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Le 104, Paris, Dernier voyage

Edition : Bookclub

2154561443_a1970f1e6a.jpg?v=0Au chapitre 9 (!) de son dernier roman, La Vie en sourdine, David Lodge fustige la manie contemporaine « faire du nouveau » avec de l’ancien et de transformer la moindre usine en loft ou galerie d’art contemporain...

 

Difficile de le suivre quand il s’agit du 104, auquel Les éditions de La Découverte et La Mairie de Paris consacrent un superbe et passionnant ouvrage, Paris, Dernier voyage, afin de montrer, comme le souligne Bertrand Delanoë dans sa préface, que la volonté des architectes était de célébrer « un lieu chargé d’histoire et de sens » pour mieux le tourner vers l’avenir : « ce bâtiment fait pour embellir le dernier voyage de tous embellira désormais le présent de chacun ».

 

Le livre de Bruno Bertherat et Christian Chevandier est, comme l’indique son sous-titre une « Histoire des Pompes Funèbres » parisiennes, une présentation de cette « usine à deuil » en activité de 1874 à 1998. Leur approche se veut culturelle, anthropologique, historique, elle est une exposition de ce moment si particulier de la mort dans ses rites, ses activités, ses métiers (le croque-mort, le cocher du corbillard, le menuisier, la couturière…). Des photographies, des reproductions de tableau, des cartes accompagnent les textes. L’ensemble se lit comme un roman, tissé d’anecdotes, de citations de journalistes, d’écrivains, le sérieux de l’érudition n’entravant en rien, au contraire, le plaisir de lecture du parcours proposé.

 

 

les_anciennes_pompes_fun__bres_de_paris.Paris, Dernier voyage est l’histoire d’un bâtiment et de son fonctionnement - chap. 2, « La machine des Pompes Funèbres », chap. 4, « Travailler au 104 (et au 138) » - d’un quartier, d’une ville et au-delà, du rapport de Paris à la mort, objet du premier chapitre du livre « Mourir à Paris, vivre à La Villette » et du troisième, « Les Pompes Funèbres et la culture de la mort » : « le fonctionnement du 104 et des agences privés qui le concurrencent s’inscrit dans un ensemble de croyances, de rituels, de pratiques qui font partie d’une véritable culture de la mort. Car la mort n’est pas une fin, mais l’un des rites de passage fondamentaux des sociétés humaines : le deuil est une réponse au traumatisme de la disparition d’un membre du groupe ».

Né en 1874, le 104 porte la trace de la « révolution du sentiment » (P. Ariès) qui s’opère tout au long du XIXè siècle. Le deuil se vit dans l’ostentation (exposition du corps durant la veillée, photographie funéraire, convoi du corbillard, cérémonie à l’église, repas). Le 104 répond à cette « profusion des signes extérieurs du deuil » et s’adapte aux exigences des familles, mais aussi au statut du mort (selon qu'il est pauvre, riche, célèbre, criminel…). Le XXè siècle voit le déclin de cette pompe et une simplification, voire un effacement, des rites funéraires. Jusqu'à la transformation ultime du bâtiment qui sera, dès les prochains jours, un espace d'expositions, de manifestations culturelles mais aussi de rencontres, de travail pour les artistes.

 

On retient de Paris, Dernier voyage que le 104 n’était pas un lieu de mort, mais un espace d’activités, de vies. La mort y était mise à distance par le travail. Le 104 a toujours été un lieu de passages, titre même de la postface de Pascal Ory, et c’est bien en ce sens que le 104 passé, dont ce livre nous offre un superbe aperçu et témoignage, ouvre au CENTQUATRE présent : « travail, représentation, service public, ou, si l’on veut, économie, culture, politique : les leçons de la fable du 104 ancien ne sont pas étrangères aux principes qui vont être les moteurs du CENTQUATRE nouveau ».

CM

Bruno Bertherat et Christian Chevandier, Paris, dernier voyage, La Découverte, « Essais & Documents », 200 p. 29,90 €

 

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Inauguration du CENTQUATRE le 11 octobre 2008, de 14h à 2h. 104 rue d'Aubervilliers / 5 rue Curial, 75019 Paris

Le CENTQUATRE dans le cadre du Festival Mediapart Lou ReedLundi 20 octobre à 20h30

Rencontre/Lecture au 104
104 rue d’Aubervilliers / 5 rue Curial, Paris 19e
M° Stalingrad, Crimée ou Riquet
Bus 54,60
Vélib’ 48 rue Riquet

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