Sam.
18
Mai

MEDIAPART

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Noël matérialiste ici-bas

                                                                                                                 Matin


     N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or, — trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler  !
     Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C'était bien l'enfer ; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes.
     Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l'étoile d'argent, toujours, sans que s'émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le cœur, l'âme, l'esprit. Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer — les premiers ! — Noël sur la terre !
     Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves ne maudissons pas la vie.



Arthur Rimbaud

Tous les commentaires

Camarade Yvan,

Rimbaud, solitaire, pas seul.

Amitiés.

Oui, magnifique...

Spassiba !

Somptueux Noel

l'injustice écrite ... la justice rêvée ... de l'écriture du communisme au rêve de la poésie : Merci.

Je suis le dernier poète des villages,
Nul pont de bois dans les chants ne dit mot.
Seul je viens voir l'encensoir des feuillages
A la messe d'adieu des bouleaux.


Il brûle et croule en flammes d'or,
Le cierge dont mon corps est la cire.
Et la lune sur le cadran des arbres
Va me râler ma douzième heure.


Sur le sentier du champ bleu-ciel
Bientôt surgira l'hôte de fer.
L'avoine rouge où l'aube ruisselle,
Sa main noire va la saisir.


Paumes étrangères, paumes sans vie,
En votre ère mon chant ne peut naître !
Ils restent seuls, les coursiers-épis,
Pour regretter leur ancien maître.


Le vent sucera leur hennissement
En déployant la danse funéraire.
Bientôt, bientôt les bois sur leur cadran
Me râleront ma douzième heure.


Sergueï Essénine (1921)

Splendide !

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