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Oct

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Article d'édition

Une nuit en maraude

Deux fois par semaine, des bénévoles de la Croix-Rouge sillonnent les rues de la capitale. Pour apporter un soutien aux sans abris.

par A. de B. Local de la Croix-Rouge, 5e arrondissement de Paris. Quatre bénévoles remplissent des sacs. Vêtements, conserves, ustensiles d’hygiène et autres produits de première nécessité. Ils effectuent les préparatifs de la soirée. Tout au long de l’année, ces volontaires de l’action sociale partent à la rencontre des personnes en grande difficulté. Celles pour qui la rue fait office de logis. La maraude, c’est surtout pour créer du lien social. Pour écouter et partager avec les exclus du système dans un moment de convivialité.

Champagne ? Maximilien, Bastien, Aude et Fabienne ont entre 18 et 30 ans. « Je suis rentré assez naturellement dans cette aventure. Et je ne suis plus repartis », raconte Bastien. Vêtus de leur uniforme marron clair, les quatre volontaires quittent le local. En face de la porte d’entrée, assis à même le trottoir, Fredo les invective immédiatement en plaisantant : « Bon ! Vous avez du café ? Du champagne ? » On lui tend un gobelet rempli de café. Voilà peu, ce SDF a fait de la figuration dans un film de la réalisatrice Zabou Breitmann. Son cachet lui a permis de se constituer un petit pécule. Pourtant, une histoire le préoccupe. Fredo a eu des problèmes avec la police et doit passer au tribunal. 300 euros d’amende pour insulte à agent. Les volontaires tentent de trouver une solution avec Annie, une autre SDF qui se tient aux côtés de Fredo.

Désinfectant. A la Croix-Rouge, les consignes sont strictes. « Surtout sous l’uniforme, on ne brûle pas les feux rouges. » De même, après chaque poignée de main échangée lors de la maraude, les volontaires se les nettoient avec un désinfectant. Le parcours est défini à l’avance. « Les gens connaissent nospoints de passage. Ce sont généralement des habitués, précise Maximilien. Si la plupart des personnes rencontrées sont réceptifs à notre action, certains ne tiennent pas être dérangés. » Place de la Contrescarpe, les cafés regorgent demonde. Un homme est adossé à l’une des grilles du square. Les quatre tentent une approche. Après avoir refusé d’engager le dialogue, leur interlocuteuraccepte néanmoins un petit sac de denrées alimentaires.

Dix ans dans la rue. « Le premiercontact est parfois difficile Et si ça ne passe pas, pas besoin d’insister ». Alcool, emploi, divorce, famille… Les raisons qui expliquent le processus de clochardisation sont aussi diverses que complexes. Les hommes constituent la grande majorité de leurs rencontres. « Les femmes, elles, résistent plus longtemps, observe Maximilien. Dès qu’elles tombent pour de bon, la déchéance est encore plus grande… »

Place Bernard Halpen, l’équipe retrouve Sergio, Fabrice et David, trois hommes sans abri. La discussion s’engage. Fabrice raconte son expérience. « Ça va très vite. En une semaine, j’ai perdu mon boulot et ma femme m’a quitté. Mais je ne pouvais plus payer mon appartement… » Fabrice est à la rue depuis dix ans.

 

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