A nos amis socialistes qui parlent de primaires sans savoir de quoi ils parlent
Pour Jacques Claude, ancien membre des cabinets d'André Chandernagor, Ségolène Royal, Jean-Jack Queyranne et Alain Richard, et Fred Abram-Profeta, ancien secrétaire de la section PS de Boulogne-Billancourt, les primaires ouvertes existent déjà: il s'agit du premier tour de l'élection présidentielle. Il suffirait de renforcer constitutionnellement la logique bipartisane pour les rendre pleinement opérationnelles.

Pour faire des primaires, il ne suffit pas de sauter sur sa chaise comme un cabri et crier « primaires, primaires, primaires » ! Il faut laisser au vestiaire les postures, les invectives et les menaces, faire cesser les divisions stériles, réfléchir un peu et travailler au programme. En incluant notamment le question des primaires.
Nous ne sommes ni aux États-Unis, ni en Italie.
Les primaires américaines appartiennent à l'histoire des Etats-Unis. Encore le modèle américain n'est-il pas parfait, en raison de sa diversité de régimes locaux et en raison du système des grands électeurs qui a permis à G.W. Bush d'être élu à la minorité absolue des citoyens.
Des primaires à l'italienne auraient peut-être inversé le dernier résultat aux États-Unis. De plus, le système est loin d'avoir conduit à des succès, autre que d'estime. Il s'agit plus d'un avatar de la « combinazione » que d'un système miraculeux. Même si cela peut ressembler à une sorte de progrès.
En France, nous n'appliquons ni le régime présidentiel, ni le régime d'assemblées. Il ne faut pas se tromper de contexte, ou alors, il faut le dire !
Nous avons essayé l'adhésion à 20 euros, sans que le succès ait été au rendez vous de leur initiateur, qui, ensuite, a voté la réforme incomplète voulue par le président Sarkozy. On nous propose maintenant le suffrage censitaire à 2 euros. Ambition, ou régression ?
Certes, la Ve république fait débat : si elle permet à l'exécutif de s'appuyer durablement sur une majorité parlementaire stable, elle ne répond plus à certaines exigences liées, soit à son propre fonctionnement, soit à l'évolution générale du pays.
Certes, les modes de désignation des candidats se sont révélés critiquables , mais, du moins, étaient-il légitimes. En revanche, les primaires à l'italienne qui nous sont proposées, et qui se situent dans un contexte de structuration de l'offre politique et de nature du mandat différents n'auraient permis d'éviter ni le problème de 2002, ni celui de 2007. Surtout, il n'interdirait en aucune façon, dans le futur, aux partis l'élection proprement dite départagerait des candidats clairement identifiés.
Le fait que, de surcroît, depuis l'apparition de Nicolas Sarkozy sur le devant de la scène, la droite s'affirme sans complexe comme étant de droite, lève l'hypothèque du confusionnisme ambiant qui précédait.
Il est évident que, faute d'avoir imaginé un tel dispositif avant la dernière réforme constitutionnelle et de l'avoir négocié à temps, ce qui aurait rendu l'ensemble du « paquet constitutionnel » unanimement acceptable, ce système n'est aujourd'hui pas réalisable. Encore faudrait-il en débattre dès aujourd'hui et l'inscrire dans le programme de la gauche, puis de gagner les élections et de le mettre en œuvre dans la foulée.
A cette condition préalable, peu importe le mécanisme à mettre en place maintenant pour désigner le candidat unique de la gauche (que fut plusieurs fois François Mitterrand et que fut Lionel Jospin au second tour des élections de 1995, sans aucune sorte de primaire), pourvu qu'il soit bon. L'essentiel est de gagner donc, de bâtir un programme sur des valeurs solides, incluant cette réforme de fond, seule démarche permettant de gagner la confiance de nos concitoyens davantage que d'entretenir leur insatisfaction.
Or, pour y parvenir, il faut mettre fin aux débats délétères, y compris sur la question des primaires, et faire bloc derrière la première secrétaire du Parti socialiste, et ne pas fragiliser davantage sa légitimité de chef de l'opposition.
