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Les naufragés de la Méditerranée et l’indifférence à leur égard

Le 21 août 2009, l’arrivée en Italie, sur l’île de Lampedusa, d’un canot pneumatique chargé de migrants désespérés après une dérive de plusieurs semaines entre la Lybie, Malte et l’Italie a donné lieu à une déclaration forte du journal catholique L’Avvenire.Arrivée à destination, après la réparation de son moteur par des Maltais, l’embarcation ne comptait plus que 5 survivants. Exténués, ils sont quand même parvenus à témoigner de l’horreur qu’ils avaient vécue. Au départ de la Lybie, ont-ils déclaré, ils auraient été 78 à s’embarquer. Un drame d’une telle ampleur a donc fait écrire à l’organe catholique que « comme la terreur et le totalitarisme durant le nazisme faisaient fermer les yeux devant les wagons plombés des juifs, c’est aujourd’hui l’indifférence qui les fait se fermer face aux embarcations d’Érythréens » (La Repubblica, 22 août 2009).  

L’indignation qu’exprime L’Avvenire est parfaitement justifiée. Mais cela suffit-il à légitimer une telle comparaison ? Elle porte dans ce cas sur l’indifférence et sur la passivité des témoins. Ce qui n’est pas sans fondement. Elle est invoquée au nom des droits élémentaires qui doivent être garantis à tous les êtres humains. Ce qui ne saurait être contesté. Mais toute comparaison concerne aussi la nature des actes et des crimes des exécuteurs et de leurs mandants. Qui sont ici bien différents. De même que leurs contextes respectifs. Du coup, en ne considérant que deux des trois points de vue qui caractérisent tout crime de masse -celui des victimes, celui des exécuteurs et celui des témoins-, le risque est pris de tomber dans une forme de banalisation du génocide juif.

Bien entendu, cela ne remet nullement en cause la légitimité et la pertinence de l’indignation de L’Avvenire face à ce nouveau drame de la migration de part et d’autre de la Méditerranée. De son côté, le gouvernement italien, toujours aussi xénophobe et peu attentif aux droits humains, s’est contenté de mettre en doute le témoignage des survivants et de les inculper au nom de sa nouvelle loi sur les étrangers en situation irrégulière. Il accuse Malte de ne pas avoir prêté secours à ces malheureux et tout le monde se renvoie la balle. Et dire que du côté de la Ligue du Nord, Renzo Bossi, le fils de son leader et ministre, proposait sur le site Internet de ce parti gouvernemental un jeu virtuel au titre éloquent, Fais rebondir le clandestin ! Ce qui revenait à couler son embarcation cherchant à rejoindre les côtes italiennes. Ce jeu ignoble vient d’être retiré. Mais le désastre humanitaire qui se déroule aujourd’hui en Méditerranée et dans les centres de rétention italiens, -qui concerne tous les pays européens- se poursuit !

 

Sources : Il Manifesto et La Repubblica, 22 et 23 août 2009

Charles Heimberg (Genève)

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