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Cette guerre qui ne passe pas...

2010-1962...

2010, sortie du film Hors-la-loi... 1962, fin des hostilités en Algérie... Presque cinquante années ont passé et cette guerre, elle, n'est toujours pas passée.

Aujourd'hui, la guerre d'Algérie est devenue une guerre de mémoire. De mémoires... devrais-je écrire. Car plusieurs mémoires s'affrontent. La mémoire des Algériens, celle des Pieds-Noirs, celle des soldats français...

Dans le Sud-Est, une autre mémoire a tenté de s'inscrire dans l'espace, celle des partisans ultimes de l'Algérie française. Démarche "logique", car la mémoire s'incarne, en effet, d'abord, dans les esprits, dans un groupe, puis dans les pierres. Or, aujourd'hui, c'est le cinéma qui sert de marqueur mémoriel. Les polémiques violentes sur le film présenté à Cannes le montrent bien.

Naguère c'était la mémoire des rappelés qui était convoquée et représentée sur les écrans. Tavernier, en réalisant le documentaire La guerre sans nom, a su montrer la guerre du côté des rappelés, de ces anonymes envoyés faire la guerre par Guy Mollet, élu sur la promesse de la paix. Plus récemment, La trahison a évoqué le déchirement des harkis, entre France et cette nation qui naissait. L'ennemi intime, lui, s'est attaché à montrer les ravages opérés sur les esprits par la "pacification".

A cette guerre des mémoires semble répondre aujourd'hui une guerre des images..., ce qu'elle fut dès le début avec le film La Bataille d'Alger ou Les Centurions...

Au cinéma aussi, cette guerre ne passe pas...

 

 

Tous les commentaires

25/05/2010, 22:36 | Par Axel J

"La haine de soi" que Dominique Conil rappelle fort à-propos ici, me fait soudain avancer d'un grand bond sur un de ces sujets que je ne savais pas aborder suffisamment calmement pour avancer.

 

Car cette histoire, celle de l'Algérie et des Algériens, mais qui ne peut pas se concevoir sans la France

(et c'est son plus grand malheur, quand tous les autres pays du monde, je pense notamment aux autres anciennes colonies françaises, s'appréhendent désormais eux-mêmes bel et bien seuls, parvenant à faire abstraction, mieux à oublier, l'ancien colon),

cette "histoire algérienne",

bon allez un peu de démagogie pour participer au sur-place hypocrite général,

cette "histoire franco-algérienne",

est beaucoup une histoire des haines de soi entremêlées.

 

Chaque partie dans cette histoire,

a de "bonnes" raisons de se haïr soi-même, et ça

(ça rappelle beaucoup la haine entre Sémites juifs et Sémites arabes en Palestine),

c'est LE cocktail parfait pour un cercle vicieux dans lequel on s'enferre de plus en plus profond...

26/05/2010, 17:04 | Par Luciole Camay en réponse au commentaire de Axel J le 25/05/2010 à 22:36

Le gros problème c'est quand on n'arrive pas à transcender ses malheurs. Quand ils restent couver indéfiniment. Ceux qui ont perdu des proches, ceux qui ont assisté à des tortures ne peuvent les gommer que s'ils trouvent une porte de sortie honorable, mais laquelle ? Ce n'est pas donné à tous de se rattraper des vacheries qu'on a vécues. Il y a des coins du globe où on reste prisonnier toute sa vie dans un étau, pas le droit de passer la frontière, pas le droit de s'exprimer directement. Pas l'occasion ou pas les moyens d'en faire une fiction. Le pire des poisons internes dans le corps serait "la bile noire".

26/05/2010, 17:26 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Luciole Camay le 26/05/2010 à 17:04

Le gros souci, en effet, c'est de surmonter les épreuves. La fiction peut toutefois aider, comme les films sur la Guerre d'Espagne, qui empruntent souvent la voue onirique, comme l'excellent Labyrinthe de Pan.

26/05/2010, 17:30 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 25/05/2010 à 22:36

J'ai éprouvé aussi cette difficulté Axel, à aborder cette partie de notre histoire... Tu as raison. C'est un véritable cercle vicieux, qui montre notre incapacité à gérer les plaies de notre histoire.

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