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« Désir » de lecture ?

Edition : Bookclub

Voilà un essai qui se lit aussi vite qu’un roman. Dans Vertiges du désir, Ollivier Pourriol nous livre ses réflexions philosophiques sur le désir, illustrées par de nombreux films de cinéma. 

Le livre se décline en six « chapitres », de l’objet du désir à la folie du désir – la jalousie – en passant par le désir de reconnaissance, le manque, le fantasme etc. L’ouvrage est brillant sans être pédant, bref, accessible à un très large public. Il a l’immense intérêt d’avoir une bibliographie éclairante et une filmographie éclectique et stimulante : Le Mépris, Blow up, Eyes Wide Shut, Casino, Requiem for a Dream… 

Parmi les belles pages de ce livre, on trouve une analyse fine et limpide de Cinema Paradiso, le film de Tornatore avec Philippe Noiret. On y croise Deleuze pour qui le désir doit rester désir. Profondes et justes également sont les pages consacrées à L’Enfer, le film inachevé de Clouzot et achevé de Chabrol, où le désir devient pathologique. Et American Beauty où le personnage qui n'était plus que l'ombre de lui-même se retrouve enfin par le désir et même par le fantasme. On est d’ailleurs comme ce personnage dans le film, on survole par l’esprit, on survole la philosophie, le cinéma et même le désir. L’aspect plaisant du livre ne l’en éloigne que mieux de toute vérité…

Car quelle définition l’auteur nous propose-t-il du désir ? Après avoir évoqué le début du Mépris de Godard – « Tu les trouves jolies mes fesses ? » « Oui » « Et mes seins, tu les aimes » etc. –, il nous dit que « philosopher », c’est « désirer savoir ». Ainsi, le désir serait pur intellect. C’est sans doute pour cela que l’on rencontre tant la référence philosophique de l’auteur sur ce sujet : René Girard et son désir mimétique. Quand il compare le désir selon ce penseur et le désir selon Spinoza, il en vient à se laisser emporter par son élan : « Spinoza dénonçait l’illusion du libre-arbitre dont il jugeait Descartes victime. On peut dire que Girard dénonce l’illusion du libre désir, ou du désir individuel dont Spinoza est victime. » Alors que Spinoza pensait les appétits et les envies – il n’utilisait pas le terme générique de désir – comme propres à la nature de l’homme, Girard considère quant à lui que le désir n’a rien de pulsionnel, il ne serait que rivalité – la rivalité est-elle du désir ? Cela explique pourquoi Freud est si peu présent dans ce livre sur le désir.

On se raconte de belles histoires le soir au coin du feu tranquille de la philosophie occidentale, des histoires où le désir ne serait que conscience, énergie positive nous éloignant de l’obscurité animale des pulsions. Pourtant, dans Eyes Wide Shut de Kubrick, les deux époux s’éloignent l’un de l’autre, lui en errant la nuit pour aboutir dans des orgies dont on ne revient pas indemne, comme certains fantasmes qu’il ne faudrait pas réaliser, elle dans des rêves érotiques avec un bel officier. À la fin, pour sauver leur couple, pour revivre ensemble alors qu’ils savent comme leur désir est sauvage, les effraie, si loin du bel amour qui fait les couples mais ne les nourrit pas, Kidman répond à Cruise qui lui demande que faire : « Baiser ! » Faire ce que la capricieuse BB ne veut plus faire avec son mari depuis qu’elle le méprise sans raison. Et il ne s’agit pas de Faire l’amour, comme le préconisent récemment deux sexologues (Ghislaine Paris et Bernadette Costa-Prades) dans leur livre pour éviter la guerre dans le couple (Albin Michel, 2010), mais bien de vivre le désir tel qu’il existe d’abord : une pulsion, une libido. Assumer le désir et non le fuir ou le revêtir de beaux habits d’amour ou philosophiques.

Pour conclure, si vous ressentez un désir de lecture, le livre de Pourriol peut combler ce désir léger de plein été un peu frisquet, mais il a peu de chances de raviver votre désir tout court car on y trouve peu le désir véritable : on emploie un même mot, mais ça n’a rien à voir.

Ollivier Pourriol, Vertiges du désir. Comprendre le désir par le cinéma, Nil éditions, 2011, 244 pages, 19 euros.

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