Quelle unité politique ?
A la faveur du second tour des primaires socialistes, unité et rassemblement redeviennent des mots en vogue. Ils ne le sont que le temps d'une élection et c'est là que réside le peu d'intérêt qu'ils véhiculent malgré tout.
D'unité politique, pourtant, il peut-être question. Au long cours et avec celles et ceux que l'on ne voie jamais parce que non photogéniques pour les caméras et les plumitifs du capitalo-parlementarisme. C'est avec les banlieues - et plus précisément avec le peuple des cités - qu'il faudra faire alliance et ce, même si c'est difficile. C'est aussi à cette idée-là que renvoie ce billet - là - de l'édition Mille communismes. C'est pour cela que je me permets, sur ce blog, de le signaler.
Les gens que je vois tous les jours en allant au travail et sur mon lieu de travail - un lycée, donc - sont de façon générale les invisibles de la situation et du pays. A cet égard, du reste, je me souviens que lors de la grande grève - perdue - de 2003, nous étions allés tracter à plusieurs collègues sur un marché de la cité et que derrière l'enceinte du lieu nous avait explosé à la figure un monde insoupçonnable (qui ferait penser mutatis mutandis aux juifs traditionnels cachés par Solal dans le roman éponyme d'Albert Cohen) : visages doux et humbles, vêtements d'ici mais d'ailleurs, étals exotiques... Mais pourtant, et il faut être ferme sur ce point, ces gens sont aussi la France et singulièrement la France populaire, ouvrière, prolétaire.
Il faut reprendre l'idée véhiculée par feu l'UCFML au moment où le PCF envoyait des bulldozers et des foules hargneuses contre des ouvriers et/ou des familles d'origine étrangère. Le peuple de France est un peuple multinational et une politique émancipatrice ne peut que commencer par s'adresser à ce peuple-là.
C'est en étant au clair sur cette question-là que l'on pourra congédier et la démagogie raciste du front mal nommé "national" (dans laquelle, hélas, ne figure pas que le F"N" mais aussi une partie du courant républicain) et le consensus petit-bourgeois aggloméré autour de l'idéal en carton appelé Union européenne.
Quiconque vit ici est d'ici. La vraie, la seule division, ce sont les classes et l'invisibilité d'une partie du peuple est exclusivement destinée à briser une éventuelle unité politique populaire.



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Merci pour cette mise au point en ce 17 octobre, jour de deuil national.
En effet, je n'ai pas eu l'impression que le slogan du "rassemblement" désigne ce type de réalité...
On est quelque uns à se casser les dents sur cette question de la mobilisation politique des quartiers populaires (terme politiquement correcte pour désigner des quartiers de relégation sous surveillance policière pour personnes assignées à une identité de migrants ou de descendants de migrants). Travail pas simple : le NPA s’est pris les pieds dans un petit foulard en Avignon, sous le regard goguenard de l’ensemble de la gauche - la gauche, je veux dire ces partis pas foutu, dans toute la Seine-Saint-Denis par exemple, de présenter un candidat basané pour obtenir un poste de maire ; je veux dire, ceux-là qui applaudissent la parité, mais s’indigne de mesures volontaristes qui viserait un rééquilibrage de la représentativité des élus par rapports à la composition du corps électoral.
Le travail politique dans les quartiers populaires, outre qu’il rencontre l’hostilité des potentats locaux, y est continuellement bousculé par l’urgence : urgence des logiques de survie, urgence des vies précaires qui obligent à tout le temps bricoler, urgence des loyautés de proximité qu’il faut honorer parce qu’elles permettent la débrouille au quotidien, urgence où jettent les humeurs qui tanguent continuellement, entre enthousiasme et dépression.
Dans ce contexte, prendre rendez-vous et parvenir ensuite à se rencontrer tiens déjà de l’exploit. Si on est venu pour prêcher, on rencontre évidemment la défiance, mais si l’on est venu pour écouter, on recueille en vrac les inquiétudes les plus confuses.
On cherche des militants dans les quartiers populaires... Las, les plus conscients ont pour priorité d’accumuler le capital culturel suffisant pour accéder à l’emploi qui permettra de quitter ces quartiers, où ils n’élèveront pas les enfants qu’ils auront. Formuler des revendications fédératrices ? Las, les mieux lotis ne veulent pas être assimilés à la « racaille », les mieux formés, c’est selon, se méfient des étudiants trop barbus ou des étudiants qui la jouent trop français.
Travail politique épuisant et laborieux, donc.
Pas à cause des « gens », qui apprécient, somme toute, que l’on vienne à leur rencontre.
C’est leur vie qui a été sciemment et soigneusement rendu compliquée : en URSS les gens ne se révoltaient pas parce qu’il fallait faire des queues devant les magasins et courir au marché noir pour y échanger le bien acheté contre un autre dont on avait besoin. Là, les précaires cours après les jobs, les aides et les plans qu’offre le système de débrouille. Et si cela ne suffit pas à les occuper toute la journée, la dépression, les médocs, la came et l’alcool se chargeront de les clouer dans une sorte de léthargie.
Plus on travaille dans la banlieue plus on découvre une sorte de laboratoire de la vie précaire, où se façonne un homo precarius qui n’a pas grand chose à envier à feu l’homo sovieticus. Et plus on y réfléchit, plus on comprend que nous sommes tous appelé par la ploutocratie à devenir des homo precarius.
Sans une telle prise de conscience, sans la conscience nette que ce que vivent les habitants des quartiers populaires, nous sommes – nous ou nos enfants - appelés à le vivre, les ponts permettant de rassembler dans les luttes ne pourront être construits.
Oui
Le rassemblement dont il est parlé, habillé en Unité le temps d'un meeting, est le rassemblement des factions qui se font la courte échelle. C'est abusivement, comme d'habitude, qu'on appelle ce rassemblement, le peuple.
Un peuple qui coupe, oublie, rejette cette part vivante, se rassemble en s'amputant lui-même.
Comme on s'approche du buffet en retapant sa cravate, prenant soin aux accolades qui nous font sentir que.. ça y est, on y est.
Cette foule qui grouille sur nos écrans autour des candidats aux primaires, on voit bien que ce n'est pas le peuple, celui qu'on croise, qu'on côtoie tous les jours, partout, dans les quartiers, sur les marchés.
Vous avez sans doute raison, j'ai pas la télé. Mais le peuple, je sais très bien comment il est, j'en suis.
Il ressemble pour un bout, aux gens qu'on voit dans les meetings. Mais pour un autre bout pas du tout. C'est vrai.
Dans les salons, alors beaucoup, beaucoup moins.
Merci Yvan, je suis saisie par cette ignorance de tout ce monde-là, proche et tellement tenu loin, comme dénié. C'est l'ignorance de tout une partie du peuple par une autre, via les partis dominants. Ce n'est pas nouveau, c'est cependant en progression me semble-t-il.
L'école est un de ces lieux d'ignorance, et les débats politiques en sont un autre, énorme : lorsqu'on n'enseigne pas dans ces lieux, on sent bien que "ça" n'intéresse pas ; lorsqu'on écoute nos mentors politiques, on n'entrend rien qui concerne les démunis, les faibles, les relégués.