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STADE TOULOUSAIN Les Saisons du Changement.

 

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Club le plus titré d’Europe, club le plus titré de France, club comptant le plus d’internationaux, le Stade Toulousain n’a plus grand-chose à démontrer si ce n’est sa ténacité et sa longévité. Nid d’internationaux et club formateur de grands joueurs, le Stade n’a de cesse de produire du jeu, l’un des plus beaux jeux qu’il soit donné de voir en Europe à l’heure actuelle. Il est le club en France qui fournit le plus de joueurs au XV de France, ils seront cette année neuf à défendre le drapeau tricolore en Nouvelle-Zélande.

Oui mais voilà. A l’heure où le Rugby s’ouvre au grand public, au moment où les budgets prennent le pas sur les hommes, le Stade change. Il s’acclimate, s’accroche à sa place de leader, tente de garder ses valeurs, celles qui ont fait de lui le plus grand club d’Europe, mais lâche certains préceptes au nom de la compétitivité. Entre précipitation et changement de politique, le club Rouge et Noir ne risque-t-il pas de perdre son âme ?

Eléments de réponse.

 

Ces dernières années de Top 14 ont vu le Rugby se transformer peu à peu.

Transformation des clubs qui ont vu leurs budgets exploser avec le sponsoring et la pub, « athlétisation » des joueurs, avec un physique type auparavant assez tranché entre les différents postes désormais beaucoup plus uniforme. Exit les ailiers gringalets et les gras piliers fainéants à la course, désormais les trois-quarts dépassent la centaine de kilos et on court en première ligne le cent mètres en moins de douze secondes.

A l’image des budgets, les joueurs ont doublé de volume. Et on en a vu des ligaments et des tendons ne pas supporter la gonflette. Des genoux qui lâchent à peine entrés sur le terrain, plus terrassés par la salle que par les tours de terrain.

Terminé l’amateurisme et le recrutement sur le pouce, désormais place aux internationaux de tous poils , mais plus seulement chez les gros. Le moindre promu de pro d2 en top 14 n’espère pas survivre sans quelques grands noms du rugby mondial.

C’est à celui qui aura les plus gros devants, les plus vifs derrière, qui fera parfois le plus gros chèque pour avoir le plus gros nom dans la compo sur canal.

Alors bien sûr, plus gros budget depuis des années avec près de 30 millions d‘euros pour la saison en cours, tout cela n’est pas nouveau pour le Stade Toulousain, qui n’a pas vraiment à s’acclimater me direz-vous.

 

 

Seulement voilà, s’il était compétitif de par sa composition, son banc qui représente à lui seul une seconde équipe d’internationaux ne suffit plus. Maintenant que les équipes montent d’un cran dans la course aux titres, il faut trois équipes d’internationaux en une. Il devient du coup plus dur pour les vieux de la vieille de s’éterniser sur le terrain d’Ernest Wallon et aux plus jeunes d’y entrer comme titulaires. Et puis se payer les meilleurs, ça a un coût, même pour les plus riches. Alors tant pis pour les anciens aux prétentions salariales trop élevées ramenées au rendement ou à l‘âge, ils seront remplacés, même les meilleurs. Ils sont une bonne dizaine à quitter le Stade cette année. Jamais leur nombre avait été aussi grand.

Pour Cédric Heymans parti pour Bayonne, Fred Michalak pour l’Afrique du Sud et David Skrela pour Clermont, c’est la fin d’une longue histoire. Idem pour Benoît Lecouls, en partance lui aussi pour l‘Aviron bayonnais. Amer, Skrela qui n’est pas tombé d’accord avec Bouscatel et les dirigeants du club, a ponctué sa signature dans son nouveau club d’un « Si on m’avait dit que j’allais signer à l’ASM… » qui en dit long. Un autre nom du stade en partance, c’est Virgile Lacombe. Le talonneur pourtant très talentueux sait qu’il n’aura pas sa place de titulaire tant que William Servat dit La Bûche, l’un des meilleurs joueurs au monde à jouer numéro 2, sera là. Vernet-Basualdo quant à lui n’est tout simplement pas reconduit aux vues de ses prestations sportives. Plus surprenant, c’est Byron Kelleher, lui qui en trois saisons a fait plus que plus pour cette équipe , lui qui a amené son talent et qui l’a menée à la victoire tant de fois, n’a pas été reconduit. Pour Guy Novès, il s’agirait d’un mauvais investissement « Il aura 35 ans après la coupe du monde et même si on tient à Byron, on a jamais gardé un joueur de cet âge aux conditions qui lui sont proposées par d’autres. » en référence à une proposition de Bayonne toujours, un temps symbole de ces nouvelles équipes en quête de la plus belle photo de groupe, qui proposait au Bison un contrat de deux ans à hauteur de 450.000 euros par an avec évolution vers le staff.

 

 

Tout aussi inquiétant que les départs d’anciens, les jeunes espoirs auraient moins de place en équipe première qu’auparavant, avec parfois une préférence au recrutement extérieur. C’est le cas de Rémi Lamerat qui évolue au poste de centre, et à qui a été préféré Caucaunibuca. Rémi Lamerat a néanmoins pu rebondir au Castres Olympique, une autre équipe en forme du Top 14.

Pour ce qui est des autres départs, il ne s’agit ni plus ni moins de joueurs de passage comme Vilimoni Delasau qui devrait signer à Brive et qui avait pourtant fait une bonne saison, ou encore de Pierre-Gilles Lakafia, frère du tout nouvel international biarrot Raphaël Lakafia, qui a passé la saison à couper les citrons, avec une titularisation seulement .

On sent malgré la bonne saison de Toulouse un tâtonnement dans la gestion du club, une précipitation dans les choix sportifs.

Ainsi le départ de Lamerat sonne faux au regard des performances en dent de scie d’un Caucau en fin de carrière, et l’arrivée de l’ouvreur argentin Vergallo qui ne joue déjà quasiment plus apparaît comme un obstacle au temps de jeu de la relève du centre de formation que représentent Jean-Marc Doussain et Nicolas Bézy.

 

 

La saison fût marquée par d’autres difficultés.

L’installation de J-B. Ellisalde comme entraîneur des arrières semble compliquée et inachevée. La transition traîne en longueur. Ami des joueurs pour avoir tout partagé sur les terrains et en coulisse avec eux, d’un tempérament tranchant avec celui de Guy Novès et Yannick Bru, on a du mal à croire à son coaching. Il n’est pas à l’aise dans son nouveau rôle et ça se voit. On peut cependant aisément imaginer qu’il deviendra avec le temps un grand entraîneur, sa vision du jeu et sa combativité étant déjà démontrée.

 

 

Symptôme d’un changement malvenu ou dommage collatéral important, c’est le départ en mars 2011 de Claude Hélias, numéro deux discret du club depuis 1994. L’expert comptable pérennisait les comptes du club et a largement contribué dans l’ombre à installer le Stade parmi les poids lourds. « Je ne souhaite pas m’exprimer sur le sujet et surtout ne pas polémiquer » a-t-il confié à La Dépêche, avant d’assurer qu’il resterait un supporter de l’équipe quatre étoiles.

Cette saison encore, sans sourciller les hommes de Guy Novès ont su rester solides toutes la saison, avec une belle demi-finale à venir contre le champion de France en titre. Mais la saison prochaine, avec le départ de plusieurs joueurs cadres, qu’en sera-t-il ?

 

 

En ce qui concerne le recrutement, le Stade Toulousain a procédé comme à son habitude: une part de montée de l’équipe Espoir avec Bézy, Doussain et Boukerou, une petite part de pioche en pro d2 avec Matanavou, ailier Montois meilleur marqueur de son championnat, la venue de Beauxis du Stade Français pour ce qui est du top 14, et les venues des internationaux All Black, Wallabie et Sprinbock respectivement Luke McAllister, Luke Burgess et Güthro Steenkamp, élu meilleur joueur en Afrique du Sud pour l’année 2010.

Pour ce qui est des bonnes surprises le Stade une fois de plus ne nous aura pas déçu.

Et le fait que ses joueurs se battent jusqu’au bout, quoi qu’il leur arrive, où que les mènent leur carrière montre au moins une chose: le Stade est et restera une grande équipe.

Vincent A

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