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Analyse courbique du problème français.

Dans de récents billets, j’ai mis en cause le système éducatif français dans le creusement du déficit de la balance commerciale. Ce raccourci simpliste ne fait en réalité qu’extraire la substantifique moelle d’une opinion couramment répandue chez ceux qui ont tenté d’en analyser les causes. La cause profonde de la panade industrielle vers laquelle nous allons, est dans le manque de « compétitivité » des PME françaises (ça c’est le discours intermédiaire). Mais ce manque de compétitivité a pour cause le manque d’attractivité des produits français actuels. Ce manque d’attractivité peut s’analyser en termes de quantité : peu de nouveaux produits attractifs, ou de créativité : on est infoutus de fabriquer des produits qui plaisent aux consommateurs étrangers.

Donc la question devient : qu’est-ce que les gens consomment actuellement, que nous ne produisons pas, et dont le poids s’alourdit dans l’économie ? La réponse est très simple : ce sont les produits manufacturés des familles : électrotechnique, électronique, informatique et produits manufacturés en matières plastiques. Le domaine de l'ingéniérie à nouveauté (turn over) assez rapide (téléphones portables, ordinateurs, jouets…).

Dans les domaines de l’industrie agro-alimentaire, ça va. La douce France profite d’une campagne exceptionnelle. Dans  les domaines des transports, ça va. Il est vrai qu’on ne met pas en chantier de nouveaux avions et dans une moindre mesure de nouvelles voitures, d’une année sur l’autre. Notez bien que dans les secteurs qui vont bien : l’aéronautique et l’automobile, les créations d’entreprises (hors sous-traitance) remontent en fait à l’antiquité.

Maintenant, la démonstration qui fait peur.

Pour comprendre la situation économique de la France il faut exposer, en quelques courbes, les faits. Il va de soi que l’économie ne se résume pas aux « faits économiques », et que d’autres indices, comme la qualité de vie, le bonheur de vivre l’espérance de vie etc. Devraient être pris en compte, mais bon. Pour faire simple.

L’économie française croît depuis la guerre, à la fois en volume et par tête d’habitant, avec un fameuse période appelée « 30 glorieuses » après guerre. Depuis c’est mou, mais bon.

Croissance du PIBCroissance du PIB © dr

 

L’activité économique d’un pays est également en relation avec celle des autres pays en sorte que les exportations et importations rentrent dans le bilan. Depuis la guerre la part de l’import-export s’accroît dans l’économie pour atteindre les 30%.

Croissance du commerce extérieurCroissance du commerce extérieur © dr

 

Dans le même temps, le solde de la balance extérieure, malgré une période positive dans les années 90-2000, tend à être négatif, et, dans les dernières années, à s’effondrer complètement. Faites jouer l’orchestre : le Titanic coule (mise à jour : le Concordia coule).

Solde de la balance commercialeSolde de la balance commerciale © dr

Or de quoi se compose cette balance extérieure, hors aéronautique et transport : voici par exemple un diagramme significatif concernant la région Midi-Pyrénnées (celle qui produit les avions, justement).

Déficit commercialDéficit commercial

 

Ouh là là. C’est très négatif dans les secteurs mentionnés là-haut. Pour la France le bilan global est de même nature (hors énergie qui est pratiquement incompressible : c'est pas demain qu'on produira beaucoup d'énergie en France).

 

 

Déficits par secteursDéficits par secteurs © dr

Pour payer les gadgets et machines qu'on ne fabrique pas et qui sont responsables de 20 Mds d'euros de déficit, bon an mal an, on s’endette. Voilà la courbe de la dette.

Evolution de la detteEvolution de la dette © dr

Pendant que la consommation de biens de type électronique-jouets-informatique augmente, l’industrie française baisse. Voilà la courbe de l’évolution de l’industrie, en volume d’emplois :

Emploi industriel, évolution.Emploi industriel, évolution.

 

 

 et en part de PIB (il y a des effets correctif de productivité, qui sont importants, mais je ne rentre pas dans les détails)

© dr

 

Certains mauvais esprits ajoutent la comparaison entre la part du secteur administratif et du secteur industriel. (Le poids de l’Etat augmenterait deux fois plus vite que tout le reste, mais c’est un discours de droite, auquel je donne la parole parce que mon honnêteté intellectuelle me démange).

Comme le Président fait beaucoup la comparaison avec l’Allemagne, je vous la donne : mince il n’a pas tort, y’a comme un problème (il ne peut pas avoir tort sur tout).

 

 

Donc en résumé : le problème français se situe dans les produits de type électronique électrotechnique (machines outils, électroménager) informatique (téléphones ordis) et bidules en plastique (jouets, saladiers Ikea, etc.). La liste des soldes commerciaux avec nos partenaires le montre implicitement : la Chine et l’Allemagne nous enfoncent : ceux qui fabriquent les bidules en plastique et les ordis, pas chers, et ceux qui fabriquent les machines outils, même-chers-que-c'est-à-eux-qu'on-les-achète etc.

© dr

Notez bien que dans des secteurs comme le luxe ça va bien. Ce sont des secteurs où, justement, la part de créativité, la plus-value de la « recherche » artistique est très importante. Les « créateurs » sont portés au pinacle.

Chez nous, la recherche est déconsidérée, non pas absente mais légèrement, sinon trop, : les chercheurs ne font pas de grandes carrières dans l’industrie, ils commencent « avec du retard » (deux ans en plus). C’est presque mal vu d’avoir un doctorat (genre : « c’est des branleurs qui s’amusent à perdre leur temps »).  Il y a évidemment des fautes aussi chez les chercheurs eux-mêmes (corporatisme de chercheurs, nombrilisme, peu de brevets, intellectualisme anti-entreprise etc., que l’on pourrait et devrait débattre).

Or l’innovation vient bien de la recherche. Pas de recherche pas d’innovation, pas d’innovation, pas de nouveautés. Pas de nouveautés, pas d’exportations, pas d’exportations déficit. Déficit dette. Dette dégradation. Dégradation chômage. Chômage chaos.

 Et cette mentalité commence avec les prépas. A la racine. La racine du problème, ce sont les classes prépas.

 

PS : j'ai évidemment mis à part les produits low-tech comme le textile bon marché. Sans barrière douanière, on ne pourra jamais concurrencer le T-shirt chinois ou turc.

PS : j'étends confraternellement la recherche au jeune gars dans son garage qui bidouille un truc qui n'existe pas encore, mais qui causera à la France 10Mds de déficit trente ans après. Suivez mon regard.

 

 

http://www.coe-rexecode.fr/public/Analyses-et-previsions/A-noter/Le-commerce-exterieur-en-mai-2011-le-deficit-record-s-explique-surtout-par-la-perte-de-competitivite-industrielle-de-la-France (deficit midi-pyréennées)

 

http://sitecon.free.fr/sarkozy_bilan.htm (balance commerciale)

 

http://eco-france.over-blog.com/categorie-10988378.html(balance commerciale récente)

 

http://www.leblogenergie.com/2011/12/index.html (dette)

 

http://www.leblogenergie.com/2011/08/index.html (déficit par secteurs)

 

http://eco-france.over-blog.com/categorie-10973471.html

 

http://obouba.over-blog.com/categorie-519475.html

 

 

Tous les commentaires

22/02/2012, 20:34 | Par speculum speculorum

Merci pour votre billet.

Par rapport au manque de laboratoires dans les entreprises privées, quel bilan faites-vous, si vous en faites un, de l'application du crédit impôt-recherche rénové depuis le début du quinquennat? Un effet favorable sur la recherche "privée" a-t-il été constaté, ou bien les dépenses fiscales énormes consenties par l'Etat se limitent-elles à un effet d'aubaine?

(Pardonnez-moi si vous avez déjà abordé la question, je ne suis pas un lecteur régulier de votre blog).

23/02/2012, 21:11 | Par Vincent Fleury en réponse au commentaire de speculum speculorum le 22/02/2012 à 20:34

Bonjour, je n'ai pas profité de cette manne donc je n'ai pas grand chose à en dire. Au niveau café du commerce, j'ai des amis dans le privé qui m'ont dit qu'il n'y avait pas de contrôle et qu'on pouvait passer à peu près n'importe qui comme pseudo recherche, genre la moindre étude pour choisir le papier de l'imprimante.

22/02/2012, 21:55 | Par JMRondeau

Ayant moi-même suivi le parcours classes prépas/école d'ingénieur/doctorat/recherche, je me permets de confirmer: Oui, la France détourne de la recherche ses meilleurs éléments en les envoyant dans le système des classes prépas, pour en faire ensuite des hauts fonctionnaires, des chefs de service, des managers, des ingénieurs, des technico-commerciaux, etc ...  Oui, le pays n'aime pas ses universités ni ses chercheurs. Pourtant, si nous ne voulons plus de sidérurgie, de mines de charbon, d'industrie textile, etc, il est impératif de construire une université forte, et ce n'est pas qu'une question de budget, mais aussi d'image et d'attractivité pour nos étudiants, qui se fourvoient actuellement dans ce système des classes prépas, qui n'existe qu'en France. Sur mon lieu de travail en Suisse, je côtoie nombre d'ingénieurs français (ex classes prépas) qui font le même travail de technicien qu'un jeune suisse qui, lui, a juste le niveau bac et a suivi la voie de l'apprentissage ...

23/02/2012, 00:28 | Par tlegall

Il y a beacoup de vrai dans ce que vous dites... Mais les courbes ne permettent pas d'affirer un lien de causalité directe entre la recherche et la compétitivité. Après tout, l'Allemagne fait à peine mieux que nous question recherche, et est pourtant beaucoup plus compétitive.

Il n'en reste pas moins qu'en France, surtout dans le secteur privé, on méprise ou ignore  la recherche. Dommage.

23/02/2012, 07:58 | Par pmabéché

Ce que les courbes ne montrent pas :

"..., les créations d’entreprises (hors sous-traitance) remontent en fait à l’antiquité."

L'ambiance "anti", l'hyper-admnistration, la difficulté de créer des entreprises et de gérer simplement. (sauf pour faire diminuer le chômage par des auto-entreprises mirages)

"Chez nous, la recherche est déconsidérée, non pas absente mais légèrement, sinon trop, marginalisée..."

et la méfiance envers les idées, même entre chercheurs ou ingénieurs.

Dans les 2 cas les exemples sont légions.

23/02/2012, 08:29 | Par gaelz

En effet. On peut revoir le discours de janvier 2009...........

http://www.youtube.com/watch?v=iyBXfmrVhrk

Le système de la division universités/grands écoles marche sur la tête, et entretient une coupure vertigineuse entre d'un côté les responsables publics et les milieux industriels, et de l'autre la recherche. Et quand la coupure se colmate un peu, c'est pour signifier l'éradication de la recherche fondamentale et des formations par la recherche, seul le profit rapide étant valorisé. Les formations techniques bac +2 ou 3 en IUT sont publiquement valorisées, et les formations solides bac +5 ou 8 à l'université tenues pour honteuses. Etc.

23/02/2012, 21:02 | Par juan23

Merci pour votre billet.
Je telecharge vos courbes pour les transmettre à mes amis et leur parler de votre blog sur MEDIAPART

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