre ensemble. Leur production militante vers l'extérieur resta limitée. Ils furent cependant à l'origine du déclenchement du mouvement dans cette ville, eurent un rôle positif dans son extension initiale, puis n'eurent pas de proposition audible pour son extension durable. Et le mouvement s'est éteint. Et un jour, la Présidence de l'Université a récupéré cet amphi, l'a cadenassé. Et les "fêtes" se sont passées ailleurs. Mais la question reste celle du mouvement étudiant. Quelle unité entre ses sensibilités? Une nouvelle génération politisée est là, mais quelles nouvelles propositions politiques porte-t-elle? Dans les années 70, la réponse à cette question n'était pas simple, mais la question fut posée. Des polémiques variées eurent lieu. Les tracts et textes que j'ai pu trouver ici et là balancent entre le lyrisme poético-révolutionnaire et le relevé de revendications. Les blogs sont incompréhensibles, ce qui est habituel. La question de médias alternatifs, d'informations circonstanciées, de tracts élaborés à plusieurs et lisibles, renvoie à la position par rapport au savoir, à la transmission du savoir, à la nécessité d'accumuler un savoir pour être inventif. Toutes questions qui ne vont pas de soi. Etudier est une belle chose. Etudier pour comprendre le monde pour agir sur ce monde est une perspective enthousiasmante. Mais des universitaires parmi les plus radicalisés peuvent décrire leur mouvement en détails, ne parlant du mouvement étudiant qu'en passant, comme dans la livraison de ce mois du mensuel du NPA (je suis abonné). Ce qui est ignorer l'inventivité du mouvement de jeunesse, inventivité qui peut ne pas être pensée au fur et à mesure du mouvement mais qui doit être pensée. J'espère avoir participé à la discussion que vous avez initiée.
"Il semble que cette occupation ait permis à un groupe large mais clos de vivre ensemble. Leur production militante vers l'extérieur resta limitée." "Une nouvelle génération politisée est là, mais quelles nouvelles propositions politiques porte-t-elle?" Peut-être faut-il penser la question du temps, du rythme. 1/ Le refus. 2/ L'avenir Mais il ne faut pas toujours exiger de ceux qui refusent, qu'ils soient en mesure de proposer. La proposition est l'affaire de tous. Cela dit, il y a un problème sérieux du côté de l'avenir. Ce que vous décrivez, j'en ai fait l'expérience à de multiples reprises. Cette nouvelle génération politisé est une génération angoissée, accablée par la peur, le délire de la catastrophe. Cette génération à bien raison d'avoir peur de ce qui peut advenir si rien ne change, mais elle ne parvient pas à surmonter cette angoisse même dans la lutte. Les années 90 ont été des années terribles au niveau culturel, à la Télévision, à la radio, au cinéma, à la littérature partout où du désir aurait pu se brancher. La génération qui vient se sera bien pire. Il y a dans cette génération en lutte aujourd'hui une méfiance, énorme, à l'égard de l'art et un amalgame en ce qui concerne le travail. L'art est perçu comme déconnecté, jeu d'une élite et le travail rime avec exploitation. Il faut démêler le travail de l'emploi. Il faut démêler la distraction de la sublimation. Il manque une vraie folie et une langue pour cette folie. Cette génération est aussi pleine de nostalgie à l'égard d'une époque. Nous n'avons pas à regretter cette époque, mais nous devons être à la auteur de ses promesses. En ce qui concerne la question du lieu, plus que jamais nous devons être nomade, ne pas être fixé, ou nous fixé dans un lieu. Nous devons toujours nous déplacer, être là où le pouvoir ne nous attends pas. S'il s'agit de construire un foyer de résistance pour l'accueil des résistances comme laboratoire, il faut songer à l'aventure des années 80. Dans les années 80, il y a eu beaucoup d'aventures de squatts culturel, qui sont devenu aujourd'hui des hauts lieux de la culture. Sont-ils toujours accueillant pas sûr ? Il en faut donc effectivement de nouveaux, mais véritablement ouvert, souriant et généreux. Il faut méditer l'appel de Yves Citton pour que l'Université deviennent un espace public oppositionnelle. Pour que l'Université accueil en son sein les luttes. "l'université pourrait bien avoir besoin de cultiver en son sein un espace public oppositionnelle, qui constituerait son principal laboratoire de recherche. Accueillir les classes en luttes dans la salle de classe, comme dernier cri (pédagogique) de la lutte des classes." Pour avoir participer à une occupation de trois mois de l'université de Tours avec des familles demandeurs d'asiles et sans papiers, nous avons pu faire le constat que l'université n'est pas prête à porter cette promesse.
Votre expérience est précieuse. Sur les potentialités et les limites des jeunes qui se politisent à nouveau, nousavons certaines hypothèses en commun, je crois. Je ne sais pas si l'université devrait devenir un lieu d'expérimentation sociale; il y a le risque d'un ghetto plus ou moins toléré, mais ce n'est qu'un risquye comme un autre. Sur l'expérience des squatts culturels, je suis ignorant et étranger à 'cette affaire. Qui est manifestement parfois toujours riche de potentialités. Sur la construction d'un mouvement qui puisse se donner quelques objectifs, en débattre, débattre des formes d'action d'extension, de popularisation, j'ai quelques expériences et lectures mais finalement le débat ne s'enclanche pas ici. Sur la révolution, en lien avec l'imagination, l'invention, il y a possibilité de continuer à débattre sur le blog de Velveth.
Pour info, la revue Multitudes livrera un numéro sur les universités en novembre, le N°39 (http://multitudes.samizdat.net/).
Et dans sa toute nouvelle livraison, on trouvera la traduction par mézigue du manifeste italien "Nous ne paierons pas pour votre crise", également consultable en ligne : http://infoluttes.forumactif.com/autres-f8/les-nouveaux-intellos-precaires-t72.htm#256
Mais la question de ce mouvement étudiant n'intéresse donc pas les enseignants, étudiants, universitaires qui sont en nombre sur les blogs de ce média participatif, si je ne me trompe. Voila qui m'étonne.
Cher Vincent Bonnet, Merci pour ce billet : peut-être pourriez-vous l'intégrer dans l'Edition Utopie ? Concernant la création d'espaces transitionnels entre l'université et l'extérieur, j'y ai publié un petit billet : http://www.mediapart.fr/club/edition/l-utopie/article/230808/pedagogie-nomade-une-utopie-en-marche Quant aux Centres sociaux et culturels autogérés, ces initiatives semblent se multiplier en Europe, et c'est tant mieux, mais ce n'est pas sans péril ni précarité (déménagements successifs pour celui dont je parle dans le billet renseigné ci-dessous; en ce moment, entre autres activités culturelles et hébergements divers en vie collective, ils cultivent leur potager et disposent encore de murs protégés légalement jusqu'en septembre, mais après ?... - les questions de lieux sont décidément cruciales et sans soutien des pouvoirs publics, c'est la galère) : http://www.mediapart.fr/club/blog/joha1008/250309/nouveau-en-belgique-chasse-la-chauve-souris-au-bulldozer