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Lettre de soutien à Eric Besson, homme de gauche et ministre
C.Malbos a publié un billet intitulé"Mario au pays de Kafka (histoire vraie) . J'ai proposé dans un commentaire qu'on fasse un "copier-coller" de ce texte édifiant et qu'on l'envoie au ministre de la Honte nationale et à ses conseillers.
En ce qui me concerne, avant d'envoyer le courriel, j'ai pensé qu'il était plus courtois d'ajouter un petit mot personnel :
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Monsieur le ministre,
Connaissant la ferveur et la générosité de votre engagement à gauche ainsi que votre ardeur à défendre les faibles, je pense que vous serez heureux de savoir qu'un simple citoyen comme moi a pris la décision de prendre sur son temps libre pour vous apporter son concours.
Il me semble en effet qu'au poste de haute responsabilité où vous ont porté vos mérites, vous apprécierez le fait de mieux connaître les conséquences humaines et sociales du zèle que vous ne manquerez pas de déployer dans l'accomplissement de l'exaltante mission qui vous a été confiée et à laquelle je suis persuadé que vous allez faire honneur.
Vous ayant rendu l'hommage qui vous est du, je vous prie d'agréer, monsieur le ministre et cher camarade, l'assurance de mes sentiments dévoués.
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Virgil Brill
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Je laisse maintenant la parole à un témoin oculaire.
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"Vendredi 13, vers 13 heures, rue des Poissonniers dans le 18e. Des cris dans la rue. Je me penche à la fenêtre. Trois mètres en dessous de moi, un homme hagard est debout sur un retour du toit - plus tard j'apprendrai que cet auvent s'appelle une "marquise". L'homme est tombé de l'immeuble, semble t-il. D'un bond, il se jette à nouveau du haut de 5 mètres. Peu de temps après, les pompiers tambourinent à ma porte. Les passants les ont alertés. L'homme a sauté depuis l'appartement de mon voisin de pallier, Jean-Claude. Il est indemne et a pu remonter chez son ami. Les pompiers repartent. Je me rends chez le voisin et découvre Mario, jeune guinéen de moins de trente ans, assis sur un canapé. Raide, les yeux fixés vers le mur. Il porte un pantalon noir à pinces et un pull à col roulé, de belles chaussures. Le matin même, accompagné de Jean-Claude, il se rendait au Centre de réception des étrangers de la préfecture du 17e arrondissement pour y déposer un dossier de régularisation. Aucune chance, lui a-t-on dit. Il tient des propos confus, répète qu'il n'est pas un bandit, qu'il a toujours travaillé, payé son loyer, son électricité, ses impôts. Qu'il a tout tenté et qu'il n'y a plus d'issue: "Plus rien à faire, la mort, la mort, la mort." Sa femme, Véronica, est elle aussi sans papiers. Ils ont deux petites filles, Rosa et Solinda, nées en France.
Jean-Claude discutait avec lui dans son salon lorsqu'il a brutalement foncé à la fenêtre et enjambé la balustrade. Mon voisin est un professeur retraité qui travaille de temps en temps avec Réseaux éducation sans frontières (RESF) pour aider des sans papiers à constituer leurs dossiers. Voilà deux ans qu'il instruit celui de Mario et l'accompagne dans toutes ses démarches. Dans l'épais dossier qu'il ouvre devant moi, il y a deux formulaires roses : une "demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger", signée par son ancien employeur qui souhaite le réembaucher dès qu'il aura des papiers, et un "engagement de versement à l'ANAEM (Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations)". Ce patron s'engage à verser 1.612 euros à l'administration au moment de l'embauche de Mario ! Il y a là des extraits de K-Bis de cette société, ainsi que la liste de tous les salariés. Il y a aussi un certificat de travail et des fiches de paies attestant que Mario a bien exercé en CDI comme ouvrier maçon dans cette entreprise entre septembre 2006 et juin 2008, date où l'employeur lui a demandé de démissionner, par peur de l'Inspection du Travail. Et aussi d'autre fiches de paie d'un précédant CDI. Arrivé en 2002, Mario travaille en France depuis février 2004.
Ce matin, au guichet du Centre de réception des étrangers de la rue Truffaut, il était certain d'avoir enfin réuni toutes les pièces requises pour l'examen de son dossier. Ce ne fut pas une mince affaire. Il s'était déjà présenté une première fois, le 26 novembre 2008. Les deux formulaires remplis et signés par l'employeur n'étaient pas roses, mais verts (on les lui avait remis trois semaines plus tôt). "Les formulaires viennent de changer, le dossier n'est pas reçevable", s'est-il vu rétorquer. Il est retourné chez son ancien patron, qui a accepté de renseigner et signer les nouveaux feuillets. Retour à la préfecture. Cette fois, les formulaires auraient dû être remplis en quatre exemplaires. Personne lors de sa précédente visite ne lui avait signalé ce détail. Nouveau passage chez l'entrepreneur, qui accède une fois de plus à sa demande, franchement motivé.
Ce matin, rue Truffaut, les règles avaient encore changé. "Ils nous faut vos bulletins de salaire des douze derniers mois", lui a répliqué l'employée de guichet, assez tendue. Comment Mario pourrait-il fournir ces fiches de paie, puisqu'il ne travaille plus depuis huit mois? Encore une fois, cette exigence n'avait pas été formulée au moment lors du retrait des formulaires. Mieux, dans la liste des pièces à fournir, datée du 12 février, il est juste spécifié qu'il faut "les bulletins de salaires faisant preuve d'une expérience professionnelle dans le métier pour lequel le demandeur est RECRUTE". Car c'est bien d'un recrutement dont il s'agit. Alors? "Une nouvelle directive de la préfecture", a répondu laconiquement le fonctionnaire. Fin de non reçevoir. Pour Mario, plus aucune perspective d'avenir, alors même que son ancien patron fait tout pour le réembaucher. Pas de papier, pas d'emploi. Pas d'emploi, pas de papiers. Kafka n'aurait pas fait mieux.
Voilà huit mois que Mario vit sur ses économies. Il était bien payé comme maçon, précise t-il. Ils vivent à quatre dans 10 mètres carrés. Chaque mois il règle ses factures rubis sur l'ongle mais peine, dit-il, à nourrir sa famille. Sa femme et lui vivent avec la peur d'être contrôlés, ne se déplacent qu'à pied. Mario a été arrêté trois fois. La dernière, c'était en juin 2008. Après sa garde à vue, il a été retenu un mois à Plaisir (78). Déjà sous un arrêté de reconduite à la frontière, il est passé à deux doigts du charter. Une pétition organisée à l'école maternelle de sa fille aînée et l'intervention de son ex-patron ont permis sa relaxe. Mais demain?
Sans la fameuse "marquise" de l'immeuble qui a interrompu sa chute, Mario serait tombé de huit mètres, peut-être dix. Nous sommes au deuxième étage. Il se serait blessé sans doute, pas tué. Mais aujourd'hui son "cerveau tourne à toute vitesse", et il semble pressé d'en finir. Que penser d'un homme qui est prêt à se tuer parce qu'il ne parvient plus à assumer ses responsabilités de père de famille?
Monsieur Nicolas Sarkozy, Madame Carla Bruni-Sarkozy, Monsieur Eric Besson, si un jour Mario se donne la mort, d'une façon ou d'une autre, sachez que nous vous le ferons savoir. Et ce jour là, vous ne pourrez pas prétendre que vous ne saviez pas."
Tatiana Kalouguine, journaliste freelance
Date: Sat, 14 Feb 2009 08:56:22 +0000


Tous les commentaires
Je n'ai pas publié ce billet uniquement pour vous prendre à témoin de mon admiration pour un des grands hommes dont la gauche peut être fière, toutes tendances confondues. C'est bien sûr pour essayer de porter l'histoire de Mario à la connaissance du plus grand nombre possible d'abonnés et de lecteurs. Et c'est aussi pour essayer de vous donner envie de tenir chaud à ce brave homme de ministre qui doit se sentir parfois un peu seul. Plus il recevra de lettres de soutien aussi sincères que celle-ci, plus il se sentira conforté dans son choix de travailler avec et pour le véritable humanisme de gauche. Vous craignez qu'il ne finisse par s'ennuyer un peu à lire toujours la même histoire et ne rie plus d'aussi bon cœur, à force ? Cette prévenance honore votre sensibilité mais ne vous inquiétez pas : je connais un filon de bonnes petites histoires tout aussi réjouissantes avec de gentils préfets et de zélés policiers qui n'écoutent que leur courage et leurs sentiments républicains (pour ne pas dire humains). Vous allez sur le site http://www.educationsansfrontieres.org et vous pourrez butiner, vous aurez le choix. Bonne pioche…
Merci Virgil pour ces propositions. Chacun peut aussi essayer de faire circuler ce/ces histoires de vie[sic], sur différents blogs et forums. j'ai été voir sur s late.fr, la nouvelle daube populiste... on peut y publier des commentaires (qui sont modérés !), mais pas, semble-t-il, de billets. Je vais voir du côté de l'ump, et ça me pèse, mais il faut absolument que ces informations transpirent, quitte à aller au carton. Cordialement
OK, Dan, je crois que c'est bien vu, je vais essayer aussi d'aller voir de plus près. Quand on peut faire des commentaires mais pas de billets, on peut toujours s'amuser à trouver une transition pour placer ce qu'on a à dire. En se souvenant qu'en territoire adverse il ne faut pas se laisser aller, ne pas choquer mais essayer de sensibiliser en douceur. Essayer d'être lisible dans le format local. En essayant de ne pas péter les plombs !
C'est vrai, Virgil, que le nom même de Besson suscite une certaine répulsion en moi.Et comme tu as mis ce nom dans ton titre... Recevoir des lettres, ce monsieur s'en bat l'œil. En revanche, dénoncer les sinistres affaires qui se passent en ce moment en France: ça, c'est utile.
Recevoir des lettres, ce monsieur s'en bat l'œil N'en sois pas si sûre… Il est mal à l'aise et il voudrait bien manger à tous les râteliers (sur un plan symbolique). Et si tu n'y crois pas, n'en dégoûte pas les autres.
Mais Virgil au sang chaud, je peux exprimer une simple opinion sur Besson, sans chercher à décourager qui que ce soit Je pense que ce monsieur est par delà le bien et le mal, c'est tout. L'important pour moi, dans ton Billet, ce sont les informations que tu donnes sur les ignobles affaires elles-mêmes.
J'ai failli ne pas voir ce texte et c'eût été dommage... . Je ne sais pas si je vais envoyer ce texte à Besson; je suis très peu pétition et manifestation... mais parfois quand même... . En tous cas, j'approuve l'initiative de C Malbos relayée par V. Brill . jpylg
Je reproduis ici le commentaire fait sur le blog de C. Malbos, car je pense cher Virgil qu'il est en effet important -je dirais même urgent- que ces histoires du quotidien de la vie de centaines de personnes sortent de nos cercles d'initiés. Je ne sais pas si le ministre lit ou pas le courrier, ou en tout cas le nôtre, mais toute initiative est utile et je pense qu'il s'agit aussi d'autres formes d'intervention citoyenne. * Merci pour avoir diffusé le récit de Tatiana Kalouguine. Il me paraît indispensable de faire connaître le plus largement possible ces pratiques. Elles engagent tous les citoyens et sont, me semble-t-il une sorte de "banc d'essai" de ce qui risque de se passer pour l'ensemble de la population si on y prend pas garde. Des mesures autoritaires et empreintes d'arbitraire et, comme il est dit plus haut terreau du totalitarisme ... ** J'ai fait part dans mon blog de la sortie d'un livre d'une lycéenne sans papiers Loriane K."Clandestine", qui témoigne de ces décisions administratives pratiquées par des fonctionnaires soumis à des pressions hiérarchiques et parfois exercées avec zèle. *** Ayant accompagné des personnes sans papiers, j'ai pu assister à des "retours" comme celui qui est décrit. C'est pour dénoncer cette politique et protéger des personnes soumises à ces actes d'exclusion que certaines municipalités ont eu l'initiative des parrainages républicains. http://www.mediapart.fr/club/blog/arthur-porto/030209/parrai...
Hé là, tous ici, vous êtes sûrs d'être Français, d'abord ? Vos papiers ? Les papiers de vos parents ? Les papiers des parents de vos parents ? Comment ça, vous avez fait votre service militaire il y a 30 ans ? Quel rapport ? C'est que, la règle a changé. Comment ça, naturalisés il y a 70 ans ? Vous pouvez le prouver ? C'est comme ça. Et ne revenez qu'avec vos papiers.
Vous croyez que je fais du Kafka, comme Claire. Pas du tout, je viens de lire un billet de Gérard Cicurel Je voulais juste faire renouveler ma carte d’identité, et je n'en suis pas encore revenue.
Merci Virgil. Mr Besson fera un élevage de cocotte en papier avec nos courriers! Et encore je demande à voir ses dons artistiques! Merci pour ta lettre et le récit. Devenir 100 papiers et comme attraper un virus:ça te tombe dessus sans prévenir(même que le préservatif sur ce coup là il ne sert à rien, Monsieur le pape qui vous taisez sur ce sujet!!) Les gosses qui sont en France depuis 15 ans (par exemple), voient dans leurs anniversaires de 18 ans la date de péremption pour rester sur le sol Français.OQTF. Et là on fait quoi? Le môme on le laisse se faire embarquer pour le CRA et sauter dans le joli avion ou on agit? Et bien même en agissant , la rafle des mômes continue :oui la rafle , n'en déplaise! Virgil même avec notre dynamisme, nos organisations, on se fait bloquer par les paffeux et le reste. Les rouages du système sont parfaitement huilés depuis des années. En face, il y a des bonnes volontés individuelles, associatives. Mais Besson :même pas peur! En juin 2008 un de "mes" mômes (ben oui !) s'est fait coincer ainsi. Il dormait chez sa tante. Deux "Monsieur" en civil ont attendu que sa cousine sonne à l'interphone à 11h 30 (heure où les gosses rentrent manger chez eux après l'école), et hop la maman déclenche la porte de l'immeuble machinalement. Deux Messieurs en civil ont profité de l'ouverture de la porte et ont demandé à la fillette :"x il habite chez toi?" Oui a dit la fillette Ils sont montés dans l'ascenseur avec elle, la maman avait entrebâillé la porte....et voilà! Le môme est parti en pyjama :cueilli dans le lit. Il a été menotté devant tout le quartier. Aucun doute qu'on avait repéré les us et coutumes de la famille. Ce qu'est devenu x....une horreur que je ne veux pas raconter là. De sources certaines:chaque jour ,en FRANCE ,il arrive une lettre de dénonciation à la PREF d'un 100 papiers. Voilà, Virgil, ....désolée d'être longue . Mais Besson, il s'en fiche de nous, de nos combats. S'il avait une conscience d'HUMAIN:il ne serait pas là où il est le monsieur qui retourne son pantalon! Allez ,envoyez la chanson de Dutronc :l'opportuniste...elle est écrite pour lui!
Oui ma Dahu, je ne me fais pas d'illusions. Mais ce salopard, comme beaucoup de traîtres, il voudrait en même temps s'estimer. On ne va pas l'aider, quand-même ! J'ai envie de faire le rat dans la nuit, de venir lui faire crr crr près des oreilles. Même ces types ont un inconscient, avec tout au fond un truc bizarre et oublié, un peu racorni, qui peut arriver à les gêner, au moins dans leur sommeil, si on le stimule un peu... La preuve (est-ce vraiment une preuve ?) c'est que depuis quelques mois sa gueule a empiré : il ressemble de plus en plus à l'idée que nous nous faisons de lui …
Mon grand Virgil Je repense à un courrier que j'avais fait à HORTE. Imagine toi que quand un Humain est renvoyé en AFRIQUE par un joli charter (mais non, ce sont les vols réguliers d'air France) ils partent sans vaccins. Je m'explique la personne vit en France depuis -10-15-20ans. Du jour au lendemain on "l'expédie" en Afrique. Son organisme n'a pas les défenses immunitaires pour éviter de choper le palu, etc. j'ai donc suggérer à HORTE de bien faire son travail de retour "au pays". En effet, qui de vous partirez en Afrique sans un traitement, des vaccins?Personne. Eh bien les personnes expulsées partent sans aucun vaccin. Horte m'a répondue :j'ai pris connaissance de votre courrier....et rien d'autre. Alors, le petit ERIC tu parles il ne saura même pas lire ta lettre:il va demander à un interprète de lui décoder ce que tu dis!
Samedi à Marseille c'est un père d'une fillette de trois ans qui a été mis sans autre forme de procès ( extrait brutalement du centre de la honte, il était au parloir, même pas le temps de prendre ses affaires !) sur un bateau destination la Tunisie où il n' a plus aucune attache depuis longtemps. L'histoire qui se répète, brutale, violente, dans la négation la plus totale des droits élémentaires. La petite fille pense qu'elle va revoir bientôt son papa. Ah monsieur Besson vous n'avez pas de face ! Vous êtes tout simplement lamentable. Oh je sais bien que vous ne lirez pas ces lignes, mais un jour croyez le , sachez le, vous aurez des comptes à rendre. Pour tous les Mario que vous et vos sbires avez poussé au désespoir Pour tous les Bilal du monde qui se sont noyés en cherchant une vie meilleure et que la France pays des droits de l'homme, rejette comme des rebuts . On a dit, Monsieur le Ministre, que vous avez quitté la projection de Welcome. Vous n'avez aucun cran, vous n'êtes qu'un valet au service d'un méprisable imposteur. Vous pourrez pondre des lois, vous n'arrêterez pas les justes d'aujourd'hui.