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L’histoire du # et autres symboles

Dans un article du 6 septembre dans le New Yorker, Keith Houston dévoile plusieurs passages de son nouvel ouvrage relatant l’histoire des symboles et caractères typographiques, Shady Characters : The Secret Life of Punctuation, Symbols & Other Typographical Marks. Ces petites histoires se révèlent passionnantes même si on peut pour plusieurs d’entre elles les retrouver facilement sur le web.

Keith Houston commence son récit par l’histoire du croisillon plus célèbrement connu sous le terme hashtag #. Son histoire commence aux alentours du XIVe siècle avec l’introduction de l’abréviation latine « lb » pour le terme romain libra pondo, c’est-à-dire la livre comme unité de masse. Rapidement, le « lb » a été écrit avec l’ajout d’une barre horizontale, correspondant plus à «  ». Il est le résultat d’une écriture rapide en une seule fois, sans lever la plume. Plus tard, le « lb » finit en un seul et même signe, le fameux # auquel on attribue de nombreux noms : « croisillon », « dièse » (le croisillon et le dièse étant cependant deux signes distincts) ou encore avec internet « hashtag ». La popularisation du hashtag, non précisée dans l’article, est liée surtout à Twitter lorsqu’un designer et avocat Chris Messina le proposa en 2007 pour créer des fils de discussion à thèmes.

Cette histoire du hashtag livrée par Keith Houston n’est cependant pas inconnue et il suffit de fouiller un petit peu sur le web pour connaître son origine médiévale puis son utilisation au fil du temps. Il existe un article sur le site de pullseo, une agence webmarketing en Alsace, ainsi qu’une infographie en anglais créée à partir de liens Wikipedia pour la plupart des informations (voir lien attaché).

Cependant, l’article du New Yorker révèle d’autres histoires moins connues, même si trouvables aussi sur le net comme celle du pied-de-mouche ou « pilcrow » en anglais, le symbole typographique à la fin d’un paragraphe : ¶. Avant son existence, on avait l’habitude chez les Grecs de l’Antiquité de faire un trait horizontal à la marge du texte. Par la suite, on utilisa des symboles en remplacement du trait comme le γ, le Γ. Certains auteurs ont introduit ensuite le « K » pour le mot latin de « tête » : kaput. Avec l’Empire romain, le « C » prit la place du « K » pour le mot latin de « chapitre », « capitulum ». A partir du XVe siècle, on lui ajoute une barre pour le distinguer des autres lettres. Enfin, non écrit dans l’article de Keith Houston, on finit par abandonner ce système pour marquer les changements de paragraphes par des retours à la ligne avec alinéas.

L’esperluette ou & est née de la même manière que le croisillon, à savoir de la ligature du « e » et du « t » qui, par l’écriture, a fini par former un seul symbole. La première esperluette vient d’un graffiti sur un mur de Pompéi. L’esperluette a eu pendant très longtemps un concurrent venant du système sténographique de Tiron, secrétaire de Cicéron, à savoir le ┐. Au cours du Moyen-Age, les notes tironiennes sont tombées en désuétude laissant sa place à l’esperluette qui a beaucoup évolué graphiquement pour en arriver au symbole que nous connaissons aujourd’hui. Petite anecdote livrée par Keith Houston, la & est utilisée partout sauf en Irlande où on peut croiser encore le « et » tironien.

La manicule ou , destinée à attirer le lecteur sur un point particulier du texte, est apparue pour la première fois dans le Domesday Book de 1086, l’enregistrement du grand recensement voulu par Guillaume le Conquérant. Utilisée pendant plusieurs siècles, la manicule, avec l’arrivée de l’imprimerie, est tombée progressivement dans l’oubli pour être remplacée par le fameux astérisque * ou encore le . Aujourd’hui la manicule n’a pas disparu mais elle se fait plus rare.

Le diple > avait lui aussi, comme la manicule, une fonction d’attirer le lecteur sur un point particulier du texte. Peu de temps après, il était utilisé pour marquer les citations dans la Bible. Avec l’arrivée de l’imprimerie, le > a été progressivement remplacé par des doubles virgules pour les citations ce qui donna naissance un peu plus tard aux guillemets.

Cet article passionnant peut en grande partie être substitué par des recherches internet (mais sûrement pas son ouvrage global qui doit sortir le 24 septembre), mais il répond à des questions, qu’on ne se pose pas forcément au premier abord, sur l’origine de symboles qu’on utilise constamment ou pas. Tout un tas d’histoires avec l’avantage de ne pas s’embêter à fouiller sur la toile. Les lecteurs semblent en tout cas plutôt intéressés : au moment où je termine mon billet, on peut voir que l’article, mis en ligne 7 heures auparavant a été déjà partagé 510 fois sur Facebook, tweeté 289 fois et le tweet sur le compte du New Yorker montre déjà 178 RT et 136 favoris.

 

 

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07/09/2013, 11:00 | Par Robert Chaudenson

Merci pour cet excellent article où j'ai appris mille choses qu'hélas j'aurais oubliées demain !

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