Quartier du Panier à Marseille : le temps suspendu

Zohra et Nordine sont les patrons d'une boulangerie, pâtisserie... et « pizzeria », « Les Délices de l'Évêché », dans le quartier du Panier, centre historique de Marseille. L'antique métropole phocéenne a été désignée comme capitale culturelle européenne pour 2013.
C'est un quartier populaire, un peu bobo et cosmopolite. Depuis 2 600 ans, des vagues d'émigrants battent et rebattent cette fière butte qui domine le Vieux Port, au cœur historique de la cité fondée par les Grecs il y a 2 600 ans. Dans le Panier, habitent un peu plus de 5 000 habitants, originaires de toute la Méditerranée (Corses, Arméniens, Italiens, Espagnols, Maghrébins...), mais aussi du Vietnam, des Antilles et des lointaines Comores, et même... de Paris (« effet TGV! »), du Nord de la France, de l'Europe... On voit même aujourd'hui apparaître quelques Chinois, mondialisation oblige. Quand on est né au Panier, on fréquente son école primaire, on fonde sa personnalité dans son creuset, et on se sent particulièrement Marseillais, et fier d'être Français, sans renier l'origine de ses parents, plus ici que dans n'importe quel autre quartier.

Zohra et Nordine travaillent durement à l'enseigne des « Délices de l'Évêché », numéro 31 de la rue... de l'Évêché, à deux pas de l'hôtel de police (dit « l'Évêché », car installé dans un ancien palais épiscopal... on y "confesse encore") À proximité, on trouve la boutique « Plus Belle la Vie » et des lieux de tournage en extérieur du feuilleton mythique. Le quartier du Panier a gardé son cachet et attire les producteurs de cinéma ou de téléfilms . C'est un quartier emblématique et populaire, typique du vieux Marseille, comme si le temps avait suspendu son vol, marqué par la bonhommie des habitants et leur parler fort, quelques fois crû, souvent théâtral. Ici, on célèbre les Catherinettes, on promène Saint-Jacques et la vierge noire dans les rues du « village », on allume à la Saint Jean un grand feu dans la cour des Accoules, on fait la fête au pied d'un Christ paré d'un « tutu rose fluo », qui surprend et ravit les touristes. Durant trois jours, au seuil de l'été, la fête du Panier accueille pas moins de 50 000 visiteurs pour un programme très festif, concocté par l'équipe de Maurice Vinçon, le directeur du théâtre de Lenche.
Au début des années 90, la tradition y a retrouvé droit de cité grâce à l'action conjuguée de Lisette Narducci, maire des 2/3, et du jovial « Père Alain » Ottonello... L'alliance du charme et du goupillon !

Zohra : « Beaucoup de touristes ont découvert autre chose en venant habiter ici... Ils veulent faire changer la mentalité de leur pays sur notre ville... »
Certains touristes, poussés par l'esprit d'aventure, déambulent dans le dédale des vieilles rues, partent à la découverte des « nice shops » (boutiques d'artisans céramistes et galeries d'Art). Quelques uns font plus qu'une halte. Ils choisissent d'y résider pour leurs vacances.
Pour Zohra et « Nordine », pas de vacances ! Eux, ne chôment pas. Ils ne profitent pas de la saison estivale pour se reposer et se rafraîchir avec leur quatre enfants au bord de l'eau, dans les calanques où sur une de ces plages , accueillantes, qui s'étendent de Corbières à la Pointe Rouge. Des plages bien équipées, avec de nombreuses animations... et surveillées toutes la journée pour une « sécurité maximale ».
Cette année encore, pour satisfaire leur clientèle, Zohra et « Nono » sont restés près des fours et, en cette année 2011, le mois d'août a coïncidé avec le Ramadan... Durant la journée, « les délices de l'Évêché » ont surtout été appréciés par les touristes, comme on s'en doute.
Les visiteurs ne sont pas prêts d'oublier leur accueil, leur gentillesse et leur faconde. Aujourd'hui, ce sympathique couple reçoit des cartes postales du monde entier et leur commerce affiche, comme beaucoup d'autres ici, des demandes de location. Preuve aussi que la vision de Marseille affichée par les médias ne correspond pas à la réalité et, comme dit Zohra : « Beaucoup de touristes ont découvert tout autre chose en venant habiter ici... Ils veulent, en rentrant chez eux, faire changer la mentalité de leur pays sur notre ville... » (vidéo)
Oui ! Marseille reste une ville balnéaire et touristique, agréable à vivre. Dans cette grande ville méditerranéenne, l'hospitalité n'a jamais été un vain mot. À Marseille, le soleil chante encore dans le cœur des habitants. Ils en font partager l'accent au monde entier ! Philippe LEGER

