Résoudre sans l'aide de l'Etat des problèmes insolubles, c'est cela, le destin d'un événement. (Alain Badiou dans "Le Monde")
Ci-joint une tribune d'Alain Badiou dans Le Monde sur les événements mondiaux récents. Corcuff a du boulot...
Tunisie, Egypte : quand un vent d'est balaie l'arrogance de l'Occident
Le vent d'est l'emporte sur le vent d'ouest. Jusqu'à quand l'Occident désœuvré et crépusculaire, la "communauté internationale" de ceux qui se croient encore les maîtres du monde, continueront-ils à donner des leçons de bonne gestion et de bonne conduite à la terre entière ? N'est-il pas risible de voir quelques intellectuels de service, soldats en déroute du capitalo-parlementarisme qui nous tient lieu de paradis mité, faire don de leur personne aux magnifiques peuples tunisiens et égyptiens, afin d'apprendre à ces peuples sauvages le b.a.ba de la "démocratie" ? Quelle affligeante persistance de l'arrogance coloniale ! Dans la situation de misère politique qui est la nôtre depuis trois décennies, n'est-il pas évident que c'est nous qui avons tout à apprendre des soulèvement populaires du moment ? Ne devons-nous pas de toute urgence étudier de très près tout ce qui, là-bas, a rendu possible le renversement par l'action collective de gouvernements oligarchiques, corrompus, et en outre - et peut-être surtout - en situation de vassalité humiliante par rapport aux Etats occcidentaux ?
Oui, nous devons être les écoliers de ces mouvements, et non leurs stupides professeurs. Car ils rendent vie, dans le génie propre de leurs inventions, à quelques principes de la politique dont on cherche depuis bien longtemps à nous convaincre qu'ils sont désuets. Et tout particulièrement à ce principe que Marat ne cessait de rappeler : quand il s'agit de liberté, d'égalité, d'émancipation, nous devons tout aux émeutes populaires.
On a raison de se révolter. De même qu'à la politique, nos Etats et ceux qui s'en prévalent (partis, syndicats et intellectuels serviles) préfèrent la gestion, de même à la révolte, ils préfèrent la revendication, et à toute rupture la "transition ordonnée". Ce que les peuples égyptiens et tunisiens nous rappellent, c'est que la seule action qui soit à la mesure d'un sentiment partagé d'occupation scandaleuse du pouvoir d'Etat est le levée en masse. Et que dans ce cas, le seul mot d'ordre qui puisse fédérer les composantes disparates de la foule est : "toi qui est là, va-t'en." L'importance exceptionnelle de la révolte, dans ce cas, sa puissance critique, est que le mot d'ordre répété par des millions de gens donne la mesure de ce que sera, indubitable, irreversible, la première victoire : la fuite de l'homme ainsi désigné. Et quoi qu'il se passe ensuite, ce triomphe, illégal par nature, de l'action populaire, aura été pour toujours victorieux. Or, qu'une révolte contre le pouvoir d'Etat puisse être absolument victorieuse est un enseignement de portée universelle. Cette victoire indique toujours l'horizon sur lequel se détache toute action collective soustraite à l'autorité de la loi, celui que Marx a nommé "le dépérissement de l'Etat".
A savoir qu'un jour, librement associés dans le déploiement de la puissance créatrice qui est la leur, les peuples pourront se passer de la funèbre coercition étatique. C'est bien pour cela, pour cette idée ultime, que dans le monde entier une révolte jetant à bas une autorité installée déclenche un enthousiasme sans bornes.
Une étincelle peut mettre le feu à la plaine. Tout commence par le suicide par le feu d'un homme réduit au chômage, à qui on veut interdire le misérable commerce qui lui permet de survivre, et qu'une femme-flic gifle pour lui faire comprendre ce qui dans ce bas monde est réel. Ce geste s'élargit en quelques jours, quelques semaines, jusqu'à des millions de gens qui crient leur joie sur une place lointaine et au départ en catastrophe de puissants potentats. D'où vient cette expansion fabuleuse ? La propagation d'une épidémie de liberté ? Non. Comme le dit poétiquement Jean-Marie Gleize, "un mouvement révolutionnaire ne se répand pas par contamination. Mais par résonance. Quelque chose qui se constitue ici résonne avec l'onde de choc émise par quelque chose qui s'est constitué là-bas". Cette résonance, nommons-là "événement". L'événement est la brusque création, non d'une nouvelle réalité, mais d'une myriade de nouvelles possibilités.
Aucune d'entre elles n'est la répétition de ce qui est déjà connu. C'est pourquoi il est obscurantiste de dire "ce mouvement réclame la démocratie" (sous-entendu, celle dont nous jouissons en Occident), ou "ce mouvement réclame une amélioration sociale" (sous-entendu, la prospérité moyenne du petit-bourgeois de chez nous). Parti de presque rien, résonant partout, le soulèvement populaire crée pour le monde entier des possibilités inconnues. Le mot "démocratie" n'est pratiquement pas prononcé en Egypte. On y parle de "nouvelle Egypte", de "vrai peuple égyptien", d'assemblée constituante, de changement absolu d'existence, de possibilités inouïes et antérieurement inconnues. Il s'agit de la nouvelle plaine qui viendra là où n'est plus celle à laquelle l'étincelle du soulèvement a finalement mis le feu. Elle se tient, cette plaine à venir, entre la déclaration d'un renversement des forces et celle d'une prise en main de tâches neuves. Entre ce qu'a dit un jeune tunisien : "Nous, fils d'ouvriers et de paysans, sommes plus forts que les criminels" ; et ce qu'a dit un jeune égyptien : "A partir d'aujourd'hui, 25 janvier, je prends en main les affaires de mon pays."
Le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'histoire universelle. Il est très étonnant que dans notre Occident, les gouvernements et les média considèrent que les révoltés d'une place du Caire soient "le peuple égyptien". Comment cela ? Le peuple, le seul peuple raisonnable et légal, pour ces gens, n'est-il pas d'ordinaire réduit, soit à la majorité d'un sondage, soit à celle d'une élection ? Comment se fait-il que soudain, des centaines de milliers de révoltés soient représentatifs d'un peuple de quatre-vingt millions de gens ? C'est une leçon à ne pas oublier, que nous n'oublierons pas.
Passé un certain seuil de détermination, d'obstination et de courage, le peuple peut en effet concentrer son existence sur une place, une avenue, quelques usines, une université... C'est que le monde entier sera témoin de ce courage, et surtout des stupéfiantes créations qui l'accompagnent. Ces créations vaudront preuve qu'un peuple se tient là. Comme l'a dit fortement un manifestant égyptien : "avant je regardais la télévision, maintenant c'est la télévision qui me regarde."
RÉSOUDRE DES PROBLÈMES SANS L'AIDE DE L'ETAT
Dans la foulée d'un événement, le peuple se compose de ceux qui savent résoudre les problèmes que l'événement leur pose. Ainsi de l'occupation d'une place : nourriture, couchage, garde, banderoles, prières, combats défensifs, de telle sorte que le lieu où tout se passe, le lieu qui fait symbole, soit gardé à son peuple, à tout prix. Problèmes qui, à échelle de centaines de milliers de gens venus de partout, paraissent insolubles, et d'autant plus que, sur cette place, l'Etat a disparu. Résoudre sans l'aide de l'Etat des problèmes insolubles, c'est cela, le destin d'un événement. Et c'est ce qui fait qu'un peuple, soudain, et pour un temps indéterminé, existe, là où il a décidé de se rassembler.
Sans mouvement communiste, pas de communisme. Le soulèvement populaire dont nous parlons est manifestement sans parti, sans organisation hégémonique, sans dirigeant reconnu. Il sera toujours temps de mesurer si cette caractéristique est une force ou une faiblesse. C'est en tout cas ce qui fait qu'il a, sous une forme très pure, sans doute la plus pure depuis la Commune de Paris, tous les traits de ce qu'il faut appeler un communisme de mouvement. "Communisme" veut dire ici : création en commun du destin collectif. Ce "commun" a deux traits particuliers. D'abord, il est générique, représentant, en un lieu, de l'humanité toute entière. Dans ce lieu, il y a toutes les sortes de gens dont un peuple se compose, toute parole est entendue, toute proposition examinée, toute difficulté traitée pour ce qu'elle est. Ensuite, il surmonte toutes les grandes contradictions dont l'Etat prétend que lui seul peut les gérer sans jamais les dépasser : entre intellectuels et manuels, entre hommes et femmes, entre pauvres et riches, entre musulmans et coptes, entre gens de la province et gens de la capitale...
Des milliers de possibilités neuves, concernant ces contradictions, surgissent à tout instant, auxquelles l'Etat - tout Etat - est entièrement aveugle. On voit des jeune femmes médecin venues de province soigner les blessés dormir au milieu d'un cercle de farouches jeunes hommes, et elles sont plus tranquilles qu'elles ne le furent jamais, elles savent que nul ne touchera un bout de leurs cheveux. On voit aussi bien une organisation d'ingénieurs s'adresser aux jeunes banlieusards pour les supplier de tenir la place, de protéger le mouvement par leur énergie au combat. On voit encore un rang de chrétiens faire le guet, debouts, pour veiller sur les musulmans courbés dans leur prière. On voit les commerçants nourrir les chômeurs et les pauvres. On voit chacun parler à ses voisins inconnus. On lit mille pancartes où la vie de chacun se mêle sans hiatus à la grande Histoire de tous. L'ensemble de ces situations, de ces inventions, constituent le communisme de mouvement. Voici deux siècles que le problème politique unique est celui-ci : comment établir dans la durée les inventions du communisme de mouvement ? Et l'unique énoncé réactionnaire demeure : "cela est impossible, voire nuisible. Confions-nous à l'Etat". Gloire aux peuples tunisiens et égyptiens qui nous rappellent au vrai et unique devoir politique : face à l'Etat, la fidélité organisée au communisme de mouvement.
Nous ne voulons pas la guerre, mais nous n'en avons pas peur. On a partout parlé du calme pacifique des manifestations gigantesques, et on a lié ce calme à l'idéal de démocratie élective qu'on prêtait au mouvement. Constatons cependant qu'il y a eu des morts par centaines, et qu'il y en a encore chaque jour. Dans bien des cas, ces morts ont été des combattants et des martyrs de l'initiative, puis de la protection du mouvement lui-même. Les lieux politiques et symboliques du soulèvement ont dû être gardés au prix de combats féroces contre les miliciens et les polices des régimes menacés. Et là, qui a payé de sa personne, sinon les jeunes issus des populations les plus pauvres ? Que les "classes moyennes", dont notre inespérée Michèle Alliot-Marie a dit que l'aboutissement démocratique de la séquence en cours dépendait d'elles et d'elles seules, se souviennent qu'au moment crucial, la durée du soulèvement n'a été garantie que par l'engagement sans restriction de détachements populaires. La violence défensive est inévitable. Elle se poursuit du reste, dans des conditions difficiles, en Tunisie, après qu'on ait renvoyé à leur misère les jeunes activistes provinciaux.
Peut-on sérieusement penser que ces innombrables initiatives et ces sacrifices cruels n'ont pour but fondamental que de conduire les gens à "choisir" entre Souleiman et El Baradei, comme chez nous on se résigne piteusement à arbitrer entre MM. Sarkozy et Strauss-Kahn ? Telle serait l'unique leçon de ce splendide épisode ?
Non, mille fois non ! Les peuples tunisiens et égyptiens nous disent : se soulever, construire le lieu public du communisme de mouvement, le défendre par tous les moyens en y inventant les étapes successives de l'action, tel est le réel de la politique populaire d'émancipation. Il n'y a certes pas que les Etats des pays arabes qui soient anti-populaires et, sur le fond, élections ou pas, illégitimes. Quel qu'en soit le devenir, les soulèvements tunisiens et égyptiens ont une signification universelle. Ils prescrivent des possibilités neuves dont la valeur est internationale.
Alain Badiou, philosophe



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*** Je crois que ce msg vous appartient, en conséquence, je vous l'accroche à votre porte afin que tout le mon puisse profiter de votre si merveilleuse et élégante prose...
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C'est qui le mec affreux sur la photo de présentation du blog ? On dirait un vrai faf ! 19/02/2011 00:48Par Yvan Najiels
Je n'ai pas vu la chose mais c'est nul. Je dois rajouter que votre manière de le dire n'est pas flatteur non plus.
M. Rex ment mais sinon, oui, Asselineau fait flipper, avec son port... mussolinien !
*** Vous êtes un grand malade mental mon pauvre ami ! Faut vous faire soigner un copier/coller pour montrer à vos amis qui vous êtes et qui ment ici... Pov'con !
PS: Vous seriez pas un enfant caché de Sarkozy... à ce stade vous lui ressemblez étrangement dans vos manières !...
Jean rexs, votre asselineau n'est pas un perdreau de l'année. Et si je désapprouve l'ironie sur le physique pour tous (y compris notre sur le président de la France), j'avoue que dès qu'un homme politique se transforme en "image", il reçoit forcément en retour d'autres images.
Mr Asselineau est donc un type bien établi, ayant fréquentations solides, et il cherche à marquer sa place d'effets de discours soi disant "désinhibés". Pauvret, il n'a pas compris que cette affaire est déjà pliée car déjà utilisée et pas politique pour un centime.
"Malade mental", "pov'con", fricotage avec l'inénarrable mais rance Boddisatva... Que d'indications qui montrent bien que M. REX (Couché, Rex !, lui sussure Asselineau - l'homme de la photo) est un vrai rexiste, à sa manière bien sûr !
Vos insultes, REX, me vont droit au cœur. De la part d'un facho antisémite, c'est toujours rassurant.
A part ça, je (re)pose la question : comment REX s'y prend-il pour faire un tel montage mensonger ?
Peut être direz-vous moins de contre vérités, lorsque vous aurez compris quelques points du discours de François Asselineau.. Qui sait ?... Cet échange Questions/Réponses du 8 février dernier à Paris...
*** Montage mensonger... elle est bien bonne celle là, la copie d'écran (datée et signée), ne vous suffit pas ? de plus vous accusez ce Monsier Boddisatva, que je ne connais même pas...
Même Marielle Billy semble choquée de vos propos, mais vous épargne avec délicatesse, il faut bien le reconnaitre... Bref je persiste à croire que quelque chose ne tourne pas très rond chez vous...
Vous êtes un menteur, REX. Vous mériteriez, votre menteur-mentor et vous-même, une bonne rééducation prolétarienne.
Si cela ne tenait qu'à moi, vous seriez déjà à l'usine, fasciste !
Quant à Asselineau et son port mussolinien, je m'en carre !
*** J'abandonne vous êtes " trop fort " pour moi, mais je vous plains quand même...
Adieu Camarade !
C'est ça...
Ne vous faites pas mal en levant le bras devant le mentor...
Camarade, vous et moi ? Non, clairement.
Adieu, ennemi, donc.
Yvan, un conseil : inutile de s'énerver contre un tel et lamentable ennemi. Quelqu'un qui a passé son temps a vanter un politicard professionnel qui surjoue le candidat "antisystème" alors qu'il a bouffé a tous les rateliers de la droite "décomplexée". Il ne mérite même pas notre mépris...
C'est vrai.
Et sinon, Johannus ROI, sur ce que dit Badiou de l'Evénement, vous dites quoi ?
OUI !
Le "mec en question" est un vieux prébendier de l'ump reconveti dans les passerelles avec l'extrème droite et la mouvance pseudo républicaine
Plus sérieusement, il y a une difficulté avec ce que dit badiou, c'est sa façon de ramener la situation révolutionnaire à un "évènement", Or la révolution, ce n'est pas un évènement, mais un processus. Bien entendu, dans le processus révolutionnaire, il y a des "événements", des extrémums, des points de rebroussements. Mais à n'être sensible qu'aux "évènements", on s'interdit de penser les instants ou justement il ne se passe rien...
bon, là je n'ai pas le temps de développer plus... Mais ça viendra !
Beau texte, et qui amène à penser.
Je ne crois pas Marc Tertre que Badiou "ramène" la révolution à un événement, je pense qu'il s'occupe dans son texte de ce moment très singulier, très poétique (au sens fort) et qui fait événement, où le processus fait résonnance comme il dit et parvient à fleurir.
"apprendre" de ce mouvement de fond de ces peuples ? je souligne même si je vois dans cette formule davantage une critique de notre posture surplombante (et mitée).
que peut-on aprendre ?
qu'un tel mouvement s'accompagne d'un sentiment très fort de "prise en commun" : le bonheur de se mettre soi même à la tâche, de se saisir de ce qui advient.
qu'un tel mouvement s'&accompagne du courage "sacrificiel" qui advient dans le moment où le risque à prendre est immense et pourtant assumé, et peut être ce moment du "risque tout". Assumé ? peut être comme une illumination, celle du possible ouvert.
Un mélange formidable de création, de besogne organisée, de dépassement du seuil intériorisé depuis des lustres.
Pouvons-nous apprendre ? la résonnance chez nous est-elle possible en ce moment ? nul ne le sait. J'ai tendance aussi à penser que l"aliénation était si concrète et quotidienne, l'humiliation aussi, que c'est devenu possible pour eux.
Chez nous ? besoin de faire écho à ce mouvement, besoin de dépasser les conflits à-la-petite-semaine, de faire écho à la colère, celle qui ouvre et non celle qui ferme.
out d'abord disons que je suis en total accord avec les prémisses de la réflexion de Badiou :
///// Dans la situation de misère politique qui est la nôtre depuis trois décennies, n'est-il pas évident que c'est nous qui avons tout à apprendre des soulèvement populaires du moment ?
Certes !Jusque là je suis totalement d'accord. Les ennuis commencent au second paragraphe :
///On a raison de se révolter. De même qu'à la politique, nos Etats et ceux qui s'en prévalent (partis, syndicats et intellectuels serviles) préfèrent la gestion, de même à la révolte, ils préfèrent la revendication, et à toute rupture la "transition ordonnée".
Déja "partis, syndicats et intelectuels" ne sont pas tous serviles. Ce qui n'est pas affirmé clairement mais reste dans une douteuse ambiguité... Pourtant, c'est là le hic (et même le "hic et nunc") Il y a des intelectuels "non serviles", des syndicats non serviles, et des partis non serviles, ni inféodés à l'état....
Poursuivons :
/// c'est que la seule action qui soit à la mesure d'un sentiment partagé d'occupation scandaleuse du pouvoir d'Etat est le levée en masse. Et que dans ce cas, le seul mot d'ordre qui puisse fédérer les composantes disparates de la foule est : "toi qui est là, va-t'en."
Sauf que la "levée en masse" se prépare, s'organise.... Mais cette préparation et cette organisation est à "bas bruit". Du temps de ma folle jeunesse gauchiste, on avait une expression : "du travail de taupe"...
//// Or, qu'une révolte contre le pouvoir d'Etat puisse être absolument victorieuse est un enseignement de portée universelle. Cette victoire indique toujours l'horizon sur lequel se détache toute action collective soustraite à l'autorité de la loi, celui que Marx a nommé "le dépérissement de l'Etat".
Parfait : voilà un passage que je partage entièrement. Et toutes les proclamations ne remplacerons jamais cette "preuve en acte"...
///A savoir qu'un jour, librement associés dans le déploiement de la puissance créatrice qui est la leur, les peuples pourront se passer de la funèbre coercition étatique. C'est bien pour cela, pour cette idée ultime, que dans le monde entier une révolte jetant à bas une autorité installée déclenche un enthousiasme sans bornes.
Sauf que ce passage n'a rien de naturel ! C'est là où se situe l'articulation entre le mouvement "autonome et naturel" et le parti (en tant qu'opérateur stratégique) Et c'est la que le concept d'Evènement est insuffisant pour penser la révolution. Car la révolution n'est pas un évènement (n'est pas une révolte) mais un processus, c'est a dire une articulation de mouvement (en clair : la notion qu'avance Badiou n'est pas fausse, mais insuffisante : elle ne permet pas d'avoir une vision stratégique de la politique)
//// Le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'histoire universelle. Il est très étonnant que dans notre Occident, les gouvernements et les média considèrent que les révoltés d'une place du Caire soient "le peuple égyptien". Comment cela ? Le peuple, le seul peuple raisonnable et légal, pour ces gens, n'est-il pas d'ordinaire réduit, soit à la majorité d'un sondage, soit à celle d'une élection ? Comment se fait-il que soudain, des centaines de milliers de révoltés soient représentatifs d'un peuple de quatre-vingt millions de gens ? C'est une leçon à ne pas oublier, que nous n'oublierons pas.
La n'est plus le "hic", mais la divergence : il se trouve que je suis marxiste, inconditionnellement (mais pas aveuglement) Et si j'y suis, c'est que je crois que cette proposition est fausse. Non, ce n'est pas "le peuple" le moteur de l'histoire, mais la classe ouvrière. La dessus, Badiou rejoint Mélanchon (alors que par ailleur il n'ont rien à voir) Le peuple (comme la démocratie) sont des mots creux, des "mots de caoutchoux" comme le disait Blanqui. Qui désigne aussi bien le blogger que le syndicaliste. le riche et réputé écrivain et le marchant de légume (dans un reportage de "libé") .
Marc,
1/ Badiou parle de "partis" et de "syndicats" mais adosse à intellectuels l'adjectif serviles. Il est lui-même un intellectuel et considérait ton camarade Bensaïd, comme tel. Pourtant, ni l'un, ni l'autre n'ont fait preuve de servilité. Sont donc serviles les intellectuels de l'Etat (hier soir, un ami de Rancière m'a raconté une blague du philosophe : "Tu sais pourquoi il n'y a pas d'intellectuels de droite ? - Parce que les intellectuels de gauche font le boulot") : les BHL, Finky, ... Maintenant, oui, Badiou est assez anti-syndicats et cette position est un peu gauchiste mais enfin, que de traîtres dans les centrales ! Je me souviens de mes deux mois de grève en 2003...
2/ L'événement, sinon, n'exclut pas le travail de taupe mais l'inverse n'est pas vrai. Ne t'attarde pas à l'ornière des résultats, comme dit Char... Ensuite, on peut dire qu'il y a une montée vers la levée en masse, une étincelle qui met le feu à toute la plaine. Un homme s'immole, martyr, et fait exister des millions de gens. Pas sûr, là-dedans, que la taupe ait bien creusé...
3/ Peuple / classe ouvrière / paysans (?)
La comparaison avec Mélenchon, euh... Je pense qu'Alain Badiou vomit notre grrrépublicain.
Peuple... A mon avis, il faut entendre "masses", ici.
Le texte de Badiou, tu t'en seras rendu compte, a une tonalité maoïste.
4/Enfin, Processus et événement ne s'excluent pas ni ne s'annulent.
Salutations communistes,
YN.
Maintenant, oui, Badiou est assez anti-syndicats et cette position est un peu gauchiste mais enfin, que de traîtres dans les centrales !
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Donc (puisque notre langue est ainsi faite qu'il n'était pas clair que l'adjectif "servile" s'appliquait uniquement aux "intelectuels" ou au groupe pronominal entier - parti, syndicat, intelectuels) les intelectuels auraient le choix de ne pas être "servile", alors que cela serait le destin des "partis, syndicats". On peut trouver des syndicats et des partis "serviles" (à l'ordre bourgeois et à son état) mais on peut aussi en trouver des qui ne le sont pas...
////// L'événement, sinon, n'exclut pas le travail de taupe mais l'inverse n'est pas vrai.
Et pourtant, elle creuse ! Sinon, le "travail de taupe" peut avoir plusieurs contextes et plusieurs modalités... Mais en tout cas, il donne autant à penser que le surgissement spectaculaire. Or c'est justement un "point aveugle" du travail de Badiou, selon moi...
Le rôle des syndicats en Tunisie et en Egypte n'apparait pas mince.
Les attaques contre "les" syndicats en cette période où nombre de capitalistes disent qu'ils n'ont plus d'utilité (Gattaz) ou le montrent par leurs actes, que des syndicalistes sont maltraités un peu partout, me semblent, à moi aussi, une faute politique.
Le rôle de l'UGTT en Tunisie a été, pour le moins, trouble, si j'en crois un des reportages du Diplo. Ou prudent, c'est selon l'angle de vue.
Pierre,
Je plussoie.
La direction de l'UGTT et certaines fédérations UGTT, il faut faire la différence.
Des militants UGTT ont eu un rôle important.
Tout à fait. Mais donc LE syndicat, en l'espèce, n'est le nom de rien - ou de diverses choses.
Il semble, en effet, que la direction centrale -proche géographiquement, et peut-être "clientélement", du pouvoir- n'ait pas embrayé tout de suite -ait plutôt eu tendance à freiner, alors que dans les villes comme Kasserine, le Sud, les régions ignorées du tourisme, les directions locales et les militants de base aient démarré tout de suite.
Un peu comme ici en septembre-octobre, d'ailleurs, en ce qui concerne la CGT.
Et n'oublions pas que ben Ali était "membre de l'Internationale Socialiste". Comme sans doute Hubert Védrine, qui touche son jeton au Conseil d'Administration de Vuitton (Groupe du grand philanthrope Arnault) ou Aubry et Hollande qui vont manger dans la main des grands penseurs du Siécle. (Il paraît que c'est Nicole Notat qui dirige le C.A. du Siécle, maintenant. Qui l'eût cru ? Nicole Notat, cette grande syndicaliste, cheville "ouvriére" de... vous savez quoi.)
D'accord. Et le mot syndicat recouvre des réalités multiples et même contradictoires, En Tunisie, en France et ailleurs. Selon des formes tenant à l'histoire du mouvement ouvrier de chaque pays.
Badiou considère que l'émancipation des travailleurs sera leur oeuvre. Comme tous les marxistes, anarchistes et courants non sectaires issus de cette tradition.
Et comme tous les courants radicaux il souligne le courage des jeunes de milieux populaires.
C'est bien qu'il le fasse.
Oui, nous avons beaucoup à apprendre d'eux. De ces mouvements qui expulsent des despotes voleurs, au savoir-faire répressif éprouvé, en quelques semaines.
Je pense que la premiére émancipation est sa propre libération du sentiment de peur, de crainte. Ne plus craindre d'affronter le représentant du pouvoir, quel qu'il soit, c'est le considérer comme son égal.
Pierre, ceci est en effet essentiel, selon moi aussi.
Je fais remonter.
Yvan,
En quoi, selon toi, ce texte de Badiou est-il une approche originale des mouvements en cours en Egypte et en Tunisie?
Pascal,
Je ne suis pas sûr que l'approche badiousienne soit originale au sens où un historien verrait la singularité du processus (la remarque du camarade Marc ne me "choque" pas ; j'attends qu'il la développe) mais elle l'est en ce sens que le courant politique - et, désormais, l'opinion - badiousien tranche avec les autres de l'extrême gauche sur la question du parlementarisme et que Badiou, dans sa tribune, reprend le point de la fidélité à "Elections, piège à cons !" (Franchement, quand je vois les peuples tunisien, égyptien, yéménite,... Mélenchon m'apparaît vraiment ridicule, comme la scène sur laquelle il vocifère).
Par ailleurs, dans ce texte, on sent que Badiou jubile à la vue des faits récents. Je te concède, car j'en suis sûr, que nous avons été nombreux à jubiler - Krivine et Besancenot les premiers - mais ce qui se passe dans les pays arabes rappelle qu'il y a toujours possibilité d'un événement même dans des situations qu'on imagine mornes voire désespérées et que la voie électorale, à côté, est minable en ceci qu'elle ne change rien sinon qu'elle distribue des postes à des gens avides de prébendes.
Ce qui se passe en ce moment dans le monde arabe est donc aussi une baffe dans le capitalo-parlementarisme et Badiou - qui a désormais un statut médiatique et il en profite, tant mieux - nous rappelle ça. Ce point est important. (J'essayerai d'y revenir dans un billet futur).
Pour ma part, ce moment arabe me file aussi une bonne gifle ou un bon seau d'eau à la figure : l'ère des révolutions n'est pas terminée.
Quelle respiration, c'est ! Non ?
elle l'est en ce sens que le courant politique - et, désormais, l'opinion - badiousien tranche avec les autres de l'extrême gauche sur la question du parlementarisme
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du parlementarisme, des élections ou de la démocratie "tout court" ? Ce sont trois choses qui ont effectivement des rapports étroits, mais qui ne se confondent pas (la démocratie n'est pas uniquement élective, puisqu'on peut aussi proner une démocratie "directe", les élections ne mènent pas obligatoirement au parlementarisme, et le parlementarisme lui même est mis en crise PAR LA BOURGEOISIE et son désir de "bonne gouvernance"...)
Sinon le parlementarisme est d'autant en crise dans ces pays qu'il n'existe pas Et qu'une partie de ceux qui se sont révoltés réclament justement sa mise en place.
Il y a un rapport avec le parlementarisme d'abord par la violence délocalisée (ici, on vote ; là-bas, on avait des fantoches répressifs) et ensuite parce que l'on voit que c'est l'irruption des masses qui fait l'histoire.
/////l'on voit que c'est l'irruption des masses qui fait l'histoire.
Tutafè !
Bon montage !
La révolte arabe est le dernier acte de la déroute du bushisme. Démocratisation, qu'elles disaient, les raclures de Washington.
Comme souvent, Badiou dit clairement ce que je pensais confusément.
Et comme je viens de finir de lire "Le bref été de l'Anarchie", de Hans-Magnus Enzensberger, je ne peux m'empêcher de faire des rapprochements avec le comunisme libertaire de Durruti. (Et le double, voire triple jeu de la "social"-"démocratie". )
On peut aussi chercher une interprétation plus Islamiste et considérer que ce mouvement marque le début de la remise en mouvement de l'islam bloqué depuis le 14ème siècle. cette soif de liberté exprimée par des musulmans ouvre la porte a plus de tolérance plus de laïcité. De ce point de vue c'est un évènement majeur.Voir ici
Ce que je connais de l'Islam me semble porter en effet de fortes valeurs égalitaires. Comme le christianisme primitif, d'ailleurs. Et, au fond, l'essentiel de La Lecture me semble renvoyer sans cesse aux textes fondateurs et libérateurs (pour leur temps, et dans le langage de l'époque)