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Édition : A l'heure suisse

En Suisse, les actes pédophiles ne seront plus prescrits

Les électeurs suisses ont laissé parler leurs tripes dimanche en votant contre l’avis du gouvernement, de la plupart des experts et de la majorité des grands partis. L’initiative sur l’imprescriptibilité des actes pédophiles a été acceptée par 52% des votants et par 20 cantons ou demi-cantons sur 26. En inscrivant ce nouveau texte dans sa Constitution, la Suisse fait figure d’exception parmi ses voisins européens.

 

 

 

La position des initiateurs était simple, mais efficace: " Nous sommes du côté des victimes, si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre ces dernières", avait laissé entendre en substance l’association La Marche blanche, drapée dans son aura de pureté. Et les électeurs s’y sont laissés prendre : ce dimanche, l’initiative pour l’imprescriptibilité des actes pédophiles a été acceptée par une majorité de votants (52%) et par la quasi-totalité des cantons et demi-cantons (20 sur 26). La Suisse fait désormais figure d’exception parmi ses voisins européens, qui connaissent tous, mis à part la Grande-Bretagne, un délai de prescription. Conforme au droit international, le projet n’aura pas d’effet rétroactif, et ne sera donc pas appliqué avant des années.

Quatre ans après l’acceptation par le peuple de l’initiative pour l’internement à vie des délinquants dangereux, le Conseil Fédéral vient de vivre un nouvel échec cuisant. L’Exécutif avait bien concocté un contre-projet beaucoup plus nuancé, visant à étendre la durée actuelle de la prescription, mais rien n’y a fait. Cette contre-proposition sera enterrée.

 

On peut tirer du résultat des urnes une série de leçons :

 

 

Leçon n°1 : en matière d’émotions et d’angoisses parentales, point de demi-mesures. La lecture sporadique des commentaires d’internautes au sujet des affaires d’abus sexuels sur mineurs est plus que parlante en ce sens : de " coupez-leur les c…. " à " en prison à vie ", le pédophile n’a jamais droit au pardon. Il est LE diable du 21e siècle. A la justice, désormais, de faire avec.

 

 

Leçon n °2 : un débat plus étendu aurait certainement profité à l’opposition et peut-être contenu cette vague d’émotion. En effet, sur les six cantons qui ont refusé l’initiative, trois sont romands. Or, le projet a été discuté côté francophone, alors qu’il n’a pratiquement pas été abordé côté alémanique. Dans les cantons de Genève, Vaud, et Neuchâtel, qui ont rejeté le texte, des arguments juridiques et rationnels ont pu être opposés dans la presse à la proposition de la Marche blanche. Les faiblesses du texte de l’initiative, désormais ancré dans la Constitution, ont en outre été soulignées avant les votations: qui déterminera ce qu’est un " enfant prépubère " ? Pourquoi les "abus sexuels" et pas les "violences physiques" ? Peut-on poursuivre quelqu’un à vie parce qu’il a téléchargé des images pédophiles ? La traduction du projet dans le Code pénal nécessitera des ajustements périlleux.

 

 

Leçon n°3 : à force de couvrir des prêtres pédophiles, l’Eglise catholique a suscité l’ire de ses ouailles. En Suisse romande, la césure est nette entre cantons protestants, qui ont rejeté l’initiative à une large majorité, et cantons catholiques, qui l’ont acceptée. Cette opposition inhabituelle coïncide avec le scandale des curés abuseurs qui a secoué le diocèse de Fribourg cette année. En déplaçant simplement des prêtres soupçonnés de pédophilie d’une paroisse à l’autre, l’Eglise a clairement permis à certains d’échapper à la justice grâce à la prescription. Qui dit mieux comme argument ?

 

Camille Krafft

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