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Topos de laboratoire V
Un topos de laboratoire assez usuel est le suivant : il faut aller dans un congrès, parfois à 15000 kms, pour découvrir que le gars du bureau d’à côté fait la même chose que vous. C’est ainsi que la semaine dernière je suis allé faire une petite intervention aux Journées de physique Statistique, intervention consacrée à l’écoulement du mésoderme sur l’endoderme, et à un modèle de ce phénomène consistant en l’étalement d’une goutte sur un solide élastique, pour découvrir que Laurent Limat, collègue situé deux portes à côté au même étage et dans le même couloir, étudie le mouillage de gouttes liquides à la surface d’un solide élastique.
Bon, ben on va prendre rendez-vous pour en discuter. On ne va pas pousser le snobisme jusqu’à se fixer un rendez-vous à Los Angeles, qui serait la seule façon certaine de se croiser.
Un autre topos de laboratoire concerne la transmutation des résultats les plus réussis en résultats typiques. Filmer les premiers mouvements des embryons de poulet est assez, sinon très, difficile. Voici un film parfait :
© VF/CNRS/MSC
Comme par enchantement, le film parfait est devenu un film typique sur mon site académique. C’est-à-dire : c’est le film de l’expérience typique, quand tous les paramètres sont parfaits.
(NB : la réduction sur mediapart est nulle, le film original est mieux voir ici ; http://www.msc.univ-paris-diderot.fr/~vfleury/portailembryons0.html une réduction à 60%, le film original étant en HD (500Mb) )
Enfin, un dernier topos concerne la « revue par les pairs » qui se transforme en « revue par soi-même » (par son peuple, etc.). Un cas fréquent est celui où l’on dirige un numéro d’une revue, et où l’on se publie soi-même. Aujourd’hui ce n’est pas de ça qu’il s’agit : il y a peu je vous avais décrit la soumission d’un projet de recherches à l’ANR. L’année dernière nous avions connu une péripétie curieuse : le dossier nous avait été envoyé à nous-mêmes pour évaluation (on est 4 permanents sur le projet, ce n’est certes pas moi qui ai eu l’honneur de le recevoir à évaluer par moi-même (par mon peuple etc.), ce qui aurait été fort de café étant le dépositaire du dossier).
Vl’a-t-y-pas que ça recommence cette année : on nous adresse notre propre dossier à évaluer par nous-mêmes (par notre peuple etc.). No comment.


Tous les commentaires
/// la « revue par les pairs » qui se transforme en « revue par soi-même »
Le pire dans ce que vous nous racontez, c'est que ce ne sont pas les "magouilles" d'un milieu de chercheurs (entre eux, ils se débrouillent pour se faire mousser) mais que tel que vous le décrivez, cela a plus à voir avec l'impéritie administrative....
Il me semble plutôt que c'est l'état normal de la recherche.
"Ce qu'on ne peut changer, au moins il faut le décrire" (R.W. Fassbinder)
Ah, c'est pas du Bruno Latour ?
"on nous adresse notre propre dossier à évaluer par nous-mêmes (par notre peuple etc.). No comment."
Y a plein de gens qui en rêveraient ! C'est quand même autre chose que les entretiens annuels, au cours desquels votre chef, en toute connaissance de cause, vous fixe des objectifs impossibles à atteindre !
Malheureusement il y a quelque chose de diffus et pénible par moments qui s'appelle l'honnêteté.
@des objectifs impossibles à atteindre ! Si je trollais je vous dirais que les chercheurs aussi ont des objectifs impossibles à atteindre (soigner toutes les maladies, trouver l'énergie inépuisable et bon marché, s'enrichir avec une grande découverte intellectuelle, prolonger la vie jusqu'à 200 ans, trouver l'origine du monde, déduire l'existence de Dieu de la mécanique quantique, etc.)
@ Vincent Fleury:
"S'enrichir avec une grande découverte intellectuelle" dites-vous,
Ne serait-ce pas plutot " enrichir l'humanité, le savoir commun..etc", que sais-je encore..
ça c'est le possible.
Désolée, mais je trouve déplorable que vous ne communiquiez pas plus avec votre voisin de palier, j'aurais plutôt honte à votre place d'écrire un tel constat. Les réunions d'équipe, ça existe.
Ca existe dans des tas de contextes (en dehors de la recherche scientifique) Le premier exemple est celui des "amours de vacances", mais des tas d'autres exemples me viennent à l'esprit. A mon avis, "rencontrer trés loin ce qu'on pourrait trouver a coté de chez soi" doit être une expérience assez courante. Il faudrait peut être lancer Pablo Jensen sur cette piste. Je dis ça, je dis rien...
Vous êtes parfaitement libre de cette opinion, et remarquez que le début de ce billet n'est pas sur le ton de la fierté; cependant, cette anecdote est plutôt le témoignage d'autre chose : la recherche avance à toute vitesse, en suivant des chemins souvent imprévisibles. Donc, ayant une idée sur des données aussi fraîches, et invoquant en biologie, des modèles de physique qui n'y sont pas en usage, il n'est pas étonnant que je n'aie pas été conscient qu'un hydrodynamicien du laboratoire ait pu formuler, en hydrodynamique, un problème proche du mien. C'est donc ausi le témoignage de l'évolution des sciences actuelles, la biologie se rapprochant de plus en plus de la physique.
Un laboratoire, c'est grand, il doit y avoir dans les 100 chercheurs ou étudiants, répartis en 5 équipes. Il y a beaucoup de réunions déjà, et nous ne sommes pas dans la même équipe. Les colloques remplissent un rôle d'interaction tout à fait normal, même pour des gens d'un même laboratoire. Comment des personnes finissent par collaborer reste un peu un mystère. Regardez : même ce blog, finit par créer des relations entre chercheurs, au hasard de lecteurs de notre profession, que je mets en rapport sans que vous ne le sachiez.
Les universitaires ont tardé à se mettre à Internet. Une des raisons pourrait être justement qu'il suffit de communiquer directement et en temps réel, y compris avec son voisin. Et alors, fini les financements pour aller à Los Angeles.
/// Les universitaires ont tardé à se mettre à Internet.
Amusant.
Ca m'a fait rire à l'époque.
Etre juge et partie ne choque pas grand monde parmi les scientifiques. On est habitué aux petits coups de main et renvois d'ascenseur dans un monde où la spécialisation conduit à l'endogamie .
Bien évidemment cela est choquant non seulement au plan de la plus élémentaire justice mais aussi pour celui de l'efficacité scientifique.
La science parée du manteau de la vertu peut ainsi se permettre de petits accomodements avec ses principes de transparence et d'objectivité
Pouvez-vous, svp, mettre en perspective cette expérience personnelle en regard de l'inanité de l'oraganisation actuelle de la recherche publique en France, en Europe ?
Je comprends bien votre ouverture d'esprit pour expliquer la coincidence que 2 collègues proches géographiquement mais éloignés par leur méthodes d'approche scientifique se retrouvent par hasard sur la même question à l'autre bout de la terre, mais quand même !
Les évaluations AERES, LABEX, EQUIPEX..., amènent des restructurations permanentes. Les évalutions individuelles et de l'attribution opaque des Primes d'Excellence Scientifique (PES) n'arrangent rien à l'affaire. Cette mise en place d'une nouvelle organisation de la recherche, c'est "évaluer plus pour (finalement) désorganiser plus", n'est-il pas ?
Je connaissez déjà la consanguinité des jurys de thèse... "J'évalue ton dossier et à charge de revanche, tu évalues le mien." Si le vivier d'évaluateurs est important, j'appelle effectivement cela l'évalutation par les pairs, par contre, si le vivier ne comporte que 2 ou 3 poissons rouges, alors c'est du copinage.
Le pompon, c'est quand même quand vous évaluez votre propre dossier.
Quid de la déontologie de celui qui demande au labo de s'autoévaluer ?
Quid de la déontologie du labo qui accepte ?
@Vous n'avez pas bien compris : il n'est pas question d'accepter; c'est juste un symptome d'un travail approximatif de l'ANR. Nous on renvoie poliment le dossier avec un mot; et moi-même l'année dernière me suis fendu d'un courrier à la direction du CNRS. C'est un peu agaçant que cela se produise 2 fois.
Comme disait Talleyrand : "Il faut s'appuyer sur les principes jusqu'à ce qu'ils plient". Si l'ANR persiste à nous envoyer le dossier, on finira peut-être par s'auto évaluer, nous ne sommes pas des machines.
@r expliquer la coincidence que 2 collègues proches géographiquement mais éloignés par leur méthodes d'approche scientifique se retrouvent par hasard sur la même question à l'autre bout de la terre, mais quand même !
C'est tout à fait banal et fréquent. Nous approchosn des sujets par des trajets variés et tortueux; à un moment donné dans un labo donné, des chercheurs ont une culture voisine, tout en ne travaillant pas strictement sur le même sujet. Tou à coup, un point de contact imprévisible apparaît.
"c'est juste un symptome d'un travail approximatif de l'ANR" : c'est un euphémisme.
vous me rassurez un peu sur votre déontologie, mais vous ne répondez pas sur votre vision personnelle de l'organisation de la recherche publique aujourd'hui, pour être clair de la déontologie de l'ANR, et de son impact pour demain.
"on finira peut-être par s'auto évaluer, nous ne sommes pas des machines. " : Une autre posture est possible : dénoncer le système actuel. (sans prosélytisme, SLR...)
"Tou à coup, un point de contact imprévisible apparaît." : A défaut de réunion de labo, pourquoi pas le couloir ou la machine à café ?
@mais vous ne répondez pas sur votre vision personnelle de l'organisation de la recherche publique aujourd'hui
Devoir de réserve.
@Une autre posture est possible : dénoncer le système actuel. (sans prosélytisme, SLR...). Devoir de réserve. Elections.
@pourquoi pas le couloir ou la machine à café ?
C'est vrai, ça marche aussi, et même mieux!
Encore et toujours de l'enfumage, on ne réponds pas aux vraies questions qui manquent singulièrement d'humour...
Je ne comprends pas la nature de votre reproche. Ceci n'est qu'un blog, mais cependant en tant que chercheur CNRS (c'est écrit là-haut à gauche). je suis donc tenu à un devoir de réserve. Par ailleurs, on ne peut pas répondre en quelques commentaires à des questions institutionnelles et politiques très complexes.
J'essaie d'éviter l'enfumage. Au contraire, ici je tente de diffuser une petite bouffée d'oxygène. Mais ça peut aussi rater, personne n'est parfait.
Invoquer le "droit de réserve" face a une question précise comme celle qui a été posée me semble assez "clair" (même si les mécanismes précis ne sont pas détaillés) A ma connaissance, on invoque jamais le "droit de réserve" quand il n'y a pas de critiques a faire. Ni même quand ça va mal, mais que l'équipage du navire (et principalement son capitaine) a pris conscience qu'on a vu des rochers à l'horizon et que si on ne change pas de cap, on va se fracasser contre ceux ci...
Merci.
@mais vous ne répondez pas sur votre vision personnelle de l'organisation de la recherche publique aujourd'hui
Devoir de réserve.
Et pourquoi pas secret défense pendant qu'on y est
bon je m'arrête je deviendrais vite blessant
Etant probablement la seule personne en France dont le site académique a été d'autorité fermé par sa hiérarchie au premier écart (pas le site actuel, celui d'avant), je parle en connaissance de cause, et suis parfaitement fondé.
Ca faut le faire et surtout le faire savoir surtout pour la hiérarchie comment peut elle tomber si bas