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Rosy Varte
Je l'avais remarquée dans le "Manon" de Clouzot. Puis, dans "Trois femmes" d'André Michel. Mais c'est avec Alex Joffé (un des meilleurs réalisateurs français de l'après-guerre) qu'elle sortit de l'anonymat des seconds rôles en interprétant les épouses admirables ou les mères de famille. Mais personne n'avait encore décelé chez elle ce grain de folie qui génère le talent.
Avec le TNP de Jean Vilar, elle put enfin donner sa mesure. Je me souviens de sa prestation mémorable dans "Ubu-Roi" où elle fit littéralement exploser le personnage de la Mère-Ub aux côtés d'un Georges Wilson, impérial. Je suis certain qu'Alfred Jarry l'aurait appréciée. C'est donc en pensant à elle que j'ai imaginé (avec Jacques Emmanuel) cette "Madame Lauriston", diva d'opérette au rencart, obligée d'accompagner son époux (interprété par Olivier Hussenot) dans sa retraite corse. Ce fût donc en 1961, le tournage de mon premier film, intitulé "La vendetta" où j'eus le privilège de la diriger.
Le personnage créé pour elle sur mesure, s'inspirait de Shirley Mac Laine ou plutôt de Doris Day. Face à Francis Blanche et à Jean Lefevre, elle donna le ton d'une irresistible scène de comédie, avec brio et finesse. C'est probablement la meilleure séquence de ce film parodique qui ne fût apprécié ni par la critique ni par les corses qui se rassemblèrent avec des fusils de chasse devant un cinéma, à Bastia, pour empêcher la projection...
Rosy Varte devait ensuite gagner une place dans l'imaginaire des Français avec "Maguy", un feuilleton populaire où ses grandes qualités de comédienne et sa pétulance sympathique ont entraîné l'adhésion.
Avec elle disparait le dernier nom de comédien encore vivant sur l'affiche de "La vendetta". Il en est ainsi pour bien d'autres oeuvres qui rejoignent désormais le monde des films posthumes.
Jean A.Chérasse


Tous les commentaires
Bel hommage rendu par quelqu'un qui sait de qui il parle. Merci.
Je voudrais simplement ajouter ceci : elle était une grande professionnelle et elle était trés aimable.
Merci Vingtras.
Le cinéma, la video nous permettent aujourd'hui de ne pas la perdre tout à fait. Le théâtre est forcément tragique, la disparition est définitive!
Que nous resterait-il de Jouvet ou de Mistinguette, de Raimu ou de Pierre Blanchar(d)?
Merci aux frères Lumières qui portaient bien leur nom.
Les archives audiovisuelles, dont je me suis occupé tant à l'INA qu'à MAP-TV (puis au Ministère de la Culture pour leur "numérisation") sont essentielles dans la préservation de notre patrimoine. Je déplore aujourd'hui de constater que l'INA soit devenu un établissement commercial géré dans le seul but de faire des profits sans aucun souci de priorité culturelle...
Merci de rappeler la qualité désormais "commerciale" de l'établissement. Plus moyen d'obtenir un extrait de quoi que ce soit au-delà de quinze secondes, sans sortir sa carte bancaire. Rageant quand on a littéralement contribué à l'entreprise avec ses impôts ! Un hold-up de plus au détriment du bien public.
De Rosy Varte, extraordinaire dans le rôle titre face à Bernard Noël, je garde ce souvenir
1'02'' : ce n'est plus de la générosité, c'est du laxisme ! Que font les comptables ?
Bernard Noël
une perte immense aussi
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_No%C3%ABl_(acteur)
Merci Dianne pour ces souvenirs, quelle distribution, magnifique!
Merci Vintgras ,vous êtes une belle et bonne mémoire heureusement bien vivante .Merci à Dianne pour cet extrait, j'ai exactement le même souvenir de cette formidable actrice multi-facettes , peu exploitées. Ces moments de Télé sont les quelques plus glorieux qui y sont attachés.
J'entends encore la chanson du décervelage, mon père avait le disque d'Ubu mis en scène par Vilar et j'ai en tête les voix de Rosy Varte et Georges Wilson.
Jarry toujours d'actualité puisque le refrain dit ceci :
Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler;
(Choeur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !
Très bel hommage, Vingtras.... Je me souviens aussi de la Mégère et de la Mère Ubu. Plus que de Maggie, d'ailleurs. Merci.