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MEDIAPART

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Article d'édition

Sous le Tapie

Bernard Tapie revient au premier plan des affaires par le rachat de quatre quotidiens régionaux, La Provence, Corse matin, Nice matin, Var matin, plus deux quotidiens des Antilles et de Nouvelle Calédonie. L’information  paraît anodine tant l’on voudrait nous habituer à tout. Les journaux sont vendus comme des paquets de lessive au plus offrant. Hier c’était un oligarque russe qui s’offrait France Soir, aujourd’hui c’est le multirécidiviste qui se paye la presse du Sud-Est. A part La Marseillaise et Le Ravi (mensuel d’information satirique) l’information passera régionalement par le filtrage de son nouveau propriétaire. Ses buts sont-ils journalistiques ? C’est peu probable, alors que cherche-t-il ?

 

Deux raisons à cet achat  sont évoquées.

 La première est une visée sur la mairie de Marseille en 2014. Cette hypothèse est émise, comme s’il était évident que la manipulation de l’information est nécessaire pour briguer un mandat électoral. L’exemple de Berlusconi nous prouve que les médias constituent bien un des instruments d’influence. Si les journaux se mettent  au service des ambitions politiques d’un homme, nous sommes loin du rôle que tout citoyen attend de ses sources d’information.

 

La deuxième, moins souvent évoquée, est purement financière. Qui se souvient du long feuilleton de rachat par Tapie d’entreprises en difficultés ? Les papeteries Diguet-Denny, Manufrance, la Vie Claire, Terraillon, Testut à Béthune, la ville de Jacques Mellick, Wonder et Look, à Nevers, la ville de Pierre Bérégovoy. Au total, quarante sociétés reprises entre 1977 et 1989. C’est ainsi qu’il a bâti sa première fortune. Selon un procédé immuable  il achète l’entreprise pour un franc symbolique, relance, licencie puis revend quelques années plus tard avec une confortable plus-value. Fortune faite, il peut se permettre des opérations de plus grande ampleur en rachetant Adidas, avec les déboires que l’on connaît. Autre origine de sa fortune, les 304 millions d’euros (dont 45 millions au titre de préjudice moral) obtenus grâce à ses appuis politiques dans le règlement de l’affaire du Crédit Lyonnais-Adidas (cf. les articles de Laurent Mauduit). Merci madame Lagarde et monsieur Sarkozy ! Le ralliement de Bernard Tapie au candidat Sarkozy était grassement payé.

Dans cet achat de médias il affiche l’ambition  de constituer un grand groupe multi médias. Une chose est sûre ; il ne faut pas croire Tapie sur parole, elle change en fonction de ses intérêts du moment. L’achat semble, en effet, une belle affaire. En payant  51 millions d’euros avec Hersant, il voit la dette du groupe de 215 millions effacée par les banques. Si, comme il en a l’habitude et le ‘talent’, il vend, dans quelques années, les confettis du  groupe pour récupérer son investissement, il se retrouvera à la tête de quatre journaux rentables sans avoir déboursé un centime. Je pense que Laurent Mauduit  écarte un peu vite l’opération financière. Les deux raisons , politique et financière, peuvent être étroitement imbriquées.

 

Son coté hâbleur, bonimenteur, culotté, à fait merveille à la TV de divertissement. Toujours prêt à fréquenter des gens pouvant le servir, il fut proche de l’avocat Jean-Louis Borloo, maire de Valenciennes, proche de Miterrand qui lui octroya une circonscription dans les Bouches-du-Rhône, comme candidat de la « majorité présidentielle »,  puis en fit un ministre de la ville. En 2007 il vit en Dominique Strauss-Kahn le candidat idéal, avant de s’engager auprès de Sarkozy en 2012. Ses pratiques de truand lors de la tentative de corruption des joueurs de Valenciennes, alors qu’il était président de l’OM, lui valurent un procès et la prison.

Voilà celui qui se présente comme un sauveur de la presse

P.S. Je n'avais pas lu l'article de Laurent Mauduit daté du 22/12 et auquel je vous renvoie

 

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