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Article d'édition

Sauver l'innovation artistique, culturelle et sociale

«Il est temps de remettre en chantier l'édifice des politiques culturelles publiques et d'accorder l'attention qu'elles méritent aux pratiques nouvelles, dans un héritage revisité de ce que fut la décentralisation théâtrale.». Par Actes if, réseau solidaire de lieux artistiques et culturels franciliens qui réunit une trentaine de lieux indépendants, dans une lettre adressée aux candidats à la présidentielle et aux législatives.


Dix ans après l'enterrement d'une politique interministérielle des «Nouveaux Territoires de l'Art», de nombreuses équipes continuent d’investir partout sur le territoire national, des espaces, des lieux, des «friches» pour y réinventer l’expérience artistique comme rapport entre les habitants, le territoire, les artistes, les cultures.

Dans ces lieux s’expérimentent les voies de l'innovation artistique, culturelle et sociale. Dans ces lieux s'hybrident les disciplines, se confrontent les expériences, les savoirs, les publics, s’inventent des relations et des solidarités qui démontrent au quotidien l’inanité des oppositions rétrogrades entre cultures savantes et cultures populaires.

Actrices de la diversité culturelle, ces structures indépendantes sans objectifs lucratifs, proposent des réponses opérantes à nombre de questions contemporaines sur lesquelles buttent les politiques culturelles publiques. L’influence de ces lieux et la place grandissante qu’ils occupent dans la vie artistique et culturelle du pays ne sont plus à présent contestées et les missions d’intérêt général qu’elles remplissent sont très clairement identifiées, notamment par les institutions et les différentes collectivités publiques.

Pourtant, force est de constater que la prise en compte de ces lieux indépendants demeure on ne peut plus marginale dans le cadre des politiques publiques. Les aides qui leur sont accordées demeurent sans commune mesure avec leur influence, leur intérêt et leur capacité à générer emplois et activité.

Pire, ces lieux sont à présent confrontés à des baisses de subventions sans précédent par leur ampleur et leurs conséquences, auxquelles viennent encore s’ajouter l’augmentation mécanique des coûts de fonctionnement et particulièrement ceux du foncier.

La survie de ces lieux repose aujourd’hui avant tout sur l'engagement d'équipes paupérisées mais déterminées. Ces équipes refusent la mort programmée de dizaines de lieux culturels et des projets qu’elles incarnent sur l’ensemble du territoire national. Ces équipes refusent de se résoudre à une alternative entre une culture pour tous, défigurée en hégémonie institutionnelle et paternaliste, et une culture pour chacun qui ne renvoie qu'au marché et au «profiling» généralisé!

Parce que nous sommes convaincus de l’importance du service public de la culture, nous affirmons la nécessité d’en redéfinir les objectifs et d’en repenser les outils. Nous affirmons qu'il faut à présent dépasser les processus de concentration des pouvoirs et des moyens, et reconnaître l’intérêt et la légitimité de ce qui émerge de la société civile et du secteur indépendant. Il est temps de remettre en chantier l'édifice des politiques culturelles publiques et d'accorder l'attention qu'elles méritent aux pratiques nouvelles, dans un héritage revisité de ce que fut la décentralisation théâtrale.

La réflexion et la concertation portées par la région Ile-de-France autour des Fabriques de culture sont-elles le signe d’une prise de conscience de l’importance de ces outils sur les territoires ? Les premiers engagements budgétaires (au demeurant modestes) semblent témoigner d’une reconnaissance à l’œuvre. La réalité du dispositif mis en place et sa capacité à consolider réellement les expériences existantes, puis à en générer de nouvelles, permettront d'en juger. Nous appelons citoyens, élus et professionnels à observer et considérer l’évolution de cette initiative.

En ces temps électoraux, doublés de temps de crise, les intérêts les plus divers tentent de se faire entendre et reconnaître des futurs élus. Notre lettre ouverte s'ajoute donc à bien d'autres proclamations ou revendications. Nulle rente de situation à défendre cependant pour nous et tous ceux qui partagent nos préoccupations, mais une invitation à prendre conscience du bouleversement que représenterait la disparition de lieux producteurs de sens et d’activités critiques, de lieux à échelle humaine qui travaillent à un autre partage du sensible, sur les territoires qu'ils habitent.

Mesdames, Messieurs, futur(e) président(e) de la république, futur(e)s député(e)s de la nation, élu(e)s et futur(e)s élu(e)s des collectivités locales, c’est à vous, d’abord, que nous nous adressons. Si, comme nous l'espérons, vous avez conscience des réalités que nous venons d'évoquer, nous vous demandons de rechercher avec nous, de toute urgence, les moyens de faire face au désengagement de l’Etat et à l’arbitraire de ses orientations, face à la pression foncière, face à l'abandon de pans entiers du secteur culturel au marché, face à la demande populaire d'une république plus consciente, plus solidaire et plus à même de partager les bonheurs et les progrès que la fréquentation de l’art et l’échange culturel rendent possibles.

Le réseau Actes if 

Anis Gras (Arcueil), Ars Longa (Paris 11), Le Café culturel (Saint-Denis), Le Collectif 12 (Mantes la Jolie), Confluences (Paris 20), File 7 (Magny Le Hongre), Gare au Théâtre (Vitry sur Seine), La Ferme Godier (Villepinte), La Générale (Paris 11), La Nef – Manufacture d’utopies (Pantin), Le Colombier (Bagnolet), Le Générateur (Gentilly), Le Samovar (Bagnolet), Le Théâtre de la Girandole (Montreuil), Le Vent se Lève ! (Paris 19), Lutherie Urbaine (Bagnolet), L’Atelier du Plateau (Paris 19), L’Avant Rue (Paris 17), L’Echangeur (Bagnolet), Mains d’Œuvres (Saint-Ouen), La Maison d’Europe et d’Orient (Paris 12), L’Ogresse Théâtre de Marionnettes (Paris 20), Petit Bain (Paris 13), Le Tamanoir (Gennevilliers).

Le réseau Actes if invite le public, les élus et les candidats à débattre de ces sujets le 30 mai 2012 à 17h00 à l’Avant Rue, un lieu du réseau qui disparaîtra en juin prochain (134 rue de Tocqueville, 75017 Paris).

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