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Et si les tontons flingueurs étaient un film de droite ?

 

Le cinéma aussi se distribue sur l'échiquier politique. Il y a des films de gauche comme la Marseillaise de Renoir. Il y a des films de droite, comme l'Anglaise et le duc de Rohmer. Et il y en a d'autres, pour qui l'appartenance est moins lisible. En revoyant dernièrement Les tontons flingueurs pour nourrir un débat d'amphis, m'est venu à l'esprit une idée saugrenue. Et si Les tontons étaient un film de droite ? Plusieurs faits semblent plaider en ce sens...

 

* Une nostalgie de la France d'avant...

 

La droite, pardon, les droites , sont une famille politique attachée aux traditions. Certes, les droites connaissent et éprouvent le vent de l'Histoire, soit pour le dénoncer et le contempter (comme la droite ultra), soit pour l'accompagner, voire l'attiser (comme la droite bonapartiste). Mais les traditions appartiennent au patrimoine génétique des droites, alors que les gauches veulent, du passé et des traditions qui le soulignent, faire table rase. Or, Les Tontons... est un film qui évoque une France qui meurt, une France qui disparaît. Les Français s'adonnent au whisky et en oublient le pastis. Le whisky, symbole de l'impérialisme yankee, dissout l'âme gauloise dans l'ambre de ses degrés. Le Whisky, c'est aussi l'avènement de l'apéritif chez soi, dans son salon, qui condamne la convivialité des débits de boisson et du zinc à la mort. La sociabilité toute paysanne de l'estaminet disparaît au profit du paraître bourgeois et policé. Le Whisky, c'est aussi un vecteur de l'Anti-France... Mais le Français, dépeint dans la scène (fabuleuse) de la péniche, ne se contente pas de délaisser le petit jaune. Il a perdu son appétence sexuelle pour la parépatéticienne. Il préfère s'adonner à ce "divertissement d'hilotes" qu'est la télévision pour savoir s'il ne serait pas, par hasard, "l'homme du vingtième siècle". Le furtif client a ainsi disparu, déplore la mère maquerelle, et avec lui, un pan de notre histoire. Nos héros, toutefois, ont le sens des valeurs, des vraies, de celles consacrées par le temps. Ainsi, au cours d'une scène d'anthologie, ils se laissent aller au bizarre, au malhonnête, à ce breuvage chassé par le gabelou, débusqué par le pandore, traqué par le polyvalent. Evocation du temps d'avant, d'avant la fin du privilège héréditaire des bouilleurs de cru. Ce bon vieux temps des breuvages d'hommes, qui faisaient la fierté de nos terroirs et la force de nos ulcères. Ce film diffuse donc le parfum d'une France qui est en train de s'éteindre, celle d'une France rabelaisienne... Autre caractère droitier, le culte du chef.

 

 

* Le culte du chef

 

Dans ce film, la question essentielle, c'est l'autorité. L'autorité est. Elle ne souffre aucune contestation, ni discussion. L'autorité s'impose d'en haut. Le Mexicain qui intervient dans le début du film, a le réflexe droitier assez accusé. Il était, dit-on, prompt à dégainer son artillerie dès qu'on évoquait augmentation de salaires ou congés payés... Lorsqu' in articulo mortis, il annonce la dévolution de son autorité, devant la contestation des barons de son empire dénonçant un manque de communication (comme on dirait aujourd'hui), il s'en gausse : "j'aurai pu aussi faire un référendum..." Le chef est certes tribun, mais sans s'encombrer des rites démocratiques qui dénaturent l'autorité légitime, consacrée par la force de l'automatique. Monsieur Fernand reprend alors l'héritage, d'une main de fer. Mais de condition plus rurale, pour asseoir ses décisions dans la noble assemblée, il délaisse le revolver au profit du "bourre-pif", indéniablement plus primitif, mais un rien plus efficace économiquement parlant. Les salariés morts ne sont plus rentables. Il le sait. Le chef de droite montre donc qu'il possède des lettres en marketing... Ainsi s'explique la prospérité de cette petite entreprise familiale. Pas de trusts anonymes et de conglomérats à l'américaine, mais une saine société familiale, où les rapports sont directs et chaleureux, du sommet à la base. Les négociations sociales sont simples. Pas d'accords Matignon. Décision et exécution. En outre, ce chef montre l'exemple. Il y a du Lyautey dans le personnage joué par Ventura. Il n'hésite pas à jouer de sa personne, à faire lui-même le coup de poing et le coup de feu, lui devant... et les autres derrière. Il est un chef aimé de ses troupes, courageux, intrépide, décidé, incarnant l'exemple à suivre. Tel est bien le chef de droite... Autre caractère qui semble rattacher ce film à droite, la place des femmes.

 

* la place des femmes

 

Force est de reconnaître que le monde des Tontons... est un monde d'hommes, un univers plutôt masculin. Et ce, jusque dans la boisson lampée... Car, comme l'affirme Lino Ventura, force est de "reconnaître que c'est plutôt une boisson d'hommes...". Les femmes, dans cet univers, sont à la marge. Il y a la Dame Maquerelle, qui sert le patron dès qu'il arrive. Tout sourire, mielleuse, elle n'existe que pour servir le plaisir des hommes. On trouve aussi la mère de Patricia. Défunte, elle est réduite à un souvenir, souvenir constitué par son caractère et par sa beauté. Patricia, fille de sa mère, qui prépare son bachot, dans une institution religieuse, est une jeune fille moderne. Elle connaît Sagan, qu'elle cite et qu'elle imite (elle se promène les pieds nus). Prête à embrasser fougeusement Claude Rich sur une banquette d'un Louis quelconque (ce qui montre son souci assez léger des convenances), à la faveur d'une lumière propice, elle n'en a pas moins des rêves très traditionnels : épouser en blanc son Antoine. La scène où elle ragougnasse, montre qu'elle est prête à se couler dans le moule du modèle féminin rêvé par les hommes : une femme aimante et au foyer, habile à la confection du ragoût et capable de briller en société. Même influencée par Sagan, la jeune fille a des rêves petits-bourgeois et presque prud'hommesques. La femme est obéissante et soucieuse des traditions, une femme qui a tout d'une femme de droite.

 

 

Tels sont les éléments qui pousseraient nos Tontons vers un cinéma droitier...

Tous les commentaires

28/01/2009, 21:10 | Par kairos

kairos Michel Audiard n'était pas de gauche (bien que ça ne soit pas toujours incompatible avec un attachement aux valeurs traditionnelles) ... Un anarchiste de droite, admirateur de Céline (et d'Aragon!)... Il moquait les travers petits-bourgeois, n'aimait pas spécialement les riches, mais changer la société, l'ordre des choses, il se demandait si ça ne serait pas plus en moins en pire... Ce qui l'intéressait, c'était les caractères, les curieux, les énergumènes, les solitaires... Enfin, je le vois comme ça...

28/01/2009, 18:33 | Par Epaminondât

N'est-ce pas dans ce film qu'on entend: "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît !", phrase éminemment conservatrice ? . A part cela, votre critère de la gauche (vouloir faire table rase du passé - phrase un peu malheureuse de L'Internationale) me paraît quelque peu réducteur. Où mettez-vous Drôle de Drame, Citizen Cane, Cria cuervos, Fellini Satyricon ... ?

28/01/2009, 19:06 | Par Yohann Chanoir

@ Kairos : Un anarchiste de droite... Je pensais qu'il n'y avait que Céline qui avait osé incarner un tel oxymore. Je suis tout à fait d'accord, c'est un cinéaste de caractères, de gueules, de fort-en-gueules, de personnalités tranchées. Aucun de ses personnages centraux n'est un demi-sel... Sauf évidemment Michalon dans Ne nous fâchons pas... Oui, je le vois aussi comme ça, une sorte de conservateur par fatalisme.

28/01/2009, 21:26 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 28/01/2009 à 19:06

kairos Il y a un courant de droite anti-étatique (Mauras, si je ne confonds pas, définissait la monarchie comme l'anarchie + un!)... Ses seules réussites sont certainement littéraires! Je ne sais si Marcel Aymé ne rentrerait lui non plus dans le genre... C'est aussi une critique du "modernisme", de la société de consommation, de l'embrigadement par les idéologies et le travail industriel. Michel Audiard votait-il? Il faudrait peut-être évoquer Jacques Tati dont les thèmes me semblent, au fond, d'une certaine proximité...

29/01/2009, 09:26 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 28/01/2009 à 21:26

@ Kairos : oui, Maurras appréhendait le pouvoir comme l'autorité d'un seul. Il a défendu aussi le Provencal contre le jacobinisme et le nivellement des cultures locales. C'est la littérature qui le sauve de l'oubli et cet intérêt pour la culture d'en-bas, comme dirait le grand philosophe sinisant Raffarin... Marcel Aymé, oui, assurément. Dans Audiard, d'ailleurs, il y a du Aymé, du Passe-Murailles ou de la Jument verte, pour la peinture de ces micro-sociétés. Tati... Trafic, Playtime, notamment sont des dénonciations virulentes de la société dite moderne. La scène de la panne d'essence et de la course à la station est des plus savoureuses. Mais il le faisait presque sans dialogues, alors qu'Audiard chargeait par le verbe et la verve. Il faudrait rendre hommage à Tati et le sortir un peu de l'oubli, lui si moderne et si économe de l'inflation verbale. On peut tant dire avec la seule image. Je me demande si Lautner ne serait pas aussi à classer à droite, cinématographiquement parlant. Il y aurait aussi Schoendorffer.

29/01/2009, 10:36 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 29/01/2009 à 09:26

kairos N'y aurait-il pas une apologie de l'individualisme (de droite), opposé aux grandes machines collectives où se mêlent le Progrès et la Normalisation (de gauche, du moins dans l'acception née du communisme), chez Tati et Audiard? Je verrais la différence dans une sorte de "virilisation" chez le second et une douceur poétique, comme asexuée, chez le premier...

29/01/2009, 12:12 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 29/01/2009 à 10:36

@ Kairos : L'individu opposé à la foule, pour ne pas dire aux masses ? Un cinéma de droite avec comme figure centrale l'individu rétif confronté à un cinéma de gauche privilégiant la foule motrice ? J'aime cette idée. Et cela fonctionne bien pour la Marseillaise de Renoir et L'Anglaise et le Duc, par exemple. Les droites ont toujours préféré l'individu à la foule, sauf quand elle est nation, évidemment. Tati dénonce, en effet, le progrès qui détruit et qui change les habitudes et l'ordre habituel, voire réglé des choses, la vie à la campagne, les vacances, le voisinage, le travail dans l'entreprise, où c'est vrai la normalisation est poussée à l'extrême, ou ce film dont le nom m'échappe dans le restaurant... Toutes ces balises rassurantes de la vie française. Audiard a une douceur poétique, magicien de la langue et du bon mot qui fait mouche, il y a du Rabelais en lui. Et incontestablement une représentation virile, (le monde d'hommes, comme les Barbouzes ou les Tontons). Tati, une douceur poétique asexuée ? Douceur et poésie, je vois bien, mais pourquoi asexuée ? A cause du personnage de Monsieur Hulot, dont le caractère masculin est à peine tranché ?

29/01/2009, 12:25 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 29/01/2009 à 12:12

kairos Oui, un personnage lunaire, qui vit ailleurs, quasi angélique (et les anges, comme, chacun sait!)... Il n'a pas de vie amoureuse, semble-t-il (ce qui le cas de la plpart des comiques, à l'exceptionde Charlot, dragueur impénitent!)... Alors que chez Audiard, les" tontons flingueurs" connaissent par coeur les bordels de Saïgon! Ce sont des "déssalés"...

29/01/2009, 12:50 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 29/01/2009 à 12:25

@ Kairos : oui, un personnage totalement angélique et donc sans... Une vie sans amour, en effet, mais il aime les enfants, une figure du père en fait, très droitière comme incarnation. Un être vraiment asexué dans son rôle masculin. Quant à nos Tontons ou nos barbouzes, ils connaissent les vraies femmes (genre blonde comaque...), qui ont le sens de la vie et l'expérience propice à assouvir le nécessaire besoin de repos du guerrier franchouillard... Rien de demi-sels effectivement...

30/01/2009, 08:46 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 29/01/2009 à 12:50

kairos Une figure intéressante serait peut-être, sur l'articulation Droite:Gauche (comme sensibilité plutôt que comme idéologie, avec les limites des termes eux-mêmes): Jean Gabin. De Prévert à Audiard... De "La belle équipe" (le Front populaire) à "La traversée de Paris" ("Salauds de pauvres!")... Il ne joue pas dans "Les tontons flingueurs", mais Lino Ventura tient beaucoup de lui...

31/01/2009, 10:46 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 30/01/2009 à 08:46

En effet. Il a d'ailleurs planté un patriarche de droite, dans les grandes familles, je crois... C'est vrai qu'il incarne davantage une sensibilité plutôt qu'une idéologie et dans ce film, avec André Pousse, et où Gainsbourg chante Requiem pour un con, quand il se propose de faire la Saint Barthélémy des truands, de délaisser la justice des juges pour la justice immanente, (quel est ce film déjà ?), c'est vraiment un policier de droite... Lino Ventura le reconnaissait comme ami et maître, comme il l'a dit lui-même lors de la première cérémonie des Césars. Une piste de travail stimulante...

29/01/2009, 10:00 | Par Cendrine Cazenave en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 29/01/2009 à 09:26

Réponse sonore et visuelle, graphique et gesticulatoire de Monsieur Hulot! ... et poétique!:)

29/01/2009, 12:17 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Cendrine Cazenave le 29/01/2009 à 10:00

@ Cendrine : merci pour l'image... C'était vraiment un grand Monsieur et j'avais oublié qu'il avait glissé quelques notes d'un jazz aérien dans ce film. C'était bien un homme de son temps, jusque dans la bande-son. Ce Hulot est vraiment différent d'un Charlot, c'est un rire provincial... qui sent la France de l'intérieur, cette France qui meurt au moment même où il la saisit. C'est presque un cinéma archéologue en fait.

29/01/2009, 22:12 | Par Cendrine Cazenave en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 29/01/2009 à 12:17

Merci Yohann pour ce commentaire éclairé et cette mise en perspective.. La bande son est superbe en effet. Il m'a fallut du temps pour apprécier ce personnage décalé, inadapté...et de ce fait intemporel et aussi dans toutes ces dimensions. Jacques Tati est un artiste, il a beaucoup de cordes à l’arc de son talent, et comme tous les artistes, c’est un témoin et aussi un « éveilleur » qui sait pointer du doigt les ordres et les désordres, les mesquineries humaines et je dirais aussi avec élégance. Certes son personnage quelque peu éthéré manque de Sexe appeal.. !! est-ce aussi pour çà que j’ai mis du temps à l’apprécier.. ? ;) Merci aussi d'avoir ouvert ce débat intéressant et singulier. le site de Jacques Tati ici vaut le coup d'œil

31/01/2009, 10:51 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Cendrine Cazenave le 29/01/2009 à 22:12

Un éveilleur, un accoucheur... Je me souviens de cette curiosité qu'il a réalisée, sur l'avant-match de footbaal (...) à Bastia lors d'une finale de coupe d'Europe, je crois. Sans paroles, sans voix-off, rien que l'image et les bruits de la ville qui s'arrêtait pour le match. C'était stupéfiant, un vrai réquisitoire et en même temps un cri d'amour pour la France d'en bas, expression qu'il aurait contemptée, soyons en persuadés. Merci pour le site et merci pour les réflexions. C'est vrai que ce n'est pas un Brad Pitt, ou une icône masculine, mais bon, faire rire les femmes est, paraît-il, l'atout maître de la séduction. Là aussi, il y aurait beaucoup à dire sur ces figures asexuées au cinéma et qui restent dans nos mémoires alors que les prima donna et les bellâtres s'estompent.

31/01/2009, 10:52 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Cendrine Cazenave le 29/01/2009 à 22:12

C'est aussi un anti-héros, ceci explique peut-être son côté asexué, non ?

28/01/2009, 19:21 | Par Yohann Chanoir

@ Melchior Griset-Labûche : Si, si, tout à fait... Lorsque Monsieur Fernand évoque les Volfoni avec le notaire. Le conservatisme, c'est aussi une forte dose de cynisme... En effet, cette phrase réduit un peu les gauches à un thème de campagne. Mais il fut souvent utilisé, et pas seulement par les marxistes. Mitterrand naguère promettait le "changement", qui pouvait aussi s'entendre comme une volonté de modifier l'ordre des choses et introduire une coupure dans la chronologie. Pour les autres films, tous d'ailleurs de très bons films (Drôle de Drame, par contre, j'avoue ne pas connaître), leur aspect essentiel réside dans la critique féroce voire acide. Je me souviens du Fellini notamment et ce Satyricon virulent sur les moeurs de ces "beaux messieurs" qui s'ennuient et qui sombrent dans l'orgie du bas Empire. Citizen Kane, lui, dénonce la mégalomanie, la soif du pouvoir, l'insolente richesse. Mais est-ce autant, vu la personnalité d'Orson Welles, un film de gauche ? On pourrait citer aussi les films de Ken Loach, les Travellors, Riff-raff, sur l'ère Thatcher... Lui est indiscutablement à gauche. A vous lire...

31/01/2009, 12:22 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 28/01/2009 à 19:21

"Drôle de Drame", vous le connaissez par ouï-dire: "Moi, j'ai dit bizarre ? Comme c'est étrange..."

29/01/2009, 20:44 | Par claude lelièvre

On m'a dit, dans ma jeunesse, qu'il y avait des ''traditions révolutionnaires'' dont il fallait s'inspirer ( voire qu'il fallait ''respecter'' ). Oxymore de droite ou révolutionnaire? Mitterrand, était-ce un ''tonton flingueur''?

30/01/2009, 20:56 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de claude lelièvre le 29/01/2009 à 20:44

Cher Claude, Merci de vos mots, vous lire ici, après vous avoir lu ailleurs, me touche. Mitterrand, un tonton flingueur ? Voyons, il a flingué le PC, caramélisé le PS, un peu bourre-piffé la droite gaulliste, qui du coup, sous le choc, s'est livrée corps et âme au libéralisme. Un flingueur un vrai, un de la quatrième en plus... Mais il n'y a pas que son tableau de chasse. Il était provincial avant tout, notre Tonton François. Il avait le goût des mots, des bons et des vachards, de ceux dont on ne se relève pas : "votre majorité est courte... mais elle existe...", ou, évidemment "l'homme du passé et l'homme du passif..." Il y avait de l'Audiard en lui, indiscutablement, et donc tontonnien d'autant. Des traditions révolutionnaires dont il fallait s'inspirer... Phrase sans doute susurrée par un social-traître, non ?

29/01/2009, 21:30 | Par nadja

@ Yoanne chanoir et kairos "Tati dénonce, en effet, le progrès qui détruit et qui change les habitudes et l'ordre habituel, voire réglé des choses, la vie à la campagne, les vacances, le voisinage, le travail dans l'entreprise, où c'est vrai la normalisation est poussée à l'extrême, ou ce film dont le nom m'échappe dans le restaurant... Toutes ces balises rassurantes de la vie française. Audiard a une douceur poétique, magicien de la langue et du bon mot qui fait mouche, il y a du Rabelais en lui" Il s'agit des Vacances de Mr Hulot, film que j'adore. Je ne suis pas sûre qu'on puisse ainsi classer les films de droite ou de gauche et je trouverais ça décevant. Ce que j'aime chez Tati c'est ce regard humoristique sur la vie et les gens, sans méchanceté. Je crois que c'est Desproges qui avait dit qu'on pouvait rire de tout, mais pas avec n'importe qui, et je trouve que Tati savait rire de tout avec n'importe qui. Il me semble que ses films sont juste une tournure d'esprit salvatrice pour l'homme qui est ainsi contraint à davantage d'humilité. I est vrai que ses films correspondaient bien à sa personnalité solitaire, mais est-on pour autant de droite lorsqu'on est ermite? Anarchiste de droite ou attaché aux traditions révolutionnaires, ces oxymores montrent bien que les lignes de partage sont bien plus floues qu'on ne l'imagine et que ce sont souvent des îlotsou l'on se retrouve entre gens de droite et de gauche fort heureusement sinon, la vie serait insupportable...

29/01/2009, 21:49 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de nadja le 29/01/2009 à 21:30

@ Nadja : non, il s'agit d'un film en couleurs, un grand restaurant, moderne, au rez de chaussée d'un immeuble contemporain... Je suis d'accord, Tati est salvateur, et c'est comme un remède. Il nous manque aujourd'hui un regard critique comme le sien, humaniste et sévère tout à la fois. Je ne sais au contraire si les étiquettes sont floues Elles sont claires et univoques, mais les femmes et les hommes sont davantage ambigus et ne se réduisent pas (ou ne veulent pas être réduits) à une étiquette. Audiard était sans doute de droite, et en même temp,s il refusait bien des valeurs de la droite et de la gauche. Je crois que classification n'est pas raison et que l'homme se joue souvent de la raison. Et oui, cela rend la vie plus supportable.

30/01/2009, 19:02 | Par nadja en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 29/01/2009 à 21:49

Peut-être s'agit-il de Trafic?

30/01/2009, 20:54 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de nadja le 30/01/2009 à 19:02

Peut-être, en effet... Voire Playtime, il va falloir que je révise Tati, moi...

30/01/2009, 20:55 | Par Yohann Chanoir

@ Nadja : Je crois à la réflexion que c'est playtime...

29/01/2009, 23:23 | Par Serge Koulberg

"être con et beau à la fois" chantait Jacques Brel, il ne précisait pas que le dosage penchait à droite, Audiard comme archétype du verbe viril, je ne sais si les statstiques le confirme... Tati qui n'a mis au premier plan ni le whisky ni les chefs ni les femmes condamné à errer dans un no man lands de la virilité et de l'angélisme; ça ressemble un peu aux cannes à pêche qui font fort sur l'épaule sans forcément s'émouvoir du poisson... je n'ai pas vu les Tontons flingueurs et donc je parle une fois de plus de ce que je ne connais pas... mais en dehors du moment où on traduit une réflexion par un bulletin de vote, il ne me semble pas essentiel de se caractériser par une appartenance à la droite ou à la gauche.( même si quelques simplifications de ce genre m'aident parfois à construire ma propre pensée) Serge Koulberg

30/01/2009, 12:39 | Par Yohann Chanoir

@ Serge Koulberg : Le bulletin de vote traduit-il toujours forcément notre réflexion ? Le vote par défaut, hélas, est parfois une obligation, et les appartenances, claires peut-être dans nos esprits en sont brouillées. Con et beau à la fois... Dans quelle chanson ? A droite, je ne sais pas si ce dosage nous y ramène, mais il chantait aussi "Chez ces gens là...", et "les bourgeois, c'est comme les cochons...", réflexion assez peu à droite... non ? Tati, à creuser, juste pour (sa)voir.

30/01/2009, 13:20 | Par Axel J en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 30/01/2009 à 12:39

"...être une heure, une heure seulement, beau et con à la fois..." C'est dans "La chanson de Jacky".
Sinon, pour les notions de droite et de gauche chez les artistes, de mon expérience personnelle qui est grande bien que n'étant pas artiste moi-même, je ne crois pas qu'ils "habitent sur la même planète que nous", \si vous voyez ce que je veux dire. Ainsi une Brigitte Bardot qui se revendique de droite et même d'extrême droite, aura oeuvré à sa manière, se sera servi de son image et de sa notoriété, bien plus efficacement que beaucoup de soi-disant politiques logiques, pour ce qui est de la protection des animaux et de la prise de conscience de la fragilité de la faune.

30/01/2009, 13:51 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 30/01/2009 à 13:20

@ Axel : merci de la référence, je me souviens maintenant, j'avais la mémoire qui flanchait... Je vois ce que vous voulez dire... Pour Brigitte B, oui, en effet, je me souviens combien son discours sur les conditions ignobles du transport des animaux de boucherie m'avait remué... Et n'oublions pas tout ce qu'elle a fait pour la cause des femmes, en vivant comme elle l'entendait et en proclamant que les femmes pouvaient aussi vivre comme elles l'entendaient, avec des droits reconnus...

30/01/2009, 14:04 | Par Yohann Chanoir

Et je me souviens d'elle dans un film avec Gabin, sur une famille de notables, un film superbe, Les grandes familles, non ?

31/01/2009, 09:33 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 30/01/2009 à 14:04

kairos Plutôt "la vérité"?

31/01/2009, 10:54 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 31/01/2009 à 09:33

La vérité ? Alors quel est ce film où joue aussi Bernard Blier, comme âme grise ?

03/02/2009, 19:41 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de kairos le 31/01/2009 à 09:33

Non. Sauf erreur, La Vérité de Clouzot, c'était avec BB bien sûr, Sami Frey, Paul Meurisse, Charles Vanel, et d'autres que j'ai oublié. Un grand film. Et chapeau pour la direction d'acteurs : Brigitte jouait bien !

30/01/2009, 13:49 | Par Fantie B.

Tati, je le verrais bien en défenseur de l'individualisme( au sens, idiosyncrasie si c'est comme ça qu'on dit). Si oui, celui-ci est-il de gauche ou de droite ? billet et commentaires m'ont aiguillée vers un autre film d'Orson Welles, vu récemmment, dont je ne retrouve plus le nom et qui m'a fortement marquée (il se apsse à la frontière USA-Mexique et j'ai oublié son nom). S'il fallait classer ce film à gauche ou à droite.... un petit penchant pour cette dernière ? .. Les héros en général (lesquels) sont-ils de gauche, ou de droite ?

30/01/2009, 14:02 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Fantie B. le 30/01/2009 à 13:49

bonnes questions...

30/01/2009, 14:00 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Fantie B. le 30/01/2009 à 13:49

L'individualisme est souvent connoté à droite. Les gauches préfèrent les masses, les foules, les groupes, alors que les droites, sauf la bonapartiste, préfèrent l'individu, enfin, il me semble... Cette volonté de vivre comme on l'entend, en dépit de tout, imperméable au temps qui s'écoule sent bon le conservatisme, mais il y a des personnes conservatrices à gauche, aussi. J'en ai même rencontré... Le héros c'est celui qui étonne et qui détonne, comme disait Pierre Vidal-Naquet. Le héros peut, à mon sens, être de droite et de gauche. Certes, le héros flatte l'indivualisme cher aux droites, mais souvent des personnes ont été héroïsées à gauche, transformées en icônes du socialisme triomphant et éclairant par l'exemple du héros les masses, le Che, Gargarine, Stakhanov, et le coureur Zatopek... Je ne vois pas pour ce film... Retrouvé la référence ?

30/01/2009, 14:16 | Par Axel J en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 30/01/2009 à 14:00

30/01/2009, 14:59 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 30/01/2009 à 14:16

Oui, Axel, c'est ça, ce doit être cela. En plus, je l'ai en dvd. Impardonnable... Kittos si j'ose...

30/01/2009, 15:19 | Par Fantie B.

Merci Axel ! La soif du mal. *Je ne connaissais pas le titre US et je suis étonnée de la différence, qui en dit long (mais sur quoi ?).
*Le héros de ce film, celui qui reste, n'est-ce pas le capitaine de police incarnée par Welles lui-même. Alors, touch of evil (vu des USA) ou soif du mal (vue de France) ?
*Une hypothèse sur la discussion ouverte par Yohann Chanoir : -Le goût de l'ordre (droite) ou le goût de la justice (gauche), et dans les deux cas les extrémistes ou les héros seraient prêts à tous les prix. -les faire payer par d'autres : les extrémistes ; ou les payer eux-mêmes : les héros.
*J'ai aussi une question un peu du même ordre (ou désordre) et si elle est hors sujet, dites le moi que je l'enlève : Pourquoi les gens de gauche se passionnent-ils désormais pour des polars dont les héros sont des policiers ?

30/01/2009, 15:34 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Fantie B. le 30/01/2009 à 15:19

- parce que les policiers sont au contact de toutes les pathologies, ils sont les derniers justiciers, après eux le désordre, la révolution dont on ne sait jamais comment elle se terminera (il y a du thermidorisme dans cette gauche là) la chienlit, pour employer un terme de droite... - ce sont des redresseurs de tort ou d'ordre sur les deux côtés de l'échiquier - oui, le survivant c'est le capitaine de police, qui incarne un ordre contestable et contesté, mais qui reste l'ordre en place. Un film assez cynique, en fait, non ? - idée intéressante que celle-là, à savoir que le héros ou l'extrémiste, le rebelle paie pour la société, sorte de faire-valoir ou de bonne conscience. Très wellsien comme pensée, je trouve, comme dans son film sur le nazi qui se cache en Amérique derrière les traits d'un professeur d'une petite ville de province, et traqué par un déporté, conscience du monde qui n'a pas fait ce qu'il aurait dû faire. Et qui se venge par cet homme in fine...

30/01/2009, 16:23 | Par Axel J

“Pourquoi les gens de gauche se passionnent-ils désormais pour des polars dont les héros sont des policiers?”
Après les propositions soutenues de Yohann, il y a aussi je crois des aspects autrement plus prosaïques, qui sont du même ordre que le retour en grâce, à gauche, de la couleur kaki pour les modes vestimentaires: Toute une somme de lacunes et aussi de frustrations jamais exprimées, causées par le sectarisme implicite qui dura tout au long des années 70 et 80 sur ce qu'il était de bon ton de lire, de voir, de porter, d'aimer ou détester etc. Le polar, c'était Chirac, le Chirac des "odeurs", donc le polar c'était "de droite", pas touche. George Orwell et son 1984, une des plus grosses lacunes des gauchistes qui se devaient de l'ignorer car le monde qu'il dépeignait sentait trop la critique frontale du monde soviétique intouchable. L'église, la religion, et alors quant à être croyant ce n'était même pas la peine d'y penser: pareil, il fallait se montrer ostensiblement ignorant car c'était dans la mentalité "anticléricalement correcte". Ça me rappelle, les Punks qui se faisaient un point d'honneur à ne même pas connaitre le nom des artistes trop en vue...
Mais aujourd'hui, avec toute cette nouvelle vague depuis une bonne dizaine d'années, qui fait par exemple mêler les cultures et des styles parfois très incompatibles, avec grand bonheur et créativité en musique notamment, avec "les lignes qui bougent" en politique etc, et bien voilà qu'à gauche on "a enfin le droit" d'accéder à tout un pan de la culture qui jusqu'ici était "interdit sous peine de ridicule".

30/01/2009, 19:40 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 30/01/2009 à 16:23

C'est une vision stimulante des choses, et souvent pertinente. Car avec le polar, le kaki vestimentaire, les gauches ont aussi retrouvé, du moins celle qui prétend encore l'incarner (suivez mon regard souverain...) l'entreprise, la flexibilité, le libéralisme, la rigueur, la cagnotte fiscale, la réforme de notre système éducatif avec ce mépris qu'on pouvait enfin afficher pour l'enseignant (fainéant, privilégié, budgétivore etc.), la liste n'est pas clause. Pour Orwell, tout à fait d'accord. Il faudrait aussi relire ses chroniques de Birmanie, ses écrits sur le Paris underground, sur la misère, cette forteresse sans pont-levis et aux douves insondables. Les Punks... No future, no father, no history... Mais il y a eu aussi des non-conformistes à gauche, heureusement... Les polars... Voilà aussi il est vrai un territoire des droites, comment s'appelle donc celui qui a écrit sur la Nouvelle-Calédonie, très à droite ? Son nom d'auteur est un acronyme.

31/01/2009, 12:10 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 30/01/2009 à 19:40

ADG. . Mais où nous donnez-vous vos critères de la gauche et de la droite en politique ou au cinéma ? Sont-ce les mêmes, d'ailleurs ?

31/01/2009, 23:01 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Epaminondât le 31/01/2009 à 12:10

Il y en a sur mon blog universitaire, pour la première des droites, j'entends (la première sur le plan chronologique). Sont-ce les mêmes ? Je ne pense pas... Quoique... A creuser, non...

31/01/2009, 11:08 | Par Art Monica

Je découvre tardivement ce Fil bien intéressant. Droite/gauche, est-ce le contraste à retenir pour évoquer ce film ? Moi j'y verrais plutôt (c'est mon biais perceptif) la force d'une contraste homme/femme, que vous mettez bien en valeur, Yohann, et qui transcende largement les camps politiques... Le bon vieux temps des breuvages d'hommes, le culte du chef qui est un homme of course, et tout ce monde des Tontons, un univers plutôt masculin. Quant aux personnages de femmes, ils se réduisent à la Dame Maquerelle [...] qui n'existe que pour servir le plaisir des hommes, la mère de Patricia [..].réduite à un souvenir, souvenir constitué par son caractère et par sa beauté et Patricia, prête à se couler dans le moule du modèle féminin rêvé par les hommes. Très intéressant, Yohann, comme mise en perspective ;o)

31/01/2009, 11:45 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Art Monica le 31/01/2009 à 11:08

Merci Monika, merci... Je crois que ce film possède plusieurs clés de lecture. Je vais m'intéresser bientôt aux barbouzes, en utilisant ce biais perceptif, homme/femme, car dans ce film (l'avez vous vu ?), là aussi, l'homme et la femme s'opposent fortement. Entre la veuve séduisante et ingénue (bien que veuve et ancienne dame des pavés, si j'ose...) et les hommes virils (ce sont des barbouzes) et phallocrates, quel fossé...

31/01/2009, 11:58 | Par Art Monica en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 31/01/2009 à 11:45

Cher Yohann, Je vous encourage très vivement à emprunter ce biais perceptif, car il va être riche d'enseignement. Avec ce télescope-là, c'est fou ce qu'on peut voir d'inavoué, du type grossier ou finaud ! Et c'est assez jouissif à décortiquer ! Je serais vraiment ravie qu'un homme s'y colle, avec les quelques femmes intéressées à Mediapart par cette mise en perspective... qui est parfois un véritable mise en abime/ abîme ...;o)

31/01/2009, 12:03 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Art Monica le 31/01/2009 à 11:58

Du type inavoué ? Justement l'objet de mon dernier billet. L'inconscient que de choses il peut nous dire quand on tente de le lire. Ce sera donc la semaine prochaine, le devoir professionnel m'appelle hélas en cette fin de semaine.

31/01/2009, 11:56 | Par Anne Guérin-Castell

Balzac de droite, Zola de gauche, peut-être, mais Le Père Goriot de droite, Le Rêve de gauche, non, mille fois non ! Et un poème de Mallarmé, une pièce de Debussy, une œuvre de Kader Attia ? Étonnant que les commentateurs de ce billet n'aient même pas vu le biais qu'il y a dans la comparaison d'un scénariste (Michel Audiard, pour Les Tontons flingueurs) et d'un cinéaste (Jacques Tati). Ce serait donc le scénario qui ferait le film, l'image, le son, le montage ne venant qu'en illustration ! C'est ce que continuent de penser bien des enseignants de français, qui hurleraient si l'on réduisait Phèdre ou La Princesse de Clèves à une histoire. Pas étonnant que, lorsqu'ils choisissent d'emmener leurs élèves voir une adaptation, ils choisissent en général la plus plate, la plus indigente, celle qui s'écarte le moins possible de l'histoire racontée par l'œuvre littéraire. Les opinions politiques de Rohmer sont connues depuis longtemps. Cela a même été l'une des raisons de la rupture avec Les Cahiers du cinéma. Mais, à propos de L'Anglaise et le duc, ne vaut-il pas mieux se poser la question de sa valeur cinématographique (l'un des plus mauvais films de Rohmer), et emmener les élèves voir autre chose ? Cette utilisation du cinéma appliqué à l'histoire, alors que d'autres liens entre cinéma et Histoire peuvent être travaillés, dans le sillage de Marc Ferro ("Le film, une contre-analyse de la société?", Annales, 1973, n°1), qui réservent bien des surprises risquant de faire un peu bouger les choses, rappelle l'émission "les Dossiers de l'écran" et les débats qui suivaient, où l'on parlait de tout sauf de… cinéma.

31/01/2009, 12:09 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 31/01/2009 à 11:56

Chère Anne, Dans la lignée de Marc Ferro, en toute modestie, mes premiers travaux l'ont été (représentation de l'ennemi dans le cinéma hollywoodien, la représentation de la guerre froide dans le cinéma américain etc.), et j'ai même eu l'honneur d'intervenir un jour à ses côtés. Mais il y a d'autres clés de lecture que le cinéma comme source historique, ce que d'ailleurs je défends totalement. Un de mes professeurs proclamait du haut de sa chaire que l'image n'était pas une source historique... Je crois ainsi, fondamentalement, qu'il y a un cinéma de droite, et dans l'image, et dans le son, et dans le travail photo même, comme il en existe un de gauche. Les chevaliers teutoniques d'Alexandre Nevski, toujours en masse, toujours sans visages, toujours ou presque muets, toujours dans une lumière venue du coin... Et vous avez raison, il faut parler du cinéma, en parler c'est le faire (sur)vivre.

31/01/2009, 12:59 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 31/01/2009 à 12:09

Qu'une vision du monde, à un moment et dans un contexte historique donné, perce dans les composantes esthétiques de l'image cinématographique, je vous l'accorde bien volontiers, et c'est un point de vue tout à fait valable pour étudier certaines représentations, comme vous l'avez fait, cher Yohann. Ce n'est là qu'une partie des avancées de Marc Ferro, et l'article que je citais, mais vous l'avez certainement lu, se contente d'analyser la composition d'un repas dans Dura Lex. Un détail dans un long métrage qui raconte l'histoire d'un règlement de compte entre chercheurs d'or, mais une voie qui me paraît plus riche. À chacun son terrain… Pour en revenir à votre catégorisation "de droite" et "de gauche", elle n'aurait d'intérêt que si elle était opératoire dans le champ du cinéma (les études à leur propos ne manquant pas par ailleurs). Pour l'instant, rien dans votre article ou dans les commentaires ne permet de le penser. D'autant moins qu'en l'introduisant (avec le biais que j'ai signalé), vous en limitez vous-même la portée en avouant qu' il y en a d'autres, pour qui l'appartenance est moins lisible. On en reste donc pour l'instant dans le domaine de l'hypothèse d'une distribution du cinéma entre droite et gauche. Je persiste à penser que s'en tenir aux personnages, au dialogue, à l'histoire, n'est pas le meilleur point de départ pour aborder l'aspect politique de l'art cinématographique. En ce qui concerne l'image, le son ou le montage, les choix filmiques s'inscrivent dans une généalogie, au sein de ce qui justement ne peut être une "Histoire du cinéma", dont il me semble difficile de faire l'économie. Cordialement,

31/01/2009, 23:09 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 31/01/2009 à 12:59

Quand il y a généalogie, il y a histoire, normalement, sans doute pas Histoire, je vous l'accorde. Prenons l'exemple de Schoendoerfer, écrit pardon à l'allemande. C'est un cinéma de droite, le culte du héros, l'admiration pour la geste coloniale, la fascination pour les choses militaires, la défense de l'empire, les centurions (en droite ligne de Lartéguy), les valeurs d'obéissance, d'ordre, de nationalisme cocardier. Ce cinéma penche à droite, est inscrit dans un territoire de droite. Les gauches, mêmes celle de Chevènement ne vont guère sur ces terrains qui sentent le souffre pour elles. Hypothèse sans doute, vérité peut-être. Jean Tulard lui-même, avec plus de talent et d'assurance que moi s'y est essayé, et y a réussi. Il y a une littérature de gauche (Sartre...) comme une littérature de droite. Le cinéma, autre miroir de son temps, n'y échappe pas. Cela ne nous empêche pas de l'apprécier.

04/02/2009, 17:25 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 31/01/2009 à 23:09

Je découvre votre réponse seulement maintenant. Nous ne parlons pas de la même chose. Vous vous intéressez à ce qu'il en serait d'une vision du monde, et vous êtes prêt, pour renforcer la légitimité de votre interrogation, a utiliser n'importe quel biais. J'en ai signalé un, en voilà un autre dans votre réponse : de l'unicité d'un film, vous passez à un cinéaste et son œuvre. L'incohérence, sympathique au demeurant, des commentaires qui ont suivi ceux de Fantie ci-dessous témoigne bien de ce à quoi peu mener votre interrogation.* Même Kairos, tout en tentant de placer quelques considérations plus large sur des mouvements esthétiques (ce qui entrerait dans ce que j'appelle généalogie), s'y est laissé prendre. Alors que la seule question intéressante en art est celle des formes, de leur évolution, des raisons de ces évolutions (ruptures, académismes, etc.)**, vous êtes dans une sorte de tentative pour faire coïncider cinéma et idéologie. Je ne nie pas que cela puisse se concevoir, la plupart des films se contentant d'être une "mise en image" d'un conflit unidimensionnel. Mais je n'en vois pas l'intérêt, d'autant moins que, parmi les films qui vont résister durablement à votre tentative se trouveront, je suis prête à en prendre le pari, les films les plus intéressants sur le plan de l'art cinématographique.
*Antoine Perraud soutient que le film que vous rangez à droite dans votre billet serait un film de gauche. Vous parlez, plus bas, de Muriel comme d'un film de droite. Quelqu'un, Kairos peut-être, parle de Resnais comme d'un cinéaste de gauche. **L'histoire et l'économie sont des auxiliaires précieux dans cette étude, la philosophie aussi, ainsi que, en ce qui concerne le cinéma, la science (optique et chimie notamment) et la technique.

04/02/2009, 18:04 | Par STA en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 04/02/2009 à 17:25

"Alors que la seule question intéressante en art est celle des formes, de leur évolution, des raisons de ces évolutions (ruptures, académismes, etc.)**, " dites-vous. Ceci est d'abord daté et ensuite très contestable, même du point de vue auquel vous vous situez.

31/01/2009, 17:13 | Par Fantie B.

Au delà des questions, Y a t-il un cinéma, des livres, de droite et de gauche, j’ai été très intéressée par la discussion entre Yohann Chanoir et Anne Guérin-Castell. Ma sélection de leur propos : « Je crois ainsi, fondamentalement, qu'il y a un cinéma de droite, et dans l'image, et dans le son, et dans le travail photo même, comme il en existe un de gauche. Les chevaliers teutoniques d'Alexandre Nevski, toujours en masse, toujours sans visages, toujours ou presque muets, toujours dans une lumière venue du coin... » 31/01/2009 12:09Par Yohann Chanoir « Pour en revenir à votre catégorisation "de droite" et "de gauche", elle n'aurait d'intérêt que si elle était opératoire dans le champ du cinéma (les études à leur propos ne manquant pas par ailleurs). Pour l'instant, rien dans votre article ou dans les commentaires ne permet de le penser. » (…) « On en reste donc pour l'instant dans le domaine de l'hypothèse d'une distribution du cinéma entre droite et gauche. » (…) « Je persiste à penser que s'en tenir aux personnages, au dialogue, à l'histoire, n'est pas le meilleur point de départ pour aborder l'aspect politique de l'art cinématographique. En ce qui concerne l'image, le son ou le montage, les choix filmiques s'inscrivent dans une généalogie, au sein de ce qui justement ne peut être une "Histoire du cinéma", dont il me semble difficile de faire l'économie. » 31/01/2009 12:59Par Anne Guérin-Castell
Oui, la question de Yohann Chanoir m’intéresse toujours ; et oui, Anne Guérin-Castell a raison de rappeler que ce n’est qu’une hypothèse. Et que, sans doute, "nous" les commentateurs en particulier, nous n’avons rien « prouvé » de définitif. Mais le voulions-"nous" ? Je suis donc curieuse du devenir de ce fil : *Va-t-il se poursuivre en une discussion informelle ou chacun amène son avis et expériences ? *Va-t-il se recentrer avec le recadrage que propose (1) Anne ? (1) je n’ai pas dit, impose ‼) *Va-t-il allier les deux niveaux de discussion ? (Ce serait mon choix !)
Ce que je trouvais intéressant dans la discussion présente c’est -Qu’elle n’était pas « formatée » au sens (assez imprécis peut-être) qui ressort des discussions avec Jean-Paul-Yves le Goff autour du « formatage ». -Que pas mal de monde y participait avec ses exemples propres son expérience, ses ressentis.
D’où un écho fort chez moi avec diverses questions : - « Formatage » ou non de Mediapart, -Comment discuter sur Mediapart- alors que nous avons des niveaux (2) de savoirs différents ? -La question de la formation (je suis formatrice en travail social) - La question de la formation du citoyen : Formons nous les uns avec les autres....serait ma devise. Peut-être bien incomplète ;-) (2) je ne mets pas de notion de supérieur/inférieur dans ces niveaux, pour moi ce sont des faits ;
Oui mais comment, nous formons-nous, comment nous former sur Mediapart ? Est-ce le lieu ? Si oui, comment articulons-nous les « savoirs savants » et les savoirs d’expérience ? Je m’arrête là en vous épargnant mes développements déjà trop longs ici. Prolongements en fouillant dans : pourquoi je suis contre le suffrage universel (on y discute en fait de la formation du citoyen) L'opinion publique est formatée (3) Il y a deux clubs Mediapart

31/01/2009, 23:11 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Fantie B. le 31/01/2009 à 17:13

Très bon distinguo Fantie, en effet, je crois que tout est là, entre le sensible et le conceptuel. L'impression est aussi vérité en analyse politique, cf René Rémond par exemple. Rien de définitif, j'espère bien. Je lancerai un autre pavé dans la mare du nécéssaire Mediapart, avec les Barbouzes, la semaine prochaine... A vous lire donc...

31/01/2009, 17:34 | Par Anne Guérin-Castell

Autre hypothèse, Fantie, et c'est ce que je crains, il se pourrait que mon intervention sur ce fil (raison pour laquelle j'ai attendu avant de poser un premier commentaire), arrête tout. Je me retiens d'ailleurs souvent d'intervenir dans le Club quand il est question de cinéma, pour la même raison. La parole de "celui qui est supposé savoir" ne contribue-t-elle pas à faire taire les autres, comme à l'école ? Heureusement que vous rebondissez sur ces questions essentielles de l'échange des savoirs et de ce qu'il en serait d'une formation personnelle à l'intérieur de Mediapart.

31/01/2009, 17:56 | Par Fantie B.

Chère Anne, ce qui vous retient est ce qui me retiens de lancer publiquement l'idée que j'avais eue d'une "petite université populaire mediapartienne". "La parole de "celui qui est supposé savoir" ne contribue-t-elle pas à faire taire les autres, comme à l'école ?"
Et c'est ce qui fait que j'interviens assez rarement avec mes savoirs (d'ailleurs peu organisés) ; et plus souvent pour proposer des questions, d'après ma mecture partielle de la discussion (partielle car je suis assez inapte aux synthèses).
En tout cas c'est vous qui avez tposé le terme autour duquel je tournais sans le retrouver : L'échange des savoirs sur Mediapart. Mediapart comme interface d'échange de savoirs... Et j'ajouterais : de questions (j'y tiens). J'ai travaillé (en autodidacte et expériences) sur ces thèmes, avec des gens très différents. Mais je continuerais bien sur un autre fil que celui de Yohann et que ceux de JPY. Si quelqu'un trouve, ou ouvre, le lieu...

31/01/2009, 23:16 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Fantie B. le 31/01/2009 à 17:56

La parole de celui ou celle qui est supposé(e) savoir arrête les questions ?? C'est une vision de la pédagogie et de ce qui se passe en classe à laquelle je ne peux souscrire. Par expérience, par volonté et par besoin d'être contredit et par mes élèves et par mes étudiants. Celui qui est supposé savoir attend d'être contredit. Cela est parfois énervant, irritant, même mais nécessaire ô combien et salutaire toujours. Alors Fantie, continuez, et il n'y a pas de limites à l'appétit de savoir, ni de modalités royales ou de chemin à suivre. Toutes les voies se valent, toutes, des plus nobles aux plus singulières et simples. C'est cela apprendre... Le refus des églises et des chapelles et des obligations, apprendre c'est être libre.

03/02/2009, 17:51 | Par Antoine Perraud

Francis Blanche, quand il dit: «C'est curieux chez les marins, ce besoin de faire des phrases», http://joeyy.free.fr/sons/les_tontons_flingueurs/marin.au ne faut-il pas y entendre une critique aussi virulente que cryptée du régime de Vichy, surnommé «la Société Protectrice des Amiraux»? Donc un film de gauche. ° Jean Lefebvre, dans sa vigilance civique frôlant la parano conspirationniste, lorsqu'il subodore la betterave derrière la pomme, http://joeyy.free.fr/sons/les_tontons_flingueurs/betterave.au ne fait-il pas preuve d'un grand flair forcément de gauche ? ° Quant à l'allusion transparente à la trifonctionnalité — un tripot, une distillerie clandestine et une maison close constituent le legs du Mexicain à Fernand —, je laisse à l'agrégé d'histoire le soin de trancher. Certes, Dumézil venait des lisières de L'Action Française, mais il a inspiré Michel Vinaver dans sa critique de la machinerie capitaliste, alors ?... Bien à vous cordialement,

03/02/2009, 19:19 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 03/02/2009 à 17:51

Alors, le débat est posé... La remarque de Francis Blanche... Allusion à ce gouvernement de "jeunes romains et de vieux cyclistes" ? Je n'y avais jamais pensé. Il est vrai que la concentration d'amiraux, de contre ou de vice, de chefs d'escadre (aux ports) à elle seule justifiait ce surnom. Et, sans doute, oui, c'est une allusion perfide et inspirée à Vichy. Mais cela peut-être (je polémique par plaisir) une allusion gaullienne, voire gaulliste ? Armée de Terre contre Marine à terre ? Londres et Vichy ? Ventura a libéré Paris sur un Sherman, si on en croit la scène du camion... Le flair est-il de gauche ? L'amour des liquides de la France profonde, rurale, traditionnelle, peut-il être de gauche ? Au terrien bidule et bizarre, la gauche ne préfère t-elle pas le vin prolétarien ? Quant à la dernière question, hum... la droite contre-révolutionnaire critique cette France urbaine et industrielle, ouverte à l'étranger (whisky ici, le mirage africain...) et offerte, comme une gueuse à la modernité (télévision). Poujade condamnait tout cela, est-ce d'ailleurs des allusions au poujadisme ? Je n'y avais pas songé. Qu'en pensez-vous ? Il est vrai que cette droite extrême se retrouvait souvent aux côtés de la gauche révolutionnaire, comme Poujade à ses débuts. Piste intéressante, non ? J'avoue, honte pour ma formation, ne pas connaître Michel Vinaver... Le rouge de la contrition envahit mon front...

03/02/2009, 21:48 | Par Antoine Perraud en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 03/02/2009 à 19:19

Voici, cher Yohann Chanoir, un lien vers Michel Vinaver: http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/030608/michel-vinaver-ce-que-capitalisme-peut-bien-vouloir-dire Il s'apprête, le 7 février, à faire son entrée au répertoire de la Comédie française, avec «L'Ordinaire», dont il assure la mise en scène. Mediapart reviendra sur l'événement. Le Monde 2, à cette occasion, a déjà publié ceci: http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/01/23/michel-vinaver-dramaturge-du-reel_1145896_3246.html Bien à vous cordialement,

04/02/2009, 17:11 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 03/02/2009 à 21:48

Merci Antoine, je découvre seulement votre lien. Je lirai donc avec attention le papier de Mediapart et vais essayer de trouver l'Ordinaire en librairie. Dans le même genre, il y a un roman fabuleux, la vague rouge, de Rosny Aîné, auteur du célèbre Guerre du feu. Vous devez le connaître ?

03/02/2009, 19:51 | Par Joel Martin

Les Tontons, c'est un film de gangsters. Donc avec culte du chef et machisme ("Touche pas au grisbi, salope !"). Deux attitudes qui devaient aussi avoir cours chez les Barbudos, pas spécialement de droite... Je suis perplexe. Faut-il absolument coller une étiquette droite ou gauche à ce chef d'oeuvre ? C'est vrai que l'hôtel particulier est bien bourge. La musique du film est tirée de Corelli. Claude Rich ne fait pas spécialement prolo de la ceinture rouge. Mais qu'est-ce qui compte, dans ce film ? Ce sont les trouvailles, les scènes d'anthologie, le verbe d'Audiard. Et, de tous les acteurs, la verve bien agencée... Moël Jartin

03/02/2009, 20:16 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 03/02/2009 à 19:51

Les trouvailles littéraires et verbales, les scènes, le verbe... le jeu d'acteurs, bien sûr cela compte avant tout. Mais justement parce qu'il est mythique, moteur, on peut tenter de (sa)voir ou pas s'il est un miroir politique, ne serait-ce que pour le plaisir de nourrir un fil, de le tisser avec les uns et les autres et maintenant avec vous... Un film de gangsters ? Ce serait plutôt dans cette veine là, le cave se rebiffe, non ? Là c'est plutôt à mon sens un film qui parodie les films de gangsters... Mais, oui, vous avez raison, un film d'hommes... Claude Rich en prolo... L'image me fait sourire...

03/02/2009, 22:26 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 03/02/2009 à 20:16

Bien sûr, vous avez raison, Yohann, "Les Tontons" est une parodie, pas un thriller. Mais une parodie n'est pas une satire. Son aspect politique ne me saute donc pas aux yeux. Mais pourquoi pas... Je vais revoir ce chef-d'oeuvre en essayant d'y débusquer de la politique. Mais je me marre tellement en le voyant, que je redoute de ne pas tenir longtemps cet angle de visée. Je verrai peut-être mieux les sous-entendus politiques en épluchant le texte d'Audiard. Tiens, je vais essayer. En buvant un breuvage fort qui sent la pomme. Avec Modération...

04/02/2009, 11:12 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 03/02/2009 à 22:26

... et la betterave aussi ? Sans modération, Joël, sans... Rappelez-vous, la cuisine... A vous lire.

04/02/2009, 12:55 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 11:12

Ben, cher Yohann, je préfère la pomme à la betterave et le fructose au saccharose, et surtout au sac à cirrhose. Moderaçion est le pseudo de ma compagne de beuveries. Mais j'y vais relativement mollo : quand on est saoûl, on n'a plus de remords... Moël Jartin.

04/02/2009, 13:11 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 12:55

On boit pour atténuer leur force, non ? La pomme à la betterave... Certes, j'en conviens. Mais quid de la mirabelle ? Ici, on boit les bulles (de raisin) par souci patrimonial. Toutes ces bulles exportées au-delà de la Marne, cela donne comme un sentiment de dépossession. Pensée droitière, j'en conviens... Et la cirrhose hydrique est possible. C'est horrible, c'est comme l'insémination artificielle, toutes les conséquences de l'adultère sans ses plaisirs, un truc de droite, ça, assurément.

04/02/2009, 18:03 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 13:11

"Je bois pour oublier... Pour oublier que j'ai honte... Honte de quoi... Honte de boire ..." (l'ivrogne du Petit Prince). Je vous rassure, cher Yohann, au "Canard Enchaîné" on boit du bordeaux et du champagne. Et pas du dihydrogène monoxyde*, ce liquide louche qui trouble le pastis, qui augmente la distance de freinage des automobiles, qui est le principal vecteur des pluies acides et que des irresponsables stockent en masse au dessus de riantes vallées sans penser au désastre possible résultant de fissures dans leurs barrages. Pour la mirabelle, soyez tranquille : je suis d'origine alsacienne. Sur l'insémination, je vous rassure aussi : je suis hexa papa et mes six mômes, je les ai conçus en collaboration avec les mamans (quatre avec la première, puis deux avec la seconde) par la méthode naturelle. Et ça, ce n'est ni de droite ni de gauche. Je ne serai pas aussi cru que Chirac glissant à Margaret Thatcher : "Cela me touche la droite sans secouer la gauche !" Je termine par une petite convenable pour la route, je suis incorrigible : "Aux betteraves, je préfère les baths rêves." _______________ * Pour les intimes : H2O.

04/02/2009, 19:33 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 18:03

Joël ? Vous êtes un de ces fiers palmipèdes ? Je suis abonné depuis des années et des années. Certes, je ne suis pas le seul allez vous me rétorquer.... Ma remarque frise la bêtise absolue, non, ne dites rien.. Pas bu assez de jus de raisin moi aujourd'hui... Le dihydrogène monoxyde non !!!! L'eau ferrugineuse, oui... L'eau est à droite, je le crains... Pasqua, humaniste corse, et nésomane d'intérieur, ne disait-il pas "nous sommes les premiers buveurs d'eau de France (et de Corse aussi, n'en doutons pas) ? Je me souviens de la Dame de fer, je vivais en Angleterre lorsqu'elle a voulu imposé la pool-tax... Qu'elle rouille... C'est là que j'ai découvert Ken Loach avec Riff-Raff, film de gauche, à gauche, très à gauche et tant mieux. Jacques Chirac osait dire tout... Un abus indéniable de bière mexicaine trop riche en dihydrogène monoxyde et en citrons synthétiques qui n'ont jamais vu le soleil... Rêver, rêver, certes, mais le réveil ensuite ?

05/02/2009, 14:30 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 18:03

Ce n'est plus le Juliénas ? J'ai dû manquer un épisode.

05/02/2009, 15:16 | Par Epaminondât en réponse au commentaire de Epaminondât le 05/02/2009 à 14:30

Au fait, y a-t-il des boissons de droite et des boissons de gauche ? (Je suis en train de boire un thé vert à la menthe)

05/02/2009, 16:06 | Par Axel J en réponse au commentaire de Epaminondât le 05/02/2009 à 15:16

Un thé vert à la menthe, bon d'accord mais ça dépend comment vous le buvez, et où? Sous la tente de Kadhafi avec Madame Cécilia, ou assis sur le pare-choc de votre 2cv en panne entre Gao et Mopti? :-) Vaste sujet en tous cas, qui fera sûrement tout un autre long fil sur le blog de Yohann... Mais d'ores et déjà je hasarderais quelques protagonistes, bloody mary et vodka en bouteille import givrée contre café turc et kro tiède à l'entrée du concert...

05/02/2009, 19:37 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 05/02/2009 à 16:06

Axel, je t'en prie, arrête de me suggérer des idées d'autant que j'ai déjà rédigé un papier sur ce thème. Je le publierais peut-être. Un thé vert à la menthe... Cela sent l'impérialisme culinaire, non ? L'exploitation du Sud par le Nord... Cela sent la droite... Bière danoise d'importation ? Droite. Cocktail avec du champagne (rien qu'écrire cela me fait mal), acte de gauche (non-respect des traditions, aucun souci du labeur du paysan, etc.) Whisky écossais single malt sans glace, droite. Whisky breton (ou champenois, si, si) avec un glaçon, forcément, gauche régionaliste voire confédéralement paysanne. Bourbon sans glace, droite. Kro tiède, gauche.... :-)

04/02/2009, 14:44 | Par STA

Autre élément à rajouter dans la liste des facteurs qui font du film une oeuvre de droite : la caricature le l'avant-garde (musicale) et le fait d'avoir aussi donné un caractère quelque peu maniéré voire efféminé au personnage de compositeur d'avant-garde joué par Claude Rich, ce qui est là aussi typique d'une vision et d'une mentalité de droite quant à l'art, le sexe, le genre.... Dans un film de gauche, surtout de cette époque, l'"avant-garde" était une valeur positive.

04/02/2009, 14:50 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de STA le 04/02/2009 à 14:44

Bonjour STA, Très bonne idée, en effet, l'avant-garde éclairée et guidant la masse... On pourrait ajouter aussi, pour Claude Rich, son non-conformisme, son souci de se démarquer de son père, grand bourgeois s'il en fut, non ?

04/02/2009, 15:22 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 14:50

kairos "Les Tontons flingueurs" date de 63... l'année où Alain Robbe-Grillet publie "Pour un nouveau roman", essai dans lequel justement il reproche à la Gauche de montrer le même conservatisme que la Droite en matière artistique... C'est aussi la sortie de "Le petit soldat" de Jean-Luc Godard (l'avant-garde cinématographique) considéré comme politiquement "ambigu" sur la guerre d'Algérie... Il me semble qu'à l'époque la thème de la littérature engagée domine encore à Gauche et qu'il n'est guère propice à l'expérimentation formelle...

04/02/2009, 15:30 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 04/02/2009 à 15:22

Bonjour Kairos. Le petit soldat... Je l'avais étudié pour un travail universitaire sur cinéma et guerre d'Algérie. Très ambigu oui, mais pas aussi engagé qu'un film comme celui d'Autant-Lara (tourné à l'étranger et tué par la censure, Bel Ami, je crois, de mémoire) ou ceux de Schoendorfer (à droite eux). Il n'y a rien ou presque d'ailleurs sur cette guerre dans les Tontons... Je connais mal Alain Robe-Grillet, j'en ai lu des extraits, mais ne rejetait-il pas toutes les étiquettes ? Entre la littérature engagée (encagée disait-il, de mémoire) et sa parente bourgeoise, pour laquelle militait-il exactement ? Une réponse ?

04/02/2009, 15:55 | Par kairos en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 15:30

kairos Robbe-Grillet utilise l'argument d'un gauche frileuse en matière d'innovation artistique (réalisme socialiste aragonien et littérature engagée sartrienne), mais c'est une constatation polémique, non une prise de parti idéologique (chose qu'il rejette)... Il faudrait voir l'accueil de "L'année dernière à Marienbad" par la critique des journaux de droite et de gauche pour avoir une idée de l'articulation" recherche formelle/idées politiques"... Resnais , à l'époque classé à gauche, représente aussi un nouveau langage cinématographique... Mais n'est-il pas l'exception? Avant de devenir la règle (mais alors l'art moderne sera une valeur partagée, enseignée dans l'université "bourgeoise", et revendiquée par le Parti communiste)... Le clivage de "Les Tontons flingueurs", du point de vue de la musique, est-il entre Droite et Gauche ou Elite cultivée et Peuple débrouillard?

04/02/2009, 16:39 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de kairos le 04/02/2009 à 15:55

Truffaut aussi, non ? Je me souviens d'un film de Resnais sur la guerre d'Algérie, plutôt inscrit dans le champ des droites. L'art moderne oui a été un art avant-gardiste, exploitée (sans jeu de mots, quoique...) par le Communisme, et puis balayée, par la violence d'Etat (en URSS) ou verbale (en France), ces artistes ont eu le privilège insigne d'être des membres éclairés de la société avant de devenir des petits bourgeois réactionnaires. Pour la musique, elle sépare bien l'élite du peuple, le rat des champs du rat des villes. La scène où Ventura, mangeant avec ses mains (une sorte de dérèglement des moeurs, au sens d'Hélias) et écoutant Corelli en lisant les informations sur la pochette est assez savoureuse et éclairante à ce niveau, non ? Le fossé est patent entre celui qui y voit "musique douce" et l'autre "musique de chambre", et pourtant la première y mène aussi... Peut-on rajouter à cette césure, le clivage droite/gauche ? Ce dernier épouse t-il le premier ? Est-ce aussi l'exaltation du bon sens paysan (à droite) contre les innovations urbaines ? La terre qui ne ment pas, la France qui se lève tôt (avec les poules) opposée à la ville (Babylone...) et à cette élite qui se couche si tard, qu'il en est tôt ? J'aime bien cette idée de recherche formelle/idées politiques... Je vais essayer de trouver les journaux de l'époque pour m'en faire une idée précise.

04/02/2009, 18:11 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 14:50

Bon sang, mais c'est bien sûr : "On pourrait ajouter aussi, pour Claude Rich, son non-conformisme, son souci de se démarquer de son père, grand bourgeois s'il en fut, non ?" Yohann a raison : le non-conformisme est une valeur de gauche. "Les Tontons flingueurs", c'est un film de gauche ! Certes, le film se termine par un mariage à l'église. Mais y a des cathos de gauche. Pas très en cour vaticane en ce moment... PS - C'est peut-être subjectif, mais j'ai éclaté de rire en lisant les deux petits pavés en haut de la dernière page (p. 8) du "Canard" d'aujoud'hui mercredi 4 février 2009 : "Négationnisme : la bible de Benoît XVI... "Mein Vatikampf".

04/02/2009, 19:38 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 18:11

Je les ai lus... Hilarant... Cela flatte, non seulement, l'abonné qui est en moi et qui fier d'avoir placé ses sous dans une noble, pardon... dans une rabelaisienne et truculente entreprise qui participe (moment solennel)... à la liberté de la presse, mais aussi le vieil anticlérical qui sommeille toujours dans mon âme d'incroyant. J'ai adoré la relation aussi sur les Etats Généreux de la Presse, oui, généreux... (la semaine passée, je crois) Vous avez bu du truc monoxydé aujourd'hui ? Les Tontons, un film de gauche ??? Et moi qui m'escrime à écrire le contraire depuis des jours... C'est à désespérer de l'intelligence française. Il y a des cathos à gauche ? On m'aurait menti ??

04/02/2009, 17:58 | Par STA

Je ne veux pas en rajouter dans l'interprétation mais vous pourriez aussi dire que le personnage joué par Lino Ventura représente l'irruption d'une virilité bourrue, capable de coup de force mais au fond sympathique et bienveillante, qui rétablit l'ordre dans un monde de petits truands, ceux qui attaquent à la fin - et qu'on peut y voir peut-être une métaphore du Gaullisme (au moins comme les gaullistes veulent se voir) !

04/02/2009, 18:22 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de STA le 04/02/2009 à 17:58

Judicieuse observation de STA : "[...] on peut y voir peut-être une métaphore du Gaullisme [...]". D'autant que, sauf erreur, un des méchants a l'accent allemand et Lino Ventura a conduit un char Sherman ? Cela dit, il y eut des gaullistes de gauche. Qui tournèrent socialistes une fois le Général disparu. Par exemple Edgar Pisani et un proche collaborateur de Jacques Chaban-Delmas, un autre Jacques... Delors.

04/02/2009, 19:44 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 18:22

Oui, exactement, il me semble l'avoir déjà souligné dans le fil. Une opposition entre le Français libre et le Nazi repenti et repentant, évidemment homosexuel (très freudien comme cliché cela...), et ce que disait Antoine, entre la France de Vichy et la France de Londres, entre ce que j'avais rajouté entre le résistant de l'armée de terre et les amiraux à terre... Des gaullistes de gauche... N'est-ce pas sous le virage conservateur de Pompidou qu'ils ont été exclus ? Au moment où il a fallu choisir entre une nouvelle société et une nouvelle majorité ? La realpolitik se rit de l'ouverture, je le crains. Il faut créer un master sur les tontons en particulier et sur l'oeuvre d'Audiard en général...

04/02/2009, 21:42 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 19:44

En fait, je crois que Pisani et Delors n'ont pas été exclus du parti gaulliste mais ils ont démissionné. Je me souviens d'un épisode, qui s'est produit du vivant du Général, en 1967. Pisani, fondateur du Mouvement pour la Réforme, aile gauche de l'UD Ve République, a voté une motion de censure présentée par l'opposition à De Gaulle, Pompidou étant premier ministre. Il s'agissait pour l'assemblée d'autoriser ou non le gouvernement de gouverner par ordonnances. Pisani, encore gaulliste, était contre. Je me souviens du débat transmis à la radio. Pisani monte à la tribune et conclut son intervention, la voix brisée : "Je voterai la censure." Pompidou prend la parole et achève sa réplique, qui n'a réfuté aucun des arguments de Pisani, par : Monsieur Pisani, la vertu suprême en politique, c'est la fidélité." Pisani, n'ayant rien d'un godillot choisit de partir. Quant à Jacques Delors, après avoir secondé Jacques Chaban-Delmas premier ministre jusqu'en 1972, son gaullisme ne survit pas à l'assassinat politique de son mentor par Chirac qui le trahit pour Giscard. Inspirateur de la "Nouvelle Société" prônée par Chaban-Delmas, Jacques Delors passera tout naturellement au parti socialiste deux ans plus tard à l'avènement de Giscard.

04/02/2009, 21:51 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 21:42

Et ensuite, il a fondé la nouvelle Gauche, cette gauche équidistante de la gauche socialiste et de la gauche communiste, pour être finalement assassiné par un Tonton, un autre, très flingueur aussi... J'ignorais tout de cette anecdote. Mais Pisani est resté fidèle à Rocard, non ? N'est-ce pas lui qui a encadré la commission sur la Nouvelle Calédonie après les événements douloureux ?On disait alors que son étiquette de gaulliste de gauche a permis d'avoir le soutien de députés de droite au projet de paix. Vous pourriez m'éclairer sur cette histoire ?

04/02/2009, 21:51 | Par sevi en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 19:44

Pour ce qui est de l'ami Fritz, je doute du lien homosexualité et nazisme, la scéne avec Ventura et Venantini donne (de mémoire) la réplique suivante " - c'est bizarre, de mon temps le Mexicain ne recrutait pas chez tonton - A la fin de sa vie le Méxicain s'était penché sur la reconversion des anciens légionnaires... - ah si c'est une oeuvre...." Ce qui démontre bien que comme beaucoup de soldats allemands la Légion fut une porte de sortie après 1945. Et ce n'est pas seulement l'opposition entre un soldat de la France Libre (tiens il y a aussi dans ce cas un Taxi pour Tobrouk pour parler de çà...) et un ancien de la Wermacht. Sinon sur la lecture du film au lieu d'opposer droite et gauche ne pourrait-on pas opposer les libéraux aux tenants du dirigisme étatique? La seule mention de l'Etat dans le film fait référence à la prison quand Ventura évoque le retour avec le Mexicain pourtant banni du territoire national ("J'ai pas entendu dire que le gouvernent t'avait rappelé") Alors que tout le reste du film peut être vu comme une simple concurrence qui s'organise entre opérateurs travaillant sur un même marché et en l'ayant segmenté de manière judicieuse (la petite ferme pour le jeu, la distillerie perdue dans la campagne pour l'alcool, et Madame Mado pour les filles). Chaque segment est confronté à des crises et opportunités conjoncturelles : la télévision et l'auto qui font disparaître "le furtif du dimanche, bonjour Mademoiselle et au revoir Madame", "le whisky et les eaux de régime pour le pastis", et jeu "qui avait battu des records l'année dernière" pour les Volfoni. Les concurrents s'organisent donc pour faire face à la crise et s'octroyer une plus grosse part du gateau sans contrôle aucun. N'est-on pas là dans le comble du libéralisme "laissez faire, laissez passer" sans aucune régulation de l'Etat? Pas de police, pas de juge, pas de gouvernement. Même le père d'Antoine "s'est fait bombardé sous directeur du FMI" qui n'a rien a voir avec une quelconque direction du Plan. Chacun gère donc son affaire pour échapper à la holding de Monsieur Fernand "çà fait quinze ans qu'on fait le trottoir pour le Mexicain, nous n'allons pas faire le tapin pour son fantôme" mais tous veulent avoir le monopole sur l'affaire. Voir les manoeuvres de l'ami Fritz avec Tomate pour faire retomber les soupçons sur Volfoni. C'est donc pour moi un film libéral, une ode à la libre entreprise, à montrer en exemple à toutes les Sup de Co!!! A moins que ce ne soit film seulement libertaire et tellement jubilatoire...

04/02/2009, 22:11 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de sevi le 04/02/2009 à 21:51

Justement, recruter chez tonton... Et il a un "coquet" en plus, ce légionnaire. D'ailleurs le Mexicain, in articulo mortis, lui demande de faire sortir la "femme" quand les hommes discutent... Quelques chants de marche de la Légion ont été repris de la Wehrmacht et beaucoup de ces ex-membres de la Wehrmacht sont morts en Indochine d'ailleurs sous le drapeau tricolore. Il y eut sans doute quelques membres de la Waffen SS, mais d'après mes lectures, et à l'aune des traditions de la Légion, aucun membre de l'autre volet de la SS. Les Tontons, apologie de la libre-entreprise ??? Alors, même moi je n'aurai pas osé une telle chose. Un papier, un billet, une note. Merci de la réponse savoureuse... Je la ferai lire à mes étudiants, si, si...

04/02/2009, 22:27 | Par sevi en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 22:11

Sur l'homosexualité c'est tout à fait assumé et clairement dit, et assez novateur pour l'époque (même dans la scéne de la visite à la distillerie, "cache tes cigarettes à l'eau de rose,... pour l'homme de Cro-magnon...). Pour l'ami Fritz, je le verrai plus dans la Wermacht (style Afrika Korps) que dans un régiment SS puis dans la Légion qui,comme beaucoup de soldats allemands, vous le soulignez bien, ont servi dans l'armée française. Mais je ne ferai surtout aucun le lien psychanalitique entre homosexualité et armée.

05/02/2009, 10:36 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de sevi le 04/02/2009 à 22:27

Moi non plus, les mânes de certains de mes aïeux viendraient me dévorer... Un beau témoignage sociologique que ce film en fait... Afrika Korps, oui, pourquoi pas... Cela rappelle ce formidable film qu'est Dernier Taxi pour Tobrouk, avec un extraordinaire casting. Pourquoi a-t-on abandonné cette veine dans le cinéma français ?

05/02/2009, 18:04 | Par sevi en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 05/02/2009 à 10:36

En effet joli film qu'un Taxi pour Tobrouk. Subtilement pacifiste. Un mélange des couches sociales qui se retrouvent dans le désert, des déceptions d'un avenir qui aurait dû être meilleur avant-guerre. Un Allemand prisonnier qui devient geolier puis de nouveau prisonnier et tous sont confrontés à la dureté du désert donc de la vie et de la mort. Une mort stupide et une scène finale si acidement juste où lors du défilé commémorant la victoire, un spectateur que l'on devine résistant de juin 44 qui insulte Ventura qui repense à ses compagnons.... terrible! Ce cinéma me manque en effet comme certains films issus des livres de Mac Orlan.... Une question : la belle équipe a deux fins, l'une heureuse et l'autre non. Laquelle est de gauche?

05/02/2009, 18:22 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de sevi le 05/02/2009 à 18:04

La scène de la fin de Tobrouk, superbe et cynique, ce type qui fait le gros bras devant Ventura, en effet, un Pétainiste de toujours et un résistant de la dernière heure. Me souviens guère de la belle équipe. Bon, la fin heureuse, à cette époque, ce ne peut être que de gauche, non ?

04/02/2009, 19:53 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de STA le 04/02/2009 à 17:58

Lino Ventura, ou la loi (du verbe magistral) et l'ordre (du bourre-pif)... C'est vrai qu'il est plutôt expéditif, souverain, et décisif. Ou une métaphore du gaullisme, le tout mobilisateur et consensuel, unissant toutes les couches sociales dans cette noble entreprise. Dans les barbouzes, il fait d'ailleurs un peu la même chose. Et, osons, prochain billet, peut-être, OSS 117 au Caire, un film aussi de droite ?

04/02/2009, 21:14 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 19:53

Allez, ne mégotons pas. Prenons tous les chefs d'oeuvre du cinéma et classons-les à droite ou à gauche... Bon, Yohann, je rigole. Pour le Dictateur, Citizen Kane ou Alexandre Newski, on peut tenter l'aventure. Mais où classer La Ruée vers l'Or ? Quai des Brumes ? Le Septième Sceau ? Les Vacances de M. Hulot ? West Side Story ? La chevauchée fantastique ? Les Enfants du Paradis ? Et puis, je redoute que regarder sous l'angle politique un chef d'oeuvre qui vous captive, vous emporte, vous comble, ne tue la magie. Je ne dois pas être assez philosophe...

04/02/2009, 21:39 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 21:14

Pas de souci, du moment que Gott mit uns, si j'ose, on peut tout faire. A gauche donc, Riff-Raff, the Travellors, Land of freedom, tous les films de Ken Loach, cela ira plus vite... Eisenstein évidemment aussi, les films où Dalton Trumbo a écrit également. Les films de Wajda, l'homme de fer du moins... Le film sur Maradona récemment... La Marseillaise de Renoir... La série télévisée l'homme de Picardie inévitablement... A droite, toute, les Lautner ?, les Rohmer (discutable pour certains, j'en conviens), OSS 117 au Caire, assurément (la soumission à René Coty, modéré jusqu'à son esprit et à sa trace dans la mémoire), Citizen Cane (délicat, délicat, entre dénonciation et apologie), Walkyrie, les films de Jon Wayne (Alamo et les Bérets verts)... Quai des Brumes ? Je sèche. Pas à droite tout de même ? Louis Jouvet ??? Et les Disney ??? Question angoissante... Je suis bien d'accord, analyser politiquement un chef d'oeuvre tue la poésie, mais fait sourire aussi. Et la magie, c'est de sourire, parce qu'aujourd'hui, dans ma profession, on ne sourit pas beaucoup, je dois le confesser. Quel vilain mot...

04/02/2009, 21:35 | Par STA

Dans le genre de grand films de droite, je recommande "Trois de Saint-Cyr" des années 30, sur la guerre du Rif, et le "Voile Bleu" (je crois) des années 40-44 sur une bonne qui vit avec plusieurs famille de la bonne société du temps et en est heureuse

04/02/2009, 21:41 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de STA le 04/02/2009 à 21:35

Et le corbeau ? De 1943 ? Comment le classer ? Les trois de Saint Cyr, je l'ai vu. Droitier assurément. Mais voile bleu, vous m'apprenez son existence. Il se trouve en DVD ?(télécharger étant condamné par le droit apostolique et romain, je m'abstiens, télécharger, c'est mal...)

04/02/2009, 21:52 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 21:41

Et les westerns où les Indiens sont les méchants, on les classe comment par rapport à Little Big Man ? Je crois que j'ai ma petite idée. Pour les Dieux du Stade (1936) de Leni Riefenstahl, je crois aussi que j'ai ma petite idée...

04/02/2009, 22:02 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 04/02/2009 à 21:52

Ceux de John Wayne et Ford, sont assez conservateurs et ceux de Ronald Reagan aussi, aile droite tous les deux je crois,, JW et RR du parti républicain, tendance Goldwater, le gouverneur de je ne sais plus quel Etat. Les Indiens sont toujours méchants, non ? Sauf peut-être dans Little Big Man, flèche brisée et Automne Cheyenne de John Ford, au soir de sa vie, le remords, sans doute... Et pour le Baron de Münschausen (de 1943) ?

05/02/2009, 10:24 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 22:02

Quid de "Danse avec les loups" ?

05/02/2009, 10:31 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 05/02/2009 à 10:24

Hum... Vision assez écologique des Indiens, communion avec la Nature, une forte sensibilité aux lumières, une dénonciation de la boucherie qu'est la guerre... A gauche (version américaine du concept...) Et L'homme qui tua Liberty Valance ?

05/02/2009, 22:04 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 05/02/2009 à 10:31

Je l'ai vu en 1962. Faut que je rafraîchisse ma mémoire...

04/02/2009, 21:56 | Par STA

Magie de google : Le Voile bleu 1942 - France - Drame - 1h52 1h52 Réalisation : Jean Stelli Auteurs & scénaristes : François Campaux avec : Gaby Morlay (Louise Jarraud), Elvire Popesco (Mona Lorenza), André Alerme (Ernest Volnar-Bussel (sous le nom Alerme)), Fernand Charpin (Émile Perrette (sous le nom Charpin)), Aimé Clariond (Le juge d'instruction), Pierre Larquey (Antoine Lancelot (sous le nom Larquey)), Marcelle Géniat (Madame Breuilly), Georges Grey (Gérard Volnar-Bussel), Jeanne Fusier-Gir (Mademoiselle Eugénie (sous le nom Fusier-Gir)), Renée Devillers (Madame Forneret)

04/02/2009, 21:57 | Par Axel J

Étant donné que les artistes et auteurs eux-mêmes ne nous seront d'aucun secours pour cette entreprise bien hasardeuse de vouloir classifier les films ainsi, je propose un critère qui aura l'avantage de correspondre à ce que vous semblez chercher: Tout simplement, dressons la liste des oeuvres traditionnellement appréciées des "gens de droite", et celle des oeuvres appréciées des "gens de gauche".
Très probablement, apparaîtra alors que peu beaucoup de films se verront reconnus "autant de droite que de gauche"?

04/02/2009, 22:13 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 04/02/2009 à 21:57

Axel, c'est une idée très stimulante. Je me demande même si je ne vais pas, avec ta permission, la mettre en ligne, un de ces jours prochains.

04/02/2009, 22:57 | Par Axel J en réponse au commentaire de Yohann Chanoir le 04/02/2009 à 22:13

Permission accordée, naturellement puisque mon idée n'est que le résultat inspiré par tous vos échanges ci-dessus.

05/02/2009, 08:43 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Axel J le 04/02/2009 à 22:57

Merci Axel, alors comme on écrit dans le milieu éditorial, nihil obstat...

05/02/2009, 10:32 | Par Joel Martin en réponse au commentaire de Axel J le 04/02/2009 à 21:57

Comment connaît-on l'opinion politique des spectateurs ayant apprécié un film ? Pas sondage ? En comparant l'audience quartier par quartier d'une grande ville ? Ou autre moyen (soyons fous : demander à Carla, qui est de gauche, et à Nicolas, qui est de droite, leurs préférences cinémaphiliques ?) En tout cas, l'idée d'Axel est intéressante. Mais pas facile à mettre en oeuvre. Bon courage !

05/02/2009, 10:39 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Joel Martin le 05/02/2009 à 10:32

Je vais tenter de m'y atteler. On peut leur poser la question, en effet. De même à nos femmes politiques, les hommes sont souvent si prévisibles... Ce n'est pas le Président qui va au cinéma, c'est le cinéma qui va à lui, comme l'a bien raconté le Canard...

05/02/2009, 15:18 | Par Epaminondât

Et Nosferatu ? (celui de Murnau, bien sûr)

05/02/2009, 16:29 | Par Yohann Chanoir en réponse au commentaire de Epaminondât le 05/02/2009 à 15:18

Nosferatu... Le cinéma de Weimar est rarement à droite. Lang n'avait pas supporté de voir son film M le Maudit récupéré par les nazis par exemple, qui en faisaient un film épousant leurs sensibilités. Il faudrait le revoir pour donner un avis objectif... D'un autre côté, comment interpréter le personnage même de Nosferatu ?

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