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Partenariat euro-méditerranéen : Repli souverainiste des partenaires du Sud, ancrage islamiste et valse-hésitation des États Européens

Myriam Benraad Photo : Philippe Léger

 Myriam Benraad, Coordinatrice des Politiques de la BEI

 

Au cours du colloque du 15 novembre 2011, organisé par le Comité Européen Marseille dans l'Auditorium de la Région Paca sur le thème "Le G20, l'Europe et la crise", Myriam Benraad, coordinatrice des Politiques de la BEI (Banque Européenne d'Investissement) a fait part de ses réflexions sur les évolutions du monde arabe et les changements intervenus dans la relation euro-méditerranéenne. 

Il y a un "avant" et un "après" 2010, année charnière. Les Européens changent de paradigme 
"Période 2008-2009. Partie des États-Unis, la crise financière s'étend à l'Europe. On fait l'éloge des pays du Sud pour leur niveau de croissance (plus de 4% d'augmentation du Pib pour l'Egypte). Décembre 2010 - janvier 2011, le peuple tunisien fait sa révolution, de manière non violente. D'autres révolutions arabes vont suivre...
Le « printemps de jasmin » et autres révolutions arabes ont pris de court tous les dirigeants. L'ampleur et la rapidité des événements ont chamboulé l'image de pays et de peuples qu'on croyait condamnés à l'immobilisme politique, l'autoritarisme, la sclérose...  La politique européenne va s'adapter, se moraliser... Les Européens, optimistes, changent de paradigme.
Avec le G20 de novembre 2011, patatras ou presque !  les Européens, minés par la crise financière et le doute, désorientés par les lendemains révolutionnaires de leurs partenaires du Sud, se livrent à une valse-hésitation. 

Absence de vision de l'Europe
En mars 2011, la Commission européenne donne le cap en définissant "le partenariat pour la démocratie et la prospérité partagée avec le Sud de la Méditerranée" (voir lien). Elle conditionne le soutien économique au respect de la démocratie.
En mai 2011, sous l'impulsion de la France, le G8 de Dauville soutient la transition et redonne de l'optimisme aux États européens qui peuvent se projeter dans un cadre nouveau, avec la présence des Américains et des Russes. La transition renforce leurs convictions : la résolution de la crise européenne passe par la Méditerranée ; elle offre de nouvelles opportunités économiques.
En septembre 2011, se tient à Marseille un G7 "Finances". Les ministres des finances et gouverneurs des banques centrales des pays les plus industrialisés côtoient les représentants des grandes institutions internationales et des banques régionales arabes, ainsi que les grands fonds Maghreb et Moyen-Orient. En soutien aux transitions, on s'accorde sur le versement de 38 milliards de dollars à l'Egypte, la Tunisie, au Maroc et à la Jordanie d'ici 2013... Ce n'est pas rien !
Début novembre, Le G20 de Cannes met en lumière la crise financière en Europe, l'aggravation des divergences entre les pays du G8 et les pays émergents. Ces derniers brandissent le principe de non-ingérence dans les événements du Proche-Orient. Le G20 n'a pas approfondi les engagements de Dauville, formalisés à Marseille par le G7 Finances. Il a affiché l'image d'une Europe en crise, livrée aux doutes et à l'introspection, qui va jusqu'à remettre en cause son jugement sur les révolutions arabes. Une véritable valse-hésitation. Les Européens sont troublés par l'ancrage islamiste... Remet-il en cause l'orientation démocratique ? Ils sont désorientés par la dimension souverainiste, voire le repli de leurs partenaires qui veulent rester maîtres chez eux et privilégient les aides financières des pays du Golfe persique..." Myriam Benraad, s'interroge sur l'absence de vision de l'Europe (2). "Que fait-on au-delà du principe de développement économique ? Au-delà du désir de créer plus d'emplois ?"
  Elle consacre la dernière partie de son intervention à présenter plus spécifiquement la BEI, créée en 1958 par le traité de Rome. "C'est la banque de l'Europe. Sa mission ? L'assistance technique et les opérations de prêt pour financer les grands projets d'infrastructures, transports, énergies renouvelables, développement urbain, éducation... La BEI est aussi mandatée par l'UE afin d'appuyer ses politiques de développement et de coopération dans les pays partenaires..."
  L'exercice auquel s'est livré Myriam Benraad, tenue à l'obligation de réserve, était des plus difficiles. D'autant qu'avec l'Euro-Méditerranée, on marche sur des œufs ! En resituant avec adresse et précision les événements dans leur contexte, elle a éclairé et rendu compréhensible les enjeux de cette zone... Alors, chapeau l'artiste ! 

Naissance d'une vaste zone économique ... du Maghreb au Golfe persique ? Qui aura le leadership ? 
Pour notre part, nous ne sommes pas soumis à la même obligation de réserve. Alors, nous posons la question : que reste-t-il de la volonté française de refonder le processus de Barcelone ? Et que reste-t-il du rêve qui hante  le conseiller du président de la République Française, Henri Guaino ? Ne rêve-t-il pas de "reconstituer grâce à l'Union pour la Méditerranée... l'unité de l'Empire romain", perdue en 475... de refaire le "mare nostrum" comme il l'a affirmé aux Med Business Days 2008 à Marseille ? (1) Un rêve qu'il n'est pas le seul à partarger, semble-t-il, à entendre certaines déclarations qui mettent le "mare nostrum" sur un pinacle.
Dans la salle, comme le révèleront les question aux intervenants et les échanges autour du verre de l'amitié, à l'issue du colloque, plus d'un auditeur s'est mis à douter à son tour ! En se demandant si les révolutions arabes n'étaient pas en train de faire émerger un nouvel ensemble économique et surtout politique... des pays du Sud de la Méditerranée aux pays du Golfe persique ! L'Union pour la Méditerranée, conclue hier avec certains États autoritaires, voire des dictatures, correspond-elle à une aspiration profonde de nos partenaires maghrébins ? Ne sert-elle pas en priorité les intérêts d'une Europe alléchée par la croissance démographique, d'une Europe qui cherche désespérément, en prenant des risques, à renouer avec la croissance dans le cadre d'un partenariat euro-méditerranéen proclamé "gagnant-gagnant" ? Les dirigeants européens ne prennent-ils pas leurs désirs pour des réalités ? De part et d'autre de la Méditerranée, on rencontre des problèmes similaires, comme celui du chômage des jeunes diplômés, ainsi qu'une convergence d'intérêts et des complémentarités dans beaucoup de domaines, pas seulement celui de la démographie, ou de secteurs, notamment celui des énergies renouvelables... Mais cela suffit-il à donner corps à un partenariat renforcé et partagé ? À faire émerger un ensemble économique et politique euro-méditerranéen sur la scène internationale ? S'il existe un monde "euro-méditerranéen", peut-on parler pour autant d'une identité euro-méditerranéenne autour de valeurs communes ? Ces valeurs sont-elles en harmonie avec celles du monde arabo-musulman, un monde qui est en droit, lui aussi de revendiquer son émergence sur le plan économique et politique... avec des partenaires américains, voire chinois, russes... ou "autres" ! Son regard n'est quand même pas confiné à la seule rive nord, où Marseille lui fait les yeux doux, en l'aguichant avec son quartier d'affaires Euroméditerranée. La métropole phocéenne se définissant, comme chacun sait, comme le pôle sud, haut-tertiaire, de promotion et valorisation des échanges entre l'Union européenne et ce monde, de l'Océan Atlantique à la Mer d'Oman, en passant par la canal de Suez... Un "Mare Nostrum" très marseillais ! Philippe LEGER

1 -  Ambitions Sud International n° 67 - Septembre 2008, page 30.

2 - Le nom "Europe" vient du grec ancien qui renvoie à une demi déesse «aux grands yeux ». On traduit aussi par «celle qui voit loin » ! 

 

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