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MEDIAPART

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Article d'édition

Témoignage d’un socialiste sur la nécessité de réformer le PS.

Roland Dellinger, 75 ans et retraité de l’Education Nationale, nous a envoyé ce texte. Il se présente comme un ancien membre du PSU puis du PS de 1970 à 1984, élu d'une municipalité d'Union de la Gauche en 1977. Il a réadhéré au PS (et à Désirs d'Avenir) en avril (et mai) 2006.

 

 

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Je ne suis qu’un adhérent de base du PS et ma contribution au débat des Assises du socialisme hors-les-murs proposé par Médiapart n’est qu’un témoignage de ce que j’ai vécu au sein du PS avec les réflexions et les conclusions que je peux en tirer.

 

J’ai adhéré au PS en 2006 pour soutenir Ségolène Royal comme candidate aux élections présidentielles de 2007. Sa démarche m’avait séduite car elle introduisait dans le débat politique un aspect nouveau : une écoute du citoyen qu’elle prenait au sérieux : ses consultations par internet sur le site de Désirs d’avenir et les réunions participatives en ont été les exemples les plus significatifs. Ensuite, l’an dernier dans la préparation du Congrès de Reims, j’ai participé à l’élaboration de la contribution qu’elle avait initiée dans le cadre de Désirs d’avenir, puis j’ai soutenu la motion E pour que le PS devienne plus démocratique et accueillant.

 


J’ai aussi redécouvert par l’intérieur le vrai fonctionnement du Parti Socialiste avec ses rivalités de personnes et de courants. J’ai pris conscience qu’il était avant tout un parti d’élus et un passage obligé pour ceux qui souhaitaient accéder à des mandats électifs, que l’aspect politique au sens noble du terme (réflexion collective pour une orientation vraiment à gauche, mise en œuvre de nos valeurs socialistes, l’autocritique et l’analyse de nos erreurs et de ce qui nous différenciait de la politique de droite…) y était assez négligé et que l’accueil de nouveaux adhérents y était peu favorisé.


A cause de Ségolène Royal et des propositions nouvelles qu’elle faisait pour rendre ce parti plus ouvert et plus démocratique, je m’y suis néanmoins investi d’une manière assez militante, surtout au niveau des idées et des orientations politiques : participation active au sein de ma section et ouverture en octobre 2008 d’un blog politique, sur lequel j’ai pu développer mes réflexions, ne pouvant le faire sur celui de la Fédération PS des Vosges. Celui-ci m’avait refusé de diffuser un travail de comparaison et de réflexion sur les 21 contributions que les militants avaient à étudier en vue du Congrès de Reims. J’avais jugé ce comportement assez anormal et je l’ai dénoncé comme anti-démocratique auprès de mes camarades.

 


Le 8 octobre 2008, un mois avant la date sur le vote des motions, voici ce que j’écrivais sur mon blog dans un article intitulé «Priorité à une réforme en profondeur du Parti socialiste!», position que je défendais aussi dans ma section:


«Ce n’est pas le choix du candidat au poste de premier secrétaire du Parti socialiste qui devrait être le plus important en ce moment pour nous socialistes, parce qu’il nous divise mais bien plutôt une réforme en profondeur de notre parti, ce qui nous rassemblerait. Que celui-ci devienne enfin un parti ouvert, mobilisateur, populaire, offrant à ses adhérents une véritable formation à ce que sont les valeurs de gauche, montrant en quoi elles diffèrent fondamentalement de celles mises en application par Sarkozy et ses amis de droite, qui nous mènent à la catastrophe (la baisse du pouvoir d’achat des français les plus démunis, l’augmentation de la précarité et du chômage, les inégalités qui s’accentuent, les régressions nombreuses au niveau des acquis sociaux n’étant que la conséquence de leur politique ). Il faudrait aussi que le nouveau PS attire à lui tous ceux qui résistent, manifestent ou subissent les dégâts de cette politique inégalitaire, discriminatoire…


Indépendamment des rivalités de personnes, des ambitions personnelles au sein du PS, ce qui est normal dans un parti qui se veut démocratique et ouvert aux débats, je suis néanmoins assez optimiste pour l’avenir: j’ai lu les 21 contributions qui doivent préparer le congrès de novembre et je suis en train de prendre connaissance des 6 motions sur lesquelles nous allons devoir voter le 6 novembre. Elles sont assez complémentaires les unes des autres et il y a là de quoi bâtir un programme présidentiel pour 2012. Les améliorations à apporter à la vie des Français se rejoignent sur de nombreux points. Elles s'appuient sur les mêmes valeurs (égalité, liberté, sécurité, laïcité). Les propositions (répartition équitable des richesses produites, nouvelle fiscalité plus équitable, respect de l'environnement, soutien à l'économie, rigueur de gestion des fonds publics, investissement dans l'éducation et la recherche...) sont assez semblables et ne varient que sur des détails.


Elles manifestent aussi plus ou moins la volonté de renforcer la démocratie (au sein du PS d'abord et aussi au niveau de la société française). Celle de Ségolène Royal, par sa démarche participative et ses propositions de privilégier le militant et le citoyen répond, à mon avis, le mieux à cette nécessité de démocratisation. Ne souhaite-elle pas faire du PS le "grand parti démocratique populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin"?
….
Néanmoins, quel que soit le choix des militants, le travail de réunification indispensable au sein du PS sera le même… J’espère que l’intérêt général et la volonté de faire gagner la gauche passeront avant les points de vue et ambitions personnels et qu’une des priorités sera la mise en œuvre de cette réforme du PS préconisée dans la plupart des motions.»

 


J’étais alors encore en pleine illusion, m’imaginant que ce qui était écrit, était le reflet sincère de ce que nos responsables pensaient et voulaient mettre en œuvre.

 

Le Congrès de Reims a été pour moi un vrai traumatisme. Le regroupement des motions (la A, celle de Bertrand Delanoë, la D, celle de Martine Aubry et la C, celle de Benoît Hamont) s’est fait contre la motion E, celle de Ségolène Royal d’une manière peu démocratique et peu respectueuse du contenu des motions. L’opposition à Ségolène Royal a pris le dessus au détriment d’une vraie synthèse des idées porteuses d’espoir défendues dans chacune des motions.

 

J’ai considéré cela comme une vraie insulte au travail de réflexion qui avait été proposé aux militants qui avaient étudié les 21 contributions et les 6 motions. Ce fut à mon avis, un véritable déni de démocratie, la rivalité entre nos responsables ayant étouffé l’éclosion d’un véritable projet politique qui aurait pu nous mobiliser tous.
J’avais aussi été profondément choqué auparavant par les tricheries, les fraudes, l’amateurisme de la manière dont les votes ont eu lieu au sein des sections.

 

Comme on a contesté la légitimité de Martine Aubry, en tant que première secrétaire, j’ai aussi contesté celle de mon premier secrétaire fédéral (J.M. Lalandre), qui m’a personnellement empêché, alors que j’avais été mandaté par le responsable départemental de la Motion E, par un accueil hostile de contrôler les votes dans la plus importante sections des Vosges, celle de St Dié. Voici un extrait d’un article, daté du 23 novembre 2008 et intitulé «Des critiques aussi sur le déroulement des votes à ST-DIE-DES-VOSGES», que l’on peut trouver sur mon blog:


«J’ai été très choqué de l’accueil hostile de J.M. LALANDRE, de son refus de faire le travail pour lequel j’avais été mandaté. J’ai aussi été très surpris de la manière dont le bureau de vote était organisé, avec des urnes réparties à des endroits différents dans la salle, où l’on se croyait plus dans un bar que dans un bureau de vote : des boissons et des casse-croûte étaient en vente à l’entrée de la salle et une vingtaine de camarades y discutaient ou s’y déplaçaient librement sans avoir à voter…ce que j’ai d’ailleurs fait pendant plus d’une heure. Le contrôle de la régularité des votes était ainsi rendu très difficile…


Je ne sais pas s’il y a eu des irrégularités dans les votes, ayant quitté le bureau de vote vers 21 h, mais vu l’organisation, l’accueil hostile que j’y ai reçu à mon arrivée, je me pose des questions et je trouve que cette manière d’organiser les votes est contestable, car elle peut facilement permettre les fraudes et rend difficile le travail légitime de contrôle d’un observateur.»

 


Ces pratiques ne peuvent que décourager le militant de base qui adhère à des valeurs et souhaite les voir mises en application. Je me permets de reprendre ici les commentaires exprimés dans Médiapart par HG et par josie le 17/12/2008 à un article de Vincent Duclert, dont je partage les analyses:

 

«(… )Mais ce qui m’apparaît le plus grave, c’est l’honneur du PS maintenant entaché. Le socialisme est porteur d’exigences, de valeurs morales, d’honnêteté, de droiture et de fraternité ; ces valeurs, ces principes, depuis le début du congrès sont bafouées. Martine Aubry et le conseil national se seraient grandis s’ils avaient accepté que l’on revote en vue de résultats clairs et non contestables. Faute de quoi son élection est aujourd’hui ternie par des irrégularités, des fraudes et des tricheries. Elle prend la tête d’un parti divisé, avec des rancunes et des ressentiments persistants. Elle a le pouvoir et l’appareil ainsi que les moyens financiers du Parti, pour en faire quoi ??? Son équipe est obsolète, faite de vieux éléphants sans idées et sans vision de l’avenir.»

 


«D' accord avec HG, quand les valeurs morales d’un parti sont ainsi entachées, difficile de redevenir crédible auprès du peuple ... même si, avec l’aide de la presse, on a essayé de résumer le problème en évoquant une simple bataille de deux ambitions, et à focaliser l’attention sur l’urgence à s’occuper des français face à la crise ... ce qui était on ne peut plus réducteur du scandale de ce vote illégitime.
Est-ce que les militants bafoués pourront oublier?»

 


Pour rester dans le même registre : le militant bafoué, les valeurs d’un socialisme porteur d’exigences, de valeurs morales, d’honnêteté… non respectées, voici ce que j’écrivais aussi le Samedi 6 décembre 2008 sur mon blog dans un article intitulé «Profonde déception d’un adhérent du Parti Socialiste»:

 

«Cela fait plus de six mois maintenant que je me suis investi dans la préparation du Congrès de Reims…
Que de textes, que j’ai essayé de comprendre, que j’ai pris au sérieux en accordant toute ma confiance à leurs auteurs, en occultant dans mes jugements tout ce que certains de mes amis ou ce que les médias disaient des rivalités internes, en niant aussi cette supposée haine entre les chefs et notamment à l’égard de Ségolène Royal, m’imaginant que c’était le débat d’idées aboutissant à un projet enthousiasmant pour battre la Droite en 2012, qui était le plus important!


Eh bien, je me suis fortement trompé ! Encore, il y a huit jours, je me réjouissais de ce qui allait se passer dans notre Parti, croyant que Martine Aubry, nouvellement désignée comme 1ère Secrétaire, souhaitait sincèrement rassembler le PS. Je croyais qu’elle venait de tendre fraternellement la main à Ségolène Royal et que des négociations allaient avoir lieu pour que les responsables de la Motion E ne soient pas exclus des nouveaux organes dirigeants du Parti.


Tout ça, c’était donc du cinéma, on nous a mené en bateau, car on ne peut qu’être déçu de constater que tous ces textes, toutes ces réunions, ce congrès… n’étaient que des occasions à nous tromper. On y a parlé de fraternité, de démocratie, de rénovation, de projet qui devait primer sur les ambitions présidentielles…

 

Il y a dans notre Parti, sur le plan éthique et sur le plan démocratique, non seulement des problèmes de rigueur et de respect des règles dans le déroulement des votes, mais aussi sur l’application des règles démocratiques élémentaires. La motion E aurait dû en toute logique être associée à ce texte d’orientation. Ses responsables devraient faire partie à part entière de l’équipe dirigeante. Il n’est pas normal que l’on exclut ainsi de l’orientation à donner à notre parti 50% de ses militants...


Je suis profondément déçu, notamment par le comportement et le choix de Martine Aubry, qui aurait pu profiter de sa situation pour unifier le PS. Elle porte une très grave responsabilité dans cette division de notre parti…»

 

 


Il y a aussi une autre raison de déception, sur laquelle je souhaiterais revenir: c’est le comportement des camarades du PS au niveau de la base. Comme au niveau national, ce sont la plupart du temps des camarades élus, ou qui souhaitent le devenir qui investissent le parti et là aussi au niveau départemental comme au niveau local, ce sont des rivalités et les ambitions de carrière qui prennent le dessus sur les débats et les réflexions de fond.

 

Ainsi, depuis le congrès de Reims, mes camarades ne souhaitent plus que l’on parle en section de motions, qu’on réfléchisse à des questions qui font débat, comme la régularité des votes contestés au sein du Parti, la mise en place de primaires au sein de la Gauche, la façon peu démocratique de désigner nos candidats. Pour rester unis, ils souhaitent éviter toute autocritique, acceptant ainsi toute évolution positive du fonctionnement de notre parti et décourageant de ce fait tout adhérent un peu contestataire qui risque ainsi de le quitter…


Quelles propositions faire pour redonner vie au socialisme et aux valeurs qu’il véhicule en les adaptant au monde moderne? De nombreuses sont faites dans le cadre de ce débat des «Assises du socialisme hors les murs», comme elles l’ont été au sein du PS. Les 21 contributions données à étudier en vue du Congrès de Reims aux adhérents auraient déjà pu permettre une synthèse pour un projet mobilisateur.


Je ne pense pas, comme certains l’affirment parmi nos dirigeants que le PS n’a pas travaillé et qu’il lui manque un projet. Encore ce 12 août matin sur France Inter, j’ai entendu Pierre Moscovici dire qu’il était chargé par Martine Aubry de préparer une convention ouverte aux sympathisants et aux experts pour réfléchir à la rédaction d’un projet, niant ainsi tout le travail de réflexion déjà effectué et auquel en tant qu’adhérent j’ai été associé au cours des dernières années. C’est d’ailleurs assez vexant pour un militant de base d’entendre ainsi que son engagement au sein de son parti est ignoré et non pris en compte…


Ce qui nous manque, c’est un Parti dont le fonctionnement privilégie la démocratie interne, les valeurs que le socialisme préconise comme la fraternité, l’égalité, les possibilités de promotion pour tous, le respect de règles justes, l’écoute du citoyen et la prise en compte des aspirations des plus défavorisés d’entre nous à une vie digne; Au PS cela signifierait le refus du cumul des mandats, leur non renouvellement pour ceux qui fautent et ne respectent pas nos valeurs ou nos règles, la promotion des plus jeunes, la parité, une écoute des militants de base, un souci de les former politiquement, l’ouverture à toutes les classes sociales, la possibilité de débattre des vrais problèmes des français avec la volonté de se mobiliser pour les résoudre.

 

Vu l’état actuel du PS, est-il capable de se moderniser par ses propres moyens, l’initiative en étant laissée à Martine Aubry et à l’équipe de direction actuelle? J’en doute! Aussi, faut-il saluer le débat proposé par Mediapart, comme un élément positif et lui souhaiter de réussir! J’espère aussi que la mise en place de primaires, actuellement en débat au PS, lui permettra d’évoluer favorablement!


Même si le PS disparaissait à cette occasion (c’est un risque réel), ce ne serait pas dramatique, car à la place ou à côté de nos partis moribonds se créerait en France un grand mouvement nettement encré à gauche et dans ses valeurs d’émancipation. Celui-ci s’incarnerait dans un leader qui pourrait, comme le fait actuellement Barak Obama, nous donner l’espoir de battre Nicolas Sarkozy en 2012.

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