Un jeu de casino autour de la faillite de la Grece
Je me suis toujours demandé comment s'y prenaient les spéculateurs pour tirer profit de la dette grecque. J'ai fini par comprendre, et j'aimerais partager ma perception des choses car il m'a fallu un certain temps pour en comprendre le mecanisme.
Je ne m'attarderai pas sur les magouilles du gouvernement grec, je trouve tout simplement curieux qu'on ait pu lire sur le New York Times un article qui s'intitulait « Comment Goldman Sachs a aidé la Grèce à falsifier ses comptes » et que ni G.S.ni les responsables grecs n'en ont été inquiétés. Dans un état de droit, une falsification des comptes implique une sanction, mais apparemment quand il s'agit de G.S. ou de plénipotentiaires grecs cela semble faire partie de la normalité ambiante. Je remarquerai en passant que des responsables islandais sont actuellement en prison pour avoir provoqué la faillite du pays, ce qui à mes yeux donne un peu plus de crédibilité à l'Islande concernant sa demande de rentrée dans l'euro. Je ne m'attarderai pas non plus sur l'incurie des élus grecs qui, grâce à l'euro et à des taux extrêmement faibles au départ, ont pu endetter le pays de manière astronomique...
Pour entrer dans le vif du sujet, suite à la volonté allemande de réduire la dette grecque en faisant payer les banques, et grâce aussi au ralliement de Sarko à cette idée, une volonté de réduction de 30%, voire maintenant 50%, a fini par rallier l'assentiment des pays européens, sur base d'un accord « volontaire » de la reduction de la dette. Ce dernier point est fondamental, et pas encore atteint. En fait, l'accord devrait etre conclu avant Mars, puisque les Grecs ont besoin d'un refinancement de 14,8 Mrds pour cette date, sans quoi le pays tombe en defaut de paiement.
Sur un total de 355 Mrds, la troika (FMI, BCE et EU) ont acheté plus d'une centaine de Mrds, et environ 200 Mrds sont détenus par les banques, fonds de pension internationaux et, de plus en plus, par des hedge funds, les fonds spéculatifs.
Pourquoi les hedge funds se mettent-ils à acheter de la dette grecque ? Non pas pour sauver la Grèce, mais bien pour provoquer son défaut de paiement.
Comment ? Plus ces fonds auront acheté de dettes grecques, plus ils seront en position de refuser le « hair cut » (la reduction volontaire de 30 ou 50% proposée par Merkel), ce qui amènera fatalement le defaut de paiement, le « credit event » tant attendu par the International Swaps and Derivatives Association et tous les traders de Londres.
Où serait leur profit ? Et bien tout simplement via les CDS que ces fonds ont acheté massivement et qui leur garantissent un remboursement de 100%, en cas de défaut grec. En d'autres mots, une obligation de valeur nominale 100 euros, achetée 32 euros (prix du marché) à une banque très contente de s'en débarrasser malgré la perte, coutera au total 40 euros au hedge fund si l'on tient compte d'un prix de 8 euros supplementaires pour l'achat d'un CDS. Ce qui revient à dire un profit de 150% d'ici Mars!
Mais d'où viendront les 100 euros garantis par le CDS me demanderez vous ? Tout naturellement du contribuable européen, si pas US. Pourquoi ? Et bien parce que les émetteurs de CDS, à savoir les banques d'investissement américaines, les banques européennes dites universelles et les compagnies d'assurance ne pourront honorer leurs obligations. Exactement comme avec les subprimes. Il est probable que le gouvernement US refusera de payer l'incurie grecque, c'est à peu près certain vu l'endettement des Etats-Unis, reste alors le contribuable européen qui aura le choix entre la peste (se saigner à mort pour payer aux hedges funds les 100% et éviter l'effondrement des banques européennes) et le cholera (l'effondrement des banques avec le reste de l'économie).
Comment tout cela est-il possible ? Parce que les produits dérivés s'échangent en dehors des bourses régulées, donc en dehors de tout contrôle, et de plus ne sont meme pas visibles par les banques centrales car comptabilisés hors bilan. Les Etats ne se sont jamais donné les moyens de contrôler ce que Warren Buffet a appelé des instruments de destruction massive, et ce sont les contribuables européens qui vont payer le prix de cette incurie. Accessoirement, ca donnera encore plus de pouvoir à ces memes hedge funds qui, le moment venu, auront les moyens de faire leur choix pour racheter à bas prix toutes les entreprises en quasi faillite que les gouvernements aux abois voudront leur vendre.
Pour la petite histoire: avant la crise de 2007, les 20 « meilleurs » hedge fund managers ont totalisé pour plus de 20 Mrds de $ de bénéfices personnels (je ne parle pas du rendement des fonds mais bien de bénéfices individuels). En 2009, une fois que les Etats sont intervenus massivement pour sauver les banques, les 20 « meilleurs » hedge fund managers ont totalisé 25 Mrds de $ de profits (à titre personnel), dont 4 milliards pour un seul d'entre eux !
C'est pas beau la finance dérégulée ? Et pourtant, je me considère plutot comme un libéral, ce qui ne m'empêche pas d'affirmer la nécessité essentielle d'un Etat de Droit qui brille ici par son absence.


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Comment ? Plus ces fonds auront acheté de dettes grecques, plus ils seront en position de refuser le « hair cut » (la reduction volontaire de 30 ou 50% proposée par Merkel), ce qui amènera fatalement le defaut de paiement, le « credit event » tant attendu par the International Swaps and Derivatives Association et tous les traders de Londres.
Le coeur de la spéculation. Qui paradoxalement n'a pas été faite par les banques elles-mêmes.
Oui mais elles y ont contribué, par la vente des CDS (qui ne date pas d'auhourd'hui). Il m'est impossible de citer des chiffres de manière fiable pour les raisons que j'évoque plus haut. S'il est certain que des banques européennes en ont émis, personne n'en connait le montant exact. Pour ce qui est des banques US, un article du NYT (ou Bloomberg ?) citait un chiffre de 100 Mrds, ce qui à mes yeux explique un peu l'empressement américain à voir les européens régler le problème au plus vite : une faillite de G.S. en pleine campagne électorale ne serait pas la bienvenue...
Cela dit une réduction volontaire de la dette ne constitue pas un "credit event".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Spéculation_sur_les_dettes_souveraines_européennes
C'est bien là tout l'enjeu : si la réduction est volontaire, il n'y a pas de "credit event" et c'est bien cette réduction volontaire que les hedge funds cherchent à contrer : à partir du moment où ils possèdent suffisamment d'obligations grecques, ils sont en mesure de forcer le defaut de paiement car bien entendu eux ne veulent pas de cette réduction: c'est 100% qu'ils visent, par les CDS achetés avant que la crise n'éclate, ou bien directeemnt des Grecs et sans hair-cut..
C'est aussi la raison pour laquelle les produits dérivés sont dangereux: vous n'êtes pas obligé d'être détenteur d'un titre grec pour en acheter, ou en émettre...
Si le sujet vous interresse, je vous recommande vivement le docu "Inside job" qui explique cela. Si vous achetez une maison, il est naturel que vous songiez à protéger votre investissement par une assurance contre un sinistre éventuel. Par contre, il est à mes yeux tout à fait anormal qu'un autre que vous, qui n'a rien à voir avec vous ni avec votre maison, décide de prendre une assurance contre l'incindie de celle-ci. Si suffisamment de requins font de meme, le résultat est le suivant: non seulement ne vous étonnez pas que votre maison brule, mais ne vous étonnez pas non plus si vous ne touchez rien car si l'Etat n'intervient pas, la compagnie d'assurance qui a émis trop d'assurances ne pourra honorer ses obligations et aura fait faillite avant de pouvoir vous rembourser. C'est exactement ce qui s'est passé avec les subprimes et c'est exactement ce qui se passera encore ici si les hedge funds parviennent à leur fin.
Pour la petite histoire, quelle a été la première mesure prise par Paulson, ex- CEO de Goldman Sachs nommé au Trésor par Bush ? Il a nationalisé AIG (l'émetteur des options que G.S. avait acheté pour spéculer contre la baisse du marché, et donc contre ses propres clients qui avaient acheté des CDS) en gravant dans le marbre que jamais AIG ne pourrait se retourner contre G.S.. Le lendemain de la nationalisation de l'assureur, 60 mrds de $ étaient transféré de AIG vers G.S. et la conclusion est bien que c'est le contribuable US qui a payé les bonus mirobolants que G.S. a distribué cette année là...
Après avoir laissé filer à la faillite Lehman Brothers, le concurrent de Goldman Sachs, englué lui-même dans les CDS.
Très clair, merci.
Pour les CDS Zorbeck , vous trouverez sur mon blog le montant total des encours de CDS américains publiés par la FED avec les sources . Les Banques Européennes n'en émettent théoriquement pas puisque les règles de Bale les obligerait à constituer les provisions nécessaires pour respecter les ratios de solvabilité .. Aux USA , ils ont le droit d'émettre ces produits totalement hors bilan .
Enquête sur le marché des CDS
La Grèce est un laboratoire pour tester le niveau de résistance des peuples Européens .
Ceux qui ont truqué les comptes Grecs ont été mis au pouvoir ,puisque c'est celui qui est aujourd'hui responsable de la dette Grecque , qui a organisé le swap pour la Banque centrale Grecque , qui a permis cette falsification .
L'objectif n'est pas de faire respecter l'état de droit , il est de sauver le système financier quelqu'en soit le prix . Sinon , on ne mettrait pas les responsables des falsifications à la tête des Etats , comme on le fait en Grèce, en Italie ou à la tête de la BCE .
Et le système financier est tenu et contrôlé par les Américains .. pour eux c'est essentiel car c'est sur cela que repose en partie leur suprématie .
Tant qu'on ne s'attachera pas à l'essentiel , qui est la structure fondamentale du système et le vol de démocratie qui s'en est suivi
Le système de création monétaire qui a été cédé aux financiers leur concédant ainsi le pouvoir absolu , et la capacité de ne plus respecter les lois .. tel qu'on peut le voir aujourd'hui en Grèce et pas seulement en Grèce (encore une fois lisez Jean François Gayraud) ..
On ne fera que faire des perfusions inefficaces car on aura pas fait le Bon diagnostic .
Comme le dit Gayraud , il faut penser en dehors de la boite .. ce que je traduis par : sortir du blocage mental qui nous interdit d'évoquer la source du problème à savoir la création monétaire .. Tant que nous refuserons de traiter le problème au fond , nous ne résoudrons rien .
La Grèce en Etat de nécessité : Billet des invités de Mediapart
http://www.wikiberal.org/wiki/Too_big_to_fail
Philippe Simonnot : “L’euro est une fausse monnaie, c’est pour cela qu’elle est en crise” 3 novembre 2011, 23:20 Auteur : Jean 8 commentaires Tweet
Philippe Simonnot est économiste, auteur notamment de 39 leçons d’économie. Il analyse pour Enquête & Débat la crise de l’euro. Où l’on apprend notamment que c’est la banque d’Angleterre qui avait empêché le rachat de Lehman Brothers, laissant la banque faire faillite.
Exemple de wiki un peu court :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Too_big_to_fail