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Le jour de la mort (improbable) de Facebook

Ce n'est peut-être pas qu'une tocade. Lorsque vous tapez «How do I...» (comment puis-je...) dans Google, le moteur complète par «delete my Facebook account» (supprimer mon compte Facebook), révélait la semaine passée ReadWriteWeb.

Parts de marché Facebook vs Google, mi mars © Hitwise USParts de marché Facebook vs Google, mi mars © Hitwise US
Et il ne s'agit pas d'une mesure de rétorsion de Google contre le service qui conteste sa suprématie (voir le graphique): la requête était, la semaine dernière, la neuvième question la plus posée sur Google et comporte 31 millions de résultats (plus celui-ci bientôt).

Un résultat plus qu'étonnant, puisque jusqu'alors, la croissance du réseau social semblait aller s'accélérant: 100 millions d'utilisateurs en août 2008 après quatre ans et demi d'existence, 200 millions moins de huit mois plus tard en avril 2009, 300 millions six mois après en septembre, 400 millions le jour de son sixième anniversaire.

Pourquoi ce retour de bâton (qui reste à étayer, puisque selon Fortune, le service aurait encore gagné 10 millions d'utilisateurs en moins d'un mois)? Elles sont légions: parce que les conditions d’utilisation sont abusives («Vous ne fournirez pas de fausses informations personnelles», «Vous mettrez vos coordonnées, exactes, à jour»...), parce que le patron lui-même contourne les garanties de confidentialité, parce que Facebook fournit vos données secrètes aux applications tierces ou parce que, même quand la société veut protéger votre vie privée, elle n'en est pas capable.

Mercredi 12 mai, l'Union européenne a adressé une lettre à Facebook dénonçant les modifications successives du réglement, rappelant que les utilisateurs devaient donner «librement et sans ambiguïté leur consentement» à la publication de leurs données personnelles. «Facebook a réalisé ces modifications quelques jours seulement après une audition avec le groupe de travail (européen). (...) Il est inacceptable que Facebook ait modifié le réglage par défaut sur sa plate-forme de socialisation au détriment des utilisateurs», affirment les représentants de l'UE.

A l'occasion de la présentation de 170 options de confidentalité comprises dans OpenBook, le New York Times s'est d'ailleurs amusé à compter le nombre de mots dans le texte régissant la confidentialité des informations sur Facebook: de 1000 mots en 2005 le texte est passé à 2300 en 2006, à 3000 en 2007, à 5400 en 2009 pour atteindre 5830 mots actuellement, soit 5 fois l'équivalent pour Twitter et 1.300 mots de plus que la Constitution américaine. Un dédale, donc.

Et ceci reste seulement un recensement de bonnes raisons techniques, il y a aussi toutes celles qui ne le sont pas et sont plus ennuyeuses encore...

Gawker liste également toutes les raisons pour lesquelles vous ne supprimerez plus jamais votre compte Facebook, parmi lesquelles: c'est le seul moyen de vous souvenir de l'anniversaire de vos amis, de joindre ceux dont vous n'avez pas l'adresse e-mail, de savoir qui organise une fête. Parce qu'avec Facebook Connect, le compte Facebook est devenu une sorte de signature universelle, authentifiée, vous permettant d'accéder à des services en ligne en deux secondes sans remplir des formulaires sans fin. Ou encore parce que, qui se soucie encore de nos jours de la vie privée?

«Privacy is over», annonce crânement le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, dans une interview. Il est d'ailleurs suffisament sûr de lui pour traiter ceux qui «lui font confiance» en lui confiant leurs adresses, numéros de téléphone, identifiants sur les réseaux sociaux, de «dumb fucks»(traduit dans l'Online Slang Dictionnary par «personne idiote», mais je crois que c'est plus grossier que ça).

«C'est la pire erreur que commettent les nouveaux joueurs de poker: ils surjouent leur main, analyse le blogueur Jason Calcanis. Ils consacrent tant de temps à se demander comment ils peuvent gagner qu'ils oublient toutes les façons qu'ils ont de perdre. (...) Le mois dernier, Mark Zuckerberg, le meilleur des petits nouveaux, a surjoué. Facebook est officiellement hors jeu, ringard» («uncool»).

C'est aussi la conclusion à laquelle sont arrivés trois «people» du Net, la semaine passée: Matt Cutts, responsable de la lutte contre le spam chez Google, Paul Kedrosky financier et chroniquer à CNBC et Peter Rojas, cofondateur d'Engadget qui explique son geste: «1. je suis fatigué de ne pas pouvoir vraiment maîtriser ce que j'accepte de partager; 2. je préfère Twitter; 3. I'm trendy!»

Deux péquins beaucoup plus moyens, Matthew Milan et Joseph Dee, sont passé à l'action et ont décrété le 31 mai 2010 «Quit Facebook Day». 3190 promesses de départ pour l'instant (moins de 1 sur 100.000). Toutes les chances d'échouer, donc, mais une bonne idée: si les utilisateurs ferment individuellement leur compte de façon désordonnée, la mauvaise humeur ne se remarquera pas, si la vague de «suicide» connaît un début de succès, elle peut en entraîner d'autres et amener les patrons de Facebook à reconnaître aux usagers au minimum une cogestion des règles d'utilisation acceptables.

Avant de vous décider, vous pouvez faire un tour sur un tout nouveau gadget, symptomatique lui aussi de ce retournement d'opinion à l'égard de Facebook: ReclaimPrivacy. Il s'agit d'un bookmarklet (vous pouvez le prendre ici

et le placer dans votre barre de favoris). Actionné une fois que vous serez sur votre compte Facebook, il vérifiera l'ensemble de votre paramétrage et vous indiquera les choix qui menacent votre intimité.

 

Une fois la décision prise, comment faire?

Il est possible de désactiver son compte (cliquez ici) dans les paramètres du compte. Le message «vous allez manquer à vos amis» vous tirera les larmes des yeux.

Ne manquez pas de lire que ce renoncement n'est que temporaire et qu'il est toujours possible de se reconnecter avec son adresse e-mail et son mot de passe. Et que cette option ne vous fait en rien disparaître de Facebook puisqu'il faut en plus demander à ne plus recevoir les campagne de mail à venir.

Il existe un autre moyen, plus radical: la suppression du compte (cliquez ici si vous voulez en finir).

Il vous faudra encore taper votre mot de passe et un «catpcha» et cliquer sur deux nouveaux boutons de validation. Le compte ne sera que désactivé pendant 14 jours pendant lesquels vous pourrez toujours revenir sur votre décision. Après quoi, vous n'existerez effectivement plus sur Facebook.

Tous les commentaires

18/05/2010, 10:15 | Par Ginger

Merci pour les liens ^^ et sans être radical, prendre conscience que nos informations peuvent être pillées et retournées contre nous est déjà un grand pas. Peut-on vraiment faire changer la politique de Facebook avec le Zuckerberg toujours aux manettes ?

18/05/2010, 13:47 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Ginger le 18/05/2010 à 10:15

C'est qu'il n'y a pas que des inconvénients à se dévoiler, pour les personnes comme pour le groupe. Ce court article en anglais explique clairement les bénéfices de l'utilisation (raisonnée) des réseaux sociaux et les inhibitions tombent à une vitesse spectaculaire. http://www.1to1media.com/View.aspx?DocId=31350

A la conférence Lift, Bill Thomson, chroniqueur technologie de la BBC estimait que «les utilisateurs de Twitter, Tumblr et Dopplr ou Brightkite partagent plus de données, avec plus de gens, que le FBI de Hoover, ou la Stasi, n’auraient jamais pu en rêver. Et nous le faisons volontairement, en espérant pouvoir bénéficier de toutes sortes de manières de cette transparence sans garantie.» Pour en conclure: «Je soutiens que nous sommes l'avant garde non seulement de nouvelles formes d'organisation sociale mais aussi de nouvelles façons d'être humain».

On peu aussi arguer que les questions de vie privée sont souvent évoquées pour entraver la circulation de l'information. D'ailleurs, comme le disent les adeptes de la vidéosurveillance «si vous n'avez rien à cacher, vous n'avez pas de raison de craindre la surveillance». Innocent

Plus sérieusement, cette prise de conscience est certainement bienvenue, surtout que la contrepartie de cette transparence n'est largement pas à la hauteur de ce qui est cédé. Francis Mizio explique bien cela ici.

Quant à savoir si Mark Zuckerberg est bien l'homme de la situation, je dois avouer que je ne sais pas. J'imagine que s'il y avait effectivement reflux de Facebook, il serait obligé de réagir.

18/05/2010, 16:41 | Par Ginger en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 18/05/2010 à 13:47

C'est pourquoi se demander ce qu'on partage, avec qui, et qui peut récupérer ces données est essentiel. Et raconter sa vie sur un blog peut être tout aussi dangereux, même si l'on a l'impression de contrôler ses informations.

Ce n'est pas non plus nouveau que les entreprises pistent les habitudes et déplacements des particuliers, et pompe un maximum d'information sur chacun (cartes de fidélités, enquêtes de "satisfaction" et diverses analyses de marché), ce qui change c'est que le coût est quasiment nul pour l'entreprise comparé aux bénéfices, car le particulier est heureux de s'exposer et se livrer.

Je serai d'accord avec l'article de 1to1 au sujet de l'effet temporaire de désinhibition, c'est certainement un comportement dû à la nouveauté, qui sera atténué au cours du temps, au profit de la prudence et le discernement.

18/05/2010, 14:24 | Par Esther L

merci pour cet article très intéressant....

c'est curieux l'évolution de Facebook..au début on pouvait tout y voir, tout savoir...et puis progressivment nous avons pris conscience que tout et surtout que n'importe quoi pouvait se se retrouver à la vue de tous sur la toile (des statuts débiles, des photos de soirée trop arrosées...) ...et que cela pouvait être néfaste (recruteur, employeur, petit ami trop curieux et n'ayant pas le sens de l'humour ou simplement "ami" facebook qui apprenait qu'il n'avait pas été invité à telle ou telle soirée)...alors ce fut l'heure de cacher, de bloquer, de filtrer...un peu contradictoire donc avec l'idée de départ...

j'ai viré mon profil twitter, j'ai survécu...

encore un petit effort et ce sera le profil facebook...et je suis déjà certaine que j'arriverai à survivre....et qui sait ça deviendra sans doute l'ultime branchitude de dire "moi, facebook, non...je n'y suis plus...".

 

18/05/2010, 15:28 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Esther L le 18/05/2010 à 14:24

C'est du dernier chic, en effet (mais notons que les dits branchés, prudents, désactivent leur compte Facebook sans le supprimer).

18/05/2010, 16:44 | Par Esther L en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 18/05/2010 à 15:28

Vincent....au cas où...en cas d'addiction trop forte Sourire !

18/05/2010, 14:36 | Par Dominique Conil

Bon, je place en favoris illico, toujours savoir comment se tirer de là, même quand on n'y est pas. Justement, avec cette propagandiste de Christine Marcandier Bry, j'étais au bord de.

19/05/2010, 13:09 | Par Christine Marcandier en réponse au commentaire de Dominique Conil le 18/05/2010 à 14:36

et le respect de ma fonction privée de propagandiste* ? ;)))) Cela dit, je continue de penser que, si l'on suit de près les modifications de paramètres de sécurité (constantes), on arrive à peu près à contrôler ce que l'on diffuse publiquement (photos, en particulier, que je ne partage qu'avec très peu d'amis, proches, et IRL, comme on dit). Quant à savoir ce que deviennent les infos, malgré tout, j'évite d'y penser.

* NB : je fais l'essentiel de cette carrière parallèle (et souterraine) en "propagandant" pour mediapart... et non pour facebook. Mais bon ;)

19/05/2010, 13:12 | Par Christine Marcandier en réponse au commentaire de Christine Marcandier le 19/05/2010 à 13:09

J'ai fait le scan proposé par Mister Web :

"you have blocked all known applications that could leak your personal information"

ouf !

19/05/2010, 16:25 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Christine Marcandier le 19/05/2010 à 13:12

Le directeur des affaires publiques de Facebook, Tim Sparrani, vient d'annoncer une simplification des options: «Nous avons entendu que nos uti­li­sa­teurs trou­vaient que nous étions deve­nus un peu trop com­plexes. Je crois que nous allons tra­vailler sur cela. Nous allons four­nir la pos­si­bi­lité aux uti­li­sa­teurs de régler de façon simple la confi­den­tia­lité selon des pré-réglages, je pense que nous allons voir cela arri­ver d’ici quelques semaines».

De son coté, MySpace (propriété du groupe Murdoch) tente de pousser son avantage : son coprésident précise: «Les dernières semaines ont été marquées par des discussions sur la vie privée des utilisateurs des réseaux sociaux. (...) Nous respectons les désirs de nos utilisateurs d'équilibrer le partage et la vie privée. (...) Nous voulons que nos utilisateurs sachent que nous préparons le lancement d'un réglage simplifié pour les profils de nos utilisateurs. Bien que nous travaillons encore dessus, vu les polémiques récentes, il nous a paru justifié d'informer nos utilisateurs dès maintenant. (...) Les options comprendront l'accès public, aux amis uniquement, ou l'accès public à tous ceux qui ont 18 ans et plus. Le réglage par défaut sera partage avec les «amis uniquement» pour tous ceux qui avaient choisi cette opération auparavant. Les utilisateurs pourront modifier cette option en un seul clic.»

10/06/2010, 18:46 | Par Christine Marcandier en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 19/05/2010 à 16:25

Bon, je n'ai pas fait partie de la vague du 31 mai, poussant les addicts à supprimer leur compte. Mais je n'ai plus de compte facebook depuis hier. Ce que j'ai lu sur Open Graph, les données vendues, les intrusions etc. m'a décidée.

En soi ce n'est pas une info capitale (mon compte FB supprimé I mean), je le signale simplement en réponse au commentaire supra de Dominique.

18/05/2010, 15:36 | Par TOMBURT

AhAHAHAHA je n'avais pas encore fait le lien entre Vincent Glad que j'ai connus depuis l'émission d' arret sur image et Vincent Truffy que je lis depuis un bout de temps sur médiapart. Cela me rassure sur ma cohérence.

Merci pour l'intégrité des articles traitants de ce monde nouveau (le web) ou beaucoup ne se rendre pas compte des limites de leur communication et du traitement de celle ci en données, ainsi que de l'archivage qui peut être fait à leur insus ou presque.

A+ :p

18/05/2010, 15:46 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de TOMBURT le 18/05/2010 à 15:36

Non non, nous sommes bien deux personnes différentes, mais je suis bien content que Vincent Glad assure ma promotion sur Twitter.

Il me signale qu'il vient de mettre en ligne un article sur le même sujet (avec des arguments un peu différents) sur Slate.fr lisible ici

J'en retiens notamment ce jugement d'Eben Moglen:

«M. Zuckerberg a atteint un record peu enviable: il a fait plus de tort à la race humaine que n'importe qui à son âge. Tout ça parce qu'il s'est dit un vendredi soir “tout le monde a besoin de se faire baiser” et qu'il en a fait une machine à dégrader la personne humaine et qu'il y est parvenu au prix d'un minable échange services gratuits contre vie privée. (...) Je ne veux pas dire que cela devrait être illégal; ça devrait être obsolète: nous sommes des technologues, nous devons remédier à cela.»

18/05/2010, 15:36 | Par R2

Je me suis désinscrit de Facebook comme décrit il y a plusieurs mois.

Pas de sueurs froides, nulle angoisse ("Mais que fait Mickael EN CE MOMENT à Singapour???") et aucun syndrome de manque au final.

Je dois passer pour un plésiosaure mais mes amis je leur passe un coup de fil de temps en temps, je n'éprouve pas le besoin de savoir tout ce qui leur passe par la tête et qu'ils inscrivent sur Facebouc et je les rencontre EN VRAI!

Ringard non?

18/05/2010, 16:34 | Par Vivre est un village

Pour moi Facebook est déjà mort car republier les articles de Mediapart en citant sa source est intolérable pour Monsieur Facebook comme lui a été intolérable qu'au nombre de mes amis facebook (traduction française liens sociaux) apparaissent des nom célèbres...

18/05/2010, 16:38 | Par Vincent Truffy

Fin 2009, un duo italien avait lancé un site Web nommé Seppukoo (c'est-à-dire, ce que l'on nomme habituellement le hara-kiri). Il proposait aux volontaires de les aider à quitter Facebook en créant une page commémorative de votre présence sur Facebook, d'envoyer un message d'adieu à vos «friends» et même de «réseauter» en incitant vos relations à vous imiter.

Devant le (petit) succès du site, Facebook a envoyé un courrier menaçant le duo de poursuites judiciaires.

18/05/2010, 17:17 | Par Sylvain Manyach

Ouiai, n'empêche que Médiapart aussi est sur FB. Que l'avenir est aux réseaux sociaux (y compris dans le milinatisme) avec ou sans FB. Qu'il s'agit d'un fantastique outil que même les institutions développent.

19/05/2010, 11:48 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Sylvain Manyach le 18/05/2010 à 17:17

Streetpress a publié fin avril 2010 un comparatif des pages Facebook des sites d'information, que l'on peut trouver ici

http://www.streetpress.com/sujet/548-facebook-100-000-fans-mon-site-dinfo-et-moi-et-moi-et-moi

19/05/2010, 10:36 | Par Pierre RATERRON

Article et analyse très intéressants. Le malentendu vient, sans doute de la dénomination de Facebook que l'on considère à tort comme un " réseau social", alors qu'il n'est qu'un réseau " sociétal" avec ( comme dans la société) le pire et le meilleur. Sur Facebook, il faut " maîtriser" son "mur", sinon il devient le panneau publicitaire ou de promotion de tous vos " nouveaux amis"... Par ailleurs, de véritables amis ou des parents proches ne correspondent plus avec vous que par Facebook.... Le mail ou le portable sont considérés comme obsolètes et l'on vous impose des "chats" d'une indigence abyssale...

Heureusement, existe aussi la partie militante, mais parfois elle inonde au lieu d'essayer de convaincre...

Quant aux références MDP, en ce qui me concerne, elles y figurent toutes.

19/05/2010, 12:43 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Pierre RATERRON le 19/05/2010 à 10:36

Intéressant. Admettons qu'un site de réseau social soit un site qui tente de formaliser des interactions (amicales, professionnelles, culturelles, etc.) entre des individus ou des entités (puisqu'on y trouve aussi des entreprises, des associations et même des causes). Que serait alors un réseau sociétal?

19/05/2010, 15:42 | Par Pierre RATERRON

Un réseau "sociétal" reproduit en communauté toutes les caractéristiques de la société anglo-saxonne avec ses tics, ses mondanités et quelques bonnes initiatives. Gardons à l'esprit que Facebook est basé sur la " community", l'un des fondements de la société américaine : extrême bienveillance et attention dans l'accueil, utilisation immédiate des prénoms, émerveillement pour des riens, mais superficialité des relations qui répond à un véritable dogme: ne pas déplaire aux membres de sa community,car en être rejeté est considéré comme une honte, presque comme une tare. Et cela dans toutes les couches sociales.

Bien sûr, celles et ceux qui s'extraient et militent pour l'indépendance de l'individu et sa libre expression sont, heureusement,un peu plus nombreux chaque jour. Mais ils sont mal vus de la société moyenne américaine qu'elle soit afro-américaine, d'origine mexicaine, porto-ricaine, indienne ou americaine "blanche".

Facebook est le réseau idéal pour se faire très rapidement des " friends" sans conséquence ( il existe m^me un groupe qui paient pour celui ou celle qui aura le plus de friends sur un mois...). Toutefois, je suis d'accord que bien employé, ce réseau peut servir des causes, mais ce n'est pas la généralité.

Bien cordialement

 

19/05/2010, 16:35 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Pierre RATERRON le 19/05/2010 à 15:42

La notion de groupe et de fan page peut-elle être comprise comme une façon d'accentuer ce phénomène communautaire en facilitant des regroupements par intérêt (au sens très très très large: je vois qu'une personne que je connais vient de rejoindre le groupe «j'ai collé un autocollant “bébé à bord” sur la porte de mon congélateur»)?

Cette appartenance «molle» (relations peu impliquantes, se limitant souvent au «poke» et au congratulations annuelles pour l'anniversaire) remplit-elle une fonction phatique, c'est-à-dire de maintien du contact hors de tout objet à exprimer?

Comment passer, dans le virtuel, à une construction sociale plutôt que sociétale?

19/05/2010, 14:25 | Par Axel J

Pour moi Facebook est une grande brasserie sympathique où tout le monde rigole et parle fort à la cantonade de choses frivoles et sans importance.

Pas moyen d'y garder quoi que ce soit de secret ni de tenir quoi que ce soit de construit ni de sérieux:

Ce n'est pas l'endroit pour cela.

 

C'est pourquoi je ne me pose pas la question de quitter, de me sentir piégé ou je ne sais quoi, puisque de toutes façons c'est juste un bar, grand ouvert h24, et très fréquenté.

19/05/2010, 16:39 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Axel J le 19/05/2010 à 14:25

Sauf que précisément, le bar est tenu: ceux qui commencent à se dévêtir sont rhabillés et les ivrognes braillards éconduits (normalement). Sur Facebook, il y aurait plutôt une délectation dans la communication de l'intime et de l'anecdotique.

20/05/2010, 11:21 | Par Cendrine Cazenave en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 19/05/2010 à 16:39

il y aurait plutôt une délectation dans la communication de l'intime et de l'anecdotique.

voilà qui est fort bien formulé Monsieur Truffy :)

 

19/05/2010, 17:05 | Par Pierre RATERRON

Très juste, Vincent Truffy etc'est cette " extra-confidentialité" qui provoque l'inflation de la relation et du " friend". Contrairement à ce que la société marchande veut nous faire croire ( pour provoquer demandes et besoins...), le virtuel ne remplace pas l'imaginaire et , comme le numérique, ce n'est qu'un moyen.Donc, vous retrouvez dans le virtuel tous les aleas, avatars que vous avez dans la société, à la précision près, que tout va beaucoup plus vite.... Si vous voulez construire un " corpus social", quelqu'il soit dans le virtuel, il faut auparavant le construire " en vrai". Le réseau est alors utile à condition que l'adhésion à ce réseau soit la conséquence d'un désir d'engagement dans la vie.

Sinon, se connecter et réunir pour se réunir, vous en avez un excellent exemple dans les "Apéritifs Facebook" ...

J'espère avoir répondu à votre question.

20/05/2010, 00:41 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Pierre RATERRON le 19/05/2010 à 17:05

Les apéros Facebook sont en effet symptomatique de prolonger dans le réel et à ingérer presque la relation commencé sur des bases beaucoup plus floues en ligne. Ca ne veut pas dire que ce genre de rassemblement avec des gens qu'on ne connaît pas n'existaient pas auparavant, sinon il n'y aurait pas de boîte de nuit, de bars, de concerts, de tribunes de supporters et autres moments de catharsis plus ou moins organisés.

Mais il y a l'idée (fausse, on le voit bien) que le rassemblement sur Internet est sans conséquence, alors que la vie réelle comporte un minimum de risque (une mauvaise rencontre, un coup perdu, un voisin un peu pressant...).

21/05/2010, 17:59 | Par Vincent Truffy

Selon un article publié par le Wall Street Journal, Facebook, MySpace, LiveJournal, Hi5, Xanga et Digg transmettent à leurs annonceurs des données permettant de vous identifier même si leur charte promet de ne pas transmettre ces renseignements.

23/05/2010, 19:10 | Par Vincent Truffy

Le magazine Time aussi s'y intéresse...

23/05/2010, 21:30 | Par Dominique Conil

En effet, l'est très redéfini, le privé, ces temps-ci...

Donc Vincent Truffy, que peut-on penser de Diaspora, ce nouveau réseau social entièrement protégé lancé par un groupe de l'université de New York, qui se présente comme une alternative "citoyenne" à Facebook ?

24/05/2010, 11:53 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Dominique Conil le 23/05/2010 à 21:30

Je ne sais pas si je peux couvrir toute l'étendue de ce que l'on peut penser de Diaspora (Clin d'oeil), mais je peux écrire ce que j'en pense.

Pour ceux qui ne savent pas ce dont il s'agit, lemonde.fr a publié un article synthétique sur le sujet, le NYT un autre plus complet.

Donc: 170.000 dollars levés, promis par 4.600 généreux donateurs il y a une semaine de cela. C'est beaucoup, surtout pour quelque chose qui n'a pas encore le début du commencement d'un départ de réalisation. C'est enthousiasmant, mais ça fait un peu «bulle Internet».

Sur le fond: le code ouvert, le réseau décentralisé. C'est beau, c'est une assurance contre les abus de pouvoir éventuels. Dans les faits, ça pose un petit problème de considérer que chaque utilisateur est (potentiellement) un mini-Facebook à lui tout seul, qui doit héberger les données, les indexer en temps réel, faire tourner les applications, payer la bande passante (oui je sais, votre FAI vous promet un débit illimité, mais il ne le fera pas longtemps si cette pratique se développe)... On est dans le cas du peer-to-peer, mais à une échelle de masse (ou alors il faut émietter les réseaux ce qui réduit l'intérêt).

On lit aussi que les annonceurs ne sauront pas à qui s'adresser, mais il faut imaginer que l'on serait dans un rapport proche de l'économie du don (avec réciprocité), plus que dans un modèle économique classique. Mais comme dans le P2P, on y trouvera probablement aussi des spywares (logiciels espions) ou des adwares (pareil pour la pub) qui permettront à ceux qui investissent de se refaire.

Bref: politiquement, c'est parfait. Il reste probablement deux ou trois réglages pour que ça fonctionne.

27/05/2010, 10:09 | Par Vincent Truffy

Sous la pression, Facebook a simplifié son paramétrage. Voici une petite vidéo explicative (en anglais hélas, je cherche l'équivalent en français)

The Register n'y a pas entendu que des bonnes choses, notamment le fait que l'utilisateur va devoir prouver les liens qu'il établit.

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