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«Nous, salariés de Molex, cherchons un repreneur...»

La direction de l'usine Molex (Villemur-sur-Tarn) persiste et signe. Après avoir rencontré ce mardi 25 août à Paris le secrétaire d'Etat à l'industrie, Christian Estrosi, elle reste décidée à fermer le site en octobre.

En juillet, les salariés de Molex avaient adressé à Mediapart ce S.O.S adressé à d'aventuels repreneurs. Selon eux, leur usine est viable, et ils le prouvent.

 

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Situé à 35 km de Toulouse et 25 km de Montauban, au cœur du vignoble frontonnais, le site de Molex de Villemur/Tarn doit fermer ses portes en octobre 2009 mettant 283 salariés (et une vingtaine d'intérimaires) en difficulté.

 

En effet, Molex Incorporated a décidé pour des raisons purement stratégiques de fermer son site de production de connecteurs pour l'automobile après avoir racheté ce qui était Connecteur Cinch en 2004 au groupe Snecma, actuel Safran*. Snecma annonce clairement dès le rachat que la branche automobile sera mise en vente, cette activité ne correspondant pas au cœur du métier aéronautique.

 

Connecteur Cinch fut une entreprise rentable avec une technicité reconnue par les constructeurs français et européens, et avec une expansion des moyens de production rapide. Au moment du rachat par Molex Incorporated en 2004, l'entreprise comptait 4 sites de production dans le monde : Inde, Chine, Portugal et Villemur/Tarn en France.

 

La cession par Snecma fut une aubaine pour Molex dont Connecteur Cinch était un concurrent qui détenait autant de part de marché que Molex sur les marchés européens, et en particulier chez PSA, marché sur lequel Molex n'était quasiment pas implanté.

 

Par cette opération, et malgré toute les garanties que nous avaient donnés les dirigeants de Snecma à l'époque, Molex achète le savoir faire de Connecteur Cinch et montre clairement et très rapidement sa volonté d'avaler le carnet de commande, avant de fermer successivement tous les sites de l'ancien Connecteur Cinch.

 

Après l'Inde, la Chine, le Portugal, le bureau d'études de Montigny, vient le tour du site de Villemur/Tarn en prétextant des raisons mensongères et infondées. En effet, malgré les affirmations de Molex concernant les raisons économiques de la fermeture de Villemur/Tarn, les représentants des salariés ont pu, avec l'aide d'un cabinet d'expert comptable, démonter point par point les raisons économiques qui justifieraient la fermeture.

 

Le cabinet Syndex, qui suit les comptes de la société Molex depuis plusieurs années, a pu non sans mal se procurer les documents comptables de la société qui démontre que le site de Villemur est viable, et qu'il est en plus un des plus profitables de la division automobile de Molex, celui dont le taux d'utilisation des moyens de production est le plus élevé.

 

Voila pourquoi les salariés de Molex se sont mobilisés depuis le 23 Octobre 2008 pour tenter de sauver leurs emplois, mais surtout pour sauver un site industriel profitable dans une région où l'emploi industriel a presque disparu, et qui fait vivre tout une ville et ses habitants depuis de nombreuses années.

 

L'annonce de la fermeture a indigné toute la classe politique locale ainsi que les pouvoirs publics, et de nombreuses solidarités avec des élus locaux se sont rapidement mise en place pour tout faire pour sauvegarder ce site industriel dont les compétences sont indéniables et reconnues au sein même des constructeurs comme PSA qui a classé le site en 2eme position de son classement interne des meilleurs fournisseurs. 2eme, car notre direction a été incapable de montrer un projet industriel à long terme pour le site, et pour cause puisque Molex préparait sa fermeture...

 

Et pourtant, des projets à forte rentabilité, les salariés en ont proposés de nombreux qui ont tous été refusés sans discussion par Molex.

 

Aujourd'hui, on peut clairement affirmer que Molex a délibérément refusé d'investir à Villemur/Tarn, le bilan comptable démontre que nous sommes le site où Molex a le moins investi dans la division Automobile. Et pourtant, malgré ça, les salariés ont pu montrer qu'ils étaient capable de faire que le site soit largement profitable, d'avoir un niveau qualité le plus élevé du groupe, un taux de livraison avec une organisation logistique enviée dans tout le groupe Molex — qui ne s'est d'ailleurs pas gêné pour la dupliquer dans les autres usines.

 

Malgré toute l'énergie mis en œuvre par les représentants des salariés et les élus locaux, rien n'y fait : Molex veut partir pour rapatrier la plupart de ses actifs aux Etats-Unis, là où Molex nous explique que produire coûte moins cher qu'en France pour livrer les clients en Europe... alors même que ces affirmations n'ont jamais été démontrées puisque Molex refuse de communiquer les pièces comptables qui le prouveraient, malgré une décision de justice du 6 février 2009 qui l'en oblige.

 

Les représentants des salariés sont également allés taper à la porte du gouvernement en novembre 2008 pour lui demander d'intervenir : Luc Chatel a reçu une délégation, et a dit que dans la mesure où il y aurait une expertise qui confirmerait la viabilité du site, ce serait le rôle du gouvernement de trouver une solution, c'est-à-dire un repreneur.

 

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L'expertise a pu enfin être rendue au mois de mai 2009 après de multiples rebondissements pour obtenir les pièces nécessaires. Elle confirme tout ce que les salariés savaient déjà, l'entreprise serait à l'équilibre avec 32 millions de CA, alors que 42 millions ont été générés en 2008 (31,4 Millions sur l'exercice 2009 malgré la crise et l'annonce de la fermeture du site qui a engendré une forte baisse de la motivation des salariés... mais surtout le détournement d'une partie du chiffre d'affaire qui a été effectué par le site Américain de Lincoln qui possède des copies des outillages de Villemur, copies dont les salariés de Villemur n'ont découvert l'existence qu'en Avril dernier, en dépit de l'obligation d'information du Comité d'Entreprise... ).

 

Avec le carnet de commande actuel, l'entreprise pourrait être largement rentable et aurait même, dans des condition normales, augmenté son chiffre d'affaire cette année.

 

C'est pour cela que les salariés ont accompagné les représentants du personnel à Paris pour rencontrer une nouvelle fois Luc Chatel afin de lui remettre en main propre le rapport d'expertises, et pour demander aux pouvoirs publics d'intervenir dans le cadre du pacte automobile signé par les constructeurs suite aux prêts accordés à la filière automobile. En effet, les constructeurs automobile ont touchés prés de 7 milliards d'euros, et s'engagent en contre partie à ne pas délocaliser, et à respecter le code de bonne pratique qu'ils ont signés.

 

Nous avons demandé aux pouvoirs publics d'intervenir auprès de PSA notre client principal (85% du Chiffre d'Affaires) pour qu'ils nous garantissent le maintien des commandes sur le site de Villemur dans la mesure où une solution était trouvée.

 

Un conseiller du ministère de l'économie, Philippe Gustin, nous a reçu en lieu et place de Luc Chatel le 9 Juin 2009. Il nous a expliqué que le gouvernement n'avait pas trouvé à ce jour de repreneur, mais qu'en revanche, le gouvernement ferait en sorte de faire céder les actifs à Molex si un repreneur était trouvé. En d'autres termes, c'est à nous les salariés de trouver une solution...

 

Nous prenons donc nos responsabilités.

 

  • Nous sommes donc en train de finaliser la confirmation par écrit de l'engagement de PSA à maintenir son niveau de commande sur le site de Villemur si une solution pérenne était trouvée. Nous devons rencontrer très prochainement la direction des achats de PSA pour finaliser cet engagement.
  • Nous avons également demandé l'aide de la Commission européenne, et nous avons pu, avec l'appui d'un Eurodéputé de la région Sud-Ouest récemment élu, rencontrer le 24 Juin dernier le Commissaire responsable de la politique industrielle, l'allemand Günter Verheugen pour qu'il puisse nous aider à identifier les fonds européens qui pourraient être mobilisés. Toutefois, aucun financement ne sera débloqué si les autorités françaises n'en font pas la demande préalable. Or, à l'heure actuelle, aucun contact n'a été pris par le gouvernement pour solliciter l'intervention de la Commission malgré les engagements de Luc Chatel. Sachant que les autorités locales, régionales et européennes sont pleinement impliquées dans le suivi du dossier, il serait inadmissible que le gouvernement français soit le seul chaînon manquant...Par ailleurs, les Commissaires européens ont proposé la création d'un groupe de travail informel auquel seraient associés leurs services ainsi que les responsables de la gestion des fonds structurels dans la région Midi-Pyrénées. La participation d'un représentant du gouvernement français ou du cabinet de N.Sarkozy a également été évoquée au cours de la réunion du 24 juin. Les Commissaires européens souhaitent organiser une première réunion dans le courant du mois de juillet à Bruxelles avec l'ensemble des partenaires concernés. Ce groupe de travail représenterait une opportunité unique de trouver des solutions concrètes pour Molex.
  • Les membres du CE ont également travaillé à l'élaboration d'un dossier de présentation des compétences du site de Villemur. [Cliquer sur l'image ci-dessous pour afficher ce document pdf]
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Ce dossier montre les principaux atouts du site. Il démontre également comment la disparition du métier de connecticien en France pourrait avoir des conséquences très graves sur les principaux constructeurs nationaux. Car le site de Villemur est bien le dernier site de connectique Automobile en France, le principal concurrent de Molex (Tyco) ayant fermé ses 2 sites français cette année. C'est tout un savoir faire unique qui disparaîtrait avec la fermeture de Villemur/Tarn. Et pourtant, les perspectives de l'industrie automobile avec l'appui des gouvernements Européens sont bien de développer des véhicules «propres», et notamment des véhicules électriques. Par conséquent, l'avenir du métier de connecticien en Europe paraît assuré, et les perspectives de développement et d'expansion nombreuses.

  • Nous avons commencé à travailler avec des chercheurs de l'université de Toulouse pour étudier avec eux la possibilité de nouveaux produits et notamment tout ce qui concernerait les vehicules electriques et une possible diversification.
  • Les salariés cherchent désespérément une solution pour que le site de Villemur puissent vivre. Nous sommes donc prêts à étudier toutes les possibilités de reprise. Pour sauver l'avenir du métier de connecticien Automobile en France. Pour que le bassin d'emploi de Villemur puissent assurer un avenir à ses enfants tout en continuant à développer les compétences et le savoir-faire d'un métier qui à tout à gagner dans l'avenir de l'industrie automobile de demain.

MOLEX VILLEMUR DOIT VIVRE!


 

 

Molex sur Mediapart :

> Dans le journal, une enquête de Fabrice Arfi (novembre 2008)

> Dans le Club, les billets de blog de notre abonné bourgade : un post du 8 juin 2009, un autre qui date de janvier.

* Connecteur Cinch est né de la séparation des activités Aéronautique et Automobile du groupe Labinal, mais est resté une des entreprises du groupe jusqu'au rachat par SNECMA en 2000, date à laquelle les ennuis ont commencés pour Connecteur Cinch.

 

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