Opérations CF (suite 2)
A la vie de famille
Ma femme habite deux étages au-dessus de moi, elle a voulu garder les enfants quand nous avons cessé de vivre ensemble. Je passe tous les soirs quelques heures avec eux, souvent je dîne là. Mais nos horaires naturels sont trop différents. J’aime l’activité physique et les longues marches solitaires, elle aime son intérieur et les longs bavardages en famille. En vacances, je pars avec mes deux enfants les plus sportifs, faire de la randonnée en montagne. Là, rien n’a changé depuis des millénaires, mais nous sommes quand même surveillés par nos vêtements, guidés par satellite et reliés avec le monde entier, comme partout. En cas d’accident, le médecin arriverait avec tout ce qu’il faut, sans incertitude. Un geste urgent nous serait conseillé en cas de besoin immédiat.
Nous sommes en permanence assistés par les machines, dans tous nos actes, même les plus privés. Tout nous permet de croire que cette assistance a pour unique but de devancer le moindre de nos désirs, tout en les harmonisant avec ceux des autres, en priorité avec ceux que nous aimons, évidemment. Nous savons aussi que cette aide a pour objectif de mieux nous insérer dans notre société, mais comment pourrions-nous être heureux, si nous étions en lutte avec notre environnement ?
Je me demande encore si, par exemple, notre désir d’enfant n’est pas lui aussi orienté insensiblement par “ La Machine ”, en fonction des intérêts de la société. Je n’ai rien trouvé sur ce sujet. On peut aussi penser qu’il s’agit de l’intérêt supérieur de l’espèce ; depuis toujours, comme tous les êtres vivants, l’homme obéit, en moyenne, aux nécessités de survie de son espèce.
Voilà, j’espère que cette description est suffisante, tout dépend du niveau technologique de la société dans laquelle tu vis. Il est temps maintenant d’aborder l’incident qui m’a entraîné dans cette aventure.
Du voleur et du policier
Je n’étais pas encore ISET, j’étais Informaticien Systèmes Et Réseaux (ISER). Le “ Langage Machine ” (LM, elle aime …) n’avait pas de secret pour moi. Et comme je suis à la fois curieux et enthousiaste, je passais parfois des heures à m’émerveiller des procédures trouvées par les machines elles-mêmes pour communiquer, pour améliorer les fonctionnements. Souvent aussi, quand une solution provoquait mon admiration, elle me stimulait pour essayer d’en imaginer une encore meilleure. C’est ainsi que je fonctionne. J’étais pleinement heureux dans mon métier, et j’étais apprécié pour ça.
Un matin comme un autre, c’était un mardi je crois, je quittais mon immeuble, l’auto s’arrêtait en douceur et en silence au bord de la chaussée. Je changeai d’avis et décidai de marcher jusqu’au bureau, l’heure de ma première télé m’en laissait le temps. “ Excuse-moi, dis-je à l’auto, pour finir, je vais marcher ”. Et j’empruntai le trottoir vers la gauche. L’auto me dépassa après quelques pas, guidée vers son futur utilisateur je suppose, et se noya très vite dans la circulation dense mais parfaitement régulière et presque silencieuse, comme tous les jours. Je marchais depuis une ou deux minutes, heureux de profiter du matin frais, des odeurs du printemps. La porte d’un immeuble s’ouvrit brutalement sous la poussée d’un homme jeune, qui me bouscula et partit en courant devant moi sans un mot d’excuse. Il avait à la main une serviette de cuir qui paraissait un peu lourde.
Il avait fait une cinquantaine de mètres quand une auto-police s’arrêta à sa hauteur. Deux policiers en descendirent et le plaquèrent au sol en s’aidant de leur matraque électrique. L’un des deux éleva encore sa matraque et s’apprêtait à lui asséner un coup violent. Il reçut visiblement de sa propre matraque une forte décharge électrique qui le terrassa et évita au “ voleur ” d’avoir la nuque fracassée par l’engin. Sans s’émouvoir, l’autre policier menotta et guida le voleur vers l’auto-police, dès qu’il lui parut en état de se tenir debout. Le policier brutal avait plus de mal à récupérer, une ambulance s’arrêta à sa hauteur et il fut emmené par deux hommes en blanc. Toute cette scène dura exactement trente six secondes, le temps que je parcoure les cinquante mètres qui m’en séparait. Elle gâcha ma promenade et changea ma vie.
C’est en informaticien, évidemment, que je revoyais les faits : L’immeuble faisait huit étages, au plus. L’appart visité, si cet homme était un voleur, avait immédiatement signalé sa présence, l’avait identifié grâce à son Informatique Vestimentaire (IV). Cela ne lui laissait qu’une minute ou deux pour accomplir son vol et quitter l’immeuble. Il n’avait aucune chance de parcourir plus de quelques dizaines de mètres. Son IV avait dû signaler, avant même son infraction, la perturbation de ses données biométriques, rythme cardiaque, température de la peau, etc., bouleversées par ce qu’il s’apprêtait à faire. L’immeuble aurait pu bloquer sa sortie, sinon son entrée. Du coté de l’administration, les questions sans réponse étaient aussi nombreuses : Si la matraque du policier violent pouvait le contrôler en quelques millisecondes, on pouvait aussi bien éviter de le mettre dans cette situation. A l’évidence, l’ambulance était presque arrivée quand l’arrestation se déroula, mais l’ambulance était pour le policier qui n’était pas encore terrassé ! Tout le reste du chemin j’essayai d’analyser la scène, je n’en trouvai pas la logique.
On peut trouver la suite sur mon blog : http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/pmabeche/020709/operations-cf
