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Pour un capitalisme humaniste et partageux......

A l’occasion du fil de l’article de Joseph Confavreux " Le peuple glisse-t’il à droite ? C’est vite dit " dans les colonnes de Médiapart (lire ici l'article de Joseph Confavreux), j’ai fait une réponse à Robert Mascarell qui légitimement m’interpellait sur l’ambiguïté de ce que j’appelle un capitalisme humaniste et partageux dans le commentaire que j'ai posté. Ce billet ne fait que reprendre mon commentaire de l'article et ma réponse à Robert Mascarell, disponibles ainsi pour un plus grand nombre. Quelques grandes orientations souhaitables d’un programme de gauche y sont présentées…..à méditer pour le futur candidat de la gauche au second tour de mai 2012 !…...

 

En superposant les cartes du vote extrême droite et des taux de chômage régionaux, à l’occasion des dernières consultations électorales sur les vingt dernières années, il semble difficile de contester que le déterminant essentiel du vote Front national chez les classes populaires soit économique, les fractions d’entre elles les plus exposées au chômage de longue durée, à la pauvreté et à l‘exclusion exprimant ainsi un sentiment de rejet des partis traditionnels, de gauche comme de droite, considérés comme incapables. Si ce vote de défiance peut revêtir parfois des connotations xénophobes, il ne peut pas à mon sens, être interprété comme une adhésion à une idéologie raciste, celle fondamentalement portée historiquement par le parti lepéniste : la peur de l’étranger qui peut alors s’exprimer est une peur de perdre son emploi et non le rejet de la différence culturelle et/ou ethnique en tant que telle. Le caractère non idéologique de ce vote FN ouvre donc à la gauche des perspectives possibles de reconquête rapide de cet électorat, à la condition qu’elle revienne à ses vraies valeurs historiques, celles tournées vers le progrès social, la répartition équitable et décente des richesses et l’égalité des chances. Ce repositionnement, sans compromission avec l’ordre libéral, est lui-même indispensable pour ramener à la gauche les couches des classes moyennes les plus fragilisées par la crise, qui en 2007, ont été séduites par le discours populiste de Nicolas Sarkozy.

Un certain nombre de faits politiques intéressants sont évoqués dans l’article, notamment la montée de l‘abstention chez les classes populaires, comme autre mode d’expression de leur désarrois face à leur sentiment légitime d‘avoir été abondonnées par les partis historiquement défenseurs des intérêts des travailleurs. Cette responsabilité des partis de gauche dans la montée de l’abstentionnisme populaire vient s’articuler sur une grande contradiction de fond de nos démocraties à l’âge du capitalisme moderne : comment se fait-il que les peuples ayant les moyens institutionnels démocratiques de mettre au pouvoir des forces politiques oeuvrant réellement pour le seul progrès social dans l’intérêt de tous et comme seul objectif du progrès économique, portent structurellement au pouvoir des forces animées avant tout par la sauvegarde des intérêts d’une classe dominante dans le cadre d’une répartition injuste des fruits du travail (en période de croissance économique, mais plus encore en temps de crise économique !) ? De toute évidence, au-delà de la complexité de la réponse à cette question, il y a dans ce paradoxe, l’expression de la manipulation et de l’escroquerie " légale " de l‘immense majorité des peuples, à travers notamment la légitimation de l’ordre social et de sa reproduction par une illusoire égalité des chances dans la réussite sociale, la capitulation d’une grande partie des forces de gauche face à la " main invisible " néolibérale, ainsi qu’une sous-information structurelle et délibérée sur l’état des inégalités économiques et sociales ! ……….des rouages qui ont su jusqu’à maintenant endormir le peuple et lui faire oublier que même si ses conditions d’existence dans nos pays riches se sont nettement améliorées par rapport à celles de " l’armée de réserve industrielle " du XIX siècle, la grande contradiction et imposture de base du capitalisme sauvage ou insuffisamment encadré demeure, celle d’un système qui sans maître ignore le progrès social comme finalité de l’économique.

La montée actuelle de la contestation sociale en Europe face aux plans d’austérité est un signe tangible que les peuples commencent à se réveiller enfin contre l’imposture d’un capitalisme néolibéral et embrassent à nouveau les valeurs de gauche oubliées, celles qui dans la lutte, ont toujours été dans l’histoire le moteur du progrès social. Reste maintenant aux forces politiques de gauche à renouer pleinement avec ces mêmes valeurs qu’elles ont perdues, pour accompagner, renforcer cet élan populaire, et porter au pouvoir les intérêts des peuples. La gauche en France sera-t-elle digne en 2012 de cette possible révolution prolétarienne démocratique et pacifique ? Pourra-t-elle jouer un rôle historique en Europe dans la propagation de cette révolution ? Ce n’est pas impossible, mais qu’elle commence déjà par s’unir autour d’un programme ambitieux à la hauteur de cette rupture radicale par rapport à l’ordre néolibéral, et que dans l’exercice du pouvoir, elle sache, cette fois-ci, ne plus perdre son âme en restant le fidèle serviteur du progrès social et de la justice sociale ! Il en va d’une réconciliation bien légitime entre le peuple et la gauche, et bien nécessaire pour un autre capitalisme : un capitalisme humaniste et partageux.

Robert Mascarell : " (...)Pour ma conclusion, je vais me permettre de vous titiller très fraternellement. Le capitalisme est un et indivisible. Il est fondé uniquement sur l'individualisme, voire l'égoïsme. Il ne peut être humaniste et surtout partageux. Seuls ses adversaires, parvenus au pouvoir par les urnes, quand ils sont décidés à lui porter des coups, donnent l'illusion d'un autre capitalisme. Il va de soi que je ne classe pas les sociolibéraux dans la catégorie de ceux qui ont la volonté de s'attaquer aux tares du capitalisme. (...)"

Vous ne me titillez pas sur le concept de capitalisme humaniste et partageux, car il est vrai que si l’on se réfère à une certaine acception de la notion de capitalisme et/ou de ce qu’il a pu être dans son histoire, il y a là un véritable oxymore. Pour autant, si l’on part d’une définition simple du capitalisme comme un système économique qui respecte la liberté d’entreprendre et l’appropriation privée des moyens de production, il peut devenir humaniste et partageux, dès l’instant qu’il est encadré par un État qui le régule au service des intérêts bien compris du peuple (et non d’une classe minoritaire comme c’est encore le cas sous les apparences d’une moyennisation des sociétés capitalistes modernes ) et s’assure que la liberté d’entreprise n’entre pas en conflit avec l’intérêt général.

Soyons concret et réaliste : on part de ce que le monarque Sarkozy va nous laisser en 2012, on réforme en profondeur la fiscalité en vue d’un système fiscal pleinement redistributif (au sein des ménages, mais également des entreprises !) et qui notamment ne permet plus de s‘enrichir par la spéculation, on renforce la protection sociale en revenant en particulier sur la réforme scandaleuse des retraites, on crée un revenu maximum acceptable (incluant tous les revenus, y compris les revenus du capital) ainsi qu‘une norme d‘évolution " décente " par rapport au revenu minimum et au smic, on renoue avec la tendance historique de la réduction du temps de travail pour mieux partager l'emploi disponible, on donne l’exemple aux autres pays de l’Union européenne qu’il est possible de garder le meilleur et de revenir sur le pirede cette construction ( la parfaite mobilité internationale du capital, la casse des services publics avec le principe du service universel, les missions " monétaristes " de lutte contre l'inflation de la Banque centrale européenne, etc.), on renforce les services publics, on inscrit réellement enfin le développement durable dans les missions fondamentales de l’État, on met fin définitivement aux privilèges monarchiques et indécents de la caste des politiques de telle sorte que celles et ceux qui se présentent devant et pour le peuple aient une rémunération décente face à un smicard et ne puissent pas faire carrière en politique,etc, etc.,etc. ………Voilà quelque chose qui nous amène à un mariage heureux et possible entre la démocratie politique, sociale et économique, la liberté d’entreprendre et l’État-providence…..Puisque l’immense majorité des sympathisants de gauche se retrouvent dans les valeurs humanistes et partageuses sous-jacentes à ces orientations, puisque ces orientations servent les intérêts du peuple, puisque ce peuple peut démocratiquement choisir ses représentants, puisque ces représentants sont portés par les partis politiques,…. alors, alors,…. on en revient à la problématique de fond déjà évoquée : le peuple est (devenu) ingrat avec sa gauche et/ou les partis de gauche ne portent plus (ou insuffisamment) les vraies valeurs historiques de la gauche !??????…...Quelle que soit la réponse que l’on apporte à cette question délicate, une conclusion me semble néanmoins évidente : ce n’est certainement pas en boudant le candidat de gauche en mai 2012, quel qu’il soit, que le peuple va avancer dans la résolution de sa problématique !   

 

Tous les commentaires

Je n’ai aucun désaccord avec votre billet, mais néanmoins je n’arrive pas à faire mien votre concept de capitalisme humaniste et partageux. Peut-être est-ce le résultat de mon anticapitalisme sans concession.

Aussi, j’éprouve le besoin de vous dire, avec mes idées simplistes, comment j’analyse le capitalisme et quelles sont les mesures que j’attends d’un gouvernement vraiment de gauche, sans pour autant sombrer dans l’utopie, encore que je ne m’en défie pas.

Je considère que le stade actuel du capitalisme, de plus en plus mondialisé, dominé et gangrené par l’économie financière et spéculative, au détriment de l’économie de production ou économie « réelle », conduit l’humanité entière à l’abîme, et la nature avec. Et sa tendance naturelle est vers toujours plus de profits spéculatifs, d’écrasement des peuples et de destruction de la nature.

Il n’y a donc rien à attendre du capitalisme.

Bien sûr, je comprends que pour en finir avec le capitalisme ça ne va pas se faire en une seule fois.

Le malheur, c’est que ceux qui, parvenus au pouvoir par les urnes, sont censés porter des coups au capitalisme, n’en font rien. C’est même l’inverse qui se produit. Les revenus du travail sont encore plus imposés que les revenus du capital. Le rythme des privatisations ne se ralentit pas. Le soutien au Traité constitutionnel, puis au Traité de Lisbonne est justifié au nom d’un trompeur contenu antilibéral. Bref, ceux qui, dans leur doctrine, ont conservé l’objectif du socialisme comme alternative au capitalisme, s’en éloignent dès leur arrivée au pouvoir. Le comble est atteint au niveau de l’Europe. On a même connu une longue période où la majorité des pays de l’Europe étaient dirigés par des socio-démocrates et où, à l’issue, le capitalisme mondialisé, financier et spéculatif avait encore accru sa domination.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en dépit de mon opposition absolue à Sarkozy et à ses parrains du Medef, je ne peux affirmer avec certitude que le report de ma voix au second tour, en 2012, est assuré. Là, je diverge de vous. J’ai même une certitude. Si, par catastrophe, le sieur Valls devait sortir du chapeau de la primaire socialiste, j’affirme avec conviction que je ne pourrais voter pour lui ni au 1er, ni au 2nd, ni au 10ème tour. Pour ce qui est des autres compétiteurs, hormis Montebourg, il faudra qu’ils mettent beaucoup du leur pour emporter mon report.

Mes exigences portent sur trois domaines principaux : le social, la fiscalité et l’Europe.

En matière sociale, je ne comprendrai pas que des mesures visant à durcir considérablement les conditions de recours au travail précaire et partiel ne soient pas proposées.

En matière fiscale, j’ai déjà montré le bout de mon nez. J’attends des propositions visant à rééquilibrer la fiscalité du travail et celle du capital.

En matière européenne, là j’ai conscience que le fatras des mensonges assénés depuis des années par nos amis socialistes va constituer un obstacle quasi insurmontable pour eux. Et pourtant, il va bien falloir qu’ils en passent par une révision déchirante d’une grande partie de leurs agissements de ces dernières années. Leur approche du problème grec ne me rend pas optimiste.

Et pourtant, comment leurs propositions de réindustrialisation de notre pays pourraient-elles être crédibles, si dans le même temps, ils continuent à affirmer, contre toute évidence, que le principe économique directeur de l’Europe est « la concurrence libre et non faussée » et à soutenir la nécessité d’harmoniser, par exemple, les règles sociales et fiscales, alors que le Traité de Lisbonne s’y oppose et qu’ils continuent à le défendre ?

La concurrence libre et FAUSSEE, réalité des échanges entre pays européens et avec le reste du monde, est à la base de notre désindustrialisation, ainsi que le recul de nos protections et droits sociaux.

Je ne vois pas comment je pourrai voter au 2nd tour pour un candidat qui refuserait de débattre honnêtement de ces questions durant la campagne électorale.

Je comprends votre réticence face à ce qui peut apparaître comme antinomique dans les notions de capitalisme et d‘humanisme, mais il faut bien nommer les choses par leur nom. Sur la base de la définition première et élémentaire du capitalisme que j’ai rappelée, il y a toute une variété de systèmes politiques et économiques relevant du capitalisme. On peut rendre compte de cette variété à partir de deux critères : la qualité démocratique des institutions et le partage État/marché dans les procédures de régulation du système. Sur la base du première critère, on opposera les capitalismes  totalitaires comme celui de la Chine aux capitalismes démocratiques comme ceux des pays occidentaux ; à partir du second critère, on opposera le capitalisme sauvage du XIX siècle aux social-démocraties qui émergent à partir du lendemain de la Seconde guerre mondiale ; enfin, au sein de ces social-démocraties, on pourra graduer en opposant par exemple le modèle anglo-saxon au modèle scandinave. Bref, des capitalismes où il est possible d‘aller toujours plus haut du double point de vue de la démocratie et de l’État-providence…..Et, comme en témoigne le développement de l’économie sociale et solidaire, la liberté d’entreprendre peut faire un mariage heureux avec humanisme et partage.

 

Vous avez raison de souligner que la gauche au pouvoir en Europe a capitulé face à la déferlante néolibérale de la fin du XX siècle. Mais, comme l’exprimait très justement Nathalie (pseudo nath75) au cours du fil de la discussion de l’article " Le peuple glisse-t’il à droite ? C‘est vite dit ", le peuple ne pardonne rien à la gauche en attendant tout d’elle, alors qu’elle pardonne tout à la droite en attendant rien d’elle. Certes, il y a eu une capitulation, mais le peuple a déjà oublié qu’elle ne fut pas totale, tout du moins en France durant la gouvernance de la gauche à partir de 1981 : la retraite à 60 ans, les lois Auroux, la cinquième semaine de congés payés, le RMI, les 35 heures, etc…..Par ailleurs, a-t-on déjà aussi oublié qu’il s’agissait d’une première expérience de gouvernement sous la Vième République, avec toutes les contradictions, ambiguïtés, incertitudes et difficultés inhérentes à un pilotage par une gauche sans réelle unité dans un nouveau contexte de ralentissement durable de la croissance économique et de diffusion internationale de l‘onde de choc néolibérale ?

 

Concernant les possibles réticences de certains sympathisants de gauche à voter pour un candidat de gauche au second tour de 2012 qui n‘incarnerait pas suffisamment les valeurs de gauche, questionnement au demeurant légitime à l’écoute de certaines déclarations comme celles de Manuel Valls, je poserai une seule question : une nouvelle purge sarkoziste de régression sociale et démocratique serait-elle alors le chemin obligé de la réconciliation entre le peuple et sa gauche ? Il me semble qu’il y a d’autres chemins possibles bien plus heureux et stratégiquement efficaces pour remettre toute la gauche sur les rails d‘un projet de société humaniste et progressiste. En tout cas, pour commencer, en 2012, il y aura déjà un premier tour,…….et, faut-il l’espérer, entre les deux tours, un débat entre toutes les forces de gauche, fondateur d’une entente solide sur un programme à la hauteur des enjeux de la rupture avec la gestion néolibérale de nos économies et sociétés.

Cher Yves,

Le premier paragraphe de votre réponse à mon interpellation, illustre bien le titre de votre billet. Il est même, je dois le reconnaître, assez convainquant.

Pour faire court, je dirai que ce capitalisme social-démocratisé, acceptable, s'est appliqué alors que le capitalisme était encore national et industriel (1945 à 1985 environ).

Aujourd'hui, le capitalisme est mondialisé et financier. Il est plus rentable de spéculer en bourse que d'investir dans l'industrie.

Je ne vois donc pas comment ce capitalisme-là pourrait devenir humaniste et partageux, avec le retour des sociodémocrates au pouvoir. D'ailleurs, ils ne sont plus sociodémocrates mais sociolibéraux, en France et plus encore en Europe.

Si vous arrivez à me démontrer que ce qui a été possible dans les années 80, sous l'empire du capitalisme industriel, peut l'être demain sous l'empire du capitalisme financier et mondialisé, je suis prêt à vous suivre.

Pour ce qui est de mon vote au 2nd tour en 2012, je ne ferme aucune porte. Mais j'attends des socialistes qu'ils s'adressent à mon intellect et non à mon antisarkozysme seulement.

Cher Robert, entièrement d'accord, ce capitalisme financier mondialisé et dérégulé dont la caractéristique première est l'arrogante et indécente spéculation financière dans un monde où 1,3 milliard d'individus vivent avec moins de 1,25 $ par jour, ne pourra jamais être humaniste et solidaire. Deux préalables me semblent indispensables et envisageables dans le cadre d'une réelle volonté politique pour (re)mettre la finance au service du financement du progrès social et du développement durable : revenir sur la liberté internationale des mouvements de capitaux instituée en Europe par les traités fondateurs de l'Union européenne et mettre en place une fiscalité très fortement désincitative sur les transactions financières spéculatives et les plus-values financières. Je n'ai malheureusement rien entendu sur le sujet du côté du PS, mais les choses peuvent (et doivent !) évoluer dans le cadre d'un débat et d'une union nécessaires au sein de l'ensemble des forces de gauche....

Cher Yves,

Votre réponse me va comme un gant. Merci !

Vous avez compris que je fais partie de cette catégorie d'individus qui considèrent que ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.

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