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Jean Zay, le "kyste" d'Antony

Le logement d'une majorité d'étudiants est plus précaire que jamais. Et pourtant, à la cité universitaire Jean Zay, à Antony près de 560 logements sont sur le point d'être démolis.

Un reportage de Chloé Rayneau, Florence Tonnot et Fanny Rodenas.

La Cité U de Jean Zay s'étend entre l'A86 et le parc de sceaux, dans l'agglomération des Hauts-de-Seine A l'origine, un campus, une mini-ville, presque une ville dans la ville. Aujourd'hui, plus rien, ou presque. Calme plat. Huit bâtiments accueillent plus de deux mille étudiants. Pourtant, c'est l'absence de vie qui attire notre attention. Les étudiants viennent d'ailleurs : Asie ou Afrique majoritairement. La chambre leur revient à moins de cent euros au mois. Broutille comparé aux prix du marché. Mais coûteux pour une chambre de 12m2 insalubre et aux normes sanitaires approximatives. Zoom sur une cité universitaire d'étudiants pauvres et défavorisés dont on ne veut plus.

Raser la cité. Cette cité U, c'est le kyste d'Antony. Ce joli qualificatif sort tout droit de la bouche de Patrick Devedjian, lorsque celui-ci remporte les municipales de 1983. Dorénavant, l'ensemble Jean Zay passe sous le contrôle du nouveau maire de droite. Son objectif : raser cette cité universitaire. Des étudiants qui payent 100 euros de loyer dans un quartier où le prix du mettre carré vaut de l'or, ça fait désordre. Aujourd'hui, 24 ans après la destruction du bâtiment B, transformé en préfecture de police, la cité U continue de se dégrader. Problème. La ville refuse la rénovation des locaux. Amiante, courts-circuits, salle de bain se transformant en cuisine... Voilà le quotidien des 2000 étudiants de Jean Zay. La municipalité veut détruire plutôt que de rénover. Ces jeunes, dont la majorité n'a pas la nationalité française, n'osent se plaindre. La destruction du bâtiment C suit la logique de démolition de cette zone. Dans cet immeuble où vivaient couples et familles, le rez-de-chaussée avait été aménagé en crèche. 560 logements supprimés. Tous ont été relogés. Mais où ? Certains ont migré dans un autre bâtiment. Les autres ont quitté Jean Zay pour une autre cité U, sans doute plus agréable mais à quel prix ? Un loyer de 100 à 300 euros de plus et une distance plus longue pour se rendre à leur faculté. Voilà le prix à payer.

A sa création, à la fin des années 50, inspiré sans doute par Le Corbusier, Jean Zay est le premier campus européen d'une telle ampleur. Une bibliothèque, une salle de spectacles, des équipements sportifs, un dispensaire et un jardin paysagé. Le symbole d'une jeunesse vivante et cultivée. Aujourd'hui tout a bien changé. Anéantis, la plupart des locataires ont baissé les bras. Ils le savent, la municipalité ne veut plus les voir. Cette fois c'est sur, dans quelques mois ou années (pour les plus chanceux), ils ne seront plus là. Alors à quoi bon encore se battre ?

Bâtiment F en sursis. Yvon est directeur du centre d'art d'Antony. Ses locaux se trouvent dans l'enceinte de la cité U. « On est hébergé gratuitement par le CROUS et en échange, on a monté ce centre d'art. Je pense que ça s'arrangera. C'est donnant-donnant. De toute façon la destruction de notre bâtiment, le F, ne se fera pas avant 3/4 ans ». Quand on lui parle de la démolition du bâtiment C, il s'indigne. Pour lui l'amiante n'est qu'un prétexte pour tout détruire.« Y'a des villes qui seraient ravies d'avoir des étudiants. Mais ici, non ! Un étudiant, c'est pas rentable : ça ne consomme pas beaucoup, c'est pas riche et ça vote pas bien. »

Arrêt sur image. Jean-Marie. 60 ans. Photographe. Habitant du quartier. Ses souvenirs de mai 68 restent grandioses.« Il y avait plein de concerts. C'était un lieu d'échanges et de rencontres. Désormais, la cité U est déserte, il n'y a plus de vie. Tout est mort. » Le bâtiment C, il le connait bien. Il s'est mobilisé contre sa fermeture. « Au rez-de-chaussée de ce bâtiment, il y avait également une crèche. Les parents et les employés ont manifesté contre cette destruction, fait plusieurs meetings, mais sans aucun résultat. Ils ont été contraints de quitter les lieux. La crèche a été fermée. »

Eco-quartier. Le bâtiment C devrait être remplacé par un éco-quartier. Ce dossier reste pourtant très opaque. Les habitants ne savent pas vraiment ce qui sera construit à la place. Le conseil général des Hauts-de-Seine publie, dans le journal mensuel de mars, sa volonté de créer d'ici 2013 quelques 3000 logements étudiants. « Le département doit intervenir en faveur du logement étudiant compte tenu de l'insuffisance actuelle de l'offre. » poursuit le photographe. Paradoxalement, dans la cité universitaire à Antony, le bâtiment C, qui accueillait maris, femmes et enfants, vient d'être muré. Le permis de démolir a été accordé. Malgré les luttes, les manifestations et les meetings tenus contre la suppression de ce bâtiment, rien n'y fait. La machine est en route. La cité universitaire est vouée à être détruite en grande partie. La bâtiment A devrait être le seul à être rénové. Jean Zay représente à elle seule 16% du parc immobilier universitaire d'île-de-France. Une cité U qui porte bien son nom: Jean Zay. Un ministre du Front populaire aux simples intentions pacifistes assassiné par la milice française en 1944. Un homme persévérant qui s'est battu pour défendre ses revendications les plus chères : la démocratisation du système scolaire et le respect des droits de l'homme.

 

 

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