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Amy et Laure
La disparition, dans sa vingt-huitième année, de la chanteuse britannique Amy Winehouse, m'interpelle. Non pas que je sois un fan de la musique pop, mais parce que ma fille Laure est morte, au même âge qu'Amy, d'une overdose, il y a quelques années.
On reste anéanti, aboulique et sans voix devant pareille tragédie. Et tous les commentaires sont inutiles...
Je m'autorise néanmoins à dire ceci : certains êtres humains, dotés d'une extrême sensibilité, ne supportent plus l'absurdité et la violence du monde dans lequel nous sommes obligés de vivre. Ni son obsession de compétition et de performance. Et ils cherchent désespérement des oreilles pour les écouter ou des mains secourables. Et même parfois, des nuques rassurantes.
Ils ont un urgent besoin de béquilles de vie.
C'est pourquoi ils vont vers une transcendance chimique : l'amphétamine, le tranquillisant, ou la drogue. Mais, ce qu'ils ne savent pas ou ce qu'ils refusent d'admettre, c'est qu'en prenant cette voie, ils se condamnent à l'addiction. Et un jour, fatalement, ils paieront l'addition.
Amy Winehouse était une chanteuse magnifique, dans la grande tradition du soul ; elle exprimait bien son mal de vivre, mais ce mal de vivre a eu le "final cut". Il a foudroyé son désir et sa voix.
Laure C. qui avait tous les dons de l'art dramatique, de la pantomine et de la danse, ayant eu le privilège d'être guidée par Michel Vinaver et Peter Brook, a été victime de cette "neige" qu'elle voulait mettre en scène, en adaptant un livret d'Opéra de Boris Vian* sur une musique de Georges Délerue.
Soleil cou coupé... comme l'a écrit Guillaume Apollinaire.
* "Le chevalier des neiges"
J.A.C.


Les 5 commentaires les plus recommandés
Bien à vous, Vintgras.... Et merci de cette analyse à la fois si juste et si pudique du désespoir qui emporte certain(e)s souvent sans qu'on puisse les retenir ou même simplement les aider....
Un tel témoignage appelle le silence, un silence gros de méditation.
Vingtras, vous n'êtes pas seul. Soyez-en assuré.
Cher Vingtras, quand la douleur de vivre est trop intense, tout est bon pour l'adoucir; et quand la douleur résiste à tous les antalgiques, le seul moyen de ne plus ressentir le malheur aigu reste de ne plus vivre. Personne n'y peut rien. Certaines autolyses font plus mal aux survivants que d'autres. Avant de boire la ciguë, Socrate se demandait qui avait la meilleure place : Le bientôt mort ou l'encore longemps vivant ? Pensées vers la désormais aérienne, indolore et légère LC.
Agnès Gouinguenet.
Oui, Vingtras, mon neveu Jean-Marie est mort, ainsi, à 33 ans. Les béquilles de vie, il ne pouvait plus les saisir. Jusqu'à la mort, dans un petit bras de rivière, sur lequel il s'était probablement penché pour éteindre le feu qui le brûlait.
**** Bien respectueusement.
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Oui, Vingtras, mon neveu Jean-Marie est mort, ainsi, à 33 ans. Les béquilles de vie, il ne pouvait plus les saisir. Jusqu'à la mort, dans un petit bras de rivière, sur lequel il s'était probablement penché pour éteindre le feu qui le brûlait.
**** Bien respectueusement.
Cher Vingtras, quand la douleur de vivre est trop intense, tout est bon pour l'adoucir; et quand la douleur résiste à tous les antalgiques, le seul moyen de ne plus ressentir le malheur aigu reste de ne plus vivre. Personne n'y peut rien. Certaines autolyses font plus mal aux survivants que d'autres. Avant de boire la ciguë, Socrate se demandait qui avait la meilleure place : Le bientôt mort ou l'encore longemps vivant ? Pensées vers la désormais aérienne, indolore et légère LC.
Agnès Gouinguenet.
Bien à vous, Vintgras.... Et merci de cette analyse à la fois si juste et si pudique du désespoir qui emporte certain(e)s souvent sans qu'on puisse les retenir ou même simplement les aider....
Un tel témoignage appelle le silence, un silence gros de méditation.
Vingtras, vous n'êtes pas seul. Soyez-en assuré.
En l'espace de quelques mois, j'ai eu à soutenir deux de mes meilleurs amis dont les fils ont choisi le suicide, par incapacité à vivre, l'un à l'âge de 18 ans, l'autre à celui de 25.
Je ne peux m'empêcher bien sûr d'imaginer ce que serait ma souffrance si l'un des deux miens (23 et 25 ans), dont les fragilités sont parfois inquiétantes, choisissait cette absence de chemin...
Et je n'y arrive heureusement pas, car c'est proprement inimaginable et certainement indicible.
Alors je ne dis rien.
Si ce n'est : "Bien à vous Monsieur Vingtras."
François
@vingtrasJe m'autorise néanmoins à dire ceci : certains êtres humains, dotés d'une extrême sensibilité, ne supportent plus l'absurdité et la violence du monde dans lequel nous sommes obligés de vivre.
Et par la drogue sombrent dans un univers encore plus destructeur, pour eux et leur entourage . Pauvres êtres , en mal de vivre pour qui j' éprouve une profonde tristesse .
Il y aurait une raison presque mécanique à cette descente aux enfers ?
Cela resterait à vérifier auprès de spécialistes, mais il existerait une escalade comparable entre le cocktail alcool-médicaments et les drogues dures pour les dégâts dans la tête. Ainsi, je douterai toute ma vie d'avoir perdu une proche dans des circonstances troubles et qui aurait pu être droguée à son insu au départ (substance versée dans les boissons alcoolisées par son compagnon avide de sensations fortes ?).
Ainsi, il suffirait d'un excès une seule fois. Si on n'a aucune volonté de se ressaisir, le cerveau s'altère très vite, les idées noires envahissent la conscience. A moins d'une désintoxication en règle, on vire vers l'autodestruction qui commande d'augmenter les dosages jusqu'au dégoût de tout.
Amy Winehouse, excellente chanteuse soul, véhiculait ce vertige, le mouvement "trash" dont la jeunesse est friande et qui remplit les caisses du show-biz.
Je n'ai rien à rajouter, si ce n'est de vous faire part de toute mon empathie.
Amitiés.
Avec toute ma sympathie, Jean.
Pour les questions que les parents se posent nécessairement, face à un tel malheur, et pour la douleur aussi.
Perdre un proche, quelqu'un qu'on aime, à 27 ans, oui, c'est une tragédie.
On ne le souhaite à personne : à 27 ans, n'est-on pas encore un peu un enfant ?
Si je crois que tous les humains ont besoin de béquilles, je crois aussi que tous les humains sont tous très inégaux en armes face à la dureté de la vie : les béquilles de certains ont sans doute besoin d'être plus solides que pour d'autres.
Dans son très beau film "Nos meilleures années", Giordana fait dire, au sujet d'un fils trop tôt disparu : "Les Dieux rappellent souvent à eux les meilleurs d'entre nous".
"Les Dieux rappellent souvent à eux les meilleurs d'entre nous".
Que de fois n'ai-je pas entendu cette sentence divine,quand on a perdu deux très proches de manière prématurée et qui étaient parés de toutes les grâces,les congénères moins pourvus restent culpabilisés par cette injustice.Si les jeunes morts irremplaçcables connaissaient leur importance ,je suis sûre qu'ils n'offriraient pas à leurs médiocres frères,qu'une seule possibilité : les pleurer!
J'avais 7 et 8 ans lorque je perdis successivement ma mère, puis une jeune soeur (bizarrement, c'est dur à expliquer mais je n'en ai pas souffert tant que ça...)
Mais j'entends encore mon père nous dire 7 ans plus tard avant de se remarier "J'ai beaucoup souffert de la perte de votre mère mais le plus dur fut de survivre à votre soeur"
Pour cela je compatis, pour le reste je respecte votre voeu: no comment.
J'ai un enfant, (presque) un homme, très(trop) sensible, plein de dons. Je ne suis pas tout à fait tranquille...
Quelle souffrance, si justement et pudiquement exprimée par vous.
Monde veule où les brutes triomphent. Monde sans ferveur.
Où vont les belles âmes généreuses et fragiles?
Nous avons tous en mémoire au fond de nous, l'assurance qu'au delà des désastres de nos biographies, il existe pourtant un espace que rien jamais ne menace et qui n'encourt aucun risque de destruction, un espace intact mais que nous ne savons pas nommer.
Avec tout mon respect...
mil (et une) pensées et témoignage d'amitié solidaire.
Ce télescopage des deuils que vous nous faites sentir, cher Vingtras, renvoie au vertige évoqué en quelques mots latins: «Senilis iuventa praematurae mortis signum» (Une précocité excessive est un signe de mort prématurée). Nous sommes de vieilles tiges pleurant nos jeunes pousses. Et nous continuons, comme des «malgré elle(s)»; en marquant parfois une pause douloureuse, que rythmera désormais Back to Black d'Amy Winehouse:
We only said goodbye with words
I died a hundred times
You go back to her
And I go back to black.
Amitiés,
Antoine
C'est exactement ça : Béquilles de vie. Pour y avoir goûté et m'en être sorti, je déplore l'absence de campagnes anti drogues informant des dangers. L'Etat devrait mettre les bouchées doubles, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Quelques associations le font mais ce n'est pas suffisant. Merci pour ce témoignage.
.
Il y a cinq ans, j'ai, moi aussi perdu un fils. Perdre un enfant, c'est la pire chose que peut vivre un être humain... La voix d'Amy Whinehouse a toujours provoqué en moi une vague de tendresse mêlée de nostalgie. Et je ne peux me résoudre à ce qu'on fasse uniquement d'elle une victime de ses addictions... C'était avant tout un immense talent et un coeur si sensible qu'il en est mort... Je ressens pour vous de l'empathie, Vingtras...
les drogues sont de formidables déconstructeurs de vie;
elles font faire du surplace longtemps et brisent toutes tentatives d'autonomie;
quel rôle ont du jouer ces enfants pour accompagner leur parents,quelle fonction thérapeuitique leur a t elle été dévolue ,assoignée pour qu'il s stagnent à en crever?
Perdre un enfant trop sensible à la violence du monde.
Perdre un enfant.
Survivre à son enfant.
Inimaginable et ineffable douleur.
J'y associe juste les 93 (?) familles norvégiennes qui ont perdu en enfant. Circonstances différentes, douleurs comparables, un peu, surement pas entièrement, pour ceux qui restent. Les vieilles tiges.
A toutes les plantes vieillissantes, à tous les saules pleureurs. Un chaleureux salut fraternel.
J'adresse un salut amical à tous ceux qui m'ont manifesté leur sympathie,et je les remercie.
Nous sommes responsables. Nous avons construit cette société "infernale" ! Ce sont nos enfants qui en souffrent aujourd'hui, nous payons cher nos croyances et nos illusions. Nos indifférences !
La responsabilisation collective du gâchis actuel m'apparaît aussi démissionnaire que d'avoir cru à des bêtises étant jeune. Il faut que jeunesse se passe, sur le fil du rasoir. Certains s'y brûlent hélas, trop faibles, influençables aussi. Touché de près, le parent, l'ami d'un(e) suicidaire forcément se pose la question : ai-je bien tout fait pour empêcher ça ?
De là à s'estimer responsables du degré de sottise que la bien pensance veut nous faire endosser pour se dédouaner du gâchis actuel, ces richesses qui sont détournées, il y a une marge... Vous trouvez naturels les procès d'adolescents faits à leurs parents afin de les racketter tout comme la culpabilisation d'être né à telle époque, plus faste, quand le boulot divisait un peu moins, certes permissive à l'excès parce qu'à peu près exempte des monstres ultralibéraux actuels ? Je n'arrive décidément pas à adhérer au nihilisme à la mode en ce moment. Pas plus qu'à comprendre le comportement moutonnier de mes semblables, leur incapacité à avoir un gouvernail.
Nous sommes tous en grande partie responsables Luciole. De ce qui nous arrive perso, de ce qui arrive aux autres, en bien ou en mal. Quoique nous fassions et même pensions a des répercutions un jour ou l'autre. Chacun a semé sa graine, fait grandir l'humanité ou l'asservit... notre indifférence aux choses de la vie est souvent la cause des désastres, notre égocentrisme en est le créateur.
Il n'y a aucune mode dans cette façon de voir, bien au contraire, c'est aussi vieux que le monde, une conscience qui nous met face à la réalité et à notre responsabilité.
Si nos enfants souffrent, nous y sommes pour quelque chose, nous parents, éducateurs, les politiques, les financiers, la publicité... et les vendeurs de mort en tous genres, ceux qui n'ont qu'une seule idée, s'enrichir !
De tout coeur avec vous, cher Vingtras
oui moi ausi suis de tout coeur avec vous ,
cher Vingtras
C'est le cas aussi de notre ami Velveth je crois, vers qui nous partagerons aussi ces meilleures et sensibles pensées.
L'écrivain Cavanna aussi, avait perdu un enfant dans ce genre de circonstances.
"Et tous les commentaires sont inutiles..." dîtes-vous, cher Vingtras.
Aussi ne vous adresserai-je qu'un signe qui se veut fraternel.
Cher Vingtras
La douleur qu'on cache, celle que l'on révèle reste douleur, la votre particulièrement cruelle me laisse sans voix.
Amitiés
Il n'y a rien à ajouter dans le rappel de ce souvenir douloureux mon Cher Vingtras. Personne ne peut remplacer personne, c'est pour cela que je serais toujours à tes cotés quoiqu'il advienne.Et si cette réponse vient si tard, c'est par le simple fait que je suis rentré aujourd'hui de voyage.
Fraternellement à toi.
A vous, cher Vingtras, à vous cher Velveth, à vous cher Thierry Peltier, ...
Ce billet, si plein de considération...
Amitiés,
Agnès
Ce billet et le fil qui suit démontrent comme le fléau de la drogue fait rage dans nos sociétés: comment un tel drame collectif est-il ignoré par les pouvoirs publics alors que le tabagisme, l'insécurité routière sont combattus avec succès ?
... même pas un ministère de la jeunesse seulement, pour cette partie merveilleuse et si fragile de notre société, notre avenir à nous ?
voir à ce sujet
http://blogs.mediapart.fr/en/blog/boris-carrier/200211/drogue-appel-la-raison
Difficile de dire. De ne rien dire. Alors se manifester, simplement.
Et puis vous remercier, Vingtras, pour vos excellents billets.