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Le sang des nations
Lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 28 octobre 1966, le général de Gaulle a prononcé cette petite phrase qui devait devenir célèbre : «La politique de la France ne se fait pas à la corbeille». En 1857, en plein essor du capitalisme, un jeune écrivain de vingt-cinq ans, Jules Vallès, faisait paraître son premier livre intitulé «L'argent»*, dont la résonance actuelle vient malheureusement démentir l'assertion du général qui prend ainsi l'allure d'une boutade ou d'un vœu pieux. Voici un extrait de sa conclusion :
"L'or, le sang des nations !...si jamais il s'arrête dans les veines d'un peuple, s'il se glace, comme le sang de nos coeurs, dans le corps malade des sociétés qu'ébranlent les événements mauvais, le mal est aussi grand qu'aux jours néfastes de l'histoire.
On a beau faire, elle triomphe, cette Bourse tant calomniée. On défait pour elle les vieilles lois, on en fait de nouvelles, le législateur s'incline : comme l'athlète antique, elle fait craquer les cordes qui ceignent son front ; il faut bien qu'elle soit maîtresse en France !...
Sur le carnet de l'agent de change se dessine en chiffres sûrs la figure émue de la nation, et l'argent pèse plus que le fer dans la balance de l'avenir."
* réédité aux éditions Paleo en 2009, avec une préface (excellente) de François Marotin


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Ce texte est prémonitoire. Il est malheureusement d'une actualité brûlante et je ne vois pas comment les nations qui composent aujourd'hui l'Union européenne pourront exprimer une volonté politique commune pour faire plier les marchés et ces "agences de notation" qui font la loi.
Ce qui rend la question plus compliquee, c'est que Valles voyait dans la Bourse le moyen de soustraire la société a la pauvrete.
Le jeune homme Vallès baignait encore dans un socialisme utopique commun à tous les "révoltés" de sa génération, surtout à la fin des années Louis-Philippe/Guizot où le maître-mot "enrichissez-vous" était le slogan des classes au pouvoir.
Lorsqu'on relit attentivement "L'argent", dans la magnifique réédition que vous avez réalisée, on comprend mieux cette fascination un peu saint-simonienne exercée par le temple de l'argent sur ceux qui en étaient totalement démunis.
Ce que j'ai voulu exprimer dans mon billet, c'est le fait qu'en régime capitaliste, la politique se fait à la corbeille. Et non pas l'inverse.