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De l’idée de banque

Le système bancaire est au coeur de la tourmente qui agite l’économie occidentale depuis 2008: Les modalités de contrôle du secteur bancaire et notamment de l’activité spéculative, qui avaient été mises en place suite aux crises bancaires de 1907 et 1929, disparaissent à partir des années 70 et le monstre spéculatif refait surface dans les années 80 avec les produits dérivés. Le système fractionnaire, permettant aux banques de prêter plusieurs fois plus que ce qu’elles détiennent en dépôt, associé à la recombinaison en 1999 (fin du Glass-Steagall Act) des activités de détail (dépôts et prêts) avec les opérations purement financières (titrisation) a conduit le système bancaire à la folie spéculative et à une gestion profondément opaque voire malhonnête.

Pire encore, le contrôle de nombreuses monnaies fut dans le même temps donné aux banques, celles-ci se retrouvant dans la situation extraordinaire de pouvoir prêter de l’argent qu’elles n’avaient pas (via le système fractionnaire) à un “client” a priori sans risque (l’Etat) afin d’en récupérer ensuite l’intérêt (via l’impôt) aux frais de l’ensemble de la population. Plus belle opération de racket, tu meurs.

Certes, l’argument de l’époque pour sortir la création monétaire du contrôle étatique semblait recevable: si les gouvernements se servent de la planche à billet pour compenser une gestion financière irresponsable, le résultat ne peut qu’être une inflation galopante – et c’était assez bien le cas à l’époque. Mais il eut fallu attaquer le problème à la base plutôt que de transformer le système financier en grand prédateur du monde.

Revenons-en à l’idée de banque: initialement privées (les fameux Lombards…) puis presqu’un commerce comme les autres jusqu’au début du XXème, les banques furent ensuite fortement régulées car reconnues responsable de la crise de 1929. Aujourd’hui, si on parle des pays en crise (USA et de l’Europe), nous avons une palanquée de grandes banques privées qui font tout (et n’importe quoi) et des liens vers des “banques centrales” très particulières: la Fed aux USA qui n’est qu’un consortium de banques privées et qui, pour l’essentiel, dicte sa volonté au gouvernement américain; de l’autre côté la BCE, sorte d’entité virtuelle déconnectée de toute représentativité démocratique dont la tâche première est le contrôle de l’inflation et dont personne ne sait, au juste, ce qu’elle peut vraiment faire.

Si le constat est que le système financier actuel est dangereux pour les 99% des habitants qui y sont soumis, ce pour la très simple raison qu’il ne fait que servir les intérêts du 1% qui le contrôle, comment le modifier pour qu’il serve les intérêts des 99%? Un exemple très intéressant est celui de la banque du Dakota du Nord (Bank of North Dakota, BND), la seule banque américaine d’Etat. Fondée en 1919 par un vaste mouvement contestataire agraire qui refusait le diktat des banques de New York, elle servait alors comme aujourd’hui à financer des programmes de développement industriels locaux. La banque elle-même est financée par l’Etat du Dakota du Nord car elle reçoit l’ensemble des revenus fiscaux de cet Etat, dont elle investi une partie sous forme de prêts. La banque gère par exemple un large fond de prêts pour les étudiants. La BND, statutairement, n’est pas en compétition directe avec les banques privées: elle participe au financement des banques privées et à de nombreuses opération conjointes par exemple en matière de prêts immobiliers. La BND n’a quasiment pas investi dans les produits dérivés et est actuellement en excellente santé, tout comme l’Etat du Dakota du Nord qui, pourtant encore très agricole et avec une population de seulement 600 000 âmes (très similaire à la Saône-et-Loire en fait..) n’a pas de problème financier.

Une autre approche, à visée différente mais également dans le but de se désolidariser du système bancaire traditionnel, est la banque “peer-to-peer” (P2P) mettant en relation via des sites internet des prêteurs et des emprunteurs. L’activité bancaire se limite alors à définir le risque du projet et le rating du débiteur. Ce système existe en France dans le cadre d’opérations de micro-crédit (par exemple le site Babyloans) mais il explose dans les pays anglo-saxons via des services tels Prosper et LendingClub (Prosper compte plus de 1 million de membres et 282 millions de dollars de prêts en cours pour des valeurs de prêts comprises entre 2000 et 25 000 USD). Certes ce modèle comporte certains risques de défaut de remboursement et implique des taux d’intérêts relativement élevés mais il permet de contourner l’actuelle frigidité du secteur bancaire officiel. Un problème majeur est le calcul du rating (niveau de risque) du débiteur sans s’immiscer dans sa vie privée. De par l’essor de ce marché du “citizen banking”, des techniques sont en développement pour permettre de faire des analyses statistiques sur les mouvements financier d’un débiteur sous forme cryptée, c’est-à-dire sans que l’analyste ait accès à la nature réelle des mouvements.

Le cirque public actuel sur l’austérité et la “règle d’or” ne sont de toute évidence qu’effets de manche pour éviter de s’attaquer au vrai problème: mettre la monnaie au service des populations plutôt que les populations au service des banques. Quitte à avoir des monnaies locales en parallèle avec le système international, et/ou des banques publiques locales de type BND mais dans tous les cas l’urgence est de sortir de la spéculation massive. La leçon avait été apprise voici un siècle, puis oubliée mais Aristote déjà conspuait les spéculateurs (ce qu’il nommait la chrématistique) car il avait bien compris leur effet dommageable sur la “vraie” économie. Sur ce plan, rien n’a vraiment changé en 2 300 ans.

Billet en accès libre sur http://www.rhubarbe.net/

Tous les commentaires

Bonsoir Annie,

A noter qu'il existe aussi aux USA des banques coopératives régionales, on peut en savoir plus via ce site: http://www.cuna.org/newsnow/11/wash110811-2.html

Le 5 novembre dernier une belle opération citoyenne appelée Bank Transfer Day a fait ouvrir 40 000 nouveaux comptes dans ces banques, au dépends des banques classiques.

Bonsoir Samines, moi aussi donc un peu de pub ca peut faire du bien hein! :)

Absolument Sourire

Bonjour tous les deuxSourire

Je suis allé rapidement voir le site de Babyloans, je n'ai pas su trouver le taux d'intérêt auquel sont accordés les micro-crédits aux emprunteurs.

J'ai bien compris qu'il n'y avait pas d'intérêt servi aux prêteurs, c'est le fondement du système, mais il est dit qu'il y a un taux d'intérêt. Il permet je suppose de financer l'administration et la dynamique du système.

Salut Jean-Claude,

Les taux d'intérêt sont élevés (entre 10% et 30%) car calculés sur de très petites sommes et sur de courtes durées, et aussi en partie du fait de l'inflation plus importante de nombreux pays dits en développement. C'est le problème du micro-crédit: le contexte impose des taux élevés, sauf dans certains cas ou les crédits sont adossés à des banques classiques qui utilisent le micro-crédit comme vitrine "citoyenne".

Hello JC et Vincent :-)

 

Pour continuer le commentaire de Vincent, je dirais que cette micro-finance, en tant que partie prenante d'un certain versant de l'ESS, sont à mon avis un passage entre la logique BOP (sometoute d'abord adossée à un indispensable investissement de grands groupes industriels) et une économie de contribution, cette fois-ci définitivement débarrassée de toute logique capitalistique et consumériste.

Tout ce montage bien décortiqué est tès clair, mais avez vous remarqué qu'aucun média télé ou radio ne vient , comme vous le faites ici confidentiellement, nous apporter cet éclairage dans la pédagogie de la dette? On nous passe en boucle ,depuis des mois, Daniel Cohen , Philippe de Sertine etc...(certes joli garçon, bien propre sur lui, pas suffisant pour le laver de tous soupçons d'addiction au capitalisme financier), ils veulent nous faire plier comme devant un inéluctable fléau divin.Il suffirait de les remplacer en prime-time par notre Pr Lordon, qui nous expliquerait simplement que ce n'est pas une crise de la Dette mais de la Recette avec un système bancaire pervers qui nous mord la queue , au profit d'un pour cent de la population mondiale portée par les politiques libérales mises à son service. Il est sûr que la pauvreté à ceci de supérieur à la richesse , elle se multiplie plus vite et prendre tout aux pauvres est une source croissante de richesses dont les riches ne peuvent faire l'économie quand ils font une "Crise"!

humour_speculation_famine.png

 

Je sais que ce n'est pas beau de faire de l'auto-promotion mais ceci pourrait vous intéresser: http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-verschoore/160510/letat-predateur

Merci Vincent , j'avais lu vôtre billet, effectivement le concept de société des loisirs face à la société industrieuse met très clairement l'évidence d'un fonctionnement social organisé autour de ses deux pôles qui ne peut perdurer que si l'état politique favorise , cautionne et éllabore les conditions légales et structurelles de ses modalités d'exercice. Il semble donc évident qu'aucun mouvement qui propose un autre systéme d'organisation sociale , ne peut s'éxonérer d'un projet politique autre ,dont l'état serait l'autorité qui en conditionnerait l'exercice.

" La théorie des droits naturels de propriété fait de l'effort productif d'un individu autosuffisant et isolé, la base de la propriété qu'on lui attribue. Ce faisant elle oublie qu'il n'y a ni isolement ni auto-suffisance de l'individu. Toute la production est, en fait, une production grâce à la communauté, et la richesse n'est telle qu'en société. " The American Journal of Sociology, novembre 1898." Veblen.

Il serait temps de repenser la place et la gestion de l'humain dans sa perspective de survie en partant de l'intêret collectif vers l'intêret personnel , plutôt que l'nverse qui nous structure depuis trop longtemps, cela suppose un état exemplaire qui fasse de la "solidarité" le principe de base de la validation politique en place de la dynamique du "tout à l'égo " du principe de prédation capitaliste.

Bonjour Espoir,

Le but de toute politique devrait être de palcer l'intérêt collectif au centre, mais encore faut-il avori un accord sur ce qu'est l'intérêt collectif. Est-il la mise en oeuvre d'une certaine vision du monde partagée par une majorité à un instant donné, ou la possibilité que s'expriment totues les visions du monde? Dans le premier cas cela mène à une concentration du pouvoir avec une tednance à l'uniformisation et à l'égalitarisme, dans le second à un e parcelisation et une grande hétérogénéité sociale. Déjà là, c'est pas simple...

Bonjour Vincent, ce barrage fait entre la sordide réalité de la finance et des très grandes entreprises / et le marasme où nous plongeons, est un vrai crime.

De plus en plus, sur le terrain, les collectifs qui se montent, par exemple, sur le devenir du service public (ex : la santé, l'éducation), font un travail d'éducation populaire sur ces liens évidents. C'est un travail de fourmi, mais il ne faut pas cesser.C'est la seule façon de faire surgir le sujet.

Je rappelle aussi le travail du CADTM (Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde) qui n'est plus seulement un travail sur le tiers mondes ....

 

Bonjour Marielle,

 

Oui le CADTM fait un gros boulot d'audit des dettes publiques. J'avais interviewé un représentant du CADTM qui expliquait bien leur action (voir lien ci-dessous, à partir de 05:20) http://rhubarbe.net/blog/2011/10/07/les-peuples-avant-la-finance/

Ce même C.A.D.T.M. a démontré que banques privées et banques centrales sont elle-mêmes au service du 1% de la population mondiale qui continue à s'enrichir considérablement pendant que le reste continue à s'appauvrir. Consultez le site "Audit.org". Lien sur le site "Là-bas.org" ou sur la page web de France Inter, l'émission : "Là-bas-si-j'y-suis".

Salut Vincent,

Quelques éléments pour étayer ton billet:

  • Sur les 1600 milliards de notre dette publique, le capital emprunté est de 300 milliards et le montant des intérêts est de 1300 milliards.
  • Quand une banque commerciale emprunte 15 à une banque centrale, elle en prête 100. L'essentiel de la création monétaire se fait donc par la dette.
  • Il en découle que le système actuel ne peut continuer à fonctionner que par l'émission de nouvelles dettes.
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