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A Lussas, plongée dans la vivacité du documentaire

C'est reparti ! Pour la deuxième année consécutive, Mediapart vous emmène au festival de documentaire de Lussas, qui ouvre ses portes dimanche 16 août, pour une semaine des séminaires, débats, sélections des meilleurs documentaires francophones de l'année... et de chroniques, entretiens, textes, et articles sur Mediapart ! Pour consulter le programme de Lussas, c'est par ici.

 

© Festival de Lussas

À la veille de l'ouverture, portrait d'un genre cinématographique dont la vivacité ne se dément pas, avec Gérald Collas, producteur à l'Ina et l'un des deux sélectionneurs d'Incertains regards, la sélection de 26 films projetés durant le festival.

 

Sur quels critères établissez-vous la sélection Incertains regards, qui sera projetée tout au long du festival ?
Lussas, c'est un peu particulier par rapport aux autres festivals. La sélection n'étant pas compétitive, il n'y a pas la recherche d'exclusivités à tout prix. Ce n'est pas non plus tout à fait un panorama, car la sélection n'est ni représentative de la production, encore moins de l'état du documentaire diffusé à la télévision ou en salle. Cette très grande liberté de choix nous permet de prendre des films déjà projetés ailleurs, comme ceux de notre cycle «La première séance», qui porte une réflexion sur le cinéma en tant que tel, ou Archipels nitrate, qui a été projeté une fois, et que nous considérons comme un travail important. De la même manière, on ne privilégie pas à tout prix les cinéastes jeunes ou débutants. On a pris par exemple un film de Marcel Hanoun. C'est aussi une de nos missions de permettre de voir ces films qui ne sont pas vus, car pas diffusés en télévision. Ce sont des courts ou des moyens-métrages qui ne sortent pas non plus en salle.
Le festival existe aussi par ses séminaires, ses rétrospectives, par la place qu'il accorde au cinéma africain depuis plusieurs années. C'est un festival francophone, et cette année, deux pays sont invités, la Roumanie et la Pologne. Dans ce cadre, notre critère principal de sélection, c'est le goût, notre goût. Contrairement aux programmateurs classiques ou aux gens de télévision, qui vont chercher à se mettre à la place des spectateurs, pour être à Lussas, il faut avant tout que le film nous séduise. Au-delà, nous sommes attentifs à l'intérêt du sujet en tant que tel, et bien évidemment aux questions de formes : c'est du cinéma, et le film ne peut pas être uniquement intéressant par les contenus qu'il développe. Ce n'est pas de l'information.
C'est le cas par exemple du film Bassidji, (documentaire de Mehran Tamadon sur les milices iraniennes programmé au festival, et dont Mediapart s'est déjà largement fait l'écho, et notamment ici) incontournable dans la période actuelle. C'est filmé, ce n'est pas du reportage, il y a une vraie réflexion sur la place de celui qui filme vis-à-vis de ses interlocuteurs, qui aide à résoudre celle du spectateur. À côté de Bassidji, il y a notamment un très beau film sur le monde paysan, Le temps des rêves, qui sortira en salles à l'automne. Et un ensemble sur le cinéma, comme la lettre vidéo de Jean-Louis Comoli.
Au final, on pourra donc découvrir quelque 26 films dans Incertains regards, le plus court étant de 5 minutes, le plus long, 2h15.

 

Le cinéma de fiction est en difficulté, pour des raisons multiples. Qu'en est-il du documentaire ?
Le genre demeure extrêmement vivace. Pour Lussas, qui n'est ni Cannes, ni même Cinéma du réel, plus de 1.000 films se sont inscrits, pour un festival qui demeure francophone. C'est énorme, tout comme le nombre de documentaires réalisé en France l'an passé, entre 3.000 et 4.000. C'est d'autant plus remarquable que ce n'est pas forcément un travail rémunérateur, c'est le moins que l'on puisse, cela bouffe la vie des gens. Dans le même temps, le nombre de festivals de documentaire, ou qui programment du documentaire, se multiplie. Il y en a partout, et ils existent parce que les projections sont fréquentées d'une façon étonnante. Pour accompagner des films que j'ai produits, il m'arrive de me rendre dans des lieux improbables, pour rencontrer souvent des salles davantage rempli qu'une salle parisienne qui passerait un blockbuster. Il y a donc une demande du public, et un enthousiasme des gens à faire ce cinéma, à le produire, à le montrer.
Ce qui a changé par rapport aux années quatre-vingt-dix, c'est que la télévision n'est plus le media qui véhicule ce cinéma. C'était une rencontre conjoncturelle, à un moment où le cinéma n'avait pas encore fait toute sa place au documentaire. Aujourd'hui, seule une toute petite minorité de films est coproduite par les chaînes importantes, et diffusée sur ces chaînes.

 

Comment expliquez-vous cet engouement des spectateurs pour le genre documentaire ?
Pour aller vite, je dirais avant tout qu'il répond à un besoin de réel. Le cinéma dans son ensemble a un rapport tout à fait singulier avec le réel, que n'ont pas les autres disciplines artistiques. En dehors du fait d'être un art, le cinéma est un outil tout à fait nécessaire pour regarder, comprendre ce réel. Cela étant posé, il est donc tout naturel que le documentaire ait une place de choix, dans cette période de transformations profondes que nous traversons. Il est assez frappant de noter que si ces dernières années, les arts plastiques ou le roman ont pu avoir une attirance forte pour l'abstraction, ils se rapprochent aujourd'hui davantage du réel et créent des ponts avec le documentaire, ce qui entraîne d'ailleurs de nouvelles formes d'écritures cinématographiques, que l'on pourra découvrir tout au long du festival.

 

A lire demain, un texte de Mehran Tamadon, auteur de Bassidji.

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