Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Gain ou perte de pouvoir d’achat ?...... Le verdict de la calculette.

Vous avez certainement pu remarquer que notre président de la République est déjà en campagne présidentielle depuis plusieurs mois. Il a commencé par agiter le chiffon sécuritaire, et maintenant, du «haut» de ses «bouffonneries» démagogiques, il nous la rejoue sur le thème du pouvoir d’achat, avec toujours la même fumisterie populiste et la même indécence, cette fois avec la prime sur les dividendes pour une partie des salariés du secteur privé. Non seulement une telle prime passe à côté de la priorité première de revaloriser l’ensemble des salaires, y compris ceux de la fonction publique, mais de surcroît fait aussi l’impasse sur le pouvoir d’achat des revenus de transfert (retraites, indemnités chômage, etc.). Bref, on l’aura bien compris, de la communication électoraliste et rien que cela !

Dans le cadre annuel ou trimestriel de la comptabilité nationale de l‘Insee, la statistique publique donne des évolutions de pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages (RDB, (1)). Bien qu’intéressantes, ces évolutions globales sont largement insuffisantes, car elles ne mettent pas en évidence les inégalités en la matière entre les différentes tranches de revenus (cf. l’article de Marie-Anne Kraft : «POUVOIR D'ACHAT : le scandale des chiffres !»). On comprend, dans ces conditions, le décalage entre l’affichage de gains de pouvoir d’achat pour l‘ensemble des ménages, y compris ces trois dernières années ( hausse de 1,2 % du pouvoir d‘achat du RDB des ménages en 2010, après 1,6 % lors de la récession de 2009 et 0,3 % en 2008), et la perception que chacun d’entre nous peut en avoir. Dans le contexte actuel d’une reprise de l’inflation avec l‘envolée des prix matières premières alimentaires et de l‘énergie, ce décalage que l’on peut mesurer à travers les enquêtes d’opinion ,est de plus en plus important.

Si chacun d’entre nous a une vision plus ou moins précise de l’évolution de son pouvoir d’achat, paradoxalement, pour la grande majorité des citoyens, le chiffrage de cette évolution relève du mystère. Je vous propose d'en lever le voile pour que vous puissiez par vos propres moyens calculer très simplement et rapidement l’évolution de votre pouvoir d’achat, en ayant une maîtrise élémentaire sur vos calculs. Commençons par une définition de base : le pouvoir d’achat d’une certaine somme monétaire (salaires, dividendes, intérêts, loyers, RDB,…., argent de poche pour nos plus jeunes,etc.) est la quantité de biens et services que l’individu détenteur de cette somme peut se procurer, compte tenu du niveau des prix observés à un moment donné (le «niveau général des prix»). Formellement, l’évolution du pouvoir d’achat en % est donc très simplement un taux de variation appliqué à cette quantité sur la période de temps étudiée. Elle dépend, dès lors, simultanément de l’évolution nominale du revenu pris en compte et de celle des prix (2). Si la définition est rigoureuse, il n’en demeure pas moins qu’ilne peut exister de mesure parfaite de l’évolution du pouvoir d’achat, car la construction d’un indicateur statistique lui aussi parfait de la variation du niveau des prix à la consommation des ménages est proprement impossible. Pour «approcher» l’évolution des prix, le plus simple est de composer avec les moyens disponibles offerts par la statistique publique, et donc d’utiliser l’indicateur synthétique de référence publié régulièrement par l‘Insee, celui de l’indice des prix à la consommation.Enfin, en partant de la définition formelle du pouvoir d’achat, on en déduit, pour le calcul concret de l’évolution du pouvoir d’achat, que le coefficient multiplicateur associé à cette évolution est égal au rapport entre le coefficient multiplicateur du revenu et celui des prix (3). Une fois ce coefficient multiplicateur calculé, on passe alors à la détermination du taux de variation par la relation arithmétique simple qui existe entre ces deux éléments (4).

Les calculettes sont-elles prêtes ?…..alors on y va !… vous souhaitez calculer le gain ou la perte de pouvoir d’achat en % de votre salaire net sur un an ? En première approche rapide, on peut raisonner en glissement annuel (comparaison des niveaux en fin d’année), mais une approche plus satisfaisante consiste à faire les calculs sur les moyennes (raisonnement dit «en moyenne annuelle» à partir de la moyenne calculée au cours des douze derniers mois). On se contentera de l’approche rapide pour la clarté de l'exposé : par exemple, votre salaire mensuel net est passé de 1300 euros à 1320 euros sur les douze derniers mois entre mars 2010 et mars 2011. Commencez par calculer le coefficient multiplicateur de votre salaire, soit 1,015 obtenu par (1320/1300) ; allez récupérer sur le site de l’Insee l’évolution de l’indice des prix à la consommation sur les douze derniers mois, soit une inflation de 2 % ( http://www.insee.fr/fr/indicateurs/ind29/20110413/IR_03_11.pdf; en déduire le coefficient multiplicateur associé à l’évolution des prix sur la période, soit 1,02 obtenu par (1+0,02) ; vous obtenez ensuite le coefficient multiplicateur associé à l’évolution du pouvoir d’achat de votre salaire net, soit 0,995 obtenu par (1,015/1,02)……pour enfin connaître le verdict final : (0,995 - 1) = - 0,005, soit une perte de pouvoir d’achat de 0,5 %. On peut faire beaucoup plus rapide, mais il faut savoir qu’il s’agit alors d’une méthode de calcul approchée, au demeurant très utile et satisfaisante pour des variations relatives en % de petit montant : variation en % du pouvoir d’achat du salaire = variation en % du salaire - variation en % de l’indice des prix. Dans notre exemple où les variations en % sont de faible montant, avec une progression de 1,5 % du salaire net et une hausse des prix à la consommation de 2 %, on retrouve bien le résultat précédent : (1,5 % - 2 % ) = - 0,5 %.

En approche plus sophistiquée (mais plus lourde !), il est bien évidemment plus judicieux de raisonner , non pas à partir de votre seul salaire net, mais de votre revenu disponible brut (RDB), et de prendre aussi en compte la structure de votre ménage (pour obtenir un revenu par unité de consommation (5)) ainsi que la part des dépenses «pré-engagées» (pour obtenir un revenu «arbitrable» (6)). Des sites vous proposent de faire les calculs à votre place pour cette version plus complète, mais comme on est toujours mieux servi que par soi-même, osez «taquiner» la calculette avec la version «soft» sur la base de votre rémunération principale, notamment pour des évolutions de moyenne période (par exemple, 2008-2010) ou de longue période( par exemple, sur les dix dernières années ou depuis le début des années 80) (7)……..si vous faîtes partie des fractions de revenus des plus faibles de la population, alors je crains fortement que la courbe représentant l’évolution de votre pouvoir d’achat diffère sensiblement vers le bas de celle du pouvoir d'achat du RDB de l’ensemble des ménages présentée dans le graphique ci-dessous. …..A vos calculettes ! 

 

Évolution du pouvoir d’achat du RDB de l’ensemble des ménages en France.

graph1_1.png

Lecture : l'évolution des prix correspond à celle de l'indice de prix de la dépense de la consommation finale. 

Source : Comptes nationaux - Base 2000. 

 

-----------------------------------------

(1) RDB = revenus bruts d’activité et de la propriété + revenus de transfert - prélèvements obligatoires.

(2) Si P désigne le niveau général des prix, le pouvoir d’achat du RDB est donc égal à RDB/P. L’évolution du pouvoir d’achat du RDB dépend donc des évolutions respectives du RDB et de P. On peut ainsi observer une baisse du pouvoir d’achat si le revenu augmente moins vite que les prix, et une hausse si le revenu diminue moins fortement que les prix. Et on peut aussi avoir une baisse du RDB et une augmentation des prix……Nos 8 millions de pauvres sont bien renseignés en la matière !

(3) Le coefficient multiplicateur (noté CM) associé à l’évolution relative d’une variable est le rapport entre la valeur observée de cette variable en fin de période étudiée (notée VA) et celle de début de période (notée VD) : CM = (VA/VD). Ainsi, par exemple, si votre salaire passe de 1500 euros à 1600 euros sur la période observée, le coefficient multiplicateur associé à l’évolution relative du salaire est de 1,067 (obtenu par 1600/1500).

(4) En notant TV le taux de variation, on établit alors la relation arithmétique suivante entre TV et CM : TV = (CM -1). Je rappelle que TV = (VA-VD)/VD.

(5) Pour tenir compte de la taille et de la composition du ménage, l’Insee mesure un revenu corrigé par unité de consommation (UC), en adoptant l’échelle internationale de référence de l’Ocde : 1 UC pour le premier adulte du ménage ; 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

(6) Le revenu arbitrable est le revenu hors dépenses dites «pré-engagées» définies comme les dépenses qui sont réalisées dans le cadre d'un contrat difficilement renégociable à court terme ( les dépenses liées au logement, à l’eau, au gaz, à l’électricité, aux assurances, aux services de télécommunications, etc.).

(7) La méthode est la même que sur une année, la seule complication préalable nouvelle est qu’il vous faut vous-même calculer le taux d’inflation sur toute la période étudiée à partir des glissements annuels ou des moyennes annuelles de l’indice des prix. Dans une perspective de comparaison avec le chiffrage de l'évolution du pouvoir d'achat du RDB de l'ensemble des ménages (cf. graphique ci-dessus), il est préférable de raisonner en moyenne annuelle et de prendre le déflateur utilisé par les comptables nationaux, à savoir l'indice de prix de la dépense de la consommation finale des ménages. Ainsi , si vous souhaitez faire un calcul sur la période 2008-2010, la variation des prix obtenue à partir de l'évolution de l’indice de prix de la dépense de la consommation finale ayant été pour les années 2008, 2009 et 2010 de respectivement + 2,9 %,  - 0,6 % et de + 1,2 %, vous obtenez un coefficient multiplicateur pour les prix de 1,035 (obtenu en faisant 1,029x0,994x1,012), soit un taux d’inflation de 3,5 % (1,035 - 1 = 0,035). Vous déroulez ensuite l’algorithme de calcul comme pour l’exemple à partir du salaire net pour obtenir le gain ou la perte de pouvoir d‘achat en % sur la période 2008-2010.….ou plus simplement par la méthode approchée, sauf si vous êtes PDG ou gros actionnaire d'une entreprise du CAC 40 !

 

Tous les commentaires

Euh... Je suis sacrément intéressée par la chose. Mais vous ne pouvez pas nous la refaire en version simplifiée, svp ? Je me suis accrochée, j'ai essayé de suivre, mais... J'ai décroché ! C'est dommage, parce que le sujet est diablement intéressant pour 90% des français.

Tonton Bernard Maris et les gens d'Alternatives économiques, sont nettement plus pédagogiques, pour la ménagère de plus de cinquante ans que je suis.

Annie, il est vrai que j’aurais pu faire plus simple (beaucoup plus compliqué aussi !….sourire…), mais l’arbitrage entre simplicité et rigueur n’est pas toujours aisé lorsqu‘il s‘agit d‘un sujet compliqué. Car, si la définition du pouvoir d’achat est simple, la question de sa «bonne» mesure n’est en revanche pas facile, et l’outil statistique, aussi sophistiqué puisse t’il être, ne connaît jamais la perfection. Pour vous, je vais reprendre les grandes lignes, en laissant sur le bord du chemin le plus compliqué.

Premier point, l’outil statistique global, bien que construit avec qualité et apportant une information utile (cf. graphique), est insuffisant. Il faut le perfectionner en envisageant notamment des statistiques d’évolutions de pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB) différenciées selon les tranches de revenus.

Deuxième point, la statistique globale officielle sur l‘évolution du pouvoir d‘achat, quelle que soit sa finesse dans son exercice de mesure, ne pourra jamais refléter fidèlement toutes les situations particulières. D’où l’intérêt d’être aussi capable «d’approcher» par ses propres calculs, l’évolution de son pouvoir d’achat, avec des instruments de «relative» bonne qualité (en l’occurrence les indices de prix publiés régulièrement) et une rigueur minimale dans les calculs. Dans ces conditions, même en s’imposant l’exigence de la simplicité absolue, il y a un minimum de technicité à acquérir, si l’on veut bien comprendre ce que l’on mesure.

Troisième point, comme pour une statistique macroéconomique, une statistique individuelle peut être plus ou moins élaborée. Concernant l’appréciation quantitative de l’évolution de son pouvoir d’achat, on peut faire très simple, comme plus sophistiqué, sachant qu’en la matière, la simplicité a un coût, c’est de perdre en précision dans la mesure de l‘objet étudié. Tout en restant simple, j’ai voulu aussi donner quelques clefs méthodologiques pour être plus autonome dans une gestion rigoureuse de ses calculs de variation, en rappelant notamment quelques «gestes techniques» de base. L’exposé aurait été, en effet, très allégé et certainement plus accessible, si je m’étais contenté d’énoncer qu’on pouvait approximer la variation du pouvoir d’achat de son revenu par la différence entre la variation de son revenu et celle des prix. Mais quel revenu ? En glissement ou en moyenne annuelle ? Par personne, par ménage ou par unité de consommation ? Et puisqu’il s’agit d’une approximation, quel est au demeurant le vrai mode de calcul rigoureux dont on a intérêt à mettre en œuvre dans certaines circonstances pour rester précis ?…..Je ne pouvais pas faire l’impasse sur ces considérations méthodologiques sans passer à côté de mon souci premier d’essayer de faire, certes, dans la clarté simplificatrice pour intéresser le public le plus large possible, mais aussi dans la rigueur.

Quatrième point, je reviens sur les calculs proprement dits. Si vous souhaitez, facilement et rapidement, apprécier sur un an, l’évolution de votre pouvoir d’achat, commencez par calculer celui de votre salaire net mensuel en glissement, comme dans mon exemple de mars 2010 à mars 2011. Vous utilisez alors l’indice des prix à la consommation qui est connu mois par mois : vous trouvez sur le site de l’Insee le glissement des prix sur les douze derniers mois….à comparer avec l’évolution en % de votre salaire sur les douze mêmes derniers mois, en appliquant la formule approchée. (Exemple : avec une hausse de votre salaire net de 0,2 % sur un an et une augmentation des prix de 1,5 %, le pouvoir d’achat de votre salaire a baissé de - 1,3 %, car - 1,3 % = 0,2 % - 1,5 %).

Sur une période plus longue (par exemple, la période 2002-2010), toujours dans une version «légère», raisonnez sur votre salaire net, mais par contre, cette fois, sur votre salaire mensuel net moyen au cours de l‘année. A partir de votre salaire mensuel net moyen en 2001 et de celui de 2010, calculez la variation en % sur la période de votre salaire. Pour l’évolution des prix, entre l’indice des prix à la consommation et l’indice de prix de la dépense de la consommation finale des ménages, de préférence, on retiendra le second, plus pertinent du point de vue du calcul de l’évolution du pouvoir d’achat, surtout si vous raisonnez sur votre revenu disponible brut. Comme pour l’indice des prix à la consommation, vous trouverez les données sur le site de l’Insee (1) : à partir des évolutions annuelles disponibles, vous calculez alors l’inflation sur la période pour obtenir une hausse des prix de 15,0 % (2). Vous faîtes ensuite la différence entre la variation en % de votre salaire et 15,0 %, pour ainsi obtenir le gain ou la perte de pouvoir d’achat de votre salaire net sur la période 2002-2010. Il est bien évidemment possible d‘affiner les choses, avec un peu plus de calculs : raisonner sur le revenu disponible brut, ne pas appliquer la formule approchée mais adopter le bon mode de calcul (comme dans l’exemple de mon billet), etc...

______________________________________________

(1) http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/tableau.asp?id=1.303p

Avec ce lien, la série s’arrête en 2009. Pour l’évolution des prix en 2010 mesurée avec cet indice, il faut se reporter à la note de conjoncture de mars 2011 qui donne une hausse de 1,2 %.

(2) Attention, l’addition des taux d’inflation annuels n’est pas le bon calcul. En effet, le bon calcul vous oblige à passer par le coefficient multiplicateur et utiliser la relation entre le coefficient multiplicateur et le taux de variation, comme dans l’exemple de l’article en note (7) et avec les définitions arithmétiques rappelées en (3) et (4)…….soit donc :

(1+0,011)x(1,018)x(1,018)………..x(1-0,006)x(1+0,012) = 1,150

D’où TV = (1,150-1) = 0,150 = 15,0 %

En additionnant les évolutions annuelles, vous trouvez une inflation sur la période de 14,1 %, soit une erreur de 0,9 point par rapport au résultat obtenu par la bonne méthode de calcul. Si vous comprenez bien celle-ci, je vous conseille donc de l'adopter, sinon contentez-vous d’additionner les taux annuels, tout en sachant qu’il y a un écart avec le bon résultat (écart qui est d’autant plus fort que la période est longue et que les chiffres sont élevés)…….simplicité et rigueur !

Heu moi je fais pas tant de calculs savants :

Avant l'EURO, tu avais une climatisation pour 1F de plus sur une bagnole

maintenant c'est pour 1€ de plus

RESULTAT:

si je sais bien compter cela fait 6,55957 fois plus cher alors

CEUX qui disent que l'EURO a fait baisser les prix nous font bien marrer et tout le monde aura pu constater effectivement une augmentation de son pouvoir d'achat depuis le passage à l'EURO

sauf mon salaire qui n'a pas suivi!!!!

 

En 2012 un bon coup de TORCHON

 

VOTEZ MELANCHON

bon outil qui vaut bien un pdf...j'attends

.

Newsletter
Je m'identifie