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Article d'édition

Paris Football Gay « L’homophobie… C’est tout de suite plus compliqué »

 

Une interview de Pascal Brèthes, président et co-fondateur du Paris Football Gay.

Propos recueillis par Matthieu Maes

 

Pourquoi avoir créé le Paris Football Gay ?

Simplement parce que je voulais défendre les homosexuels. J'en avais assez d'entendre des insultes homophobes sur les stades. Et marre de me cacher. Je voulais jouer au football. Tranquillement. Imaginez, à 16 ans, votre entraîneur vous encourager avec des « nous ne sommes pas des pédés, on va jouer comme des hommes ». A un âge où l'on se cherche une identité, c'est dur. L'homosexualité est tabou dans le milieu du football. Les joueurs sont obligés de se cacher. Un « pédé », c'est forcément « une petite folle ». C'est contre tout cela que le Paris Football Gay se bat. Pour faire accepter nos différences.

Des incidents, comme ceux survenus avec le Créteil Bébél, arrivent-ils souvent ?

Non. Ce sont des cas isolés. Les clubs avec qui nous jouons ont signé la charte axée autour des six points pour lutter contre la discrimination des homosexuels. Les mentalités commencent à évoluer. Nous voulons être considérés comme un club à part entière, pas comme un club communautariste. Chez nous, il y a des Blacks, des Blancs, des Arabes, des Juifs, des Musulmans. Au final, cette affaire est peut-être un mal pour un bien. La presse a permis d’ouvrir le débat sur cette forme de discrimination. On se sent un peu plus écouté. Nous travaillons avec le ministère des sports, toujours pas avec la Fédération Française de Football (FFF).

Donc aucun contact avec la FFF…

Son président, Jean-Pierre Escalettes, s’est persuadé que l’homosexualité n’existait pas dans le foot. Alors à quoi bon signer la charte… Dernièrement, il nous a envoyé une lettre suite à l’affaire de Yoann Lemaire. Ce joueur du FC Chooz avait essuyé des insultes homophobes dans un reportage. Le président a peut être réalisé que l’homophobie est une réalité, y compris dans le sport dont il est le dirigeant. Pour l’instant, nous n’avons aucuns recours, ni aucunes actions prévues avec la FFF.

Pour vous l'homophobie est une forme de racisme ?

Bien sûr. Tout le monde est unanime lorsqu'il s'agit de dénoncer des actes racistes. Pour l’homophobie, c’est tout de suite plus compliqué.

Que voulez vous dire ?

Dans les stades, les « tirs de pédé » ou « il joue comme une tarlouze » ne choquent personne. Remplacez le mot « pédé » par « nègre », et les mêmes s’insurgent. Les insultes homophobes sont rentrées dans les mœurs. Quant aux marques qui soutiennent les équipes de foot, elles n'adoptent pas les mêmes faveurs à toutes les discriminations. NSH, une boutique d’équipements sportifs, nous sponsorisait. Eh bien, certains clients se sont plaints de voir cette marque associée au PFG. Ils ont même menacé de ne plus acheter leurs produits dans cette boutique. Autre exemple encore plus criant. Nous avions contacté Nike dans l’idée de créer un partenariat. Nous attendons encore une réponse. La firme devaient sûrement avoir peur de perdre de la clientèle en s’affichant avec des gays. Pourtant, regardez sa campagne contre le racisme. L’enseigne s’est vraiment investie dans ce combat. Ce n’est pas qu’une question de marketing.

Si un ou deux joueurs faisaient leur coming-out…

C'est sûr, l’événement jouerait en notre faveur. Les jeunes gays pourraient s'identifier et mieux s'assumer. Si c'était l’intouchable Zidane, les choses avanceraient comme jamais. Même son coup de boule historique lui a été pardonné. Mais ne rêvons pas. Il serait suicidaire pour un joueur de révéler son homosexualité. Souvenez-vous de Justin Fashanou qui a mis fin à ses jours en 1998 après avoir avoué être gay…

Pourtant, le rugbyman Gareth Thomas et le consultant sportif de Canal Plus Olivier Rouyer n’ont pas eu de scrupule ?

C'est totalement différent. Thomas était à la retraite et Rouyer ne veut même plus en parler. Si un joueur se déclarait gay, il créerait à la fois des conflits au sein du vestiaire et mettrait sa carrière en péril.

 

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