La crise au Honduras à l’aune de la mutation latino-américaine
Découvrir qui tire les ficelles dans le coup d'Etat au Honduras est pour l'instant un exercice difficile. Beaucoup d'altermondialistes s'enflamment et voient la main de Washington derrière l'arrivée du putschiste Roberto Micheletti à la tête du pays. Bien qu'il soit trop tôt pour se prononcer sur les implications en amont de ce coup d'Etat, on peut remarquer la position difficile dans laquelle baigne Obama dans ce dossier.
D'un côté le Président américain doit rompre avec les manières guerrières de la politique étrangère de son prédécesseur, pour ne pas décevoir son électorat. D'autre part, il doit contenter l'oligarchie militaro-industrielle sous peine non seulement de voir filer sa réélection en 2012, mais surtout d'avoir un mandat invivable après les élections parlementaires de mi-mandat qui auront lieu en novembre 2010.
C'est pourquoi Obama a demandé à Hillary Clinton de jouer les équilibristes à sa place devant l'obscur Council of Foreign Relations (CFR) le 15 juillet.[1] Le discours prononcé par la Secrétaire d'Etat n'a pas fait allusion au Honduras mais les grandes lignes de la politique étrangère qu'elle a prononcé devant le CFR s'appliquent bien évidemment à ce petit pays. Depuis ce coup d'Etat, Hillary Clinton doit rassurer les faucons du lobby militaro-industriel que le Honduras ne deviendra pas un Venezuela-bis tout en justifiant la politique de dialogue d'Obama avec les pays récalcitrants au néolibéralisme. Car ce Council of Foreign Relations, un des plus influents think tank et éditeur de la très militariste revue Foreign Relations, serait capable de faire et défaire les Présidents. On se souvient que lorsque le mari d'Hillary avait voulu désobéir aux ordres du lobby militaro-industriel pendant ses mandats, l'oligarchie lui avait rendu la vie impossible avec l'affaire Monica Lewinsky.
Il semblerait que l'oligarchie étasunienne et son homologue vénézuélienne anti-chavez soutienne les putschistes du Honduras.[2] Seulement, malgré l'appui de l'armée, les putschistes n'ont pas réussi à démanteler les manifestations importantes pour le retour de Président déchu Manuel Zelaya. Celles-ci continuent deux mois après le coup d'Etat, les manifestants brandissant des pancartes « 60 jours de résistance ».
Le contexte latino-américainPendant des décennies, l'oligarchie financière étasunienne a poussé Washington à renverser des gouvernements latino-américains, pour lutter contre le communisme. Mais cela a continué après la chute de l'URSS avec par exemple le coup d'Etat de 2002 contre Chavez. On se souvient du pouvoir d'influence d'United Fruits, ancien nom de Chiquita Brands International, qui produit actuellement les bananes Chiquita. Cette transnationale faisait la pluie et le beau temps en matière de politique étrangère étasunienne en Amérique centrale. Mais cette époque semble révolue. D'une part la crise économique fait que les USA n'ont plus la latitude financière d'intervenir militairement chaque fois qu'un pays latino-américain bascule à gauche. D'autre part, les bourbiers afghans et irakiens mobilisent les troupes et l'argent.
Sur certains points, le coup d'Etat au Honduras est un remake de celui de 2002 au Venezuela contre Chavez. Rappel des faits. En 2002, l'oligarchie financière vénézuélienne organise un coup d'Etat avec l'aide de Washington. A l'époque, les médias dominants occidentaux diabolisent Chavez. Cette fois-ci, la différence porte sur la condamnation quasi unanime de la communauté internationale du coup d'Etat au Honduras, sur l'objectivité de la plupart de ces mêmes médias dominants, mais surtout sur le rôle d'arbitre de Washington qui, sans parler de « coup d'Etat », condamne la tournure des événements au Honduras.
Ce petit pays remplit certaines caractéristiques de la trame socio-économique de l'Amérique centrale: il fait partie de ce qu'on appelle les républiques bananières, il abrite des usines maquiladoras (manufactures de sous-traitances où les ouvrières sont exploitées et où la production est réexpédiée vers les USA). Enfin, une oligarchie terrienne et financière domine l'économie et entretient des liens inextricables avec ses homologues étasuniens : les deux s'enrichissent en exploitant une grande partie de la main d'œuvre bon locale bon marché pour le compte des intérêts corporatistes étasuniens.
En 2008, le Honduras adhère à l'Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Cette association a été créée en réaction à la volonté des USA d'étendre le concept néolibéral de l'ALENA à tout le continent. Ainsi, après 15 ans d'appartenance à l'ALENA, les Mexicains subissent les effets désastreux : chômage, pauvreté, hausse exponentielle des prix de l'aliment de base : le maïs. Alors bien sûr, que l'ALBA fasse des émules n'est pas du goût de Washington. C'est pourquoi, il est intéressant de suivre de près l'évolution de la situation, car si le Président déchu Zelaya revient, l'ALBA qui est l'alternative la plus crédible au néolibéralisme pourra augmenter son influence et compléter les avancées vers l'économie sociale et solidaire de certains pays du MERCOSUR. [1] http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14832[2] http://www.michelcollon.info/index.php?view=article&catid=6&id=2211&option=com_content&Itemid=11
