Mer.
03
Sep

MEDIAPART

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Henri IV et Reims ou un tramway nommé désir...

Cette année marque le quadri-centenaire de la mort du Bon Roi Henri IV. Il y a tout un train de colloques et de séminaires sur la mort de ce roi aimé, à qui notre ville est liée.

 

Entre Henri IV et Reims, ce fut une histoire de désirs contrariés...

 

Henri IV goûtait peu notre bonne ville de Reims. La ville champenoise a eu le tort insigne d'être ligueuse. Reims se voulait ultramontaine, ultracatholique, et pro-espagnole, en un temps où la frontière avec l'Espagne était si proche, presque... à une station de tramway. Pour cette raison, et bien qu'il prisait fort les vins de Champagne, alors qu'ils n'étaient pas encore à bulles, Henri n'est pas devenu Henri IV à Reims mais à Paris *... La Champagne n'était donc pas dans son coeur, mais dans sa cave, ce qui est déjà cela1.

 

HenriIV eût pourtant aimé notre cité, sa grande place ombragée, ce fleuve tumultueux qui défend la ville et qui lui confère un air de petite Venise, quand l'eau devient grosse. Du fait de cet amour contrarié, Reims n'a pas profité de l'action impulsée par Henri et son féal ministre Sully. Car, et c'est un fait que les mémorialistes ont ignoré, et que les annales papistes n'ont pas consigné, Henri était favorable au tramway. Inspiré en cela par Sully, qui aimait à dire que les rails et le courant électrique étaient les deux mamelles des transports modernes.

 

Henri s'y connaissait en transports et en voirie. Il avait ainsi, à Paris,c onstaté que la capitale était corsetée par des rues étroites, peu propices à la circulation, et favorables à l'oisiveté et à la congestion. La rue de la Ferronnerie était une des rues pourlaquelle il avait décidé d'appliquer un vieil édit royal. Avec Henri, la continuité de l'Etat n'était pas un concept creux. Il avait alors choisi d'envoyer le 15 mai 1610 la garde royale afin de démolir les échoppes sauvages, les constructions spontanées pour fluidifier la circulation et rendre la capitale aux Parisiens. Programme résolument actuel et moderne ! Que l'on se souvienne desChamps-Elysées, des Quais de Seine, naguère, hier encore, avec ces bouchons...

 

Hélas, un habitant lésé par ce projet de restructuration immobilière, ad écidé de manifester son mécontentement urbain par une méthode qui l'était peu, urbaine, à savoir la dague assassine. Henri IV est mort d 'avoir voulu désembouteiller Paris. Quoi de plus approprié pourtant avec tous ces bouchons ! Il y aura toujours des sensibles au luddisme, hostiles au progrés. On imagine sans mal ce que serait devenue Paris, et partant les villes de province, de Navarre comme de Béarn, avec l'application de cette politique. Des villes ouvertes, des rues larges, pavées, aérées, ombragées pour permettre les amours que le printemps couve de ses degrés amènes, ce qui n'eût déplu à notre Vert-Galant et à nos verts, présentement, mais pour d'autres raisons, évidemment...

 

C'est ainsi que Paris souffre encore de la congestion urbaine, malgré le métropolitain, malgré les couloirs de bus et les prunes qui sont récoltées en toute saison, sans que cela soit un signe du prétendu réchauffement climatique. C'est ainsi que Reims attend encore, toujours, son tramway. Quel spectacle désolant de voir notre bonne ville éventrée, défigurée, par des travaux sans fin. Sisyphe,hâte ton ouvrage ! Mets y du coeur !

 

Enattendant, comme hier les sujets fidèles suivaient le panache blanc du Navarrais, il nous faut suivre (et prendre), les bus (devenus) blancs... C'est bel et bien, comme souvent avec Henri IV, une histoire de... désir.

 

1Comme le prouve un des marchés de pourvoirie rédigé le 5 mars 1603... Le roi prisait les vins blancs, notamment ceux d'un village nommé... Ay.

* et sacré à Chartres...

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