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La monétisation des dettes publiques en Europe….du conjoncturel et sous conditions…..

Je vous propose une petite valse à quatre temps.......

 

 Premier point, dans le contexte actuel de la crise des dettes souveraines en Europe, l'option de l'austérité budgétaire qui a été adoptée par nos gouvernants n'est porteuse que de chômage supplémentaire et d'aggravation de la situation des inégalités économiques et sociales......et cela à court terme, comme à un horizon plus éloigné.....et probablement, en final, sans avoir réellement solutionné le problème de la dette publique.Même s'il ne s'agit pas d'une solution structurelle à la sortie de crise, la monétisation d'une partie des titres de dette publique par la Banque centrale européenne (BCE) sur le marché obligataire secondaire, décidée le 9 mai 2010, permet d'alléger la " contrainte budgétaire " et de ce point de vue de freiner les " élans à la rigueur " de nos dirigeants. Pour autant,les solutions structurelles à la sortie de crise sont ailleurs, et l'une d'entre elles consiste en une réforme en profondeur du système bancaire et de la finance internationale.....réforme animée par l'objectif de contrôle et de régulation par les États de la sphère bancaire et financière pour la mettre au seul service de l'économie réelle. 

Deuxième point, en achetant sur le marché secondaire des obligations d'État, au total pour un peu plus de 60 milliards d'euros depuis mai 2010, la BCE ne fait qu'appliquer des instruments largement utilisés par la Réserve fédérale américaine (la Fed) ou les autres grandes banques centrales que sont la Banque d'Angleterre ou la Banque du Japon.Et des instruments qui ont toujours montré leur efficacité conjoncturelle dans un contexte de crise, en termes de dynamisation du rythme de la croissance économique et de progression induite des rentrées fiscales pour les comptes publics........et que cela n'en déplaise aux économistes néo-libéraux ! A notre bon souvenir : la grande dépression des années 30, et plus proche de nous, la crise japonaise des années 90.....deux grandes crises où les opérations massives des banques centrales de monétisation ont joué un rôle déterminant pour sortir de la déflation. Deux différences importantes sont toutefois à noter au niveau de cette pratique de la politique monétaire : alors qu'aux États-Unis, au Japon et en Angleterre, la Banque centrale peut directement acheter des titres publics à l'État ( la technique du " quantitative easing ".....la fameuse " planche à billets "), le traité de Maastricht (article 104) et le traité de Lisbonne ( article 123) ne permettent pas à la BCE de le faire. On a donc bien compris que la monétisation décidée à partir de mai 2010 par la BCE ne se fait qu'indirectement, via le marché secondaire des obligations. Par ailleurs, la BCE, toujours prisonnière de " l'obsession monétariste ", s'est engagée à retirer un montant équivalent de liquidités sur le marché monétaire pour neutraliser l'effet inflationniste de ses interventions en matière d‘achats de titres publics.

Troisième point, outre l'efficacité conjoncturelle de ce type de politique monétaire,les tensions inflationnistes pouvant en résulter n'ont jamais validé les " fantasmes inflationnistes monétaristes ",dont le plus extravagant d'entre eux, est celui de la version friedmanienne de la théorie quantitative de la monnaie : tout accroissement de la masse monétaire, en particulier par un financement monétaire du déficit budgétaire, se traduirait inévitablement par une hausse strictement proportionnelle du niveau général des prix. Qu'en est-il exactement depuis mai 2010 sur le front de la croissance de la masse monétaire et de l'inflation en Europe ? D'après les dernières statistiques disponibles de l'Office statistique de l'Union européenne (cf. le site d'Eurostat) et de la BCE (cf. dernier bulletin mensuel, septembre 2010), la progression du niveau de la masse monétaire dans la zone euro reste faible ( 0,2 % en rythme annuel pour l'agrégat M3 en juillet 2010). Quant à l'inflation, aucun signe d'accélération n'est à constater : avec un rythme annuel de 1,6 % en août 2010 dans la zone euro, on est toujours sur le même rythme de hausse que celui constaté en mai 2010 avant les interventions de la BCE. Bref, les interventions de monétisation de la BCE depuis mai 2010 n'ont eu pour le moment aucun impact sur la croissance modérée des prix en Europe.....et une croissance modérée des prix qui laisse des marges de manœuvre pour un activisme monétaire et budgétaire en matière de politique économique en Europe......aux antipodes des plans d'austérité décidés ! Et cela, d'autant plus, que les taux d'utilisation  des capacités de production en Europe sont suffisamment faibles pour envisager des effets multiplicateurs vertueux d'une stimulation monétaire et budgétaire !! 

Quatrième et dernier point : et même si un recours accru à la monétisation des dettes publiques en Europe, mené conjointement à un abandon des plans d'austérité, peut se traduire par une accélération modérée du rythme de l‘inflation,parallèlement à une croissance économique accrue, ce choix   n'en serait pas moins toujours une solution conjoncturelle justifiable......Mais à une condition élémentaire de taille: que la mise en œuvre d'une politique des revenus garantisse, en dépit d'un surplus éventuel d'inflation, une croissance du pouvoir d'achat des salaires, en particulier et surtout des catégories de travailleurs les plus modestes......croissance qui tournerait le dos à près de trente ans de " déflation salariale " dont on sait que la justification par rapport à l‘exigence d'une compétitivité vis-à-vis des pays émergents est de moins en moins recevable !

 

 

 

 

 

Tous les commentaires

27/09/2010, 18:09 | Par salluste

Je pense Yves que vous ne comptez par l'inflation pour ce qu'elle est aujourd'hui.

Les prix auraient du baisser massivement dans l'immobilier dans les biens et les services, le prix du travail lui même aurait du baisser davantage...

Les prix du marché immobilier des matières premières des obligation sont des prix induit par une forte inflation.

La BCE a une politique inflationniste elle tentera de l'arrêter lorsqu'elle verra des tensions sur les prix qui seraient montés au dessus des prix antérieurs. Autrement lorsque le public auquel on enseigne la peur de la déflation sentira l'apparition d'une vraie inflation. A ce moment là je pense qu'il sera déjà trop tard et on aura une vague d'inflation rapide et violente, elle a déjà commencé à apparaître en Chine et en Inde.

Cordialement Salluste

20/02/2011, 09:48 | Par Yves Besançon

 

Il n'existe pas d'indicateur statistique parfait du niveau général des prix et de son évolution, et la complexité des techniques et des procédures statistiques en la matière n'arrivera jamais à bout de la difficulté extrême à mesurer les prix. L'essentiel est d'avoir des instruments "cohérents" et de pouvoir en cas de changement d' outils rétropoler les séries chronologiques. De ce point de vue là, les instruments de l'Insee et d'Eurostat , bien qu'imparfaits, sont fiables et transparents (vous pouvez accéder à la méthodologie de construction de ces instruments statistiques ). La variation des indices de prix disponibles permet donc d'avoir une lecture satisfaisante des tendances d'évolution et de mener à bien l'étude des impacts inflationnistes à court et long termes des politiques économiques. Eu égard à l'observation du passé, depuis la crise de 1929, les enseignements sont clairs : les politiques monétaires expansionnistes de sortie de crise, tout en ayant un effet-prix inévitable à la hausse, ont eu aussi un effet positif sur le volume de l'activité et de l'emploi. Et encore une fois, un peu plus d'inflation n'est pas un problème dès l'instant que les politiques salariales des entreprises et des revenus des pouvoirs publics assurent une croissance des salaires nominaux supérieure au rythme de l'inflation pour que le pouvoir d'achat croisse (le schéma des 30 glorieuses !). Par ailleurs, l'inflation diminue la valeur réelle de la dette publique.....ça tombe bien !........et tant pis, pour un temps, pour les rentiers des intérêts de la dette publique......

Cordialement.

27/09/2010, 22:05 | Par salluste

Notre système de statistique est très bon mis à part les facteurs hédonistes que je trouve très douteux. Ceci étant le problème n'est pas là: ces systèmes ont été construits pour mesurer une inflation Keynésienne classique. Ils sont désarmés pour tenir compte des effets de l'inflation sur la valorisation des actifs. Hors le prix des actifs est le terrain de jeux essentiel du dérèglement inflationniste dans notre monde à nous. Nos indices sont comme la ligne maginot en son temps perfectionnés fiables et bien conçus. Seul problème, ils ne servent à rien, du moins pour l'objet qui nous occupe. Pour connaître le niveau d'inflation il faut regarder le prix des obligations et celui de l'immobilier voir l'envolée de certaine devise de l'ex tiers monde. Pour ma part je ne prête pas d'attention particulière aux chiffres de l'INSEE. A mes yeux le meilleur indicateur de l'inflation n'a pas besoin d'une armée de fonctionnaires pour être calculé le marché nous l'offre c'est le cour de l'Or. Et lui il nous dit que l'inflation est là, partout, lorsqu'il baissera je vous dirai que l'inflation aussi .

La difficulté de l'exercice entrepris tient à ce que personne à ma connaissance n'est capable de dire lorsque l'inflation par les actifs qui est très forte sur les 20 dernières années aura un impact sur le niveau des prix que l'on a coutume de calculer. Au surplus les banquiers centraux des années vingt ont essayé de lutter contre l'inflation et la déflation par des moyens équivalents on connaît le résultat.

Bien sûr l'inflation panse bien des plaies, réelles ou imaginaires, bien sûr la "création" actuelle ne vise qu'à équilibrer les destructions de monnaie dans le cycle de crédit. Ce que je discutais ce n'est pas le bien fondé de cette politique. C'est que l'on puisse discuter du fait qu'elle soit inflationniste par nature, je pense que c'est indiscutable sur le plan théorique comme en pratique.

Combien vaudrait une obligation grecque si Jean Claude n'achetait ce papier sans valeur à sa valeur d'émission ? Pas grand chose !

Combien vaudrait un appartement à Paris si l'Etat n'avait supplée à l'écrasement du crédit privé par un enflement de la dette publique ?

Enfin je vous signale que chez Keynes l'objectif de la politique inflationniste en elle même est de faire baisser le salaire réel. Les politiques de salaires ne servent à rien pour faire monter les salaires ce qui permet l'élévation du salaire net c'est la hausse de la productivité, le reste tient de la médaille en chocolat.

 

Cordialement Salluste

PS: j'aime la polémique ! Mais je ne la pratique que lorsque j'estime la qualité du travail que je critique.

 

20/02/2011, 09:52 | Par Yves Besançon

J'apprécie aussi la polémique, mais il y a des terrains où il faut être dans la restitution de la pensée théorique d'un auteur avant d'être dans la polémique. Permettez-moi de vous reprendre sur l'analyse keynésienne : l'anayse de Keynes et le modèle IS-LM qui la complète sont des modèles à prix fixes : les effets multiplicateurs sur le volume de l'activité n'envisagent pas l'impact inflationniste. Ce sont des modèles beaucoup plus complexes développés par la suite qui permettent de modéliser à la fois l'effet-prix et l'effet-volume, tout à fait compatibles avec une hausse du salaire réel et du progrès technique !.......et pleinement validés empiriquement par les 30 glorieuses.

La hausse de la production induite par une baisse du salaire réel (suite à une hausse des prix ou une baisse du salaire nominal) en période chômage.....et une baisse du salaire réel nécessaire compte tenu de la baisse de la productivité marginale du capital....voilà qui nous emmène au pays de la théorie néoclassique, celle-là même que Keynes remet en cause dans les années 30.

Enfin, concernant les liens entre salaire réel et productivité, il est clair que les gains de productivité permettent une hausse du salaire réel, et à ce propos, la productivité du travail continue d'augmenter ces 30 dernières années, même si sa croissance se ralentit ; mais, on constate aussi que la hausse du salaire réel provoque des effets vertueux en retour sur la productivité, constat confirmant au passage quelques aspects de bon sens de la théorie du salaire d'efficience.

Cordialement.

 

 

28/09/2010, 17:26 | Par salluste

Le modèle ISLM ne marche pas sur le plan théorique à moins de croire que Jésus multiplie les pains. Il y a beaucoup d'autres façons d'expliquer empiriquement l'élan productif des trentes glorieuses.

1) Une croissance démographique sans précédant en France qui permet de passer de nouvelles frontières en matière d'économies d'échelles. (aujourd'hui nous somme sur un déclin relatif)

2) Une concentration accélérée des grands secteurs industriels du fait de l'action de l'Etat. (aujourd'hui ces secteurs se concentrent à une échelle supérieur)

3) Des salaires réels extrêmement bas partout en Europe par rapport à la productivité (aujourd'hui ils sont trop haut il suffit de lire les chiffres du chômage pour le comprendre)

4) La conséquence logique de salaires bas est un taux d'investissement élevé.

(il n'a cessé de baisser depuis les années 50)

5) La politique monétaire fonctionnelle dans un sens Keynésien car elle imposait un effort supplémentaire à l'impôt mais orienté vers l'investissement. C'est de cette façon qu'était menée la politique industrielle de la France.

(aujourd'hui la création monétaire alimente le bilan des banques et la valorisation des actifs)

Si vous cherchez des évidences empiriques tous ces facteurs me semblent bien plus concluant que l'application du modèle ISLM qui fait curieux a continué à être appliqué sans succès lorsque les facteurs que je viens de citer ont disparu. Sur le terrain empirique je tiens à souligner que l'URSS a réalisé de très importants progrès en raison de ces facteurs et sans utiliser le modèle ISLM.

Pour ma part j'aime bien Keynes mais je pense qu'il aurait du prendre sur lui d'expliquer à ses lecteurs qu'il n'était pas économiste, c'est un grand fonctionnaire un financier talentueux qui a écrit des recettes d'administration de l'économie. En somme c'est un homme qui a fait de l'économie-politique, voir de la sociologie lorsqu'il traite des rapports au salaire mais sans le dire. Et ce que le Keynes des années trente souhaitait c'était de l'inflation, beaucoup d'inflation. Après la guerre on peut noter qu'il a essayé d'établir le système monétaire international sur des bases beaucoup plus rigoureuses.

Comme le disait Hayek qui le connaissait bien "ce n'est pas la peine de lire Keynes si l'on veut travailler la théorie, lui même le sait bien"

A bientôt ;)

 

28/09/2010, 18:53 | Par AA Bradley

Mais ne prétendent-ils pas régler tous les problèmes de dettes et de déficits par la seule réduction des dépenses et sans jamais prononcer le mot recettes qui signifierait une reprise de l'activité ? C'est bien la preuve qu'ils n'envisagent nullement le règlement du chômage de masse et qu'ils considèrent d'ores et déjà celui-ci comme un fait institué destiné à s'aggraver encore et à devenir pérenne.

Cordialement.

28/09/2010, 18:59 | Par salluste en réponse au commentaire de AA Bradley le 28/09/2010 à 18:53

Je vous rejoins à 100%. A mon sens il y deux solutions l'inflation keynésienne ou non (je préfère la keynésienne avec un ministère des finances musclé) et le défaut ( j'aime bien l'idée c'est plus saignant il y a des bagarres dans les rues).

28/09/2010, 19:32 | Par Yves Besançon

Cher Salluste, je n'ai jamais dit que le modèle IS-LM expliquait les 30 glorieuses......Heureusement loin de moi une telle idée....surtout pour mes élèves ! Je relevais simplement une contradiction dans votre raisonnement qui consistait à faire dire à Keynes que le multiplicateur keynésien débouche sur une hausse de l'activité économique par la baisse du salaire réel....ce qui n'est pas exact dans la mesure où la théorie du multiplicateur et la version standart keynésienne IS-LM raisonnent à prix fixes.

Je vous rejoins sur la nécessité de croiser les dimensions démographique, sociologique, économique et politique pour analyser la croissance et le développement économique.....les modèles macroéconomiques issus de la théorie ne pouvant remplacer cette indispensable approche pluridisciplinaire.

Me concernant, ayant lu plusieurs fois la théorie générale de Keynes, je vois en l'homme un grand économiste, et n'en déplaise à Hayek, c'est comme cela que je le présente à mes élèves et à mes étudiants......tout en leur faisant comprendre que reconnaissance ne signifie pas pleine adhésion......

___________________________________

Cher Adrien, la théorie du multiplicateur keynésien montre, sous certaines hypothèses, qu'une augmentation du déficit budgétaire se traduit par un accroissement plus que proportionnel du PIB en volume....d'où une baisse du chômage si les entreprises ont des capacités de production inutilisées. Cette progression du déficit budgétaire peut se faire par une hausse des dépenses publiques et/ou une baisse des impôts...

 

Cordialement à vous deux.

28/09/2010, 23:03 | Par salluste

Je pense que c'est précisément le raisonnement à prix fixe qui est très critiquable, mais bon vous connaissez mon orientation théorique donc vous ne serez pas surpris. Restons en là pour l'instant j'attends la suite.

Bonne soirée.

29/09/2010, 09:36 | Par AA Bradley

Cher Yves Besançon,

Je n'en pense pas moins (hors sujet, peut-être), que le problème à l'origine de la situation actuelle (qui ne demande qu'à se dégrader toujours plus pour l'ensemble des salariés: 40 Mds d'€ d'éco. à réaliser sur 2011 et autant en 2012 sous les pressions conjuguées des marchés (Moody's en tête, merci A. Smith) et de Berlin (merci l'Europe)) se situe purement et simplement dans le mode capitaliste de répartition des richesses.

Il suffirait de remettre bon ordre dans ce secteur où actuellement les actionnaires se partagent à eux seuls la totalité du gâteau engendré par les plus-values (produites par des ouvriers de moins en moins nombreux car remplacés par des machines de plus en plus performantes), les salariés productifs devant se contenter, coûts de fonctionnement de l'entreprise obligent, d'un salaire forfaitaire de plus en plus réduit.

Les supposées vertus de ce que j'appelle des mesurettes économiques telles que le multiplicateur de Keynes ne sont pour moi que de la poudre de perlimpimpin jetée aux yeux de ceux qu'on veut continuer à spolier allègrement du fruit du seul travail utile à la société: le travail créateur de richesses.

Hors ça, point de salut et en route (en TGV de 1ère classe) pour l'asservissement de la classe ouvrière !

Cordialement.

29/09/2010, 13:10 | Par salluste en réponse au commentaire de AA Bradley le 29/09/2010 à 09:36

Les charges sociales et l'impôt sont les deux premières sources de coûts pour le travailleur. Moralité: il n'y a pas pire ennemi pour lui que ceux qui prétendent le protéger.

29/09/2010, 16:20 | Par AA Bradley en réponse au commentaire de salluste le 29/09/2010 à 13:10

@ Salluste,

On peut considérer les charges sociales et patronales comme faisant partie du salaire forfaitaire du salarié. Ce salaire faisant lui-même partie des coûts de fonctionnement de l'entreprise.

Ce salaire, en tant que coût de fonctionnement, la bonne gestion capitaliste tend à le réduire au minimum sans chercher (et c'est là l'un des caractères le plus pervers du système) à distinguer à quelle part de l'humain ou du matériel ce coût de fonctionnement est rattaché.

Quant à l'impôt qu'on limite alors que les profits, totalement accaparés par les actionnaires, ne cessent de grimper avec des gains de productivité considérables d'un côté et la baisse constante du coût de la main d'oeuvre de l'autre, c'est tout simplement la preuve que le système est complètement détraqué.

L'impôt jouant le même rôle que le circuit de lubrification dans un moteur, si on retient la partie de l'argent destinée à alimenter les dispositifs de régulation sociale, on risque fort de tout cramer.

Cordialement.

30/09/2010, 02:49 | Par salluste en réponse au commentaire de AA Bradley le 29/09/2010 à 16:20

Le coût de la main d'oeuvre monte à travers le monde à toute vitesse, tout comme la productivité d'ailleurs. Le SMIC a été augmenté de 50% dans certaines régions de Chine, ailleurs dans le monde de tel phénomènes se produisent, jusqu'en Indonésie, au Bangladesh. Les bénéfices fait en occident servent à permettre la croissance du tiers-monde. Air-Liquide investit son argent en Asie, France Telecom construit des réseaux en Afrique Peugeot et Renault font croître la production partout en dehors d’Europe, les dividendes ne disparaissent pas dans d'obscures trous ils apparaissent partout dans le monde sous forme d'usines et de travail, lequel est de mieux en mieux rémunéré. La production globale n'a jamais augmenté aussi vite dans l'histoire du monde et contrairement à ce que l'on entends répété jusqu'à la nausée les conditions de vie des vrais pauvres ceux de Bombay et de Lagos commencent enfin à s'améliorer.

Si cette crise a des effets positifs c'est d'ailleurs sur ce terrain, le tiers monde va pouvoir commencer à bénéficier de ce qu'il produit et lorsque nous aurons fait banqueroute ce qui va arriver dans les dix ans, une part encore supplémentaire sera disponible pour toutes les couches laborieuses du monde. Pour ma part je consent volontiers à ce transfert de richesse que le capitalisme est en train de réaliser.

Je ne vois pas ce qui peut vous déranger là dedans n'est-il pas juste que les conditions de vies des plus démunies s'améliorent et que les nôtres baissent momentanément (après tout ce n'est que l'histoire d'une génération). Pensez-vous qu'un leader maximo socialiste ne nous tondrait pas comme des moutons bien plus durement pour payer au tiers monde ce dont-il a besoin ? En tous les cas moi à sa place je n'hésiterai pas une seconde.

Quand au salaire différé il faut être un jeune retraité pour y croire, les chances des moins de 50 ans de profiter de leur précieux "salaire différé" sont voisines de 0. L'effondrement du système de salaire différé russe devrait avoir ouvert le yeux lorsque des engagements disproportionnés sont pris ils ne sont pas honorés. La France a fait en moyenne une faillite par siècle depuis le XVIème toujours en butant sur le même problème, les politiques font des promesses pour être élus où tenir le pouvoir et la cour et parfois ils ont la bêtise, la faiblesse de les tenir.

30/09/2010, 08:43 | Par pmabéché en réponse au commentaire de salluste le 30/09/2010 à 02:49

+0,75

+1 pour l'humour

+2 pour le mettre ici

30/09/2010, 09:22 | Par AA Bradley en réponse au commentaire de salluste le 30/09/2010 à 02:49

@ Salluste,

D'un point de vue purement logique, votre raisonnement pourrait tenir. Les délocalisations réalisées à tour de bras dans les pays où le coût de la main d'oeuvre est bas pouvant passer pour de l'altruisme.

Or c'est prêter au capitalisme une qualité dont il est totalement dépourvu, son principal défaut étant l'égoïsme. Défaut fondateur de son système économique dont je me permets de vous rappeler quelques uns des principes sur lesquels il repose: "L'homme est un loup pour l'homme.";"Les inégalités sont le moteur de l'économie.";"L'artisan ne travaille bien que par appât du gain." (selon l'idée d'A. Smith).

Si amélioration du revenu des couches laborieuses il y a, dans les pays où l'industriel choisit de s'implanter par seul souci de faire davantage de profit sur le dos des travailleurs, c'est uniquement par la force des choses. Mais l'industriel qui délocalise s'est-il soucié un seul instant de laisser sur le carreau des centaines, des milliers de ses concitoyens ?

Voilà donc écartée l'éventualité d'une quelconque volonté d'aller faire le bien et d'éradiquer la misère du monde de la part du capitalisme. C'est tout simplement une question de course au pognon, de concurrence effrénée et de profiter de l'aubaine. Même un effet positif purement mécanique ne peut être que minimal et reste cantonné au domaine de l'épiphénomène.

Cordialement.

30/09/2010, 14:23 | Par salluste en réponse au commentaire de AA Bradley le 30/09/2010 à 09:22

La pluie n'a aucune intention de faire vivre le cultivateur elle est la pluie. La mécanique globale du capitalisme est le fondement de la société occidentale depuis la renaissance, elle est aujourd'hui celui du monde. Celui-ci deviendrait-il subitement socialiste que cela ne changerait que les formes du processus, pas le fond: l’accumulation du capital, la spécialisation et la hausse de la productivité.

Tenir pour épiphénomène l'enrichissement prodigieux des masses à travers le monde depuis vingt ans me semble très discutable, aller lire les statistiques sur la durée de vie sur l'aphabétisation et sur la disponibilité des produits de base, le trend manifeste est celui de l'amélioration considérable des petites gens du Brésil à L'Inde en passant par l'Iran.

La construction de notre capitalisme financier néo-libérale est profondément défectueuse c'est un fait évident que de récents évènements soulignent. Mais Hayek avait avertit à la fin de sa vie que le chemin pris en matière monétaire serait la source de bien des maux.

Le capitalisme d'Etat Keynésien ne générait pas de contradictions internes aussi fortes que le système actuel mais ce sont les citoyens d'Europe qui l'on rejeté lorsqu'ils ont constaté que ce système devenait incapable de générer les 3% de croissance auxquels ils s'étaient accoutumés.

Bien à vous

30/09/2010, 16:59 | Par AA Bradley en réponse au commentaire de salluste le 30/09/2010 à 14:23

Cher salluste,

Je vous vois venir avec votre pluie fertilisatrice et vous n'êtes sûrement pas loin de me dire que le capitalisme est à l'image de la nature et que c'est la loi du plus fort qui s'y applique. A quoi je vous réponds tout de suite que l'homme possède une petite chose de plus que les animaux, qui s'appelle une conscience. Ce n'est donc pas sa vocation, à l'homme, de se comporter comme un loup ou un requin ni même comme un renard ou un chacal et que c'est même totalement contre-nature.

Je ne suis nullement un théoricien, ni en économie ni en quoi que ce soit d'autre. Seulement, comme vous-même et beaucoup d'autres, je constate, à mes dépends en ce qui me concerne, que tout cela ne tourne plus rond du tout et j'essaie de comprendre pourquoi. Et ma conviction est que nous sommes engagés dans un processus qui ne me dit rien de bon et auquel j'espère encore pouvoir échapper. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

Je crois qu'il ne faudrait d'ailleurs pas modifier grand'chose pour retrouver le cours paisible des évènements que j'ai connu à une certaine époque et mettre fin à toute cette folie. Simplement veiller à réduire les considérables injustices qui s'opèrent dans le mode de répartition des richesses, peut-être ? C'est du moins ce que je pense.

Cordialement.

29/09/2010, 18:37 | Par Yves Besançon

Adrien, entièrement d'accord avec vous sur un point fondamental : l'un des problèmes majeurs est bien celui de la répartition des richesses au sein de chaque économie nationale, et entre les pays riches et les pays du Tiers monde.....et il va de plus en plus se poser avec une inévitable décroissance à moyen et long terme.......puisque, dans un tel contexte, l'amélioration du bien être de tous ne pourra passer que par une répartition plus juste des richesses......Bref, une décroissance heureuse !!.....si volonté politique, il y a bien sûr ! Pour autant, à court terme, le multiplicateur keynésien n'est pas mort, et c'était l'objet de ma réponse : la réduction des déficits publics n'est pas justifiée, et de surcroît, elle peut aussi se faire, non pas par une diminution des dépenses publiques comme l'option actuellement envisagée, mais par une hausse des impôts.....et une hausse des impôts bien évidemment supportée par les fractions les plus aisées ( suppression du bouclier fiscal, relèvement signifiacatif de la dernière tranche d'imposition, etc.)......et à nouveau, si volonté politique il y a !

Salluste, je vous rejoins sur les travers du capitalisme financier et actionnariale : il pèse sur les salaires et sur la fiscalité du capital !!.......dur, dur pour les travailleurs et le financement de l'Etat-providence....

Cordialement.

 

30/09/2010, 00:42 | Par pmabéché

parcouru

30/09/2010, 09:24 | Par AA Bradley en réponse au commentaire de pmabéché le 30/09/2010 à 00:42

Vous nous faites beaucoup trop d'honneur !

01/10/2010, 09:10 | Par Yves Besançon

Chers amis, nous avons l'honneur de recevoir à la table de nos conversations, l'obsessionnel de service de la petite provocation minable et médiocre. Il ne pouvait pas si mieux se présenter à nous, que par la profondeur subtile de son commentaire " parcouru " ......sourire.... Il ne faut pas lui en vouloir, c'est pathologique : au cours d'un échange dans le cadre de l‘article "Crise : les économistes atterrés se rassemblent le 9 octobre" , il nous a déjà confié, à nous abonnés, qu'il avait un problème avec les professeurs, puis les économistes,.....mais surtout, vous l'avez très bien compris, avec lui-même. Et bien sûr, un problème non résolu, ...J'avais émis quelque espoir au cours de cet échange qu'il se soigne en s‘imprégnant notamment de bonnes lectures, pour son plus grand bonheur...mais aussi le nôtre.....Désolé les amis, espoir déçu ! Mais que cela ne nous empêche pas de poursuivre nos échanges.

01/10/2010, 09:22 | Par AA Bradley en réponse au commentaire de Yves Besançon le 01/10/2010 à 09:10

Très cher Yves et Salluste,

Voici un petit extrait de ma Newletter d'Orange en provenance du BIT et susceptible d'alimenter le cours de vos réflexions:

z.gif?APP=ACTU&acces=all&timeTotal=4707

AFP - 01/10/2010 à 00:26

Les gros nuages sur le chômage mondial menacent le climat social (BIT)Les programmes d'austérité mis en place ces derniers mois par les pays ont accéléré en 2010 un chômage mondial déjà rampant, qui ne devrait retrouver son niveau d'avant crise qu'en 2015, faisant planer une menace de crise sociale, prévient un rapport du BIT publié jeudi. Très cordialement.

31/10/2010, 22:23 | Par Yves Besançon

..................Merci à vous Adrien : voilà une analyse, que par nos échanges, nous avons pu en montrer toute la pertinence. Nous devrions envoyer au BIT le contenu de ces échanges....sans droits d'auteur, bien sûr.....juste pour le plaisir de faire progresser le bon sens...

Cordialement.

01/11/2011, 09:16 | Par Vivre est un village

Quatrième et dernier point : et même si un recours accru à la monétisation des dettes publiques en Europe, mené conjointement à un abandon des plans d'austérité, peut se traduire par une accélération modérée du rythme de l‘inflation, parallèlement à une croissance économique accrue, ce choix n'en serait pas moins toujours une solution conjoncturelle justifiable......Mais à une condition élémentaire de taille : que la mise en œuvre d'une politique des revenus garantisse, en dépit d'un surplus éventuel d'inflation, une croissance du pouvoir d'achat des salaires, en particulier et surtout des catégories de travailleurs les plus modestes......croissance qui tournerait le dos à près de trente ans de " déflation salariale " dont on sait que la justification par rapport à l‘exigence d'une compétitivité vis-à-vis des pays émergents est de moins en moins recevable !

@ Yves Besançon

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