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Le Darwinisme sans estomac (III)

Nous chérissons tous la liberté, et notamment la liberté d’expression. Cependant, cette liberté d’expression est encadrée par quelques lois relatives à l’injure et à la diffamation. Par un effet très visible d’importance symbolique, le domaine de l’évolution draine un flot ininterrompu d’injures et de calomnies ; sur ce plan-là, l’internet n’a pas beaucoup contribué à arranger les choses. Avec un minimum de recul, on peut s’interroger sur ce flot d’injures : l’évolution des animaux, et même de l’homme, concerne des événements vieux de millions d’années ; on pourrait s’entendre pour en parler sans violences. Or ce n’est manifestement pas possible, et, en tant que punching-ball favori de quelques Darwinistes propagandistes, je sais de quoi je parle. Ce billet me donne aussi l’occasion d’illustrer la différence entre les EEUU et la France.Aux Etats Unis, les libertés publiques, dont certaines sont gravées dans les premiers articles de la constitution sont plus étendues qu’en France. Par exemple, la notion d’obligation de réserve, en France, permet à l’Etat d’entreprendre des actions contre des agents fonctionnaires. Ainsi, la liberté d’expression d’un fonctionnaire n’est pas la même que celle d’un non-fonctionnaire. Aux Etats Unis, une telle obligation de réserve n’existe pas, et la liberté d’expression conduit a beaucoup plus « d’excès » (notion ouverte à débat) que chez nous. Une certaine frange de Darwinistes a pris le parti d’associer de façon consubstantielle le Darwinisme à l’athéisme. Pour ces Darwinistes, dont les plus fameux sont Richard Dawkins et PZ Myers, le Darwinisme est le principal adversaire des croyances religieuses ; je dirais même plus, pour eux la théorie de l’évolution serait la preuve scientifique de l’inexistence de Dieu (Dawkins l’a écrit à peu près en ces termes dans plusieurs de ses livres). Vu de chez nous, ce discours paraît extravagant, voire inutile ou dangereux. Il est évidemment dangereux pour la paix sociale, mais il est surtout dangereux pour la science elle-même. Pourquoi ? : en érigeant le Darwinisme en théorie athéiste, c’est-à-dire, pas simplement en théorie athée, qui se passe de Dieu (un peu à la Laplace), mais en théorie qui démontre activement l’inexistence de Dieu, les Darwinistes se condamnent à ne pas accepter de progrès conceptuel sur le Darwinisme lui-même. Car évidemment, la moindre zone d’ombre ou doute sera inévitablement exploitée par les spiritualistes, qui feront tout leur possible pour pousser les Darwinistes dans les cordes ; par conséquent, pour ces gens-là, il ne faut pas laisser passer les tentatives d’amélioration de certains points douteux ou incomplets du Darwinisme. Certains chercheurs, sur des sites internets comme « rationalsceptikism » vont même jusqu’à dire que les créationnistes, à force de taper sur le Darwinisme, commencent à faire émerger des idées novatrices que le Darwinisme tout seul aurait étouffées.Cependant, ces Darwinistes se sont progressivement enfermés dans un discours idéologique totalitaire et paranoïaque en raison du phénomène suivant : leur adversaire est trop faible. Aux EEUU, il existe un courant créationniste, qui croit littéralement aux écritures bibliques : la terre aurait 6000 ans, Noë aurait véritablement sauvé les animaux etc. L’emblème de ce mouvement est le « Discovery Institute », une sorte de Musée de la paléontologie biblique, où sont exposés Adam et Eve, une réplique de l’arche de Noë etc. Ce musée a de vrais moyens, on se demande d’où ils viennent. Vu de France, c’est consternant ; il paraît assez clair que nous avons depuis longtemps dépassé ce type de débats. Evidemment, n’importe quelle idée rationaliste sur l’origine des animaux, et en particulier les formes les plus intransigeantes de darwinisme, seront toujours meilleures que le créationnisme biblique littéral. A force de taper sur des nains, ces Darwinistes ont fini par se croire les plus forts.Dans le cas qui me concerne, voici ce que cela donne. Sur le site internet du pape de l’athéisme Américain, le dénommé PZ Myers, professeur de biologie de son état, qualité affichée sur son site, je suis devenu une sorte de tête de turc, ridiculisé à moult reprises, traité constamment de cinglé délirant et faisant l’objet de toutes sortes de tripatouillages sur la vérité, comme par exemple l’occultation de toute forme de preuve expérimentale du rôle des contraintes physiques, et en particulier des dynamiques de tourbillons dans les embryons. On pourrait dire : cela n’a pas d’importance. Cependant, d’une part le site de PZ Myers a largement dépassé le million de commentaires, d’autre part, ce M. est biologiste, et s’affiche comme professeur à l’université du Minnesota, dispensant ses anathèmes du haut de son autorité ; enfin, l’observation ethnologique de ce phénomène, uniquement Américain, et supposé de surcroît « de gauche » présente quelque intérêt de curiosité, vu de France. Ces Darwinistes reprochent ainsi à des gens comme moi d’être de purs « cinglés « , de ne présenter que de purs délires, probablement créationnistes, et d’ailleurs de n’avoir aucune preuve expérimentale de ce qu’ils avancent. Ainsi, la forme préférée de traitement de l’information scientifique est la calomnie, la dérision, sur des sites ouverts à des tombereaux d’injures qui ne manquent pas de se répandre en commentaires.Or, lorsqu’on adresse à M. Myers des preuves expérimentales sous forme d’articles scientifiques voilà ce que cela donne :

 

 

 

 

Ainsi, M. Myers a versé progressivement dans la paranoïa. Qu’un chercheur travaille des années sur du matériel expérimental, développant des techniques fines et difficiles d’observation des embryons, au sein d’un laboratoire officiel, où il est constamment évalué, par ses pairs, sa direction, le comité National du CNRS, les rapporteurs des revues scientifiques, les éditeurs, ses collaborateurs et ses étudiants (je ne signe pas seul ces articles) etc. n’a aucune valeur : ce n’est que du « nonsense ». Evidemment, une fois les calomnies proférées, on se gardera bien de fournir à ses lecteurs les preuves expérimentales. Dit simplement : depuis sa position de militant athéiste ayant opté pour une fusion du Darwinisme et de l’athéisme (je dirais même une confusion), M. Myers ne peut pas discuter sérieusement, encore moins aimablement de la dynamique de formation des embryons. En France, la situation, de ce point de vue, est plus calme, même si quelques signes de mise en cause de la laïcité sont à surveiller (à ce sujet, tout n’est pas à sens unique, ni à la gloire de ce pays ; écoutant un jour la radio, j’entendais les journalistes faire un reportage sur des manifestants athés Turcs protestant contre des menaces de rétablissement de l’autorisation du port du voile dans les universités Turques et se félicitant de la réaction de la population, apparemment pas disposée à se laisser faire… sans à aucun moment se rendre compte que le port du voile est parfaitement légal dans les universités françaises…).Un mot du rôle de Lamarck. Je vois dans le Lamarckisme, une des causes de l’acceptation de l’évolution, en France, contre les descriptions bibliques de la Genèse. Certes, Lamarck se trompe en disant que les girafes acquièrent un long cou à force de tirer volontairement dessus. Cependant, cette vision du phénomène a le mérite de proposer une explication dynamique, causale, à ce qui paraît presque trivial : le cou s’allonge, ben oui !, il suffit de tirer dessus. On sent que c’est possible, et cette explication, presque cocasse, rend inutile, illusoire, l’invocation d’une création divine d’animaux indépendants. En quelque sorte, la logique de cette explication est suffisamment lumineuse (Lumières quand tu nous tiens…) pour chasser par elle-même les superstitions. Il y a un double paradoxe du Lamarckisme. Même faux, il contribue efficacement, je dirais même : il « vaccine », contre les interprétations religieuses de l’évolution des animaux ; d’ailleurs aucun théologien sérieux ne prend la Bible au pied de la lettre. Mais le paradoxe est double, en ce que Lamarck, qui cherchait le mécanisme physique d’extension des cous, avait simplement proposé qu’ils s’allongent quand l’animal tire dessus ; or en réalité, les cous s’allongent parce que les cellules tirent dessus au stade embryologique. Ce n’est pas la volonté de l’animal adulte qui fournit la force, mais le comportement involontaire des cellules de l’embryon. Il faut donc bien une force, pour allonger le cou, une force physique. Le tort du Darwinisme, c’est qu’en invoquant des modifications « au hasard », il ouvre un boulevard aux spiritualistes. D’une part, ces derniers contestent « le hasard » Darwinien, et d’autre part, si « hasard » il y a, il est encore possible que le « Bon Dieu » ajuste les tirages, en nous laissant croire qu’ils sortent au hasard. Ainsi, le Darwinisme met lui-même le pied des créationnistes à l’étrier. Notre petit chauvinisme national et l’esprit « laïcard » nous ont protégés de cette mouvance.

PS on remarquera que sur son site M. Myers met comme icône de lui-même un petit angelot. Or quand, moyennant parfois quelques tripatouillages peu éthiques, il affiche des droits de réponse, il affuble ses interlocuteurs d’une petite vignette caricaturale.

Rien que cela, cette forme de harcèlement par internet, démontre l’inanité de ce discours Darwiniste intégriste (chez nous, "le style, c'est l'homme").

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Merci pour vos commentaires.

On s'éclate à Nice, entre hyper-spécialistes! On est tous à peu près d'accord sur le rôle des contraintes morphogénétiques. On voit des conférences sur la physique des plantes, des poumons, des animaux etc. etc.

Les discussions sont passionnantes.

Bravo, continuez !

Trop intelligent pour être compris de ses pairs.

C'est la vraie solitude du chercheur qui rejoint un peu celle du divin.

D'aucuns prétendent que Dieu aurait créé les hommes pour Se chercher Lui-même et Se comprendre à travers eux. Pire : Il (Dieu) évoluerait indéfiniment en même temps que la réflexion humaine se construirait sur et autour de Lui, comme un Ouroboros se modélisant sur le tout probable. Et leur échappant indéfiniment.

Pour trouver et prouver l'existence de ce Dieu, cette marque de fabrique du divin dans la nature, d'un esprit entièrement libre de faire et de défaire, contrariant et surprenant, encore faut-il que le chercheur porte en lui le sceau du démiurge ! Et qu'il soit lui-même un créateur incompris. Ainsi le destin s'accomplit, le destin de l'homme dans le dessein de Dieu.

C'est la marque des grandes découvertes et des grandes inventions. Seul contre tous !

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