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Article d'édition

Route 66, étape 6 - La Neige.

© Alain Fanteray

La Faculté est une pièce crue. Christophe Honoré ne fait pas dans la dentelle pour décrire les rencontres homosexuelles - furtives, trash - ni pour dépeindre l'agression mortelle d'un jeune homme - dans le placard, dans un quartier populaire, arabe et toxico au Cristal, une amphétamine très puissante - par une petite bande qui l'accuse d'avoir frayé avec le frangin. Comme a dit un confrère (plus Avignon avance, plus c'est difficile de ne pas être influencée), "Oui alors, évidemment, c'est des homos donc on nous montre du SM". C'est un parti-pris que d'avoir donné un visage à la drague homo qui ne soit pas éloigné des échanges âpres tels qu'ils s'aperçoivent via Grindr. Cette drague de buissons, très éloignée du militantisme pro-mariage, des bars ou des figures artistiques rassurantes, rappelle certes l'imaginaire de L'Homme blessé (1983). La Faculté semble également devoir beaucoup aux témoignages recueillis au fil des années par SOS-Homophobie, association impliquée pour dénoncer les agressions dont de jeunes homos sont victimes. Autant dire, c'est un propos délicat à tenir sans tomber dans les caricatures et récupérations politiques. Honoré (dont le texte est une commande, spécifique au projet de l'Académie) y parvient partiellement. Le récit offre des fulgurances, mais sera desservi par ses échos à la Koltès et surtout une diction exaspérante, qui noit le propos, et n'a rien d'une "voix de la colère".

C'est pourtant un spectacle qui se laisse regarder, pour son univers scénique étrangement poétique. Il y a une très belle mise en espace de la Cour du lycée, une utilisation des bâtiments et traverses qui fonctionne - Vigner sait changer le sable en neige. C'est aussi - et cela plaira à beaucoup de monde tant la question a fait débat au fil de la programmation - une pièce qui n'utilise aucune ressource vidéo. Elle utilise pourtant d'autres ressources pour faire déborder la scène de ses limites - comme la circulation d'un scooter, ou le débarquement d'un camion (rouge pimpant, peut-être bien gadget), qui ne sont pas si différentes des expérimentations vidéo d'un Simon McBurney, dans leur tentative à border un espace incontrôlable. Fallait-il y ajouter Roads de Portishead? D'un côté, c'est un choix très littéral de par ses paroles ("How can it feel, this wrong"), d'un autre, c'est raisonnable d'avoir confié à Beth Gibbons l'écho de ce spectacle, dont la voix a sonné, soudain, à la démesure du décor offert.

La Faculté est jouée jusqu'au 22 juillet, Cour du Lycée Mistral.

Compléments d'information 

Le site de l'Académie d'Éric Vigner

Jean-Pierre Thibaudat a consacré un long article à l'Académie, qui est disponible ici.

Compléments de programme

Il y a deux autres spectacles que j'ai vu pendant le  Festival, et que je n'aurai pas chroniqués:
Refuse The Hour
, de William Kentridge, poétique mais circassien. Son exposition Da Capo est présentée à la Chapelle du Miracle jusqu'au 28 juillet.

PUZ/ZLE, de Sidi Larbi Cherckaoui est très virtuose dans son architecture et son ballet, et réalise une bonne symbiose des Polyphonies corses avec la Carrière de Boulbon. La narration chronologique (une histoire de l'Humanité) se perd dans la rythmique du décor, mais c'est un spectacle qui invite à la contemplation. Il est joué jusqu'au 22 juillet.

Boîte noire
Ceci est mon dernier billet pour cette édition. Cependant, le Festival continue, avec notamment Arthur Nauzyciel, Romeo Castellucci, et Thomas Ostermeier. Autant dire, très loin d'être terminé! Rendez-vous ici l'an prochain, même jour même heure. Des contributeurs toujours présents à Avignon peuvent se manifester pour prendre le relais.
Vous pouvez enfin si ça vous tente découvrir mon blog culturel personnel à l'adresse cultenews.wordpress.com

 

 

 

 

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