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C'est bien un Français qui a découvert l'évolution.

© Lamarck
C’est sûr, Newton a enterré Descartes, et Darwin a enterré Lamarck. Cependant, il m’est souvent arrivé de rencontrer des chercheurs anglais ou américains reconnaissant volontiers que Lamarck est le véritable « découvreur » de l’évolution. Ainsi, nous Français, pouvons-nous nous consoler de l’écrasement culturel Darwinien, en revendiquant l’héritage de Lamarck, que les anglo-saxons condescendent à nous laisser, étant entendu que Darwin est tellement au-dessus de tout ça (« la plus grande idée de toute l’histoire de l’humanité », selon Richard Dawkins, voir mon billet précédent). Ce patriotisme ou chauvinisme, se niche de façon ostentatoire dans les cours de SVT du collège, puisqu’on y enseigne volontiers Lamarck, et jamais Darwin (je parle en connaissance de cause, mes enfants -11ans et 13 ans ½ - ont entendu parler de Lamarck, « découvreur de l’évolution », jamais de Darwin -peut-être suffit-il d'attendre, est-ce que quelqu'un sait en quelle classe on fait Darwin?).
MaupertuisMaupertuis
Cependant, quelques historiens des sciences et quelques touristes des vieux grimoires, dont je fais volontiers partie, savent que ni Darwin ni Lamarck ne sont les véritables découvreurs de l’évolution. Le véritable découvreur de l’évolution est Maupertuis.
Pierre Louis Moreau de Maupertuis est connu des scientifiques pour deux œuvres majeures, la première est l’extraordinaire expédition en Laponie qui lui permit de démontrer que la Terre est renflée à l’équateur et plate au pôle (Nord en l’occurrence). Cette expédition de plusieurs années rendit immensément célèbre Maupertuis et bien évidemment Newton, puisqu’elle permit de clore la controverse entre Cassini et Newton. Cette expédition est indirectement à l’origine du petit roman Micromégas de Voltaire (auquel la Nouvelle Revue Pédagogique consacre le numéro de Novembre 2011, dans lequel j’ai commis un petit article. Le site de la NRP est :http://nathan-cms.customers.artful.net/nathan/revues/nrp/site-lycee/, le numéro "Micromégas" n'est pas encore paru, c'est encore le N°de septembre qui est en ligne).Maupertuis est également célèbre pour l’énoncé du « principe de Maupertuis », suivant lequel les systèmes dynamiques adoptent comme solution, parmi toutes les solutions admissibles, celle qui minimise l’action.
Cependant, vers la fin de sa vie, Maupertuis reconnaît que les systèmes vivants ont quelque chose que les systèmes physiques n’ont pas, et il se lance dans une théorie de l’origine de l’homme, comme cas particulier d’origine des espèces.

Il consacre trois ouvrages à cette question.Ces ouvrages sont, disons-le d’emblée, très misogynes et racistes ; si l’on accepte de fermer les yeux sur des propos qui aujourd’hui choquent, mais qu’il convient de replacer dans leur contexte, et qu’on relit simplement les parties consacrées à la théorie de la génération et des espèces, on est obligé de constater que Maupertuis est l’inventeur de l’évolution et de l’origine des espèces, vers 1745.

Maupertuis consacre une grosse partie de son travail à réfuter les thèses suivant lesquelles la génération est le fruit de la semence mâle uniquement, ou de la semence femelle uniquement, et à réfuter l’idée que les homoncules (ici à gauche, un extrait du livre de Hartsoeker où figure la célèbre image d'homoncule, ratatiné dans le spermatozoïde) sont présentes dans le spermatozoïde, qui contiendrait lui-même en abîme des spermatozoïdes qui contiendraient des homoncules qui contiendraient etc. idée saugrenue qui a eu beaucoup d’adeptes et dont l’auteur n’est autre que le découvreur du spermatozoïde lui-même, le Hollandais Hartsoeker. (Comme quoi, on peut faire une grande découverte, et en tirer des déductions débiles).N’ayant pas perdu toute son énergie à ces réfutations fatigantes, Maupertuis déduit d’un certain nombre d’observations (et notamment de l’existence de noirs albinos), que la semence du mâle et celle de la femelle se mélangent pour former des animaux. Je dirai dans un prochain billet comment il voit le mécanisme de morphogénèse. Cependant comme Darwin, Maupertuis n’a pas besoin du détail du mécanisme, pour avancer l’idée révolutionnaire suivante :-les animaux s’obtiennent par une réorganisation physique du fluide embryonnaire-le fluide embryonnaire s’organise par distribution des parties qui obéissent à des affinités d’adhésion organo-typiques-le mâle et la femelle transmettent de façon héréditaire un « élémens de mémoire » qui est passé dans le mélange à la progéniture, et qui contient l’information morphogénétique. Cette information serait codée dans l’affinité différentielle des éléments du fluide les uns pour les autres, qui réalisent en quelques jours la ségrégation de l’embryon en une somme d’organes et de parties organisées.-les nouvelles espèces se déduisent les unes des autres par des accidents, qui ont lieu au hasard (au « hazard »).-les accidents dans le mélange sont héréditaires, sans exclure une action directe de l’environnement, à la longue (par exemple, dit-il, si on coupe systématiquement la queue, peut-être la queue va-t-elle raccourcir). Maupertuis pense aussi, qu’il faut peut-être plusieurs générations pour que le trait se fixe.-des animaux différents sont distribués suivant des biotopes différents à cause de l’exclusion des uns vis-à-vis des autres : par exemple, les animaux nains seront refoulés dans des contrées hostiles, les animaux plus forts occupant les meilleurs biotopes.-la formation de ces espèces se comprend très bien si on regarde comment les éleveurs sont capables de produire de nouvelles espèces simplement en sélectionnant les animaux.

La seule chose qui manque à Maupertuis, c’est d’expliciter l’idée de l’accroissement exponentiel par la progéniture des animaux les plus aptes. Mais on ne peut pas demander à Maupertuis d'expliciter mot pour mot la même idée que Darwin, dans les mêmes termes. Dans Maupertuis figure : l'origine commune de nombreuses sinon de toutes les espèces et l'apparition de nouvelles espèces à partir d'espèces précédentes; la variation par le hasard, qui survient dans un seul individu ; la propagation des formes par le partage "d'éléments de mémoire" du processus morphogénétique entre le mâle et la femelle; l'augmentation au fil des générations ; la distribution dans les biotopes en fonction des interactions entre chaînes animales ; l'analogie avec la sélection des éleveurs.Tout ceci est rédigé, en un bon français, très drôle, en 1745. Lamarck a UN an, Darwin naîtra dans 64 ans. C’est à lire par exemple sur Gallica.Vénus physique, Dissertation Physique à l’occasion du Nègre BlancEssai sur la formation des corps organisés, P. L. M. de Maupertuis 1698-1759.

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COCORICOOOOO !!!!!!

Article passionnant et bienvenu. Merci.

Comme je le disais (http://www.exergue.com/h/2006-02/tt/h2006-02.html#Darwin)

Il n'y a pas qu'en Amérique qu'on résiste au darwinisme. A paris:

 

ruedarwin.jpg

 

Billet instructif et très intéressant ! merci ! :o)

 

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