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Ma petite entreprise... dans les manuels scolaires

Naguère, les manuels d’histoire étaient politisés. Un manuel de 1982 évoquait ainsi, sans complexes, l’humanisme soviétique…

C’était un autre temps, où l’on s’engageait par sa plume et où l’histoire était mise au service d’une idée et de principes.
L’histoire, peu à peu, à droite comme à gauche, s’est désincarnée. Et les manuels d’histoire ont perdu cette politisation, qui, quoiqu’on en dise… n’a jamais incité les générations d’élèves à voter pour l’un ou pour l’autre, sinon Loana serait devenue notre présidente depuis bien longtemps.

La vision politique ne s’est pourtant pas éteinte à l’école.
Mais c’est désormais dans les sciences économiques et sociales que nous la retrouvons.
Naguère, certains dénonçaient dans les manuels de cette noble discipline un esprit gauchiste, ou altermondialiste virulent. Certains gros mots même étaient glissés dans des pages ainsi indignes, comme Etat, participation, chômage, allocations, redistribution… J’en oublie certainement, je ne voudrais pas être trop rabelaisien.

D’autres y trouvaient que la contestation de notre société mondialisée n’est pas assez profonde ni mordante. La mondialisation est mauvaise, la mondialisation est délétère, la mondialisation est dangereuse. Et dans un réflexe un peu gaulliste, il était de bon temps de contester l’hyper-puissance américaine et le modèle atlantique, qui à coup de trusts anonymes et de produits trop bon marché font des exclus et des obèses.

L’économie est politique. Raymond Barre, naguère encore, en faisait même le titre d’un de ses manuels.
Les programmes de Sciences économiques sont appelés à changer. Quelle vision vont-ils nous donner ? Libé nous rassure. Dans un article du 27 août, nous apprenons, que 25% des businessmen emmènent en voyage leur ours en peluche.

Ils doivent donc aimer les belles histoires.
Il était une fois ma petite entreprise, avec des stocks-options notables et substantiels….
C’est curieux, cela ne me rassure pas…

Tous les commentaires

14/09/2010, 22:26 | Par patrick 44

Mais si, mais si, onpeut aussi faire fortune avec les jouets. Regardez Mattel et le destin faramineux de la femme de Ken ...

15/09/2010, 11:03 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de patrick 44 le 14/09/2010 à 22:26

@ Patrick : Ah oui, la fameuse Barbie !!! On vend(ait) une Barbie toutes les minutes dans le monde, naguère... Voilà une réussite à offrir en modèle, presqu'un cas... d'école...

14/09/2010, 23:02 | Par Etoile66

Cher Yohann,

vous écrivez:

"Naguère, les manuels d’histoire étaient politisés. Un manuel de 1982 évoquait ainsi, sans complexes, l’humanisme soviétique…

C’était un autre temps, où l’on s’engageait par sa plume et où l’histoire était mise au service d’une idée et de principes.
L’histoire, peu à peu, à droite comme à gauche, s’est désincarnée. Et les manuels d’histoire ont perdu cette politisation
"
 

Je ne le pense pas vraiment.

Les tentatives de N. Sarkozy avec Guy Môquet, les enfants de 10 ans devant porter le poids de la Shoah, etc. ont montré qu'il y avait encore beaucoup de place pour les manipulations.

Il en est encore de même avec beaucoup de "tabous" sur la colonisation, les conflits franco-allemands (nous en avions parlé sur la guerre de 1870), la collaboration, la vision de l'Histoire "officielle" pour positionner la France sous un jour particulièrement favorable, toute l'Histoire de la Révolution et de Napoléon, etc, etc...

 

La vision politique ne s’est pourtant pas éteinte à l’école. Mais c’est désormais dans les sciences économiques et sociales que nous la retrouvons.

En France, depuis l'Ecole primaire on entend parler des "patrons"... mot à peu près synonye "d'escrocs en puissance".

Ce mot "patron" a une charge négative dans l'imaginaire collectif. Pour avoir une grande partie de ma famille dans l'Education nationale, je sais ce que ce terme suscite comme "associations" mentales chez eux, ils véhiculent bien entendu ce "contenu" auprès de leurs élèves, consciemment ou non.

Dans la bouche des journalistes, le mot "patron" est également chargé négativement.

Ceci vient du traitement de l'Histoire dans l'Education, de la période de la Révolution, de l'interprétation de Marx, etc...

Il existe d'autres pays où le terme "d'entrepreneur" n'est pas du tout chargé négativement.

 

Il était une fois ma petite entreprise, avec des stocks-options notables et substantiels…. C’est curieux, cela ne me rassure pas…

Sauf que les "petites entreprises" n'ont pas de "stock options"...

Elles triment pour survivre et garder les emplois.

En France, les entreprises de moins de 10 salariés représentent plus de 90% de la totalité des entreprises.

C'est-à-dire que dans l'imaginaire collectif, les 10% des entreprises de plus de 10 salariés - dont une toute petite partie de "grandes entreprises" - sont prises comme archétypes du mal...

Terrible pour un pays comme la France qui est supposée vendre ses produits sur les marchés internationaux et maintenir ainsi l'emploi que tous réclament à cor et à cri...

Je vois là une certaine schizophrénie, perpétuée avec beaucoup de non-dits et de charges historiques et affectives...

Les Français veulent des emplois, mais n'aiment pas ceux qui les créent qu'ils appellent "patrons" avec tout l'environnement affectif et imaginatif qui va avec.

Etrange non ?

Et quand on leur propose de créer eux-mêmes leur emploi, là ils vous regardent incrédules.

On ne pense qu'en l'état de "salariés" ou "fonctionnaires"... rarement en créateur ou entrepreneur. Il y a "eux" les méchants et "nous" les bons.

J'entendais récemment des journalistes répéter - du haut de leur sécurité - "Le secteur privé a détruit... tant d'emplois" .

Etrange de présenter les choses ainsi, c'est aussi une "coloration" idéologique. Que signifie "détruire" de l'emploi ?

Qu'est-ce qui mène à cette situation ? Là les journalistes se taisent... pas de vraies analyses. On affirme !

Et le secteur public, en crée-t-il de l'emploi ? Si oui, avec quels financements et quels objectifs ?

Je souhaiterais que vous ne succombiez pas à cette pensée ambiante assez schizophrène - dont je grossis quelque peu le trait.

 

15/09/2010, 11:22 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Etoile66 le 14/09/2010 à 23:02

# Etoile66. Herzlich Willkommen!

Il est plaisant de vous relire dans ces murs.

Alors, rassurez-vous liminairement, je ne succombe pas à la pensée ambiante. Et dans mon entourage, j'ai quelques artisans qui se battent avec leurs petites entreprises.

Patron n'est pas forcément péjoratif en France. Certes, ce mot a une histoire. Avant de patron, on ne parlait pas, ou peu. On fustigeait les gros, les nantis, les bourgeois. Patron s'est peu à peu imposé. Dans les années 60 et 70, si on prend comme marqueur le cinéma français, on voit fleurir les PDG, les patrons, souvent décriés, comme avec Louis de Funès.

Depuis les crises et la mondialisation, le patron est souvent un patron-voyou, comme près de chez moi, il délocalise, il s'enfuit, laissant l'entreprise fermée, les salariés désemparés et au chômage, sans rien. DEs combats durs contre les patrons ont eu lieu dans les Ardennes, en Haute-Marne, terres frappées par la désindustrialisation.

Pourtant, patron n'est pas que négatif. Il existe des bons patrons, comme Yves Rocher, salué par tous. Et c'est le patron qui créé la richesse, désormais, même le PS est d'accord là-dessus. On a glissé de la critique sociale à la critique technique. C'est désormais, au travers de ce mot plastique, le management (ou plutôt l'absence de...) qui est visé.

Quant aux fonctionnaires, ils ont plutôt mauvaise réputation, plus que les patrons, budgétivores, fainéants, privilégiés... Que les critiques aillent exercer le même apostolat que mes jeunes collègues dans les banlieues, avec un salaire tout juste supérieur au salaire minimum malgré des années d'étude et un professionnalisme avéré (bilinguisme pour certains, technicité pour d'autres etc.), et dans des conditions ignobles (insultes, agressions physiques, mépris...). Le public crée des emplois (publics) et de la richesse (pour tous), mais cela coûte (pas pour tous, plus d'un Français sur 2 ne paient pas d'impôt sur le revenu et cela en devient de plus en plus insupportable pour ceux qui sont soumis à cette pression fiscale).

Certes, par colbertisme, par atavisme colbertiste, le Français n'aime pas le patron, mais c'est par une sorte de rabelaisianisme socialisant, comme il n'aime pas l'Etat, par libéralisme édulcoré. On crie contre l'Etat mais on le presse d'intervenir pour suppléer aux erreurs du privé, comme pour les inondations...

Mon propos n'était pas là. Je n'évoquais pas une instrumentalisation de l'Histoire, ni même une représentation, mais une appropriation par engagement politique. L'Histoire, naguère, avait un sens politique. Aujourd'hui, c'est sa finalité qui est devenue politique. Ce n'est pas la même chose.

Ce sont les Sciences Eco qui désormais sont investies de cette politisation à l'école. D'un côté, les tenants du libéralisme, de l'autre, ceux pour une économie tempérée par une intervention de l'Etat. Le récit national désormais passe dans l'entreprise et par l'entreprise. C'est aussi une reconnaissance de leur rôle dans la société et un verdict cinglant sur l'utilité collective de l'Histoire...

15/09/2010, 16:00 | Par patrick 44

"L'histoire, naguère, avait un sens politique.Aujourd'hui, c'est sa finalité qui est devenue politique"

Tout est dit.

16/09/2010, 15:24 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de patrick 44 le 15/09/2010 à 16:00

Cela sonne, cher Patrick, hélas un peu comme une épitaphe, mais qu'écrire de plus, en effet...

16/09/2010, 16:03 | Par Etoile66

16/09/2010, 18:06 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Etoile66 le 16/09/2010 à 16:03

Chère Etoile,

Je vais le consulter de ce pas.

Ce que je viens donc de faire.

N'enseignant pas en collège, j'ignorais tout de cette polémique et sur la partie du programme qui en est l'objet.

Là encore, on évoque bel et bien l'instrumentalisation de l'histoire. On évoque même le culte de la mémoire. Ce sont deux choses très différentes. Que certains instrumentalisent l'Histoire ou tentent de le faire, c'est une évidence absolue. Quelle lecture de la Guerre d'Algérie est-il possible de faire entre ceux qui évoquent une histoire glorieuse de la présence française en Algérie et ceux qui considèrent les harkis comme des traîtres et qui taisent les faits peu glorieux de la lutte d'indépendance et ce qui a suivi (dont la prise de pouvoir par l'"armée des frontières"...) ? Une lecture raisonnée et scientifique.

Quant à la mémoire, ce n'est pas de l'Histoire. Et le communautarisme mémoriel à la mode en Europe aujourd'hui, représente une négation même de l'Histoire. La mémoire est partielle et pis, elle est partiale. C'est bien aux historiens et aux professeurs d'histoire de la corriger. Il y a désormais des groupes de pression pour tout, qui tous tentent d'imposer une vision de l'Histoire. Mais l'Histoire est.La vision, quelle qu'elle soit n'est qu'un placage circonstanciel sur le cours des événements.

Enfin, je crois, hélas que le récit national ne passe plus par l'Histoire. La meilleure preuve, c'est toutes ces mémoires qui fleurissent qui prétendent incarner la vraie histoire, qui veulent entonner un récit, qu'ils définissent comme universel mais souvent hélas qui n'est que catégoriel.

L'Histoire porte-t-elle encore l'identité nationale ? Il faudrait savoir de quoi se compose cette identité nationale en France, comment elle est vécue. A mon avis, l'Histoire y est bien absente... hélas. En Allemagne, c'est désormais bien différent, encore une leçon que nous donnent nos amis allemands.

16/09/2010, 22:47 | Par Etoile66

Excellent :

"La mémoire est partielle et pis, elle est partiale. C'est bien aux historiens et aux professeurs d'histoire de la corriger. Il y a désormais des groupes de pression pour tout, qui tous tentent d'imposer une vision de l'Histoire.

Mais l'Histoire est."

 

Le problème, c'est qu'à la tête de l'Etat il y a des personnes totalement incultes qui favorisent le culte de la "mémoire", voir Guy Môquet et la charge du "souvenir" d'un enfant mort dans la shoah par tout enfant de CM2...

 

"L'Histoire porte-t-elle encore l'identité nationale?Il faudrait savoir de quoi se compose cette identité nationale en France, comment elle est vécue.

A mon avis, l'Histoire y est bien absente... hélas."

 

C'est tellement bien dit !

"L'identité nationale" est une construction faite de mythes, d'Histoire découpée et raccolée pour obtenir une salade plaisante.

Comme vous l'écrivez, l'Histoire y est bien absente.

Mais une grande majorité des citoyens ne le voient pas et croient que C'EST l'Histoire.

 

"En Allemagne, c'est désormais bien différent, encore une leçon que nous donnent nos amis allemands. "

C'est aussi exact, mais si c'est moi qui l'écris, je me fais incendier.

 

Au fait, dommage que vous ayiez choisi ce titre d'article de blog.

Car le sujet de l'Histoire est terriblement passionnant, je doute que ceux qui sont intéressés par l'Histoire, voyant que le titre commence par "Ma petite entreprise..." viennent le lire.

Mais je peux me tromper.

17/09/2010, 11:09 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Etoile66 le 16/09/2010 à 22:47

C'est vrai que le titre renvoie peu à l'Histoire, mais le papier évoque davantage pour une fois les sciences éco que l'Histoire. Quant à son audience, il faudrait un instrument pour la mesurer, mais votre fidélité à vous et à quelques autres est déjà un succès en soi. Merci à vous !

Je vous enverrai, quand il sera publié, un de mes articles sur l'identité nationale et l'Allemagne, je pense que vous apprécierez ce qui y est écrit.

Le culte de la mémoire est partout, prôné par tous ou presque, on assiste bel et bien à une fièvre mémorielle, qui accable l'histoire comme les accrocs la tunique de Nessus. Cela devient délicat de faire entendre une voix objective sur l'histoire.

17/09/2010, 16:22 | Par maus KNOCKOUT

les sciences éco tiennent le haut du pavé , il faut chercher à la loupe comment la France écrit sa politique étrangère contemporaine, et les guerres qu'elle mène dans le monde.

Guerre est devenu un gros mot d'ailleurs, la France est en paix, défend les droits de l'homme, ses très nombreuses interventions militaires sont des sortes d'aides humanitaires dans des conflits locaux loin de chez nous. A l'interieur de ses frontières, elle se bat contre le "terrorisme".

l'argent est le nerf de la guerre, mais ce ne sont plus les historiens qui ont voix au chapitre.

est ce que j'ai bien compris le sens de votre billet ?

20/09/2010, 09:48 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de maus KNOCKOUT le 17/09/2010 à 16:22

Hallo Maus!

Was neues?

Ce ne sont, en effet, plus les historiens qui ont voix au chapitre. Le récit national désormais ne passe plus par l'Histoire. Bonne chose ou mauvaise, à chacun de juger.

21/09/2010, 14:30 | Par maus KNOCKOUT

sehr geehrter Yohann,

la Tour Eiffel est toujours à la même place.

Dans la guerre des récits, j'ai cherché et trouvé quelques historien(e)s à mon goût.

22/09/2010, 18:59 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de maus KNOCKOUT le 21/09/2010 à 14:30

Non, Toujours là ? On m'aurait abusé ?

Hier encore, je ne l'ai pourtant pas vue...

Des historiens et des historiennes intéressants. Lesquels, wenn ich fragen darf?

23/09/2010, 17:02 | Par maus KNOCKOUT

plus qu'intéressants, renversants : un indien, un canadien, un français.

 

30/09/2010, 19:51 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de maus KNOCKOUT le 23/09/2010 à 17:02

Voilà un mélange exotique et même éclectique !

01/10/2010, 13:00 | Par maus KNOCKOUT

ma méthode historique, lieber Yohann

01/10/2010, 15:47 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de maus KNOCKOUT le 01/10/2010 à 13:00

Ach so ! Voilà une méthode qui devrait être enseignée !

01/10/2010, 22:35 | Par maus KNOCKOUT

Yohan, si vous étiez IPR, je n'aurais pas quitté l'educnat

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