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Vision militante de la crise et de l’avenir du socialisme (#14)

Julien est militant socialiste en Rhône-Alpes et présente sa contribution comme «fruit des débats de sa section».

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Absence de programme, trop grand nombre de chefs, trop de disputes internes et infondées, voici les trois principales critiques faites au Parti Socialiste et à ses gestionnaires. Dernièrement, un philosophe contemporain a même qualifié le PS de «mort». Mais qu’en est-il des propositions des divers détracteurs du PS pour l’améliorer et le remettre en phase avec la société?

 


De la plupart des critiques ne se dégagent aucune solution. Certains proposent tout de même de dissoudre le Parti Socialiste ou encore d’en changer le nom. D’autres veulent ou ont tenté de le « rénover », de le « refonder », ce qui revient là aussi à le détruire, car, lorsqu’on rénove une habitation ou qu’on la refonde, il faut tout démanteler, du sol au toit, puis reconstruire.
Les critiques fusent, les experts s’expriment, mais a-t-on demandé leur avis aux militants socialistes qui restent, après tout, les premiers concernés par l’avenir de leur mouvement?


Car ces derniers croient encore en leur parti, en leur engagement, et veulent plutôt «restaurer» un Parti Socialiste fort, affirmant ses valeurs et un projet. Ce n’est pas la première fois que le PS et son idéologie connaissent une crise et ils ont su jusqu’alors s’en relever. Cependant, celle à laquelle ils sont désormais confrontés est multiple et constitue un nouveau défi que les militants sont prêts à relever.
La présente contribution a pour vocation d’exprimer le ressenti des militants, mais aussi d’exposer leur vision de l’avenir du PS : en quelque sorte, le début d’une réponse provenant de la base.

 


Mettre un terme à la crise idéologique

 


Le rabâchage incessant des «experts» concernant la crise idéologique du PS est inutile. Les militants socialistes sont conscients de l’origine de cette crise : l’oscillation permanente du PS entre l’affirmation d’une pensée plus « à gauche » des origines et celle d’une pensée plus «social-démocrate», due à sa qualité de parti de gouvernement.
Au-delà de cette question d’ordre interne, les militants s’en posent une autre essentielle: les Français s’intéressent-ils à cette crise idéologique?


Le contact avec les citoyens vous apprend une chose : ils se contrefichent de ces questions de conceptions internes et attendent simplement qu’enfin le débat soit tranché, afin d’entamer une réflexion sur l’avenir du pays. Pour juger le socialisme, les citoyens veulent pouvoir trouver la réponse aux trois interrogations qu’ils estiment essentielles:

 


- Le socialisme est-il encore en phase avec la société?
- Le socialisme peut-il résoudre les problèmes qui minent notre pays?
- Le socialisme peut-il assurer un avenir à nos enfants?

 


Hélas, pour le moment, le PS ne peut répondre concrètement à ces trois questions à l’échelle nationale. En effet, seuls les élus socialistes des assemblées parlementaires aux assemblées des collectivités territoriales ont su y répondre, grâce au caractère concret de leur action. Et c’est pourquoi ils sont renouvelés dans leurs fonctions.
L’UMP ne connait plus ce problème puisqu’à la tête de l’Etat. Et la communication particulière de Nicolas SARKOZY y est aussi pour beaucoup.

 

En créant puis répétant incessamment le même discours, il a su vendre des valeurs nouvelles, les attribuer à son camp, et ainsi les faire assimiler aux Français désireux de voir le changement s’opérer. En affirmant, certes grossièrement et avec un discours simpliste ces nouveaux paradigmes (réintroduction de l’intérêt privé dans le public, lutte acharnée contre l’immigration couplée à une sacralisation de l’identité nationale, lutte contre les «assistés» du système social français, etc.), Nicolas SARKOZY a su persuader les citoyens qu’il est plus moderne que les autres, notamment par rapport aux valeurs républicaines classiques défendues par le socialisme depuis plus d’un siècle.


De même, en tentant d’effacer de l’esprit des Français le clivage droite/gauche essentiel à une vie politique démocratique saine, Nicolas SARKOZY et ses coreligionnaires perdent les citoyens au milieu d’une offre politique floue. Ne sachant qui choisir, ces derniers se reportent sur celui qui est le plus audible, qui paraît le plus concret et en phase avec son époque.
Pour mettre fin à la crise idéologique que vit le socialisme contemporain, nous devons réaffirmer clairement un corpus de valeurs communes aux deux grands camps socialistes: celui du «plus à gauche» et celui du «plus social-démocrate».

 

Ce corpus peut s’articuler en deux séries : une première commune (en théorie) à l’ensemble des partis politiques républicains: Liberté - Egalité – Fraternité. Une seconde constituée de valeurs propres au passé syndical du mouvement socialiste : Solidarité – Justice (et justice sociale) – Tolérance.
Ces valeurs fondamentales se complètent par des idées forces en phase avec notre époque : de la construction européenne à la protection de l’environnement, en passant par la lutte aux côtés des salariés victimes de la crise. Bien entendu cette réflexion doit être approfondie pour ajouter des idées forces à cette liste qui est loin d’être exhaustive.


Pour être correctement entendues, ces valeurs doivent être incarnées par une personne de référence au sein de l’espace politique et médiatique français : un leader. Hélas, le PS reste un parti peu enclin au commandement d’un seul.

 


La fin du leadership?

 


La question du leadership est au cœur des préoccupations du PS depuis la mort de François MITTERAND il y a 13 ans. Le PS n’a pas survécu à cette mort physique mais surtout politique, et les successions de défaites n’ont fait que frapper sur le même clou. En complément de cela, la poussée de l’extrême droite en 2002 n’a fait que rendre encore plus groggy les socialistes, et même si nous sommes encore loin du K.O., il faut néanmoins se relever avant que l’arbitre ne stoppe le round.

 


L’absence d’une figure unificatrice, véhiculant un projet de société unique, entrave le succès politique national du socialisme. Pour preuve l’ «échec» socialiste aux élections européennes de 2009. Europe-Ecologie ayant une figure de référence incarnée par Daniel COHN-BENDIT, symbole d’une « révolution » désormais de velours, semblait incarner la révolte contenue des citoyens en ces temps de crise. Le Parti Socialiste quant à lui est apparu comme une figure d’opposition parmi tant d’autres, sans grande personnalité nationale, et n’a fait qu’un score convenable.


Si certains estiment que le problème de leadership est dû uniquement au trop grand nombre de prétendants au trône, l’autre cause du problème réside probablement dans la relation au chef qu’entretient le Parti Socialiste, qui n’est pas des plus simples.

 


Alors que les forces conservatrices considèrent que le chef doit faire l’objet d’une obéissance totale, mais aussi qu’il a toujours raison, au PS la démocratie prévaut, et de ce fait, tout le monde peut avoir raison. Chacun peut donner son avis et faire des propositions. Ainsi, l’argument d’autorité n’est pas habituel au Parti Socialiste. Seuls François MITTERRAND puis Lionel JOSPIN ont su imposer cette soumission au chef et devenir des figures de référence. Ils ont ainsi permis au PS de remporter la victoire, après des années de dur labeur en 1981 puis 1988 et 1997.
Cependant, ne nous voilons pas la face, l’insoumission au chef reste tout de même majoritairement celle des autres prétendants. Les militants, eux, suivent le mouvement d’ensemble taraudés par un désir de victoire ! En effet, une fois la désignation faite par le vote, les militants de la base concourent pour le candidat choisi, et n’iraient pas remettre en cause en cours de route la légitimité du présidentiable.

 

Disciplinés, ils l’ont été tout au long de la campagne présidentielle de Ségolène ROYAL, dont la défaite s’explique en partie par la proximité d’une savane d’éléphants et de lionceaux rebelles qui n’a fait que la rendre, au fil de l’élection, de moins en moins légitime et crédible. La fin de la crise du leadership viendra lorsque les prétendants auront réappris à respecter le vote des militants. Vaine espérance?

 

 

L’évolution des Congrès?

 


La question la plus posée par les citoyens lors du dernier Congrès de Reims fut : «A quoi sert-il votre Congrès ? Si c’est pour vous disputer mieux vaut que ça n’ait pas lieu!»

 

Une interrogation et un constat légitimes lorsque l’on voit la tournure du dernier congrès en date.
Historiquement, le moment du congrès restait essentiel à la vie du socialisme. Celui où l’ensemble des adhérents du parti, des dirigeants en passant par les militants décident de la ligne politique à adopter. De véritables camps idéologiques luttaient. Puis les congrès ont changé de fonction à la fin du dernier siècle. Les positions idéologiques se sont assujetties à un effet d’écurie à futur candidat à la présidentielle, renvoyant ainsi le débat d’idées au second plan, et plaçant l’affrontement entre dirigeants au premier plan. Cette évolution a atteint son paroxysme lors du dernier Congrès de Reims provoquant l’ire des militants socialistes, dépités par un tel embrouillamini. Les militants se demandent donc à juste titre: le combat idéologique est-il vraiment utile puisqu’il est très peu abordé?

 

Comment les Congrès peuvent-ils évoluer désormais? Seules deux évolutions nous viennent à l’esprit:

 

  • Premièrement, le processus d’évolution actuel des congrès pourrait être achevé, en en faisant ainsi le simple moment de désignation du chef, et donc du candidat à la présidentielle. Car ne nous leurrons pas, le premier secrétariat du PS reste une position tremplin pour futur candidat à la présidentielle, du moins tant que des primaires ne seront pas organisées il en sera ainsi. Cette option réglerait dans l’instant le problème du leadership au détriment du débat d’idées.

 

 

  • Deuxièmement, le congrès doit retrouver un débat d’idée sain et dépourvu de tout programme présidentiel. En bref: redevenir le moment des socialistes et non pas des Français. En effet, dans une moyenne de 20 pages par motions soumises au vote des militants, 90% sont consacrées à la vision de la France, et 10% seulement à la gestion future du parti. On comprend donc la sur-médiatisation du Congrès de Reims, étant donné que les représentants de motion concourraient pour une vision de la France, donc pour un véritable programme politique national. Il en aurait été tout autrement si les textes ne concernaient que l’évolution systémique du PS. Cette seconde option oblige les motions à devenir de véritables feuilles de route concernant le parti et lui seul.

 

 

Dans cette seconde option, il reste l’épineux problème de désignation du premier secrétaire. Le salut ne se trouverait-il pas dans une désignation première, avant même le vote d’une feuille de route, réglant ainsi le problème de personne. Le second vote serait ainsi destiné à l’adoption de ladite feuille de route, soumise par le nouveau premier secrétaire élu et son équipe. Le règne des motions interminables ne réglant pas le problème d’organisation du parti serait révolu, inaugurant ainsi l’ère du pragmatisme au Parti Socialiste.
Le congrès redevenant ainsi le «moment des socialistes», l’ensemble du parti pourra alors travailler pleinement à l’élaboration du projet politique du socialisme, grâce à une équipe unie autour d’objectifs clairs, consacrant donc durant le mandat du premier secrétaire le «moment de la France», moment qui s’achèvera suite à l’élection présidentielle, et à une éventuelle victoire.
Comment faire évoluer le PS ?

 


Un souci de communication

 


Les techniques modernes de communication ne sont pas vraiment le «fort» du PS. C’est ainsi que bien souvent, l’image qu’il souhaite nous renvoyer est loin d’être en adéquation avec celle que l’on s’en fait.
Le Parti Socialiste reste un parti de réflexion, ce qui est un point positif mais qui paradoxalement le dessert dans une époque où l’instantané prime. Contrairement à l’UMP, le socialisme de demain doit donc rendre son discours plus simple mais pas simpliste, car comme le disait Albert EINSTEIN : «Il faut simplifier les choses compliquées le plus possible, mais il ne faut pas les simplifier plus que possible.»


Les rapports de quelque soixantaine de pages restent avant tout réservés à un public restreint de militants confirmés et intéressés, mais ne parlent pas au citoyen lambda, qui s’intéresse comme nous l’avons dit plus haut à des idées forces et des valeurs. Cette recherche de simplicité du discours est le but que doit poursuivre le socialisme en matière de communication, à l’instar de la campagne de qualité menée par le PS Belge, qui répond aux questions essentielles que se pose le citoyen lambda.


Afin de transfigurer nos valeurs et idées socialistes dans des formes d’actions concrètes et perceptibles par les citoyens, le Parti Socialiste doit mieux faire connaître le travail de ses élus locaux des petites, moyennes et grandes collectivités territoriales. La valorisation ne doit pas être simplement interne mais aussi tournée vers l’extérieur, ce qui, à l’heure actuelle, n’est pas suffisamment le cas.

 

 

 

L’évolution du rôle de militant

 


Nous ne pouvons que nous féliciter du fait que le PS soit considéré comme un parti d’élus et de gouvernement, car cela atteste du niveau d’expertise et de compétence de nos élus. Mais le PS ne doit pas oublier sa vocation première de parti de militants.

 


Le rôle du militant socialiste doit évoluer, permettant la reconquête du terrain politique et donc des citoyens, car sans les militants, comment les idées socialistes pourraient-elles être véhiculées sur l’ensemble du territoire ? Et surtout comment le désir de proximité entre le citoyen et un organisme politique pourrait être comblé sans les militants (et les élus), qui restent avant tout des citoyens.
Aujourd’hui, le militant ne doit pas être simplement colleur d’affiches ou distributeur de tracts, il doit devenir un « professionnel », tout comme les militants de Barack OBAMA. Si nous ne pouvons nous calquer sur le modèle américain (question d’échelle et de tradition politique), nous pouvons toutefois nous en inspirer.

 


En dispensant au militant des formations thématiques, celui-ci sera paré à tout type de situations: occuper un mandat électif, organiser et animer des réunions, lancer des campagnes de communication, etc. La communication politique moderne est une science qui s’apprend, sans fournir cet apprentissage aux militants leur action est vouée à l’échec. Le militant doit devenir un véritable «VRP socialiste», ne faisant pas que vanter les mérites du socialisme mais étant capable d’exposer clairement aux citoyens la situation présente, les problèmes qui y sont liés, et ce que propose le mouvement socialiste pour contourner ces obstacles.

 

 

L’évolution du rôle du militant doit permettre l’évolution globale de la vie interne du Parti Socialiste. Le militant doit bénéficier, en plus des formations, d’une association plus fréquente aux débats, aux réflexions.
Enfin, pour constituer le futur projet de société du socialisme du XXIème siècle, il faut aussi enrichir la diversité de la force militante, afin de mener des réflexions plus riches.

Pour constituer un socialisme dynamique, attractif et fort de sa diversité, il faut penser au nombre d’adhérents qui doit toujours être croissant. Des mesures financières incitatives, inspirées du mouvement des cartes à 20€ initié en 2006 doivent être concevables. Les cartes à 20€ pourraient même devenir une constante pour les personnes à faible niveau de revenus et les primo adhérents, car on ne peut empêcher quelqu’un d’intégrer le mouvement socialiste pour une question financière.
Le socialisme de demain doit être ouvert sur l’extérieur pour élaborer son projet politique. Un projet qui sera aussi conçu grâce à deux types de réflexions :


. Une réflexion thématique ponctuelle et destinée au grand public, sous forme d’universités participatives associant élus, experts, militants, sympathisants et citoyens.
. Une réflexion approfondie et continue destinée à faire évoluer le projet socialiste par un Conseil d’Analyse Economique et Sociale restreint et propre au PS (comme le propose le mouvement Réinventons le PS) réunissant des élus, des militants, des universitaires, des think tank et des citoyens.

 

 

S’il ne souhaite pas connaître le même sort que le Parti Communiste Français, le PS doit organiser une réflexion profonde sur son fonctionnement, en association avec les militants, et ainsi conserver son statut actuel de grand parti de la gauche française. Une fusion avec un autre parti politique aurait pu changer la donne, mais qui sait, en bien ou en mal. Aujourd’hui, ces projets de fusion ne sont plus envisageables, ni avec le Modem, ni même avec certaines autres forces de gauche qui refusent de rejoindre le mouvement.


Les militants socialistes le savent, leur parti est désormais affaibli mais ils ont un profond et sincère désir de changement. Un changement auquel ils souhaitent participer pour sauver un idéal socialiste qui vit depuis maintenant plus d’un siècle.

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