Obama refuse la publication de photos de torture
Après avoir donné des gages à son aile gauche en interdisant la torture et les méthodes d'interrogatoires musclées, après avoir annoncé la fermeture de Guantanamo et des prisons secrètes de la CIA, Barack Obama a effectué un virage à 180 degré en renonçant à publier les photos d'interrogatoires prises par les soldats et les agents secrets américains en Afghanistan et sur les autres théâtres de la "guerre à la terreur". Alors qu'il avait conclu un accord avec l'American Civil Liberties Union (ACLU) visant à rendre publiques plus de 2.000 photographies prises, selon ceux qui les ont vus, lors de séances d'interrogatoires, dans les prisons ou sur les tables d'autopsie pour certains captifs morts en détention, le président des États-Unis a préféré suivre l'avis de plusieurs généraux du Pentagone qui lui ont demandé de revenir sur sa décision.
L'argument des militaires est le suivant : au moment où les Américains s'apprêtent à déployer 20.000 troupes de combat supplémentaires, notamment dans les zones rurales du pays, il vaut mieux éviter d'exacerber les tensions avec des photos prises il y a plusieurs années, à une époque où l'administration Bush autorisait - encourageait - le recours à la torture. Toujours selon ceux qui ont vu ces images, elles rappellent fortement celles prises à Abou Ghraib, et elles risquent donc de raviver les braises de l'anti-américanisme dans la région.
L'ACLU et l'ONG Human Rights Watch ont de leur côté dénoncé le revirement d'Obama comme un coup porté à la transparence et la responsabilité gouvernementale. Le président de l'ACLU Anthony Romero a expliqué que "le meilleur outil de recrutement pour Al Qaïda et les djiahdistes a toujours été l'utilisation de la torture ", et non pas la publication de photos. Autrement dit, il ne sert à rien d'emprisonner le messager, quand le message circule librement.
Sachant que Barack Obama s'était d'abord prononcé en faveur de la publication de ses photos, gageons qu'il a certainement dû lâcher du lest vis-à-vis des militaires. L'effort demandé en Afghanistan et le limogeage, il y deux jours - événement fort rare et relativement brutal - du commandant en chef des forces sur place, le général McKiernan, fait probablement gronder le Pentagone. Du point de vue du Commander in chief, il est donc apparu raisonnable de calmer les troupes et de ne pas les exposer inutilement à davantage de violence en faisant de la publicité autour d'exactions passées.
Mais, comme nous sommes aux États-Unis, cette affaire n'est pas terminée puisque les demandes de l'ACLU pour révéler ces images sont toujours entre les mains de la Justice qui sera la seule à statuer in fine. Ces photos ont donc toutes les chances d'être rendues publiques un jour prochain.
