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«L'aventure incertaine»
C'est le trés beau titre de l'un des meilleurs livres inspirés par la Résistance*. Nous le devons à Claude Bourdet ,bras droit d'Henri Frenay à la direction du mouvement "Combat". Voici en quels termes il rapporte l'arrivée d'Albert Camus à la rédaction-en-chef du journal "Combat" : "C'est ainsi que, un jour de janvier 1944, je fis sa connaissance. Il me plût immédiatement, notamment par son extrême réserve, ce refus de toute emphase, cette sincérité appliquée qui semblait s'exercer constamment dans le langage, même dans les réflexions les plus banales. Je revois encore l'espèce de demi-sourire en biais avec lequel il m'écoutait, intimidant et pourtant sans insolence."
Claude Bourdet, qui avait participé le 27 mai 1943, au 48 de la rue du Four à Paris, à la première réunion du Conseil National de la Résistance présidée par Jean Moulin, a été arrêté puis déporté. A son retour, il fonda "L'Observateur" qui fût le grand magazine de gauche porteur du message du CNR...
Lorsque je l'ai rencontré, au début des années quatre-vingt, il me faisait part de sa désillusion : "Ce qu'il y a de meilleur a été fait dans le grand élan de l'après-libération ; après cela est venue la lente reconquête des forces que nous avions cru mettre définitivement dans l'incapacité de nuire. C'est pourquoi tant d'entre nous se désolent, allant jusqu'à se demander avec une indignation oublieuse "Fallait-il donc le faire ?" Au fond d'eux- mêmes, ils savent bien qu'il fallait le faire et que, de toutes façons, ils l'auraient fait.
Mais cette indignation n'est pas feinte et rejoint le sarcasme des jeunes générations qui, elles aussi, s'indignent, ou bien se moquent, devant la société que nous leur laissons."
L'aventure incertaine est l'aventure de la gauche déboussolée par le plan Marshall, puis par les guerres coloniales, puis par ce boom de la consommation des "trente glorieuses" qui l'a contrainte à co-gérer le capitalisme. L'aventure incertaine, c'est l'aventure de la France arrimée à une Europe libérale, condamnée à être à la remorque de l'Allemagne**; l'aventure incertaine d'un Parti socialiste plombé par le mythe d'une Europe des peuples, d'une Europe sociale issue des rêves de ses pères fondateurs...
C'est pourquoi le grand message humaniste d'Albert Camus me semble toujours d'actualité.
* paru en 1975 chez Stock, avec en sous-titre :"De la Résistance à la Restauration"
** au point où on en est, on va sans doute finir par réhabiliter Pierre Laval qui souhaitait une Europe à domination allemande !
NB/à l'attention de mes détracteurs :
Je ne suis ni chevènementiste ni mélenchoniste. Afin de justifier mon pseudo, j'essaye de rester fidèle à ma parentèle : je suis un socialiste libertaire. (Mon drapeau est rouge-noir-vert comme celui du regretté Velveth)


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l'aventure incertaine d'un Parti socialiste plombé par le mythe d'une Europe des peuples
Chateaubriand aussi rêvait de cette Europe des peuples (mémoires d'outre-tombe), or il était loin d'être socialiste. Beaucoup de malentendus et d'espoirs déçus, mais bon tout de même presque 70 ans de paix dans une grande partie de ce continent...
Il ne faudrait pas que ce désir de paix (tout à fait légitime) devienne un alibi pour l'extension de l'austérité et de la misère...
Ce n'est pas un traité qui empêche les guerres .
Je vous recommande de lire l'excellent article de Aude Lancelin, intitulé "Le vrai Camus", publié dans le dernier numéro de "Marianne". Il manquait une connection pour que l'écrivain apparaisse vraiment comme le parrain des "indignés" : Claude Bourdet nous la fournit, ainsi qu'Henri Frenay (pour l'édification des Etats-Unis d'Europe, une Europe des peuples, fédérale)
Dans ses Carnets, Camus emploie la formule "Europe des esprits". Pour moi tout est ramassé dans ces simples mots.
Pour alimenter sa réflexion, feuilleter aussi l'excellent "Dictionnaire ALBERT CAMUS" sous la direction de Jeanyves Guérin ( Robert Laffont- Bouquins - Paris Novembre 2009)