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La naissance de notre République
Il y a deux cent dix neuf ans, un 21 septembre, la Convention nationale qui venait de se réunir alors que les envahisseurs prussiens et autrichiens pliaient bagage après Valmy, décidait à l'unanimité d'abolir la royauté après avoir écouté cette intervention enflammée de l'abbé Grégoire : "Les rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre physique. Les Cours sont l'atelier du crime, le foyer de la corruption et la tanière des tyrans. L'histoire des rois est le martyrologue des nations !"
Séance tenante, le décret fut proclamé à Paris, en grand apparat, le soir tombant, à la lueur des torches. Roland, ministre de l'Intérieur, adressa une circulaire aux corps administratifs : "Veuillez, Messieurs, proclamer la République, proclamer donc la fraternité, ce n'est qu'une même chose." Partout la République fut proclamée avec solennité en même temps que l'abolition de la royauté.
"Le mot de République n'était pas dans le décret, précise l'historien Albert Mathiez, il n'y fut inscrit que le lendemain* par une rectification au procès-verbal de la veille, mais le mot n'avait pas besoin d'être écrit, puisque la chose était dans les coeurs et dans les faits."
Comment ne pas s'interroger aujourd'hui sur la nature de cette "République" ? En effet, le problème est de savoir s'il y a eu une révolution libérale en 1789, suivie d'un dérapage qui en aurait défiguré le sens premier. Marcel Gauchet discerne dans le texte même de la Déclaration, à côté de l'inspiration libérale, une "tentation autoritaire". En particulier, il met en avant l'absence d'arbitrage prévu entre les actes du législateur et leur fondement ; il interprète la séparation des pouvoirs affirmée comme une "soustraction définitive de la puissance législative au monarque" : prééminence du législatif, subordination étroite de l'exécutif...Bref, Marcel Gauchet met en avant une contradiction centrale de la Révolution de 1789 : une société fondée sur des droits qu'elle est incapable d'administrer, subissant la double menace de "l'usurpation des représentants sans contrôle" et "l'insurrection, son seul correctif". Au fond, le problème réside dans "la bonne manière d'assurer le règne de la volonté générale en la rapportant à la volonté d'un homme ou bien en la désincarnant autant qu'il est possible dans la pluralité du collectif".
Cette contradiction va nourrir tout le "devenir politique français" jusqu'à la Ve République. Et ce n'est pas Arnaud Montebourg qui me contredira.
* 22 septembre 1792 (une date qui devrait faire l'objet d'une commémoration officielle)


Tous les commentaires
Les Constituants ne sont pas encore des démocrates; il manque à leur propos le suffrage universel.
Si la république s'origine dans la promotion du législatif sur l'exécutif ainsi que dans la fraternité, j'en déduis que nous ne sommes plus en république.
En histoire, les accouchements durent des siècles! Il faut compter avec l'évolution des mentalités qui ont tendance à être des fossiles prématurés.
Commémorons,offrons une caisse de Champagne aux citoyens français ! si la République était vivante, il n'y aurait pas besoin de commémorer !
C'est le Vingtras que je préfère.
Salut et fraternité, citoyen !
Je vous remercie Yvan Najiels mais puis-je vous faire remarquer que ces modestes billets historique ne font guère recette ?...
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ces modestes billets historique ne font guère recette ?...
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Dès l'instant où vous proposez une réelle réflexion, ne vous attendez pas à intéresser grand monde. Quelques trolls et quelques exaltés dogmatiques, oui.
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jpylg
Il est certain que les billets sur DSK motivent bien plus les foules, même ici, que les réflexions sur l'Histoire...
Mais doit-on juger l'impact d'un billet au nombre de commentateurs, au nombre de recommandations...?? A sa présence en "Une"...??? A la qualité supposée des commentateurs??? Cet impact est-il dû à la qualité du contenu ? A la notoriété de l'auteur ??? etc etc... autant de questions dont la réponse n'est peut-être pas essentielle, au fond.
Il y a parfois des enfilades sans fin de commentaires rigolards et légers sur des billets nombrilistes. Les gens s'amusent... Qu'est-ce que cela prouve?
Semez, semons... et quelque chose finira bien par germer.
Il faut bien que je me dise cela, sinon je serai vite désespérée de n'avoir que très peu d'audience sur la lutte qui est la mienne: l'équité dans la communication entre peuples, par-dessus la barrière des langues...
Marcel Gauchet met en avant une contradiction centrale de la Révolution de 1789: une société fondée sur des droits qu'elle est incapable d'administrer, subissant la double menace de "l'usurpation des représentants sans contrôle" et "l'insurrection, son seul correctif".
Dans son essence même, cette république semble avoir oublié la pleine participation des citoyens à la conduite de la cité. L'usurpation a atteint son comble en dépossédant le peuple de la possibilité même de l'insurrection.
Le ver fut d'emblée dans le fruit.
ou plutôt en investissant de ce droit le seul peuple parisien, les autres "portions" (que j'aime ce mot !) du peuple étant considérées d'emblée comme contre-révolutionnaires. On a eu le même phénomène en Russie après 1917, avec les mêmes répressions conduisant à la dictature.
cette république semble avoir oublié la pleine participation des citoyens à la conduite de la cité.
et vous Art Monica?
vous semblez avoir oublié de réfléchir! les jugements à l'emporte-pièce de faits qui remontent à plus de 2 siècles, sont des gamineries.
Un peuple (à savoir des millions de gens très divers) qui se libère d'un système politique, économique et religieux, dans des conditions de conflits intérieurs et extérieurs, ne peut résoudre en quelques jours les problèmes qui se posent. Les différences d'éducation et d'intérêt font que plus de 2 siècles après, nous continuons de chercher et d'inventer une réponse satisfaisante pour le plus grand nombre. De plus il faut compter avec les coups de force des plus ambitieux, et les peurs aveuglantes des plus fragiles.
Gamineries, Vous semblez avoir oublié de réfléchir.
La propension des gens sur ce média à porter des jugements de valeur sur les autres m'étonnera toujours. Bref.
Qui a parlé de juger les mouvements et les structures? Ils ont été tels que l'histoire, les rapports de force, leur ont permis d'être.
Le ver est dans le fruit est simplement une inférence sur le texte de Gauchet.
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Bref.
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Disons que ce sont des croyants.
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jpylg
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Marcel Gauchet discerne dans le texte même de la Déclaration, à côté de l'inspiration libérale, une "tentation autoritaire".
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Ce que dit Marcel Gauchet est confirmé par les premières pages de "L'histoire du suffrage universel" de Raymond Huart, que je recommande par ailleurs.
Le croyant de 09h10, égal à lui-même dans son ignorance qui n'a d'égale que sa suffisance et son intolérance, écrit : "Les Constituants ne sont pas encore des démocrates; il manque à leur propos le suffrage universel."
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Ce qui est vrai, dans cette stupidité, c'est que la démocratie et le suffrage universel se confondent. Donc, nos régimes, que nous appelons "démocratiques" sont des régimes jeunes. La démocratie ne remonte nullement à Aristote, bien sûr.
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Dans le fil que j'ai intitulé "La faillite du suffrage universel", je donne quelques extraits des premières pages du livre de Huart.
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jpylg
Comme vous, cher jpylg, j'apprécie les travaux de Raymond Huard. Et je note qu'il a bien défini le suffrage universel comme étant "fragile mais irréversible".
En proposant ce billet sur la naissance de la République, qui est presque une naissance par effraction, je pensais introduire un débat intéressant et fécond.
Et bien, je me suis trompé. On se mobilise davantage pour les frasques de DSK que pour la problématique de la représentativité du peuple dans une "démocratie avancée".
D'où l'ambiguité de Valmy, un événement qui n'est jamais commémoré.
Le train de 9 h 56 semble ignorer des choses élémentaires.
Il y avait quelques démocrates et républicains parmi les Constituants, et un peu plus de futurs démocrates et de futurs républicains - à court terme, trois ans; mais l'intention même de la gauche (les opposants au veto royal) n'était pas d'établir une démocratie.
Ils se réfèrent beaucoup plus à la Nation qu'au Peuple, d'ailleurs.
Il suffit de lire la Constitution qu'ils ont fini par adopter. Autant la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août est une oeuvre admirable, et riche dans sa concision (elle figure toujours dans notre Constitution actuelle), autant le texte constitutionnel est décevant, du point de vue démocratique.
Cela n'enlève rien à l'admiration qu'on peut avoir pour eux et leur oeuvre - dont l'aspect constituant est tout de même le moins convaincant, à l'exception de la Déclaration, véritablement inspirée.
Sur le suffrage universel, se reporter à Rosanvallon Le Sacre du citoyen Folio Histoire 2001.
Le train a dû arriver à destination, maintenant. Tchouf tchouf tchouf tchouf.
Melchior, bourrique.
Oui, bourrique aussi têtue qu'une bretonne !
"Le Sacre" commandé et "Les égaux" acheté ...
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En ce qui concerne la nature et la qualité des débats sur le forum, vous êtes assez ancien pour, normalement, ne plus avoir trop d'illusions. La tonalité générale est d'autant plus affligeante que le niveau intellectuel des participants est plutôt largement au-dessus de la moyenne. Cela donne à réfléchir, justement, sur la pertinence du suffrage universel. Est-il raisonnable de demander un avis sur tel ou tel problème - avis qui sera constitutif de la décision - à une personne qui ne sait absolument rien de ce problème et n'a pas la capacité d'acquérir les connaissances nécessaires. C'était le cas, il n'y a pas si longtemps, de la constitution de l'Europe, par exemple.
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En ce qui concerne Huart qui définit le SU comme "fragile, mais irréversible", je ne pense pas qu'il ait dit que ce système électoral n'était pas perfectible. C'est cela, la question.
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Je pense qu'on le perfectionnerait en remettant en question son caractère automatique et inconditionnel. Le suffrage universel doit se mériter.
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jpylg
JPYLG: "La tonalité générale est d'autant plus affligeante que le niveau intellectuel des participants est plutôt largement au-dessus de la moyenne. (...) Je pense qu'on le perfectionnerait en remettant en question son caractère automatique et inconditionnel. Le suffrage universel doit se mériter."
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Non, non et encore non!
Comment sélectionnez-vous ceux qui "méritent", quand justement ce sont les élites qui trahissent?
L'intention du Grand Maître et Pontife des Perroquets Formatés et Informatés n'est nullement de perfectionner le suffrage universel. Se disant tantôt anarchiste tantôt monarchiste, il en proclame la faillite et veut tout bonnement l'abolir. Il avance masqué mais ne devrait plus tromper personne.
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Madoué (pardon, mot breton !).
Ce n'est pas parce que l'on veut améliorer le niveau de conduite des gens en instituant un permis plus performant sur le plan pédagogique, que l'on veut supprimer le permis de conduire des gens !
On finit par évoquer un manichéen tout ou rien; ce n'est pas très habile de considérer le SU comme intouchable, infaillible, non perfectible, tel un Dogme papal. Cela finit pas provoquer de gros dégâts.
Pourquoi bas les masques ? On est à Venise ?
@ Dominique Couturier
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Je ne sélectionne pas et je n'ai la solution à aucun problème.
Ce n'est pas qu'aucune solution soit imaginable et si vous lisiez, par exemple, l'ouvrage dont je publie en ce moment des extraits, celui d'Ostrogorski, vous verriez fait beaucoup de propositions, envisage quantité d'améliorations possibles. Mais il fait surtout le constat que rien ne changera tant que ne changeront pas les mentalités et les comportements.
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Comme vous vous dites plus haut (18h52)vouloir travailler à "l'équité dans la communication entre peuples, par-dessus la barrière des langues..." (ce par rapport à quoi je ne vois pas comment je pourrais vous aider), personnellement, je m'intéresse aux comportements et aux mentalités. J'aimerais, dans la mesure dérisoire qui est celle d'un simple individu, aider à les faire évoluer.
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Le moyen que je me suis fixé, dans cette perspective, est de dire. Je dis ce que je pense, imperméable, soit dit en passant, aux insultes que je récolte.
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En ce qui concerne le suffrage universel inconditionnel et automatique, je dis que c'est un système irresponsable qui met en place des gouvernants irresponsables.
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Je dis, en ce moment même, et je ne suis pas prêt d'avoir fini, que d'autres avant moi l'ont dit et mieux que je ne le fais. Mais les perroquets formatés et enchocolatés ne veulent pas l'entendre. Leur formatage les oblige à croire que le système actuel est sacré, qu'il est parfait. On a divinisé un système irresponsable pour protéger les fondements d'un système politique irresponsable.
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Mais les perroquets aiment. Qu'y puis-je ? Qu'y puis-je, sinon dire: les perroquets aiment. Tant pis pour eux. (Et, par la même occasion, pour moi).
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jpylg
effacé
Principe du suffrage universel: un homme (de l'un ou l'autre genre) une voix.
Hum.
Et quand l'unique homme/femme est très malade avec extinction de voix, on fait quoi pour lui rendre une bonne santé ?
L'être humain semble ainsi fait: il corrompt inexorablement jusqu'à ses meilleures intentions...
Merci à tous les commentateurs : j'ai enfin l'impression que ma "bouteille à la mer" a heureusement trouvé quelques destinataires !
Et d'ailleurs on va faire en sorte que la bouteille ne coule pas trop vite...
Je suis en matière d'Histoire d'une inculture crasse. J'ai beaucoup vécu dans le présent, celui de la misère humaine. Celle-ci, malheureusement tenace et jamais épuisée, a pris beaucoup de mon temps. Elle m'a cantonnée dans des secteurs restreints, psychose, autisme, névrose et autres difficultés à vivre de mes contemporains. Du coup, mes connaissances en histoire sont proches de zéro. Non seulement je ne m'en plains pas (on ne peut pas tout savoir) mais cette ignorance me permet d'admirer l'aisance des spécialistes, en ce domaines et en d'autres, et donc d'apprendre encore, et encore, ce qui ajoute à mon plaisir de vivre.
Je me permettrais simplement de donner mon avis en ce qui concerne le suffrage universel, non celui d'un expert mais d'un simple praticien : Je vote et donc le cautionne, car pour moi il est conforme à ce que je crois être "l'égalité". Chaque être, humain disons, ou même précisons : majeur, pour limiter le débat, chaque être humain quel qu'il soit, mérite de faire entendre sa voix en déposant dans l'urne son bulletin. Qu'il soit prix Nobel ou déclaré débile (*), leur voix a la même valeur, et ça n'est que justice. Qui peut dire quel est la personne des deux la plus compétente dans sa quête du bonheur ?
Reste à parfaire le système en augmentant pour tous l'accès à la connaissance et à la responsabilité, le contraire de ce qui se fait aujourd'hui.
Tout ça pour vous dire, cher Vingtgras, combien j'apprécie vos interventions et celles qu'elles suscitent. Et je vous en remercie.
(*) J'ai rencontré des "débiles" dont la grande intelligence consistait à parvenir à survivre malgré des conditions exécrables.