Remarque sur Montesquieu
A partir de Montesquieu, on peut poser le problème du fait et de la valeur. En effet, si on examine comment les révolutionnaires français ont reçu l'influence de Montesquieu, il semble que ce dernier pense davantage les rapports, les lois d'un pays, à partir de la somme d'un produit historique. C'est ce qui constitue l'esprit du peuple qui peut être considéré comme esprit de la loi. Montesquieu établit ainsi une relation juridique entre le fait et la loi, la seconde découlant du premier. La chose telle qu'elle est, est la loi. Ce sont les circonstances, leur géographie, l'histoire des peuples qui ont amené ces derniers à obéir à la loi et pour ainsi dire l'ont constituée. Cette domination du fait chez Montesquieu pose problème en ce que toutes les choses qui sont advenues se posent en valeur universelle sans que cela soit réellement démontré.
Pour reprendre l'exemple des révolutionnaires français, la question du fait sera écartée au profit de celle de la valeur. Un crime au soleil ou un crime en hiver, n'en reste pas moins un crime. En effet pour la Révolution le droit ne peut être opérant qu'à partir d'une pensée du juste et de l'injuste. La valeur universelle et absolue, ce sera l'homme et tout se réduira à la déclaration des Droits de l'homme. Chez Montesquieu, l'esprit domine. Il nous dit trouvez cet esprit et vous aurez les lois, car c'est l'Esprit des peuples qui produit cette loi. Le droit est donc ce qui est objet, le peuple devient l'objet de ses propres lois. La révolution renverse cela en faisant du peuple un sujet car c'est lui qui institue un pouvoir législateur à la nation. Ce n'est plus le fait qui détermine la loi, mais la valeur que nous accordons à ce qui est juste ou injuste.
