Massimo Berruti, prix jeune reporter Visa 2009, vendredi dans MediaVU'

Il a juste 30 ans et vient d'obtenir le prix 2009 du jeune reporter du festival de photojournalisme Visa pour l'Image pour son travail sur le Pakistan. Des photos que vous pourrez voir dès vendredi 13h sur le portfolio MediaVU' de Mediapart et dont des tirages de collection seront proposés. Joint hier à Perpignan, Massimo Berruti a répondu à nos questions.
Mediapart : Vous travaillez comme reporter photo au Pakistan depuis 2 ans, pourquoi avoir choisi ce pays ?
Massimo Berruti: J'avais avant tout envie de voir autre chose que l'Italie. Au départ, ce qui m'a décidé à partir travailler au Pakistan, c'était les élections de février 2008. Je pensais repartir aussitôt après, et puis j'y suis resté car ce pays m'a passionné. Le Pakistan est un pays en pleine évolution avec toutes les difficultés que cela implique. Et puis, il est possible de s'y déplacer librement presque partout, contrairement à d'autres pays de la région, je pense notamment à l'Afghanistan.
Qu'avez-vous souhaité montrer au travers de ces clichés, parfois tragiques, sur la société pakistanaise?
J'ai voulu dévoiler comment ces gens souffrent au quotidien du terrorisme perpétré par les talibans, mais surtout comment ils s'y opposent avec leurs faibles moyens et continuent à vivre malgré tout. Je ne suis pas sûr d'avoir atteint complètement ce but à travers mes photos, car le terrorisme est quelque chose de compliqué, souvent impalpable, qui implique des intérêts très divers et parfois étrangers au pays où il se passe. Il m'était difficile de montrer le sentiment de dégradation que j'ai ressenti là-bas lors de mon séjour. Il me semble que les choses s'aggravent mais que les autorités ne réfléchissent pas autrement que par le recours à la force armée pour enrayer la menace talibane, ce qui est un non sens à mon avis.
Avez vous éprouvé des difficultés à effectuer votre travail de photographe, vous êtes vous senti en danger?
Très curieusement, j'ai rencontré peu de problèmes. En fait, il s'est avéré plus facile pour moi de travailler au Pakistan qu'en Italie. Les gens ne sont pas violents, le Pakistan en général n'est pas un pays violent. Bien sûr, la situation pour les habitants est très dure, ils peuvent maudire ceux qui leur font tant de mal, s'interrogent sur leurs motivations. Parfois, des femmes sont battues en place publique par des talibans, c'est pourtant quelque chose de totalement contraire à la culture pashtoune. Mais il n'y a pas de rage contre l'armée américaine ou même les terroristes talibans. Ils attendent plutôt que tout cela passe, que les choses s'améliorent.
Paradoxalement, la seule fois où je me suis véritablement senti menacé, ce n'était pas du fait des talibans, mais de l'armée Pakistanaise. Dans la vallée du Swat, un jeune soldat m'a arraché sans raison mon appareil et a pointé son arme sur moi. Ce jour-là, j'ai été vraiment effrayé.
Tous vos clichés sur le Pakistan sont en noir en blanc, pourquoi ce choix?
A mon arrivée il y a environ deux ans, j'ai commencé à travailler en couleur. Mais rapidement, j'ai senti que cette couleur me perturbait, me détournait de mon objectif principal, et je suis retourné au noir et blanc pour être plus proche de mes sujets. Je travaille pourtant avec la couleur en Italie, mais c'est un paramètre que je trouve difficile à maîtriser en photo, il faut qu'une bonne alchimie s'opère entre les teintes. Par exemple ici, il y a beaucoup de bleus et de violets, ce qui n'était pas toujours très heureux dans mes premiers clichés. Quand je serai un peu plus mûr, je m'y mettrai sérieusement, mais pas tout de suite.
Quels sont vos projets, y a-t-il un pays qui vous intéresse en particulier ?
Je souhaiterais partir aux Etats-Unis et travailler sur la crise économique. L'économie est un domaine qui m'intéresse beaucoup. Je trouve qu'on ne parle pas assez de certains aspects de cette crise. Pas seulement de la politique économique américaine, qui consiste à faire tourner la planche à billets quitte à dénuer le dollar de toute valeur réelle, mais surtout de la façon dont les gens ont subi de plein fouet la crise. On néglige à mon sens le désarroi de ces milliers d'Américains qui se sont vus déposséder de leurs maisons, car dans l'incapacité de rembourser leurs prêts. Il y a aux Etats-Unis une colère sourde, pas forcément une révolution, mais il ya quelque chose d'explosif dans l'air.
Vous venez de remporter le prix du jeune reporter au festival Visa pour l'image dans un contexte de plus en plus dur pour le photojournalisme à l'image de l'Agence Gamma qui menace de fermer ses portes. Pensez-vous que cette forme de journalisme soit aujourd'hui en danger?
Le photojournalisme est en grand danger. Il n'est pas mort, mais c'est aujourd'hui un animal blessé. Nous sommes un peu comme un panda, un animal en voie de disparition. Personnellement, je ne suis pas menacé car je travaille pour plusieurs magazines et l'Agence VU, mais le genre en lui-même a de plus en plus de difficultés à subsister dans un monde où l'on ne mise que sur des choses rentables. La faute en incombe peut-être aussi aux gens qui ne saisissent pas l'importance de ce genre de travail, et qui ne sont pas prêts non plus à le financer à sa juste valeur. Un avenir est possible sur internet, mais encore une fois, il faudra que le public paie, ce qui n'est pas dans la mentalité actuelle. Le modèle économique est dans tous les cas difficile à trouver.
Retrouvez tout le portfolio de Massimo Berruti demain, vendredi 6 septembre, dès 13 heures.
