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Serge Gainsbourg

Les morts qui d'une manière ou d'une autre nous furent familiers nous rappellent par leur disparition et leur souvenir ce qui de nous n'est plus.

Il en est ainsi pour moi de Serge Gainsbourg. Le chanteur, auteur et compositeur est mort il y a 20 ans jour pour jour aujourd'hui et pourtant, je me souviens encore très bien de cette journée.

 

[20] ans déjà, que cela passe vite, [20] ans.

 

J'habitais, lycéen, chez mes parents et ce 3 mars 1991 - puisque la triste nouvelle fut connue le lendemain - était un dimanche où mes grands-parents vieille France étaient venus à la maison.

Je me souviens de mon radio-réveil à cristaux liquides rouges branché sur France inter, je crois, qui me réveilla sur ces mots qui revenaient en boucle : "Serge Gainsbourg", "Rue de Verneuil", "fans". J'avais évidemment compris car je faisais partie de ces fans qui pouvaient enfin regarder le public anglo-saxon sans honte en oubliant Johnny et autres fadaises dont Gainsbourg disait qu'ils étaient, pour les yéyés, "des VO sans le V, des zéros quoi". Tous ceux qui aimaient et écoutaient déjà Gainsbourg au début des années 1990 s'en souviennent - le chanteur était en sursis, d'infarctus en opérations miraculeuses à chaque fois. Ces infarctus à répétition, disait Gainsbourg, prouvaient qu'il avait un cœur.

Ainsi donc, quand Gainsbourg est mort, j'étais addict de ses chansons. C'est un hasard mais c'est ainsi. Je me souviens d'ailleurs que le lundi suivant, en retournant au lycée, un camarade de classe me dit : "Sincères condoléances". J'eus l'impression, alors, de vivre la mort d'un poète même si je sais désormais que la chanson, vraiment, est un art mineur. Cela ne m'empêche pas de penser, cependant, que Gainsbourg excellait en ce domaine : Ces petits riens, Les dessous chics, La Chanson de Prévert, Sorry Angel...

Quand j'ai appris sa mort, donc, j'ai été peiné comme on imagine qu'un adolescent puisse l'être à la mort d'un être qui incarne un horizon et un ailleurs. Ses chansons rythmaient en outre une de mes grandes histoires d'amour. Nous étions fous de Gainsbourg et La Javanaise, notamment,accompagnait nos étreintes. L'auteur de Variations sur Marilou (chef d'œuvre !), bien que non poète - au sens où, comme il le disait lui-même à Guy Béart notamment, la poésie n'a pas besoin de musique instrumentale -, m'a lentement amené vers Baudelaire dont, par ailleurs, il a joliment mis en musique Le Serpent qui danse.

Mes grands-parents réactionnaires étaient à la maison ce week-end-là et sachant à quel point, car elle me l'avait dit, ma grand-mère paternelle était outrée par les chansons cul voire salaces de Gainsbourg, j'ai décidé de rendre hommage à celui-ci, immédiatement. J'ai pris mon 33 tours reggae (Aux armes, etc.), ai quitté ma chambre et suis allé mettre mon vinyl sur la platine du salon avec, pour commencer, Rouget de Lisle revisité.

Mon père a discrétement approuvé ; mes grands-parents n'ont rien dit, même s'ils auraient préféré Michel Droit. Le chanteur étant mort, ça valait bien une Marseillaise.

Je n'aime pas particulièrement les frasques médiatiques de la fin d'un Gainsbourg devenu Gainsbarre, ni - hormis un ou deux titres - ses deux derniers albums (mieux, toutefois, que Le sable et le soldat, épouvantable chanson sioniste) et j'ai détesté le jour où il a brûlé un billet de 500 francs manquant ainsi sérieusement de pudeur et préfigurant le bouclier fiscal du gnome malfaisant. Mais enfin, la chanson française a une autre gueule depuis Gainsbourg et, surtout, si j'ai l'impression qu'il est mort hier, c'est bien parce qu'il n'a pas pris une ride.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tous les commentaires

Même si nos histoires sont singulières, je partage une partie de ton récit et surtout un amour de Gainsbourg , ses textes.... ses textes oui !!!

"je faisais partie de ces fans qui pouvaient enfin regarder le public anglo-saxon sans honte"

Et même si l'un des albums de Serge que je préfère se trouve être enregistré par des anglais, à Londres, Histoire de Melody Nelson reste pour moi le plus beau son d'un disque chanté en français !

Amitié

 

Bof

Je me rappelle en 63 64, pendant que les américains et les anglais appelaient à la révolution des moeurs et à un meilleure justice à travers le rythm&blues et le rock andiablé, lui il écrivait des chansonnettes, façon cucul à 2° et exhibait des des nénettes en mal de notoriété, des culs des seins etc, et à qui ça rapportait.

En matière musicale, bon en France (50 millions comme diait Dutronc) on a l'impression qu'il a laissé une oeuvre (d'ailleurs il était faussement modeste, à ses heures de servrage, ce qui reste pas grand chose), mais je n'en suis pas convaincu......

Il a quand même placé sa fille dans le show bises..!...Tant mieux pour elle..

 

Gainsbourg ?

Bof. A part quelques chansonnettes.

Il restera comme un des précurseurs de la marchandisation la plus abjecte du showbiz.

Le tintamarre médiatico-marketing autour des 20 ans de sa disparition en témoigne.

Quelques chansonnettes ? Manon ? Dépression au-dessus du jardin ? Les dessous chics ? Ces petits riens ? Sous le soleil exactement ? Melody Nelson (l'album entier) ? Variations sur Marilou ? La Javanaise ? Johnny-Jane ? Les Goemons ? Un peu de sérieux ! J'en passe, et des meilleures !

Qu'il ait été de droite, même sans le savoir, c'est probable et alors ? Si je devais tout le temps voir la création sous l'angle de la politique, ce serait terrible... Je t'accorde que le clan Gainsbourg semble aujourd'hui sarkozyste mais Gainsbarre est mort...

Pour le tintamarre, on en reparle en 2013, pour les 20 ans de la mort de Ferré... Sourire

Pas d'accord avec Velveth, pour moi Gainsbourg était un grand, un génie ! Et pour répondre à un com plus haut, les chansonnettes des années 60 n'étaient qu'alimentaires, voire provocatrices comme "les sucettes", parce-que l'œuvre remarquable qu'il avait réalisée jusque là lui avait valu la reconnaissance des connaisseurs mais pas du grand public !

Et puis, même si ce n'est qu'une chansonnette, quel choc avec "je t'aime moi non plus", un bond de dix ans en quelques mois, un succès planétaire, même les anglais comprenaient, j'ai pu le vérifier !

Je suis d'accord avec Yvan sur le Gainsbarre, vraiment sans intérêt, mais il n'a jamais guéri du traumatisme Birkin.

Sa première épouse est toujours en vie, il se trouve qu'elle réside pas loin de chez moi et qu'elle a écrit récemment un bouquin sur sa vie, révélant par exemple qu'elle avait toujours gardé des contacts avec Serge (enfin Lucien) et qu'il lui avait téléphoné la veille de sa mort !

Je n'ai pas lu le bouquin, je vais essayer de retrouver les références afin de me le procurer, si cela t'intéresse ?

 

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